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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 20:07

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Season of the Witch est le troisième film de Romero, tourné en 1973 et se présentant comme une initiation aux rites de la sorcellerie chez la ménagère américaine. C’est du moins ce que laisse penser l’affiche et le résumé, car Romero a toujours une idée derrière la tête. Ceux qui ont vu ses films de morts vivants ou l’excellent Martin (dont Season of the witch se rapproche par sa logique de détournement des codes du genre) est avant tout une analyse psychologique de son personnage principal et des sentiments qui la poussent sur la voie de la sorcellerie. Subversif, donc, Romero ne se lançant jamais dans un sujet au hasard.

L’histoire : une femme d’âge mûr, inquiète de voir sa vie devenir monotone, s’intéresse à l’occulte par curiosité.

 

http://theqliphothicarchives.files.wordpress.com/2011/08/original.jpg


Quand j’ai découvert Season of the witch, j’avais mal saisi la nuance subversive du film, m’attendant à du fantastique plus qu’à de la psychologie. C’est pourtant ce à quoi on a affaire dans Season of the Witch, un film qui s’articule avant tout autour d’une femme respectable : Jan White. Malgré une introduction qui trompe immédiatement le public (une marche en forêt parsemée de symboles intriguants et de plantes agressives à la Evil Dead), Romero ne veut pas commencer sans faire un état des lieux, qu’il fera par l’intermédiaire des rêves de son héroïne. Ainsi, on sent déjà la subversion avec le portrait de cette ménagère dont on sent le quotidien très monotone. Romero a l’excellente idée de mise en scène de faire une visite complète de la maison (en mode années 50) où les amis et les autres membres de la famille sont montrés comme faisant eux aussi partie des meubles, comme si l’emplacement de la maison déterminait à lui seul le cadre de vie de son héroïne. Sa frustration quotidienne et sa mélancholie se ressentent sur tous les plans, et immanquablement, on ne peut s’empêcher de repenser à la sulfureuse Julia de Hellraiser, tant ces portraits de femme ont l’air de se rassembler sur leur base. D’ailleurs, notre héroïne a aussi quelques frustrations au niveau amoureux, son mari se consacrant beaucoup à son travail et ne lui laissant qu’une liberté réduite (qui sera illustré à l’occasion par un rêve qui la montrera en laisse, emmené au chenil par son mari pour la durée de son voyage d’affaire). Le discours subversif ne manque pas d’apparaître, et c’est là-dessus  qu’arrive le thème de la sorcellerie. D’abord, c’est clairement un passe-temps, d’abord motivé par quelques vagues convictions théologiques (son éducation chrétienne concorde avec le fait que la sorcellerie reconnaît l’existence d’une puissance qui nous dépasse mais qu’on peut utiliser). Cependant, le film prend garde de ne jamais s’aventurer dans  le fantastique, n’exhaussant jamais les prières rituelles de notre matrone, et illustrant d’une façon particulièrement réaliste de concept de placebo (lié par exemple à la magie vaudou), puis se transformant en incitation à la libération des mœurs. Car c’est là le thème central du film. Notre héroïne, comme ses amies, doit combattre ses propres contradictions (guère aidées par un psychiatre relativement peu actif) et s’affranchir de tout ce qui peut l’empêcher d’être heureuse. Notre dame va donc commencer à avoir un amant, et se sert de la sorcellerie comme une nouvelle religion, plus contemporaine et plus originale que la bonne vieille foi catholique. Et c’est peut être là que le film devient le plus subversif. Attention ça va spoiler ! En effet, notre ménagère n’en est qu’au stade initiale de la vie de sorcière, elle n’a pas encore intégré d’école de sorcellerie ni pris d’enseignement d’authentiques sorcières. Aussi, le dernier acte du film consiste en le meurtre sauvage de son mari au fusil de chasse (enfin, c’est ambigu car pendant tout le film notre héroïne est assaillie de visions faisant croire à une attaque de rôdeur) et cette évènement scelle son entrée dans l’école, qui pendant la cérémonie l’attache à l’autel avec une corde rouge. Implicitement, Romero taperait alors sur la sorcellerie, qui serait dès lors aussi aliénante que les formes de religions que notre héroïne voulait fuir. Finalement, cette dernière est complètement libérée de ses démons, juste récompense pour de tels sacrifices ? Romero prend donc toujours ses distances avec son sujet, mais réussit à le détourner complètement et à livrer des portraits psychologiques très intéressants, et particulièrement subversifs pour la société des années 70. Une vraie petite surprise, si une fois encore on réussit à oublier complètement nos attentes pour entrer dans le jeu de Romero. Un cru pour le moins étonnant, un peu bavard, mais plutôt bien joué.

 

4.5/6

1973
de George A. Romero
avec Jan White, Raymond Laine

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commentaires

Bond123 24/11/2011 14:25

Un film qui a vieillit mais qui garde son intérêt de part une intrigue qui se laisse suivre sans le moindre problème et grâce à une mise en scène toujours aussi stylisé.
3.5/6

voracinephile 25/11/2011 17:19



Certes Romero aime les mises en scènes bien faites, ce réal a assurément des qualités pour faire du grand cinéma. Mais avec Season of the Witch, on en vient quand même à se poser la question :
"est-ce que le film traite bien du thème dont il parle initialement ?" Ici, le film traite de beaucoup, sauf du sujet qu'on attendait. C'est du coup dommage de présenter ce film comme du
surnaturel alors qu'on traite clairement de psychologie.



alice in oliver 08/11/2011 11:35


jamais vu mais je le vois souvent des bacs à dvd à 4 euros: me méfie parfois de Romero. Certains de ses films sont très dispensables.


voracinephile 08/11/2011 13:04



Ben là, en l'occurence, faut vraiment s'en méfier de ce film ! Il contourne au final tellement son sujet qu'il en deviendrait presque frustrant tant il s'évertue à partir dans une direction
psychologique. Niveau psychologie, Romero fait du bon boulot, mais sinon, ne t'attends pas au moindre rythme. C'est le point faible du film, le divertissement promis par l'aspect sorcière n'est
jamais au rendez vous...



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