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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 13:47

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Tinto Brass est un réalisateur qui aime choquer, et qui n’a jamais caché son goût pour l’érotisme, qui revient régulièrement dans ses films (le mémorable Caligula). Avec Salon Kitty, le réalisateur se lance sur une pente glissante, puisqu’il touche à la fois au nazisme et à la sexualité. La dernière fois que j’ai chroniqué un tel mélange, c’était pour Ilsa la louve SS (article indispensable à lire dans l’irremplaçable catégorie « Mauvais goût »). Le bon goût semble d’ore et déjà exclu, mais Tinto se révèle au final plus subtil dans ses intentions, et délivre une peinture plutôt étrange du Salon Kitty.

L’histoire : Pendant la seconde guerre mondiale, le Salon Kitty, l’un des bordels les plus renommés de Berlin, voit toutes ses prostituées arrêtées et son adresse délocalisée dans une autre ville. Kitty, la tenancière, doit donc former une vingtaine de femmes attachées au National-socialisme, utilisées comme espionnes par les troupes SS.

 

helmut-berger.jpg


Avec un pitch pareil, on est parti pour avoir du mauvais goût. Et ça commence direct, en filmant des nazis nus en pleine séance d’exercices sportifs. Le réalisateur décide de nous exposer le nazisme sous son interprétation raciale la plus primaire : l’apparence physique et la condition sportive. Le nazi est un nazi physique, dépensant ses forces avec ses muscles et pas avec sa tête. Arrive alors le projet d’un commandant SS afin de s’assurer de la loyauté de ses troupes : fonder un bordel avec uniquement des femmes aryennes engagées dans la politique nazie, et s’en servir comme agentes d’espionnage au sein même des troupes allemandes les fréquentant. Les séances d’entrainement de nos recrues s’en donneront à cœur joie dans les images fortes (quarante femmes nues faisant le salut hitlérien, une orgie sur fond de musique classique allemande bien clinquante…), valsant avec le mauvais goût en s’égarant presque dans le voyeurisme (si il est dénoncé par les officiers contemplant la scène champagne en main, le réalisateur ne se prive pas pour l’utiliser). Commence enfin l’intrigue dans le bordel, où les filles ont pour mission de faire des rapports sur leurs amants sans en avertir la patronne, et sans savoir qu’elles sont enregistrées. Ainsi, le film ira de fait en fait, montrant d’abord une première dénonciation dans un rapport, puis faisant un portrait grotesque de la hiérarchie militaire nazie (un général portant des sous vêtements féminins sous l’uniforme…) Bref, le bon goût semble parti très loin, mais le film tentant toujours de rester sérieux (et tentant d’impliquer le spectateur avec l’histoire d’amour de la principale prostituée du film, et de son issue tragique), on peut lui accorder le bénéfice du doute, où en tout cas une intégrité artistique. En faisant notamment intervenir régulièrement un nazi, aussi pervers dans ses fantasmes que dans sa pensée, le film s’autorise quelques dissertations sur le pouvoir qui interpellent le spectateur (pour peu que celui-ci prête l’oreille aux dialogues plutôt qu’à l’image, où le nazi tente d’imposer à chaque fois sa domination en humiliant sa partenaire. Enfin, on notera que Tinto Brass possède une certaine fascination pour le monde du bordel, à l’ambiance si décalée avec les réalités habituelles de la guerre. C’est une société à part, ambigüe, fonctionnant entièrement sur le registre du fantasme, devenant vraiment un paradis pour les soldats qui viennent y passer leur permission. Avec plusieurs spectacles filmés intégralement, Salon Kitty nous plonge encore plus dans le doute, les intentions du réalisateur étant difficiles à cerner (même si la conclusion trop rapide montrant que l’ambition finit par détruire le pouvoir qu’elle engendrait). Etrange, jusqu’auboutiste et provoquant, Salon Kitty est une peinture totalement en décalage avec ce qu’on est habitué à voir, et demande par conséquent à être vu pour au moins se faire un avis. Nazisploitation ou fresque sensuelle tentant de réfléchir ? A vous d’y répondre, mais moi, mon opinion est faite.

 

4/6

 

1976
de Tinto Brass
avec Ingrid Thulin, Helmut Berger

 

http://farm4.static.flickr.com/3250/2594656362_dc1d557e8f.jpg

"Mauvais goût ou mise en scène intellectuelle et provocante ?"

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commentaires

Vince12 08/10/2012 21:45

Voudraient qu'il soit pardon.

Vince12 08/10/2012 21:44

C'est exactement ça on ne sait presque rien de lui et on fait sa personnalité sur ces films c'est pourquoi j'étais ultra impatient de l'entendre s'exprimer. Je détaillerai dans ma chronique (que
j'ai déjà commencé) mais ce mec est loin d'être le gros chtarbé que beaucoup voudraient qu'ils soient. je ne le connais pas bien sur mais pour l'avoir vu en interview ça a l'air d'un mec vraiment
intelligent (quand tu vois toute les références qu'il cite pour POAK) et un réalisateur philosophe.

Vince12 08/10/2012 21:23

Il y'a un making of où on voit un peu les trucages. Maizs chose très intéressante des interviews d'Andreï Iskanov.

voracinephile 08/10/2012 21:35



Curieux de connaître les propos de ce réal (je ne sais toujours pas si il est cinglé ou si ce sont seulement ses films...)



Vince12 08/10/2012 21:02

Comme quoi c'est toujours bon à avoir dans sa collec.... D'ailleurs pas grand chose à voir mais j'ai chopé POAK en Edition collector en Z1. je l'avais déjà en DVX mais j'ai pas résisté au fait de
posséder Edition collector. Et je regrette pas y'a des bonus intéressants que je pense chroniquai en article spécial sur naveton (Comme AIO faisait des fois pour certains bonus DVD)

voracinephile 08/10/2012 21:20



Avoir des détails sur les bonus m'intéresserait beaucoup en effet. Je n'ai que la parenthèse historique donnée par le film en lui même. C'est déjà assez complet niveau histoire, mais des détails
supplémentaires sont toujours bons à prendre. Et si il y a des infos sur les trucages des scènes de reconstitution, je suis preneur



Vince12 08/10/2012 13:40

Sinon y'a Aldo Valleti qui fait une apparition. C'est l'un des quatre fachos de Salo (celui qui a un oeil qui dit merde à l'autre).

voracinephile 08/10/2012 20:17



Oui, je me souviens avoir vu sa bouille à un moment dans le film... Je revérifierai bientôt, je l'ai commandé moi aussi ^^



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