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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 16:07

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INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS

 

Sweet movie de Dussan Makavejev appartient définitivement au rang des OFNI cinématographiques. Réalisé en 1974, il reste relativement méconnu, et pour cause, ce film possède toutes les caractéristiques du mouvement Panique, sans pour autant y être rattaché. Le film est trouvable sur youtube, et m'a été recommandé par Zogarok (dont la chronique ferait passer mon aperçu pour un flyer touristique). L’overdose de symboles est là, tout comme le surréalisme de la mise en scène, toutefois, le fond est radicalement différent des travaux d’un Arrabal ou d’un Jodorowsky…

L’histoire : Gagnante du concours miss monde 1984, une femme est mariée à un riche industriel, qui après l’avoir déflorée, la jette dans le caniveau. Vivant un parcours initiatique à la Justine, elle échoue à Paris dans une étrange communauté. Pendant ce temps, à Amsterdam, une péniche menée par une folle parcours les canaux de la ville en prenant quelques fois des personnes à son bord.

 

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Sweet movie est en quelque sorte un test intelligent à soumettre à tous les cinéphiles, puisqu’il est malgré sa façade, un film piège. Il possède tous les oripeaux du chef d’œuvre des années 70, toute l’exubérance, tout le politiquement incorrect d’une époque (avec le contexte de libération sexuelle, le quota de nudité explose ici, au-delà de toute pensée rationnelle), et c’est ce qu’il y a derrière ce masque fantastique qu’il faut pouvoir identifier. Or, et c’est bien le problème de Sweet movie, il tourne complètement à vide, et tente de faire passer ses délires pour des dissertations psychologiques ou des dénonciations bon enfant qui ne coûtent rien (les vilains industriels, les vieilles biques, les riches, la télévision…). Au premier visionnage, le choc est tel qu’on est fortement tenté de crier au chef d’œuvre, on est tiré dans des tas de directions à la fois, mais impossible de faire un tout cohérent, de résumer en une phrase. Car Sweet movie est un fourre-tout, un pot pourri des pensées de son auteur, dans lequel on peut voir quelques fils conducteurs. Ils tiennent essentiellement dans l’apparition d’une sexualité omniprésente (le parcours de notre miss monde tourne autour de la ceinture, tout le temps, à chacune de ses rencontres, à tel point qu’elle en deviendrait une caricature de la Justine de Sade) et une association sexualité-friandise pour le moins… atypique. On sent qu’il y a une idée derrière cette association, mais elle s’est perdue dans le récit, et se retrouve soit sous forme de détails (un noir qui avant l’acte sexuel se compare à du chocolat, la folle fornique avec un marin dans un lit rempli de sucre…) ou de scènes pour le moins dérangeantes (la folle qui fait un strip tease devant des gamins de 8 ans suçant des sucreries, l’héroïne se caresse le visage d’un air ingénu contre un pénis, une scène d’exhibition de notre héroïne recouverte de chocolat (donnant un beau relent fécal à l’image)…). Sans que le sens de tout ceci ne soit exposé. Alors soit Sweet movie est une œuvre inaccessible, soit nous avons affaire à un beau numéro de masturbation intellectuel, un porno pour intellos voué à un public qui aime jouir du cerveau. Il y a toutefois des séquences fantasmes qui traversent le récit (un meurtre particulièrement graphique dans le bac à sucre, l’introduction dénonçant le show télévisés avec un excès complètement survolté) qui tendent à lui donner les qualités, qui stimulent l’adhésion (le marin faisant du stop sur une bouée avec son vélo). Mais finalement, l’excès de Sweet Movie tourne à vide, n’ayant rien d’autre à offrir qu’une orgie complète, qui culmine dans la fin du récit avec un remake de La Grande Bouffe à en faire passer l’original pour une comédie bon enfant. Quand il ne montre pas d’images d’archives de l’exhumation des victimes d’un massacre par des nazis (je n’ai toujours pas saisi l’utilité, mais c’est de l’art !). Flamboyant, mais creux, Sweet Movie est une sorte d’exception dans le paysage cinématographique, car il fait vraiment office de test cinéphile, de révélateur d’attachement à la forme ou au fond. Un must seen.

 

2/6


1974
de Dusan Makavejev
avec Carole Laure, Pierre Clémenti

 

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Published by voracinephile - dans OFNI (m'as tu vu )
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commentaires

vareche 22/07/2014 02:45

pas d'accord pour ma part il y a mille fois plus de choses à penser dans le film de MAkajev que dans les oeuvres un brin convenu du bon Jodo. C'est personnel bien sur, mais je m'interesse guère au Dark New Age. Makajev a un sens bien à lui pour éprouver différemment les vieilles recettes de la décennie qui le précéde. Sweet Movie est un film procés déguisé. Les massacres ne sont pas ceux des nazis mais ceux des soviétiques (la forêt de Katyn), les bourgeois n'ont pas beaucoup de désurs et ils restent les maîtres de la séxualité. Difficile exercice que de raconter tous les liens entre la Domination des autres et la Domination de soi, dans un cinéma d'images. Si Makajev n'est pas subtile, ila des choses à dire et il me le dit très bien. Pour moi si tu veux c'est un beau flm sur le mensonge et l'idéologie, c'est un des rare film vraie sur la fausseté du bonheur. Les riches et les pauvres sont ici clairement mis à dos comme éléments d'une tragédie politique, la recherche de fins personnels et l'échec du collecif est particulièrement souligné par grand coup de cris et d'horreurs. A moins que ça soit le contraire qui sait ?

Voracinéphile 26/07/2014 20:39

Sur le massacre, j'avais effectivement lu qu'il s'agissait de celui de Katyn, et qu'il s'agissait sans doute d'une nouvelle dénonciation du fascisme "généralisé" (d'un côté comme de l'autre, les extrêmes se rejoignent). Mais j'avoue que c'est l'impression globale que me laisse un film qui me pousse à l'apprécier et/où à pousser l'analyse assez loin. Ici, il y a justement trop de choses qui partent dans tous les sens (contrairement à Jodo, dont le foisonnement me semble garder une cohérence). Je ne nie pas qu'il y ait des messages (c'est même évident), mais que le résultat a échoué à conserver mon attention. Savoir trouver un équilibre et garder la maîtrise de son oeuvre (même dans des projets complètement fous comme Caligula ou Les diables), c'est aussi un aspect du travail de l'artiste. Je conçois qu'il puisse parler, mais j'avais davantage un sentiment de cacophonie qu'un foisonnement incendiaire...

hdef 26/08/2013 14:29

Effectivement pour Arrabal, Viva la Muerte et j'irais comme le cheval fou, c'est autre chose.
Mais je pense que tu seras déçu par prénom carmen, car il n'a rien d'un film barré.

A bientôt

voracinephile 28/08/2013 12:57



Oh, mais un film etrêmement réaliste peut très bien faire mon bonheur ! Je jugerai quand je serai devant. Merci à toi pour ces commentairres.



hdef 24/08/2013 12:47

ah oups, je ne m'étais pas trompé, Paradjanov n'a rien a faire là-dedans...

hdef 24/08/2013 12:46

honnêtement, oui, tes termes m'ont froissé !
Pourquoi pas en dire autant de "Prénom : Carment" de JLG, alors ??? Sinon, je connais l'amour de l'équipe de naveton pour le "gourou jodo" comme le dit mad movies, mais son lyrisme a tendance a me
casser les pieds (surtout dans "la montagne sacrée") :(
Enfin, comme tu dis, on aime ou on n'aime pas, mais je t'ai trouvé très violent à l'égard de ce film assez fin...

Sinon, désolé d'avoir dit que c'était du Paradjanov, car c'est de Makajev...

voracinephile 24/08/2013 16:27



Je m'en doutais. N'ayant pas vu Prénom : Carment, je ne me risquerais pas à faire la comparaison (merci pour titre en tout cas, il rejoint ma liste). Effectivement, l'équipe Naveton est
intégralement fan de Jodo. Pour le moment, c'est en tout cas mon préféré dans Panique. Makavejev ne m'a guère convaincu sur cet essai (pour le coup, on voit une cohérence chez jodo, ici, j'ai eu
beaucoup de mal, et sans l'analyse étendue de Zogarok, je serais resté longtemps dans le brouillard. C'est bien d'avoir des idées, encore faut-il les organiser un peu. Je suis client de ces films
sous acide de toute façon, celui ci m'a en revanche paru en deça des Arrabal que j'ai découvert.



hdef 18/07/2013 15:35

pas très convaincu par tes arguments sur un grand film de Makajev ! Alors après, on peut éventuellement lui préférer les œuvres majeures du cinéaste comme Les Chevaux de Feu ou Sajat Nova, mais ce
film est tout de même fort étonnant, donc...

voracinephile 18/07/2013 17:52



Je t'invite fortement à aller lire la chronique de Zogarok dans ce cas, où il détaille bien davantage son ressenti du film (http://zogarok.wordpress.com/2013/07/14/sweet-movie/). Devant un cinéma
aussi radical, on aime ou on n'aime pas. Mais si les génies comme Arrabal ou Jodorowsky inssuflent beaucoup de profondeur à leur oeuvre, ici, je n'ai pas eu un instant l'impression d'y voir
beaucoup plus que ce que le film montrait. Il y a de petites dénonciations faciles, mais à part être extrême, le film n'apporte pas grand chose à son spectateur... Mais peut être mes allusions à
la "masturbation intellectuelle" t'ont froissé... C'est pour cela aussi que Sweet movie est un cas cinématographique épineux, et j'ai tendance à trouver qu'il mime la profondeur plutôt qu'il ne
la cherche vraiment... Quitte à me faire jeter des pierres, je rapprocherai davantage Sweet Movie de Jean Louis Costes plutôt que de Jodorowsky.



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