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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 14:00

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Avec Sailor & Lula, David Lynch se lance dans un road movie pour le moins atypique, qu’il bâtie comme un voyage merveilleux ponctué de rencontres étranges, et prompt à dériver aussi bien vers la violence que l’humour sincère. Un pur film de fou qui montre qu’avec peu de budget, on peut faire un film culte.

L’histoire : Sailor, petit ami de Lula, est envoyé en taule pour avoir occis un tueur envoyé par la mère de cette dernière. A sa sortie de prison, Lula vient lui rendre sa jaquette en peau de serpent, et ils partent ensemble alors que la mère envoie des tueurs à leurs trousses…

 

http://blogs.rue89.com/sites/blogs/files/assets/image/2009/07/2009_07_18_Sailor_Lula.jpg

 

C’est dans de tels films qu’on voit que le potentiel d’une histoire tient à peu de choses. D’une love story tarantinienne, David Lynch tire une dynamite cinématographique qui explose l’écran à chaque minute, délicieux pour les yeux et envoûtant pour l’âme. La sophistication des protagonistes (ils sont tous merveilleusement développés, de la mère étouffante et psychotique jusqu’au beau père potentiellement dangereux, en passant par nos personnages principaux qui forment un couple sensationnel), la chaleur du cadre, la spontanéité de l’humour ou de la violence, la virtuosité de la mise en scène (une simple montée de musique suscite immédiatement une angoisse fébrile), David Lynch a réalisé un nouveau chef d’œuvre et on ne peut plus qu’admirer le travail en question, léché dans ses moindres détails (les scènes d’étreintes aux teintes chaudes, les multiples références cinématographiques…). Car en bon cinéphile, Lynch développe une atmosphère proche du conte, en faisant régulièrement référence au mythique Magicien d’Oz et en faisant régulièrement intervenir des éléments (le chemin de briques jaunes devient la ligne pointillée de l’autoroute, la mère souvent vue comme la sorcière, le mouvement de chaussures de Lula (scène ô combien virtuose après le face à face sexuel avec Dafoe)…). C’est un régal de cinéphile, et même si la scène finale de la fée me semble un peu trop partir en vrille (même si l’ambiance visuelle est réussie), le tout mélange les genres avec une fraîcheur qu’on a rarement respiré. Cage est épatant en fringuant étalon, danseur accompli et beau mâle violent, Laura Dern fait face. De marquant, j’ai surtout retenu Willem Dafoe, merveilleux en braqueur aux dents pourries dont les apparitions électrisantes nous feront longtemps nous souvenir de ce visage. Mais il faut surtout saluer la performance de Diane Ladd, qui incarne une des mères possessives les plus marquantes du septième art (elle entre en concurrence avec la mère de Carrie, mais reste bien en dessous de la mère de Lionel dans Braindead). Véritable sorcière des temps modernes aux ongles crochus magnifiquement vernis, elle se fait détester du public avec une facilité plaisante, ses accès de rage se révélant proche de l’hystérie. Toute une galerie de personnages avec qui nous passeront deux heures inoubliables, perdus sur une route zigzaguant dans le désert, sans but, mais fascinant. Un parfait conte pour adulte, qui, chose rare, ne cède pas aux joies de l’amoralité (Sailor purge sa peine de prison là où Tarantino se débrouillerait pour que nos tourtereaux s’échappent au nez et à la barbe de la police). Un des roads movies les plus plaisants que j’ai pu voir jusqu’à ce jour.



5,5/6


1990
de David Lynch
avec Nicolas Cage, Laura Dern

 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/diaporama/sailor-et-lula/sailor-et-lula-wild-at-heart-1989__1/1864424-1-fre-FR/sailor_et_lula_wild_at_heart_1989_portrait_w858.jpg

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commentaires

princécranoir 18/11/2012 09:05

Je suis plutôt du même avis même si je trouve que cette commande passée au filtre des obsessions du réalisateur reste en deçà des oeuvres plus personnelles.

princécranoir 17/11/2012 15:50

Tu ne dois pas être lecteur de Frank Herbert pour confesser un tel amour à sa version de "Dune". J'ai ceci dit également un souvenir nostalgique (gros effet quand je l'ai découvert au ciné dans ma
jeunesse) de ce film de SF qui a tout de même du mal à traverser les âges. As-tu vu cette version longue reniée qu'il a signé Allan Smithee ?

voracinephile 17/11/2012 19:58



Non en effet, je n'ai pas lu Frank Herbert. Par la version longue, tu parles du TV film de quelques heures ? Je l'ai vu effectivement, c'était plus développé au niveau du détail, de l'intégration
dans les populations Fremen, mais ça manquait clairement de charme, ce numérique cheapos et ces décors de 30 mètres carrés... Je préfère largement la version Lynch. Je trouve qu'on la critique
beaucoup parce que certains plans truqués sont en effet ratés (et les rayons lasers qui changent de couleur d'un plan à l'autre, c'est en effet faible...), mais si mis bout à bouts, il doit y en
avoir pour 10 à 15 minutes, tout le reste est délicieusement kitch, et j'apprécie beaucoup l'ambiance de tout le film.



princécranoir 16/11/2012 12:33

Mon trio de tête : Mulholland drive, lost highway, blue velvet. Et j'ai aussi une tendresse particulière pour "une histoire vraie", même si c'est le moins lynchien de sa filmo.

voracinephile 17/11/2012 13:22



Vraiment, Lost Highway doit être celui qui manque le plus à ma culture. Il faudra que je l'achète un de ces jours... On m'a parlé d'Une histoire vraie, à découvrir. Mais vu que je vous un
véritable amour à son Dune, je ne suis pas surpris qu'il ait fait d'autres films attachants qui ne correspondent pas vraiment à son style...



princécranoir 15/11/2012 19:19

Beau film qui commence sur les chapeaux de roue (on est pas prêt d'oublier la scène avec la fille du crash en bagnole) qui se délite en effet sur la fin (la fée). Pas mon préféré de Lynch mais tout
de même très bon.

voracinephile 16/11/2012 11:29



Il commence plutôt avec le meurtre violent d'un assassin, qui se fait littéralement décalquer contre un mur par Sailor. L'accident arrive plutôt vers le milieu, mais c'est en effet une scène
magnifique, assez surréaliste (il y a une scène similaire dans le film dead end, encore plus glauque d'ailleurs). Dans ce cas, quel est ton préféré de Lynch ?



borat8 15/11/2012 16:59

C'est clair que la gueule du bébé m'avait vraiment époustouflé en regardant des images. Pour Mulholland drive, il parait que c'est surtout la fin qui divise, tous ayant leur propre vision du truc.
Je serais curieux de voir.

voracinephile 16/11/2012 11:19



Oui, je suis curieux de voir ce que tu vas sortir de Mulholland Drive...



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