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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 17:16

The-Murderer.jpg

 

Le thriller coréen a depuis quelques temps connu un certain  essor dans l’industrie du cinéma, commençant à s’exporter plutôt bien, et même à rafler des prix dans les festivals. Que ce soit I saw the devil à Gérardmer ou The Chaser à Cannes, plusieurs ont été remarqués, et se retrouvent maintenant dans les bacs destinés au grand public et pas dans les rayons cinéma asiatique. Un des derniers, The murderer, a suffisamment retenu mon attention pour atterrir dans le top 10 de 2011. Intéressé ?

L’histoire : Goo Nam est un chinois en mauvaise posture. Taxi le jour, il perd au majong le peu d’argent qu’il parvient à récupérer, ce qui rend furieux ses usuriers. Il s’est endetté de 6500 euros pour acheter un visa coréen à sa femme et lui permettre d’aller travailler en corée du sud (un pays où la réussite sociale est plus facile), et est depuis quelques mois sans nouvelles. Nyum, un passeur de joseonjok (immigrés chinois travaillant en corée) lui propose de régler sa dette si il va tuer une personne précise en Corée.

 

http://s1.lemde.fr/image/2011/07/07/600x300/1546188_3_eef3_kim-yun-seok-dans-le-film-coreen-de-na.jpg


Le plus grand défaut de ce thriller doit être de requérir une certaine patience chez le public, puisqu’il lui faut une bonne heure pour planter l’introduction avant de lancer l’action. Mais cette heure est suffisamment bien rempli par la caractérisation de notre personnage principal, un chinois légèrement alcoolique, démoralisé par son amour disparu et incapable d’élever sa fille seul. Le contexte social est plutôt bien dépeint, la pauvreté des quartiers d’habitation étant immédiatement perceptible, et surtout pour le statut d’immigré, qui sera bien plus développé par la suite. Le second personnage principal, c’est Nyum, un coréen massif qui aide des chinois à passer illégalement en Corée, qui semble être la figure la plus populaire du film. Attendez un peu de voir cette brutasse dans les combats à l’arme blanche, et de constater sa grande popularité auprès des immigrés ayant réussis à passer et à trouver du travail. Mais revenons à notre trame principale. Du statut de chinois survivant comme tant d’autres, Goo Nam devient un immigré clandestin, qui passe par des voies non légales pour entrer en Corée (une traversée plutôt tendue au niveau de l’ambiance). Une fois sur place, il se rend à Séoul pour chercher l’adresse de sa future victime, et il commence ainsi à planifier son meurtre (à l’arme blanche, vous ne verrez pas la moindre arme à feu dans ce film), tout en commettant quelques petites erreurs (il se retrouve par exemple en face de sa future victime, qui sera humanisée pendant quelques secondes, histoire de rendre sa tâche un peu plus difficile). Mais c’est avec la scène de meurtre dans l’escalier de l’immeuble que le film se lance vraiment. Violente, sanglante, brutale, elle donne déjà le ton de violence du récit, et lance la mécanique par différents faits troublants (les deux autres assassins sont eux aussi des joseonjoks, et c’est le chauffeur de la victime qui vient l’achever). Rapidement, la police arrive sur les lieux, et commence alors une infernale course poursuite dans les ruelles résidentielles de Séoul, parfaitement gérée au niveau du rythme même si son dénouement est un peu expédié. A partir de là, on retrouve une sorte de trame à la Machete, mais en réussi et avec un sérieux qui impose le respect. Notre immigré clandestin se retrouve alors traqué par la police de Corée du sud, les contacts de retours qu’on lui avait fourni étaient bidon, bref il s’est retrouvé jeté aux ordures par ses employeurs. Il va falloir comprendre tout ça, et vite, parce qu’il n’y a pas que la police qui soit à sa poursuite, mais aussi les hommes de main d’un riche et mystérieux patron qui a l’air d’avoir commandité l’assassinat. Du rythme, l’heure vingt qui suit en a à revendre, nous offrant régulièrement des scènes d’action dantesques où les participants ne sont armés que de couteaux ou de hachettes (attendez vous à une sacré dose de violence pendant les combats). Le film témoigne un certain intérêt aux immigrés chinois installés en Corée, en tout cas pour leur parcours et pour les rôles qu’ils jouent dans cette histoire. C’est d’ailleurs ce contexte social qui fait aussi son capital sympathie. Diablement efficace quand il fait couler le sang, le film s’offre une esthétique très froide (les teintes rouges sont considérablement désaturées, sans parler des teintes jaunes-oranges (les explosions en deviennent blanches)) et une photographie impeccable. Si la caméra bouge peut être un peu trop pendant les scènes mouvementées, l’action est plutôt lisible, et en tout cas très bien chorégraphiée. En l’état, The Murderer pêche surtout par une durée un peu longue (deux heures vingt, c’est beaucoup pour un simple thriller) et par la recherche de la femme de Goo Nam (certes une piste intéressante et socialement réaliste, mais qui sert au final plus à faire patienter Goo Nam jusqu’au dernier jour de son contrat qu’à faire autre chose). Mais ne boudons pas notre plaisir, The Murderer est d’une excellente efficacité une fois lancé, et il devrait combler largement les attentes de ceux qui désespéraient de trouver un thriller intelligent et respectueux de son contexte.

 

4.7/6

 

2011
de Hong-jin Na
avec Yun-seok Kim, Jung-woo Ha

 

http://courte-focale.fr/Images/The%20murderer%202.png

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commentaires

hdef 23/03/2014 16:20

Je te conseille vraiment de découvrir ses films, en privilégiant les premiers (son dernier, Moebius, était franchement médiocre).

hdef 21/03/2014 18:40

Bien qu'il soit inférieur à The Chaser, ce 2e film de Na-Hong Jiin est une petite merveille qui, sans lésiner pour autant sur le gore, offre une intrigue hitchcockienne de l'homme qui veut prouver
son innocence. Un oppercut très efficace en forme de bombe, dont je me souviendrais entre autres pour la tuerie à la hache. J'attends avec impatience le prochain film du cinéaste qui est, à mes
yeux, avec l'inégal Kim Jee Woon, le meilleur de la nouvelle vague coréenne, même si j'aime aussi bcp ce que fait Hong sang soo (Ha ha ha) et Kim Ki Duk (L'Île, Printemps été automne hiver et
printemps).

voracinephile 23/03/2014 14:44



The Chaser était aussi moins long, et son intrigue avançait d'une façon curieuse, inattendue. Ici, on joue clairement moins sur la surprise, mais j'ai apprécié la petite dimension sociale qui se
mêle à l'intrigue. Ca et les scènes de combats à l'arme blanche impressionnantes.


Je partage ton avis sur Kim Jee Wong : on s'est beaucoup emballé dessus avec I saw the devil (et le bon A bittersweet life), mais son Le bon, la brute et le cinglé et le récent Le dernier rempart
frôlent davantage la moyenne.


Jolie débauche de nom, j'avoue que je ne connais Kim Ki Duk que de nom, j'essayerai de découvrir son cinéma (en avançant un peu Sono Sion avant, si possible).



2flicsamiami 10/02/2012 15:20

Il est déjà sorti en DvD, il y a de cela un mois ou deux :)

voracinephile 10/02/2012 19:07



Damned ! Où est passé mon chéquier ?



Duncan 10/02/2012 15:12

Il est sur ma pile,mais je me consacre a des crus coréen plus méconnus,pour faire le cinéphile virtuose éllitiste pretentieux :)

voracinephile 10/02/2012 19:06



Oui, j'imagine que tu vas recevoir les éloges de la communauté cinématographique toute entière pour ton analyse de la filmographie de Dolph Lundgren... En tout cas, tu as déjà les miens ^^



2flicsamiami 10/02/2012 08:33

Pas vu en entier mais de ce que j'ai vu, c'était franchement passionnant.

voracinephile 10/02/2012 13:12



^^ J'attends la sortie en dvd pour le revoir, car je l'ai découvert avec un sous-titrage pas forcément top. Mais le film est bien énervé comme il faut, il côtoie l'ultra-violence pendant ses
scènes de combat et ses personnages sont inscrits dans des contextes sociaux très bien illustrés. Peut être pas aussi prenant que The Chaser, mais le résultat reste quand même excellent.



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