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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 18:47

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Au rayon film extrême, nous nous attaquons aujourd’hui à Scrapbook, que l’amateurisme n’empêche pas d’avoir quelques ambitions psychologiques. Il faut aussi dire que, tel qu’il est présenté (sur naveton notamment où il s’est payé un joli 15/20), il a tout pour séduire, transcendant le luxe de l’ultra violence par un contexte psycho riche rarement abordé (la saga Hannibal Lecter en est l’exemple le plus populaire, les autres biopics de psychopathe tapent déjà plus dans l’underground). Toutefois, malgré ses ambitions, le film ne déroge pas aux canons du genre.

L’histoire : une femme est séquestrée par un psychopathe qui s’occupe à écrire le récit de sa vie dissolue dans un journal intime qu'il constelle de photographies. Pendant sa détention, il l’oblige elle aussi à tenir son propre journal.

 

Scrapbook_movie_Emily_Haack_picture_4.jpg

 

Il est effectivement intéressant de noter que, malgré l’aspect amateuriste du film (c'est le 7ème film du réalisateur, il tente ici de jouer la carte du réalisme en réduisant au minimum les effets de style, dans des décors minimalistes et qu’on sent convertis pour l’occasion), tout est fait pour souligner l’implication des acteurs dans le film. Après une ouverture choc qui essaye de donner dans le traumatisme d’office, le film commence à faire le portrait de son psychopathe, individu qui mène sa vie comme tout bon psychopathe se respecte, choisissant des victimes au hasard et désireux d’obtenir leur soumission à coup d’ultra violence et d’humiliations sexuelles. Mais sa grande particularité consiste dans le fait qu’il écrit le journal de ses mœurs dissolues, et qu’il fait preuve d’une certaine sensibilité à l’intérêt qu’on y porte. Cet éveil pour le rapport quotidien de ses actes, de ses émotions, est la porte qui permet d’entrer dans l’univers psychologique du film, qui se divise évidemment entre le bourreau et la victime. Si, comme d’habitude, le film commence dans une confrontation aussi mutique qu’extrême (costaude scène de viol pour bien débuter la détention), c’est dans le suivi des personnages qu’il se révèle plus fin que la moyenne. S’attachant d’abord à montrer une certaine résistance de la victime malgré la force que met le psychopathe à la briser, le film cerne avec une pertinence trash cette relation, où le psychopathe invite la victime à partager son ressenti, et où il y réagit en conséquence. Il est aussi appréciable de noter que le film ne donne pas dans la surenchère choc comme les débiles Snuff 102 et autres August Underground, mais qu’il valorise les performances d’acteurs. Comme nous connaissons peu à peu nos personnages, on peut donc croire à ce qu’ils vivent. Une scène choc costaude de Scrapbook, c’est une simple fellation sous la menace des poings du bourreau. Banal, mais le film ne sacrifie jamais les états d’âme des personnages, et cela jusqu’à la fin. Le film commence à se révéler inattendu quand il commence à opérer un rapprochement des deux protagonistes, notamment du côté du psychopathe, qui s’attache peu à peu à sa victime, et qui découvre avec le consentement progressif de la victime une « vie de couple » qu’il n’espérait pas avoir. Passionnant, mais hélas, la conclusion est horriblement frustrante, saccageant l’excellent travail psychologique amorcé par tout le film par un retour aux codes du genre aussi brutal que bête. En choisissant de venger la victime brutalement et de façon bien humiliante pour le psychopathe (avec les photos, un attachement pictural récurrent pendant le film), le film nie ce qu’il avait brillamment amorcé, puisque les réactions de la victime se révélaient du coup feinte. Elle n’avait jamais été brisée contrairement à ce qui nous avait été laissé voir, et ce qui rend caduc l’originalité du parcours psychologique (sans l’effacer, il est toujours là, et est sincère du côté du psychopathe). On peut aussi pointer du doigt 20 minutes en plein milieu du film pendant lesquelles arrive une nouvelle victime qui se fait massacrer dans les règles, c’est la seule scène vraiment gratuite de l’ensemble (il faut aussi préciser que les acteurs ont improvisé pendant certaines séquences). Le reste est d’un bon niveau (même si on filme parfois un décor complètement stérile pour varier les plans), mais encore une fois, la trahison finale reste en travers de ma gorge. Comme si tous les films de psychopathes qui se chargeaient les couilles avec la violence extrême avaient besoin de décharger toujours à la fin, comme ça, pour le plaisir… Ce n’est pas le cas de Martyrs, qui cultive cette frustration pour la faire pousser vers l’inattendu.  Scrapbook reste donc dans l’anonymat, possédant le brouillon d’un matériau riche qui, on l’espère, sera un jour exploité à la hauteur du potentiel sentimental qu’il contient (clin d’œil à un scénariste qui se reconnaîtra).

 

3,8/6


1998

de Eric Stanze

avec Emily Haack, Todd Tevlin, Elizabeth Hammock

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commentaires

Vince12 02/05/2013 07:52

Je tenterai de le voir, sinon en effet j'ai bien compris l'allusion en fin d'article ;).
D'ailleurs ne t'inquiète pas pour Dominus je te donnerai une réponse (peut être aujourd'hui d'ailleurs), mais j'évite de me précipiter pour bien saisir les détails su scénar.

voracinephile 02/05/2013 17:05



J'ai bien reçu ton mail, je vais aller lire ça. J'ai à peine avancé depuis, mais j'ai une scène ou deux que je t'enverrai...



Vince12 01/05/2013 18:16

Toujours pas vu, mais ton avis bien que décrivant un bon film m'a un peu refroidi. Visiblement le film ne va pas jusqu'au bout de son concept sentimental.

voracinephile 01/05/2013 21:00



Normal qu'il t'ait refroidi, la fin m'a complètement crispé. C'est ainsi que je l'ai ressenti, comme une trahison, car le film finit par un peu s'assagir, le psychopathe devient vulnérable, et la
victime a l'air de s'en attendrir. Puis la fin est une inversion pure et simple des rôles avec un psychopathe remis au rang de déchet pathétique. Je me suis sentis frustré par ce contexte
sentimental que j'ai trouvé gâché, éffleuré à peine puis sacrifié sur l'autel des codes du genre... Tu comprends maintenant pourquoi j'ai voulu me lancer dans Dominus (et tu auras sans doute
saisis le clin d'oeil en fin d'article ;)). Je te recommande néanmoins de le voir, pour un film choc, il est en dehors des sentiers battus, et en oubliant la "trahison", il y a là des bases
intéressantes. Par contre, traumatisme initial pour le psychopathe...



alice in oliver 01/05/2013 11:23

de rien ! Le film est particulièrement crédible et réaliste. Ce qui le rend finalement bcp plus trash que la moyenne du genre

voracinephile 01/05/2013 20:55



Oui, ce réalisme est souvent mis en avant dans les critiques, souvent élogieuses. Une belle preuve que le réalisateur a compris que l'enjeu se situe aussi ailleurs... Très bonne exposition et
construction des personnages, et de bonnes idées. Après, on sent par moments l'impro des acteurs, et une ou deux longueurs, mais un intéressant film choc, qui m'a d'ailleurs donner l'envie d'en
faire un moi aussi.



alice in oliver 30/04/2013 21:45

content qu'il t'ait plu: une grosse tarte dans la tronche. C'est vrai que le film doit bcp à la performance de ses 2 acteurs principaux.

voracinephile 30/04/2013 21:58



Contrairement à Bunny Game, il réussit en effet à mettre en valeur ses pistes psychologiques et à peindre des personnages crédibles. Pas besoin d'aller très loin si on tient à eux. Effectivement
une bonne trouvaille, merci à toi pour la découverte !



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