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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 13:27

http://notapaxamericana.files.wordpress.com/2010/05/thevillage.jpg

 

The village est le film qui a ébranlé la réputation de Shyamalan, la critique l’accusant de détruire le fantastique au profit d’un twist tout simplement trop gros à avaler. Après l’académique sixième sens (c’est LE modèle du film fantastique psychologique, ce qui est loin d’atténuer ses qualités), ce brusque retour de manivelle paraît injuste, d’autant plus que lorsqu’on le redécouvre maintenant, le film parvient à susciter énormément d’émotions et parvient à délivrer son message avec une clarté fabuleuse. Cet échec (plus critique que public, l'exploitation du film ayant rapporté plus de 200 millions) entraînera un certain « retard » dans la carrière de Shyalaman, l’obligeant à exorciser cette injustice critique dans le médiocre Lady in the water, et l’engageant sur la pente des petits budgets (phénomènes) dont il ne parviendra à sortir qu’avec une belle franchise hélas trop gamine pour convaincre : Le dernier maître de l’air.

L’histoire : Dans un village de l’époque victorienne, les habitants vivent en paix à l’intérieur de leur vallée. Ils ont interdiction de s’aventurer dans les bois alentours, propriété de « Ceux dont on ne doit pas prononcer le nom », des êtres surnaturels qui les tolèrent en ces lieux.

 

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Sur ce film, Shyalaman nous offre carrément un travail de reconstitution d’époque magnifique par son minimalisme et de par son cadrage de l’action à l’ancienne. Tout transpire le classicisme dans ce film, et c’est incontestablement ce point qui permet de favoriser l’immersion du spectateur dans cette histoire plutôt chelou : celle d’un village isolé où des habitants se protègent de créatures surnaturelles. Par l’intérêt qu’on porte aux différentes activités des habitants et à certains de leurs personnages, nous faisons peu à peu partie des villageois, dont nous partageons désormais la vie politique (les conseils des anciens) et les craintes (provoqués pour une raison inconnue par les créatures). Dès le début, le film nous laisse entrevoir une partie de son jeu, en nous laissant voir un lourd climat de secrets dans le village, notamment entourant une boîte verrouillée que chaque ancien possède chez lui. Pour ce qui est des deux premiers tiers du film, on peut les résumer à l’évolution sentimentale de nos protagonistes, et à la croissance de la peur chez nos villageois par l’intrusion irrégulière d’une créature dans leur village. Une période longue, mais admirablement rythmée par les conversations de nos héros et par quelques scènes magnifiquement pensées (la main tendue dans le noir, le monstre s’en approchant, et Lucius la saisissant à l’ultime seconde). Un terreau joliment harmonisé et nécessaire au dernier tiers, qui va enfin nous apporter toutes les révélations qui nous sont nécessaires. Et c’est là que la polémique se déclenche là où elle ne devrait pas être. Pour ceux qui n’ont pas vu le film, merci de sauter le paragraphe suivant pour éviter de se faire spoiler.


Après la mise au lit de Lucius, le film décide déjà de nous donner une partie de la vérité en nous emmenant avec notre héroïne dans la grange abandonnée. Dès lors, nous savons nous aussi, comme notre héroïne, que les monstres ne sont qu’un instrument de manipulation utilisé par les anciens pour cloîtrer tout le monde dans le village (un vœu prononcé par chacun d’eux où tous s’engageaient à abandonner la ville où le monde devient fou). Alors que nous avons cette explication plutôt logique (les créatures apparaissent rarement et ont à peu de choses près un gabarit humain), on recroise le même en forêt pendant la traversée des bois. Malgré toute l’assurance de la logique d’une telle explication, le stress refait surface de la pire des façon, et pendant 5 minutes la tension est tout simplement insoutenable, la peur annihilant simplement toute tentative de raisonnement logique. Avec une explication aussi simple qu’efficace (le fou du village, au courant de la vérité depuis le début de l’histoire et sortant souvent déguisé), le film conclut déjà admirablement son chapitre sur les monstres avant de s’attaquer au plus lourd : l’isolement du village. On découvre d’une façon assez hallucinante que les anciens sont en fait des habitants de notre époque ayant tous vécu des traumatismes dans le monde civilisé et qu’ils ont décidé, avec l’aide d’un prof d’histoire rendu millionnaire par un oncle assassiné, de s’isoler dans une réserve naturelle à une époque reculée, où il faisait bon vivre.C’est très gros, et c’est ce qu’on a beaucoup reproché au film. Un twist trop énorme qui frustre tous ceux qui avaient vu dans ce film un renouveau du fantastique, et qui voient dans ce fantaisiste retournement de situation un twist de plus, probablement commercial. Mais non ! Ce twist est tout simplement aussi énorme que le sujet du film : la manipulation des populations ! En embrigadant dès l’enfance la population du film (le cours d’histoire, dès les 10 premières minutes) et en les faisant régulièrement marcher à la peur, on s’assure de leur complet isolement et de leur obéissance certaine (même nos personnages, pourtant dotés de caractères forts, obéissent eux aussi à ce langage de peur, plus par amour que par crainte égoïste). Ainsi, ce film dévoile enfin son potentiel explosif, sorti à une époque où la guerre en Irak faisait pression sur les populations d’Amérique, les poussant à se retrancher dans le clan républicain. Et le film ne clôt pas cette manipulation. Au cours d’un plan final long (presque interminable, même si il n’est jamais ennuyeux), les anciens décident d’utiliser la mort du fou pour servir leur théorie des monstres et continuer à maintenir le village dans l’ignorance. Une scène longue, incroyablement sentimentale (on passe de la tristesse à l’espoir), le film s’arrêtant d’ailleurs sur cette note, nous focalisant sur la guérison de Lucius plutôt que sur la fin de cette mascarade qui d’ailleurs ne semble pas prête de s’arrêter). Un film énorme, mais une fois mise à jour, chaque manipulation ne paraît-elle pas énorme aux yeux des populations qui en ont souffert ?


The Village est tout simplement une petite bombe, un film merveilleux qui a joué la carte de la surprise, ce qui a désarçonné la critique et l’a complètement aveuglé, car il y avait de la politique là où l’on voulait voir du fantastique. Une direction d’acteurs excellente, un casting largement à la hauteur, des décors minimalistes et une ambiance musicale particulièrement variée permettent à ce petit chef d’œuvre d’être d’une efficacité incroyable, subversif dans son propos et particulièrement fonctionnel dans son intrigue. Un film vraiment mal jugé pour lequel une redécouverte ne serait pas de trop…

 

5/6

2004
de M. Night Shyamalan
avec Bryce Dallas Howard, Joaquin Phoenix

 

http://www.thehillnews.org/wp-content/uploads/2011/10/thevillage2.jpg

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commentaires

Alfgard 07/03/2012 15:24

Aaaah, enfin quelqu'un apprécie aussi ce film, je me suis souvent sentie seule quand je défends ce film face à ceux préférant 6ème Sens.
J'ai ressenti cette même angoisse dans la forêt, c'était étrange, savoir que les créatures étaient un "scénario" et pourtant s'affoler de ce que vit la jeune fille.

voracinephile 07/03/2012 18:33



J'avoue que moi aussi, j'ai eu du mal à comprendre cet avis général rabaissant The Village alors qu'il s'agit d'un bon film, qui annihile certes le fantastique (et donc s'est attiré les foudres
des amateurs de monstre), mais qui développe un vrai message sur le contrôle des masses. Quant à 6ème sens, je trouve le film bon aussi, mais il est très très "classique" dans la forme, dans le
traitement du fantastique. Et finalement, malgré son twist génial mais grillé dès le départ, j'ai moins stressé que dans Hypnose, une vraie tuerie dans le domaine du film de fantôme, qui a hélas
eu la malchance de tomber après 6ème sens et d'avoir été dédaigné par le public, alors qu'il est excellent. Je préfère largement The Village à 6ème sens car il est beaucoup plus ambitieux en
termes de message (avec un twist à nouveau excellent et imprévisible).


Belle preuve de réussite en effet, qu'on continue à stresser malgré la mascarade dévoilée... Une vraie preuve des qualités du film !



alice in oliver 21/11/2011 15:53

déjà, je trouve Signes très moyen

voracinephile 21/11/2011 16:26



Oui, je le trouve moi aussi dispensable, malgré un Mel Gibson plutôt impliqué...



2flicsamiami 20/11/2011 09:26

Ba j'aime beaucoup Incassable (le meilleur ?), Le Village et Sixième Sens. Signes, bien qu'assez maladroit sur certains points, est plutôt bon aussi.

voracinephile 21/11/2011 14:30



Moi aussi, j'ai beaucoup d'affection pour Incassable, qui se démarque d'une façon intéressante des clichés du super-héros. Après viennent le Village et Sixième sens (j'aime bien ce dernier, mais
je lui préfère Hypnose de David Koepp). Quant à Signes, je l'ai moyennement apprécié, et pour le reste, ça devient limite...



alice in oliver 19/11/2011 22:42

en sachant que c'est un réal qui a perdu depuis longtemps de sa superbe

voracinephile 21/11/2011 14:27



Certes, depuis Signes, sa carrière bat un peu de l'aile. Espérons qu'après le dernier Maitre de l'air 2, il passera à autre chose (pas dit, la mode étant aux séquelles).



2flicsamiami 19/11/2011 19:53

Finalement un des meilleurs Shyamalan. Très belle analyse du film et de son magnifique sujet sur la manipulation et la protection.

voracinephile 19/11/2011 22:51



Merci du compliment ^^ J'ai été vraiment surpris quand je l'ai revu hier, les sentiments qu'il met en scène passent vraiment bien, et sont merveilleusement exploités par le script (cet amour
entre Lucius et Ivy les pousse au final à avoir peur l'un pour l'autre, et donc à toujours se plier aux règles des anciens jusqu'à ce que le drame éclate). Un film malin, qui peut sembler un poil
prétentieux avec son script et son classicisme, mais dont les qualités sont bien présentes... Maintenant, quel est le meilleur Shyamalan ?



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