Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 07:36

believer-poster.jpg

 

Plusieurs drames assez connus du grand public se frotte au néo-nazisme, le plus souvent pour en venir au thème du racisme. Le plus connu (et apprécié) doit être American History X, qui offre à Edward Norton probablement son meilleur rôle et qui s’attache à chercher ce qui séduit dans le nazisme, tout en montrant la voie d’une rédemption un peu rapide. Un élève doué était une très courageuse tentative de confronté un étudiant brillant avec un officier nazi caché au fin fond de l’amérique, s’imprégnant peu à peu de l’idéologie de son maître. Un excellent début pour un film caricatural et mauvais, vraie débâcle idéologique qui se perd en cours de route. Et aujourd’hui, c’est au tour de The believer de proposer une dissertation intéressante : celle d’un juif néo-nazi.

L’histoire : Danny Balint est un néo-nazi brillant et brutal, qui est repéré par un couple de penseurs fascistes souhaitant donner à leurs idées une vraie contenance politique (ils comptent se lancer en formant leur parti). Seulement, leurs avis divergent sur la question juive, Danny prônant toujours leur extermination. Pourquoi une telle haine, une telle obsession sur les juifs ?

 

http://www.thefilmjournal.com/images/believer2.jpg

 

La contradiction sur laquelle s’appuie le film est trop belle, trop puissante pour laisser indifférent le spectateur. Elle suscite une curiosité tellement forte qu’en commençant, le spectateur est attentif, soucieux de vouloir comprendre les motivations d’un personnage aussi contradictoire. Le résultat, d’une façon un peu prévisible, est en demi teinte (sur un sujet aussi délicat que le néo nazisme, je n’ai encore jamais trouvé d’excellente copie). Notamment parce que le film cumule les bonnes idées (Danny, aux idées puissamment agressives, parle très bien et expose clairement les idées qu’il défend), mais qu’il n’exploite pas vraiment les zones d’ombre du personnage, ou illustre moyennement bien cette cohabitation de deux choix de vie antagonistes. Le film s’intéresse à des personnages intéressants, et les laisse faire des dissertations à leur guise, ce qui favorise l’immersion. Ainsi, les fascistes « bien-pensant » se disent dégoûtés par la perte des valeurs de l’Amérique, par son climat de violence et de précarité, et pointent la faiblesse d’un gouvernement qui n’a pour seule réponse que le libéralisme. La plongée est complète, le film s’affranchit de repères moraux artificiels (aucun défenseur de la république ne prend la parole, nous sommes dans un environnement politique isolé et méfiant) et esquisse le visage d’un fascisme polissé (conscient du profond échec du troisième Reich et de l’inutilité de la Shoa), recherchant ses priorités ailleurs que dans le modèle allemand. Danny, à l’inverse, revendique son admiration pour ce modèle, et vomit la race juive par tous les orifices de son corps. La haine est si violente qu’elle en est presque magnétique, elle hypnotise en tout cas l’assistance, et laisse poindre les talents rhétoriques de Danny, qui s’enflamme devant l’intérêt qu’on lui porte. Or, en ayant lu le résumé, on sait déjà que le personnage est juif, et qu’il enterre au plus profond de lui-même ses racines (il ne cesse d’ailleurs de faire des allusions aux racines, voulant « déraciner » complètement la race juive). A quoi est due un tel rejet de sa culture, une telle haine de ses origines. Le personnage ayant vraiment existé, le film prend le parti d’illustrer d’une façon un peu plate ce qu’il pense être l’impulsion de départ : les cours sur la Thora. Par l’intermédiaire d’un flash back récurrent sans cesse un peu plus développé, le film s’attache à montrer la vision de Danny, qui se dresse, rebelle, en face de son prof juif. Si l’on comprend que le conflit vient essentiellement d’un rejet des explications qu’on lui impose et de sa vision des juifs qu’il considère comme faible (il voit Yahvé comme un tyran omniprésent et son peuple comme des brebis qui se plient docilement à Sa volonté), le duel théologique s’enfonce peu à peu dans la médiocrité, le gamin finissant par carrément nier l’existence de Yahvé (le classique coup du défit lancé à Dieu ici et maintenant) avant de partir en colère vers son petit destin nazillard. Un peu expédié, pour qu’on accepte une situation aussi contradictoire. Les petits détails montrant la cohabitation sont aussi bancals. Ainsi, Danny participe au plasticage d’une synagogue, mais il veut que l’on respecte la Thora et qu’on ne souille pas ces saintes écritures. C’est contradictoire, mais ce n’est pas développé davantage, et donc cela échoue à donner plus de consistance au personnage. De même que son petit retour dans la communauté juive n’est pas particulièrement porteur, les réflexions entraînées par ce revirement n’étant pas à la hauteur (les heurs avec la communauté juive sont en deçà du réalisme, et les néo nazis ne se manifestent pratiquement pas, ce qui est impardonnable). Toutefois, le film arrive à s’en sortir en touchant par moments à des idées intéressantes, car taboues ou indiscutables. En laissant la parole à un néo nazi, le film laisse donc la parole à des argumentaires qui tentent d’être construits et de développer des idées. Danny insiste souvent trop sur la théorie raciale pour que son discours devienne vraiment subversif, mais il parle et tente vraiment de développer des idées. De même, certaines interventions des fascistes policés sont elles aussi croustillantes. Le subversivement ironique « l’antisémitisme, c’est surtout un truc de juif… » en est un bel exemple. On comprend donc quelques mécanismes qui régissent Danny (notamment lors de ses bagarres où il veut faire réagir ses victimes et les voir faire éclater leur rage alors qu’elles restent sous au sol à prendre les coups), mais on s’ennuie devant certaines longueurs du film, qui décrit un peu trop dans le détail le quotidien d’une bande de néo nazi qui ne font pas grand-chose de leur temps. Reste toutefois une intéressante scène de confrontation entre les néo nazis et un regroupement de survivants des camps de la mort, qui ne débouche hélas sur rien de bien concret. Un film inégal donc, soutenu toutefois par un Ryan Gosling plutôt impliqué dans son rôle ambigu…

 

2,5/6


2001
de Henry Bean
avec Ryan Gosling, Billy Zane

 

http://www.thefilmyap.com/wp-content/uploads/2012/07/The-Believer-inside.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Vince12 08/03/2013 09:33

Pas vu mais pas tenté plus que ça. Déjà un peu dans le même genre et que tu cite dans ton article, je trouvai American History X très très surrestimé

voracinephile 08/03/2013 20:49



Je pense que dès que tu abordes le thème du racisme ou du néo nazisme, les gens apprécient le film, si son message est identifiable (d'où le succès pas irréprochable de AHX). Or ici, c'est plus
le portrait d'un personnage contradictoire. C'est intéressant, mais loin d'être irréprochable... C'est déjà plus complexe qu'AHX, qui lui était relativement simple à suivre, et peut être un peu
facile (rédemption, puis fin pessimiste).



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche