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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 08:12

http://www.replikultes.net/medias/images/movies/posters/107.jpg

 

Qu’on le vilipende ces temps-ci, Tim Burton reste un réalisateur exemplaire, qui insuffle à chacune de ses œuvres sa patte artistique plutôt fraîche, ou à défaut un style visuel enchanteur. Si c’est Batman qui a vraiment propulser le réalisateur dans un cinéma de premier plan, son dernier bon film unanimement (ou presque) acclamé est Sleepy Hollow (1999). Un conte gothique traité comme une enquête classique, dans un contexte hautement jouissif et totalement propice à la réussite d’un bon divertissement (un village isolé). Divertissant de bout en bout, le film brode son histoire avec une patte Burtonienne assez inspirée, qui compense en beauté ce qu’elle n’a pas vraiment en âme (les sentiments sont assez contenus, même dans l’évocation du douloureux passé d’Ichabod). Débroussaillons un peu cette forêt embrumée.

L’histoire : Ichabod Crane, enquêteur prônant des méthodes scientifiques au début du XIXème, est envoyé par ses supérieurs dans le village de Sleepy Hollow pour éclaircir le mystère de multiples assassinats ayant eu lieu récemment dans la région.

 

Sleepy-Hollow-Horseman.jpg


Si l’hommage à la Hammer ne fait pas un pli (la guest star Christopher Lee en est le point culminant), Burton développe en majorité son imaginaire et son approche gothique de son sujet, en intervenant sur de multiples détails de son film (les bois du Ponent sont des décors en studio). Assombrissant l’image, diffusant de la brume chaque scène de nuit, l’atmosphère du film est aussi oppressante que l’affaire sur laquelle Ichabod est sensée enquêter. Car le point fort du film, c’est de réussir à conter une histoire sous un angle très classique (belle reconstitution d’époque, bonne perception des rôles des institutions…) et de nous introduire peu à peu du fantastique jusqu’à parasiter complètement le récit et nous offrir un dernier acte jouissif au possible. Car ce sont là les uniques ambitions du film : faire un spectacle de qualité qui mêle les genres (policier, aventure, fantastique, horreur…), ne se freine et qui en donne avec une générosité qui mérite le respect (le gore intervient régulièrement avec son lot de tête tranchées). Avec des symboles forts et une musique toujours aussi merveilleuse (La plus grande partie des musiques de films de Burton a été composé par notre rouquin Danny Elfman), Burton transcende son esthétique torturée, et en fait un univers cohérent, qui passionne autant qu’il effraye. Avec un rythme constant (près d’un assassinat toutes les nuits) et des rebondissements réguliers, Tim gère parfaitement le suspense de son histoire, et s’offre même quelques séquences purement ludiques de combat contre la légende urbaine qu’il illustre avec un respect remarquable de son sujet. Originalité parfaite du sujet, un cavalier sanguinaire allemand qui revient d’entre les morts. Cependant, avec le monstre sacré et les décors, Tim ne manque pas d’illustrer une galerie de personnage fort attachante, puisque faisant de ses héros des êtres blessés, faibles et par conséquent terriblement vulnérables tout au long du film. Entre l’orphelin Masbath dont le dernier parent a été tué par le cavalier et Catherina Van Tassle blessée par l’enquête de Crane et versant dans la magie blanche, L’enquêteur Ichabod traine sa carrure chétive de scène de meurtre jusqu’en forêt accomplissant son enquête dans une crainte relative (s’affichant comme sceptique puis mourant de trouille l’instant suivant), et de ses peurs émergeront ses vieux souvenirs douloureux, nous éclairant sur son désir d’être un enquêteur scientifique. Les êtres brisés, Burton les aime, et nous aussi par la même occasion. Inutile de creuser plus en avant le sujet, le film relevant surtout du divertissement atypique, délicieusement torturé mais toujours droit dans ses intentions (le happy end). Joli polar fantastique, Sleepy Hollow séduit par sa beauté et par la fluidité de son récit, ce qui fait oublier les carences émotionnelles de ses protagonistes (on ne ressent jamais vraiment le déchirement ou la frustration des protagonistes, contrairement à un Edward Scissorhands. Plastiquement parfait, bien rodé mais manquant un poil d’âme. Dommage, mais le spectacle se révèle d’une telle intensité que pour rien au monde, on devrait s’en priver.

 

5/6

 

de Tim Burton
avec Johnny Depp, Christina Ricci


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commentaires

hdef 01/07/2014 03:24

Mon Tim Burton préféré, ce qui ne veux pas dire grand-chose vu que je n'aime pas le cinéaste. J'adore la façon qu'a Burton de gratter le vernis de la haute société anglaise de Sleepy, pour que leur
vraie nature éclate au grand jour lors de la scène de l'église, sorte de Society du XIXème (c'est très exagéré mais je l'ai vu comme ça). Univers toujours magnifique, croisant polar, film
d'horreur, fantastique et merveilleux (deux choses entre lesquels Burton fait admirablement la distinction).
Johnny Deep livre une magnifique performance 100% cartoonesque, et comme souvent chez Burton, gagne en maturité au cours du récit, et apprend à maîtriser ses peurs (comme le héros de Charlie et la
chocolaterie).
5/6

Voracinéphile 01/08/2014 22:42

Alors, bon vent HDEF, mais donne nous quelques nouvelles si tu croises un ordi connecté sur ta route ;). Tu nous manqueras, et j'espère que tu nous reviendras avec des pépites cinéphiles !

HDEF 31/07/2014 15:27

Sans doute sans doute ;)
Toutefois j'ai le regret de t'annoncer comme à tous les internautes que je vais longuement m'absenter de ton blog comme de naveton ou de Ciné Borat à cause d'un long voyage ("Dans une galaxie lointaine, très lointaine") qui devrait durer un an. J'espère vous retrouver tout aussi foufous et mordus de ciné à mon retour pour continuer ces échanges passionnants.
Après Ze Ring et Max, c'est mon tour :(

À bientôt (?)

HDEF

Voracinéphile 17/07/2014 12:34

Oh, génial ! J'ai l'impression d'être un des seuls à avoir aimé ce cru, qui reste pour moi le meilleur Marvel depuis Spidey. Wolfman avait fait polémique lors de sa sortie, et se traîne toujours une abominable réputation. J'espère que tu militeras pour sa revalorisation !

hdef 15/07/2014 15:10

Sachant que Captain America est pour moi un sommet dans ce domaine, Wolfman doit être un sacré cas.
Je vais me pencher sur sa filmographie, à ce petit bonhomme...

Voracinéphile 15/07/2014 15:08

Je me suis rendu compte de cela avec Hidalgo, Joe Johnston a vraiment une démarche cinématographique trop fixée dans l'hommage. Personnellement, j'adore, car on revient au style fastueux des anciennes productions, mais ça paraît toujours très daté, et les scripts sont pétris de clichés (Captain america doit être son film le moins manichéen, c'est dire...). Mais en terme de mise en scène, d'ambiance et de photographie, c'est un plaisir rare.

Miss Terry Traine 28/12/2011 18:57

je te dirai si je le trouve :)

Miss Terry Traine 21/12/2011 13:47

ha oui alors, le thème me plait beaucoup et suite à la lecture de ton article, je pense que je vais essayer de le trouver à la médiathèque dans un premier temps pour voir si il me plait vraiment :)
je passe en coup de vent, je dois bouger d'ici peu, je te souhaite de bonnes fêtes et à bientôt (et merci encore pour tes coms, j'apprécie ton ouverture d'esprit) bises

voracinephile 21/12/2011 18:26



Si tu arrives à le trouver à ta médiathèque, ça veut dire qu'ils choisissent bien leurs films (même si il est disponible en dvd, j'imagine qu'il doit être encore bien discret dans les rayons).
Bonne fêtes de noël à toi aussi ! A bientôt.



Miss Terry Traine 20/12/2011 18:16

Et tes petits films, tu les déposes quelques part ? Tu avais écrit les scénarios toi même ? Si c'est possible, j'y jeterai bien un oeil :) A une époque, j'aurais bien aimé être scripte mais c'était
pur fantasme, je suis trés contemplatrice :p Je ne pense pas avoir vraiment désirer perdre le regard que je pose sur les films. Tu me diras, on en gagne un autre mais le côté purement spectacle me
manquerait, comme si un film pouvait perdre de sa magie en connaissant un peu son côté technique. Certains pensent que c'est faux, je n'en suis pas totalement convaincu même si ça apporte une
richesse quand on aime le cinéma. J'aurais bien aimé assister à un tournage, qui sait, peut-être que ça arrivera un jour :)
Je regarderai cet article pour voir ce que tu en dis

voracinephile 20/12/2011 23:40



Pour mes films, je les ai mis en ligne à une époque, et les réactions n'ont pas été encourageantes. Non pas que je ne sois pas ouvert à de mauvaises critiques, mais se faire taxer de psychopathe,
de nazi ou de fascite par des mecs dont les arguments ne tiennent pas m'a tellement agacé que j'ai pratiquement renoncé. Du coup, je ne présente plus mes projets en public à moins de vraiment
préparer le terrain auprès de mon public. Quant aux films que j'ai fait avec des amis, je n'ai pas leur autorisation pour les mettre en ligne publiquement. Donc pour mes créations déjà tournées,
pour le moment, il est impossible de les voir. Quant à mes scripts, j'ai posté quelques échantillons, certes un peu longs, mais qui posent déjà quelques uns de mes goûts.


Tu as donc renoncé à être scénariste ? Je comprends ce que tu veux dire par "la magie du cinéma", mais dans la mesure où tu crées une oeuvres, il restera toujours tes écrits, certes adaptés par
le réalisateur pour l'écran, mais il est toujours publiable en tant que texte. A partir du moment où il y a création, c'est toi qui métrises ton oeuvre, et ceux qui passeront après ne feront que
se l'approprier. Le métier de scénariste est parfois ingrât parce qu'on oublie de parler d'eux, mais si tu fais tes preuves, tu ne devrais pas avoir trop de mal à travailler sur de bons films
avec des gens de talent, et il y a moyen d'apprendre pas mal de choses techniques pour peut être tenter de se lancer dans la réalisation. Enfin bon, j'en rêve, mais avant de trouver les contacts
qu'il faut pour se lancer proprement...


J'espère que mon article sur 8th Wonderland te donnera envie de le découvrir.



Miss Terry Traine 20/12/2011 17:11

Oui, tu as raison là dessus mais il faut être réaliste sur une chose, qui dit "grosse production" cherche à toucher un maximum de personne et là est la difficulté.
Pour Burton, il aurait sans doute pu faire mieux car son style est vendeur et de ce fait, on attend autre chose de lui. Et on lui confie des budgets pour cela. Donc, oui, on peut dire qu'il devient
moins créatif même si il garde visuellement une accroche. Reste aprés la nostalgie des films qu'il a fait et qui sont vraiment trés bons.
Il doit rester pas mal de réalisateur sur le carreau à cause de cette machine à sous. Regarde (et pourtant, c'est un vieux film mais l'esprit était déjà là, surtout en améique qui marche beaucoup
avec des films à affiches) le destin du réalisateur de "La nuit du chasseur", sa carrière a été brisé par ce film alors que c'est un pur chef d'oeuvre. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas fait d'entrée
à l'époque de sa sortie. Quel gachi :( Il aurait pu se planter aprés mais on ne le saura jamais, peut-être qu'un grand nom n'est jamais nait à cause du bussiness.
Et puis n'oublie pas non plus qu'un film ne se fini qu'aprés le tournage et que même son réalisateur découvre son film à ce stade et à mon avis, on ne lui permet pas de recommencer l'aventure
sachant qu'il peut aussi avoir envie de faire évoluer son film de manière différente à chaque fois qu'il visionnera ses prises aprés montage. Sans parler des contraintes de durée qui font aussi des
coupes et là encore, c'est une question de choix sur les scènes qui parfois sont aussi imposées en fonction de la machine qu'il y a derrière.
Je ne connais pas les derniers films que tu as cité. Tu les as sur ton blog ? (je n'ai pas encore tout vu :D )

voracinephile 20/12/2011 17:49



En effet, faire un film à gros budget est risqué parce qu'on investit beaucoup de fric. Mais plutôt que de concevoir un film par éléments (on va mettre Johnny Depp, on va mettre un monstre avec
des tentatucles, on va mettre un joli paysage, on va mettre une séquence d'action qui en jette), ils devraient lâcher la bride des scénaristes et attendre d'avoir enfin un bon projet avant de le
lancer. Et ce n'est pas ce qu'ils font actuellement, les producteurs ayant plus de pouvoirs que les réalisateurs. Seul des pointures comme Nolan ou Cameron ont le pouvoir de porter un gros budget
sur leurs épaules, et Burton, si il s'en sortait plutôt bien avec des budgets raisonnables (et une intégrité artistique plus grande qu'actuellement), s'est fait totalement bouffé par les
producteurs de Disney, il n'a plus qu'un contrôl restreint, et ça énerve les fans (qui le voient maintenant comme un vendu, Disney ayant sévèrement censuré Tim lors de ses débuts). Au moins,
comme tu le dis, il reste ses anciens films, mais ça fait du mal de voir un génis gaspiller son talent.


En effet, nombre de réalisateurs ont été oubliés en leur temps à cause d'échecs commerciaux stupides, alors qu'avec le recul leurs films sont excellents. Si je ne connais pas encore La nuit du
Chasseur de Charles Laughton, je pourrais te citer, plus récemment, le cas d'Irvin Keshner, qui après avoir fait Star Wars épisode 5, a fait Robocop 2, une véritable tuerie (même si elle est très
bancale) qui a fait un bide commercial retentissant qui a ruiné sa carrière.


Pour la vie d'un film, si la fin du tournage arrête certes pas mal de choses au niveau du résultat final, la post-production fait aussi des merveilles (pour avoir tourné quelques petits films en
amateur, les bricolages su ordinateurs parviennent parfois à sauver les apparences). Après, pour les contraintes de livraison et de budget, c'est autre chose, le réalisateur n'ayant aucun
contrôle là dessus.


Pour les films que je cite, 8th wonderland est chroniqué sur mon blog ( http://voracinephile.over-blog.com/article-8th-wonderland-76059183.html ), mais pour les autres, c'est à venir !


 



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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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