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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 14:04

  http://faussesvaleurs.unblog.fr/files/2010/11/steak.jpg

 

Quentin Dupieux est un réalisateur qui fait débat. Musicalement, ses travaux très expérimentaux interpellent, mais désarçonnent aussi beaucoup. Alors, que dire de ses films qui semblent eux aussi partir de projets complètement barjo, et qui finissent dans des salles de cinéma ? Si je ne me prononce pas encore sur le qualificatif de « génie », les œuvres en question possèdent une personnalité assez forte, sortant carrément des rails où le film est rangé pour offrir de l’inédit, parfois avec une audace qui impressionne. Steak, le premier film du réal, a largement de quoi surprendre au vu de ses deux têtes d’affiche Eric et Ramzy, dans des rôles hallucinants et au service d’un humour vraiment novateur.

L’histoire : Georges est le souffre douleur de son école. Un jour, s’y rendant, il trouve un pistolet mitrailleur. Liquidant ses bourreaux, il confie l’arme à son meilleur pote, Blaise, qui est arrêté et part en asile psychiatrique pendant 7 ans. A sa sortie, Georges le récupère et lui montre combien les choses ont changées pour lui.

 

http://images.fan-de-cinema.com/articles/steak/steak-2.jpg

 

Steak est un film particulier, qui va trancher dans le public (jusque dans son esthétique très américaine). C’est un objet culte qui va soit emballer pour son ton totalement hors du commun, ou qui va être rebuté par un film trop bizarre, trop décalé par rapport aux critères habituels. Car Steak étant présenté comme une comédie, son humour ne fait pas rire (du moins, pas normalement, mais en poussant sans cesse dans l'absurde). C’est en cela qu’il parvient à être génial et à transcender son statut. Son humour consiste toujours à nous promettre un gag, mais ce dernier ne venant jamais, ou arrivant de manière tellement plate qu’il n’est absolument pas drôle, un décalage monstrueux a tendance à apparaître, et c’est bien lui qui se révèle drôle. On citera au hasard la scène où Georges tente de raconter à Blaise une blague sur des nuages, et à force d’ergotages et de parenthèses, on finit par tellement s’éloigner de la blague que chaque intervention n’a plus aucun rapport avec celle-ci… et que chaque nouvelle intervention des protagonistes qui s’énervent en devient très drôle. Steak se focalise aussi sur l’humour du non-sens. Il va filmer par exemple un personnage avec une tête d’ahuri qui récite un texte sans la moindre intelligence. Ou encore en filmant une bande de jeune jouer à un passe-temps incompréhensible où ils lancent un dé en annonçant des chiffres, et en se faisant taper avec une batte. Complètement insensé, et de ce décalage constant naît un humour hors norme, qui semble constamment s’appuyer sur un trip bancal, mais payant. Après, quelques gags plus classiques viennent fluidifier le tout (de l’Eric et Ramzy en somme), ménageant ainsi le spectateur sans renier le côté loufoque du projet (Blaise qui menace de se suicider pour faire pression sur quelqu’un qu’il ne connaît pas). Sa bande son, à l’image de son humour, est elle aussi assez décalée car hétérogène, se lançant parfois dans un style un poil expérimental, ou complètement hors sujet (les sifflements de l’intro). Mais si Steak a des airs d’OFNI de comédie, il aborde aussi quelques thèmes intéressants dans son décalage (à l’inverse de Dikkenek par exemple qui lui est profondément gratuit). Avec Georges, on aura par exemple la victime du film, qui ne parviendra jamais à se faire accepter dans un groupe. Le fait qu’il tue ou non des personnes qui le discriminent ne change finalement rien. Il est voué à être une victime qui tente de se prendre au sérieux. Steak se veut être aussi une sorte de caricature de phénomène de mode. En effet, les canons comportementaux semblent avoir bien changés pendant ces années d’asile. Les nouvelles personnes cools, ce sont les Chivers. Une bande de jeune qui parlent bizarrement, qui ont une technique de salut complexifiée au possible et qui dans toutes leurs activités préfèrent le synthétique au naturel. Ce qui est moderne est bon, ce qui est ancien est à chier. Ils ne boivent pas d’alcool, mais du lait. Ils ont un humour à côté de la plaque et cultivent leur attitude en se moquant ouvertement des autres (réplique culte au moment où ils se lance un petit défit au volant de leur 4x4 : "Le dernier arrivé est fan de Phil Collins !"). Ce qui nous vaudra pas mal de scènes absurdes où ils se livrent à des activités hallucinantes, où ils plaquent des meufs « naturelles » pour préférer celles qui sont corrigées chirurgicalement. D’ailleurs, ils semblent tous vouloir se faire refaire le visage en tirant un maximum leur peau. Un enlaidissement toujours présenté par le film comme quelque chose de cool, ce qui contribue à alimenter le climat absurde (en l’espace d’un plan, la drogue est remplacée par le botox). Steak, c’est probablement l’un des meilleurs films d’Eric et Ramzy, et une curiosité du cinéma français qu’on n’est pas prêt d’oublier, en bien ou en mal. Personnellement, j’ai bien adhéré à ce premier contact avec Quentin Dupieux, mais ça ne sera pas le cas de tout le monde.

 

4.5/6

 

2006
de Quentin Dupieux
avec Eric Judor, Ramzy Bedia

 

http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/63/78/07/18811170.jpg

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commentaires

Laurent 01/07/2016 12:17

J'ai adoré ce film tout comme votre critique, un must pour tout cinéphile, au moins pour découvrir du jamais vu !

kevin lolilol 12/11/2012 22:18

Que de fautes d'ortograf dans cette chronique!

Partie de phrases manquantes, erreurs meme sur le patronyme des acteurs principaux et j'en passe concernant la syntaxe

une honte!

Il faut se relire avant de publier

voracinephile 12/11/2012 23:42



En effet Kevin, j'ai régulièrement de petites scories de ce genre à rectifier. Je suis sûr que Dupieux ne m'en voudrait pas pour ce non-orthographe, mais j'y reviendrai.



alice in oliver 14/06/2012 15:22

Etant donné que je ne l'ai pas vu, je vais avoir du mal à rebondir dessus

voracinephile 14/06/2012 20:32



Je t'encourage à combler cette lacune, Quentin Dupieux étant une personnalité très intéressante dans le paysage français (son Rubber,peu l'aiment, mais beaucoup l'ont vu).



alice in oliver 11/06/2012 11:12

jamais osé le regarder: j'ai lu les pires insanités à son sujet

voracinephile 11/06/2012 12:57



Ceux qui disent du mal de Steak appartiennent à deux catégories : ceux qui aiment les comédies pas fines et qui ont été décontenancé devant le résultat (la large majorité, victime de la promo
mensongère qui vendait Steak comme une comédie Eric et Ramsy), et les cons incapables d'apprécier un film différent. Steak est vraiment un OFNI, un produit complètement dans la veine du cinéma
Quentin Dupieux, et il doit se prendre comme un film absurde. En tout cas, il est d'excellente facture quand tu le prends sur la bonne longueur d'onde. Il y a moyen de faire un bon débat sur
cette oeuvre...



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