Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 16:58

tom-a-la-ferme-onesheet_fre_hr.jpg

 

Xavier Dolan, l’espoir du cinéma LGBT canadien, a bien retenu la leçon de Cannes : même en faisant preuve d’efforts et en ne se mettant pas devant la caméra, on continue de critiquer son nombrillisme. Hostie de tabernac ! Ben je vais reprendre le rôle principal, je m’occupe du montage, de la traduction, des dialogues, des costumes, de la production, de la bande annonce et du dossier de presse ! Quitte à me faire critiquer par toujours les mêmes, au moins j’assumerai le film sur mes épaules et je ferai MON film. Un petit essai sous forme de thriller qui prend d’ailleurs un peu ses distances avec la vie personnelle de son créateur.

L’histoire : Tom revient dans la famille de son défunt petit ami Guillaume pour assister à ses funérailles. Une fois arrivé, il découvre l’étrange manège de Francis, le frère de son amant, qui tente par tous les moyens de cacher la vérité à sa mère sur son frangin. Commence alors un étrange jeu d’humiliation.

 

pierre-yves-cardinal-tom-ferme-1557985-616x380.jpg

 

L’effort d’innovation de Dolan vient surtout du ton qu’il donne à son histoire, puisqu’il s’essaye au thriller psychologique en cadre campagnard, où l’isolement de la ferme des Longchamp sera le principal obstacle à son départ, car on s’en doute, le séjour chez nos amies les vaches va durer un peu plus longtemps que prévue. Mais de quelle façon Xavier procède-t-il ? Tout d’abord par un jeu de pression contenant beaucoup d’intimidation, le visage du frère restant caché à l’inverse de son corps musculeux régulièrement exposé pour intimider Tom et le plier au jeu du mensonge qui s’est installé autour de la mère, isolée dans la ferme et dont tous les contacts sont gérés par le filtre de la brutalité de Francis. Car Francis n’aime pas que sa mère soit déçue, ça non, il ne le supporte pas, et sa tristesse, c’est pareil. Autant dire qu’avec l’enterrement, Francis est remonté comme un mulet et ne veut aucune mauvaise surprise. Mauvaises surprises qui ne tardent évidemment pas à arriver avec le tempérament un poil rebelle de Tom (induit par son blouson en cuir assez mal choisi), ainsi que par les pressions inattendues qui s’acharnent d’un coup sur sa personne, surtout après une messe dont le climat rappelle celle jadis évoquée par Jean Louis Trintignant dans l'Amour de Haneke. Il y a un climat de Psychose dans ce premier acte, qui passe néanmoins par quelques moments de bravoure sentimentaux (la séquence des toilettes, la déclaration via Sarah), où la proximité avec le personnage de Tom est réussie. L’utilisation du personnage de Sarah, initialement vécue comme une brimade psychologique devant frustrer davantage Tom (vengeance de Francis sur l’être qui a détourné son frère de la « Famille ») se mue en confession déguisée, apte à faire toutes les déclarations (l’hilarante évocation de détails sexuels salaces). Et cette évolution des rapports de force commence à prendre de l’épaisseur quand s’installe une étrange relation entre Francis et Tom. Francis, tout en gardant le côté bête de ferme rustique, tente ouvertement des rapprochements ambigus, sans cesse contrebalancés par ses sautes d’humeur et accès de violence (la meilleure scène doit être celle de la danse). Quant à Tom, il s’entête à rester, faisant toujours preuve d’effronteries à l’égard des brimades de Francis, jusqu’à la dérouillée attendue (espérée ?). Le film essaye de viser quelque chose par ces rapports, à savoir le visage très laid de l’amour des êtres battus (ici dans un contexte homo, mais le parallèle est évident avec les femmes battues qui continuent de rester auprès de leur conjoint parce qu’elles savent au moins à quoi s’attendre avec eux). Matière potentiellement riche et fertile, surtout avec la mise en scène élégante de sieur Dolan. Hélas, le film ne cultive jamais assez d’enjeux pour complexifier ses protagonistes. Le sujet est là, mais il aurait fallu rajouter nombre de détails pour souligner ce rapprochement inattendu. En lieu de cela, on a de petits effets de style inutiles, comme ce resserrement du cadre pendant les scènes de traques, où nous passons du beau 16/9ème au format scope, qui souligne alors combien le style de Dolan est inadapté à ce format (un scope en caméra à l’épaule, rien de plus gerbant et de mal cadré).

 

L’interprète de Francis est pourtant admirablement bon, parfaite combinaison du fermier viril plutôt beau (jolie hétérochromie oculaire) jouant sur la menace physique directe qu’il provoque. Une variante de Calvaire avec quelques pointes d’humour, mais sans l’absurde ni la violence glauque. Le problème, il arrive surtout au deuxième tiers, quand débarque ladite Sarah, une collègue de bureau de Tom sensée jouer la femme de Guillaume. Si le début est tendu comme il le faut en annonçant un peu de violence, le comportement de Tom perd alors de sa cohérence (ses bredouillements sur le vrai qu’il ressent en travaillant de ses mains, absolument pas convaincant). Alors que la scène de strangulation ouvrait d’excellentes possibilités, le film a décidé de s’arrêter là, et dès ce moment précis, c’est du surplace. Aucune des questions intéressantes (finalement, qui était Guillaume ? Comment la mère prend-t-elle les évènements ? Pourquoi tout cela ?) ne trouve de conclusion, et la fuite arrivant comme un cheveux sur la soupe (une pelle ?) montre clairement que Xavier renonce à apporter une véritable fin à son histoire. Certes, il est hyper beau, son générique, ça claque de la couleur et la bande son envoie aussi, mais qu’est-ce qu’il voulait souligner au final ? C’est intéressant, l’amour sous les coups, mais faut en donner un peu plus pour dire qu’on traite le sujet. Au moins, malgré l’évidence pendant les séquences d’humiliations (où le regard de Dolan est à mi-chemin entre la soumission et l’effronterie qui en redemande), on passe à côté du cliché de la tarlouze qui aime prendre des claques, plutôt un bon point pour un pareil sujet. Mais pour rendre son poulain attractif, il aurait fallu davantage l’enrober. Mais comme toujours, la prestation des acteurs, l’inattendu jeu de thriller et la bonne facture technique en font un film plutôt agréable à regarder.

 

3/6


2014
de Xavier Dolan
avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal

 

tom-a-la-ferme-concours-places-de-cinema-a-gagner.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Hdef 21/11/2015 00:55

Coucou c'est moi ! J'espère que tu vas bien, James.
Je viens de découvrir ton article sur Tom puisque je découvre Dolan en ce moment. Et je ne suis pas d'accord avec ce que tu avances.
1) Déjà je trouve ça vraiment pas malin de dire que Dolan est le symbole du cinéma LGBT alors qu'il a tout fait pour s'en écarter (il a même provoqué un scandale en ayant des mots assez durs contre la "Queer Palm" qui lui était destinée. Après je suis d'accord qu'au fond on s'en branle avec une pelle (ouah elle est bonne !) mais du coup c'est quand même un peu bizarre de lire ça dans ton article).
2) Je ne comprends pas pourquoi tu centres ton analyse sur l'idée de l'amour battu. Certes, il y a de cela mais il y a aussi (et surtout, non ?) le personnage de martyre de Tom, très représentatif du héros dolanien par excellence, en but contre les standards de la société. Et j'ajouterais que c'est, dans 80% des cas, Dolan lui-même qui interprète cette victime de la société. Je ne veux pas faire de la psychologie de bas étage mais c'est une coïncidence curieuse…
3) Tu ne parles pas beaucoup du côté secret de famille et du travail de Dolan sur Psychose : Norman Bates était déjà chez Hitchcock un personnage assez efféminé et TRAVESTI, quand même ! Et puis Hitch a souvent abordé l'homosexualité dans ses films : La Corde voire La Mort aux trousses (quel hasard qu'il soit cité dans la scène du champ de maïs !!!) avec le personnage de Roger Thornill qui se déplace avec sa môman.
4) Je m'étonne que tu ne souffles mot du principe de double-narration : visuelle et auditive. Ainsi, Dolan crée une triple-captation avec des moments où la voix est en retard et d'autres où elle est en avance sur l'action, ce qui crée un intéressant phénomène de décalage : suspense lorsqu'on nous le dit avant, commentaire parfois dérangeant (quel est ce témoin qui raconte toutes ces situations gênantes ? Moi ?) lorsqu'il commente l'action. On peut aussi penser qu'il s'agit là d'un cinéma littéraire, les premiers plans où Tom écrit au stylo bleu sur du sopalin rappelant vaguement Le Genou de Claire de Rohmer, tandis qu'on pourrait rapprocher le phénomène de double-narration du Hana-bi de Kitano (le son et l'image, sans voix-off).
5) Je ne sais pas pour toi mais j'ai vu un côté vaguement cronenbergien dans ce film. Peut-être est-ce la proximité avec le Canada, peut-être le côté film de famille comme dans A History of Violence (je ne sais plus ce que tu pensais de ce dernier film, moi en tout cas je l'adore).

Sinon je suis d'accord sur tes reproches à l'égard de Sarah.

Voilà ! En tout cas je suis ravi de voir que tu n'as pas arrêté. C'est malgré tout toujours un plaisir de te lire. Et puis pour reprendre le titre de l'émission de Zemmour, on n'est pas forcément d'accord ;)

borat8 01/05/2014 00:05

Déjà Jane Campion en présidente du jury, il y a aussi Nicolas Winding Refn, la miss Coppola ou Willem Dafoe. M'enfin bon l'an dernier le palmarès de Spielberg a laissé un goût amer. Ah La vie
d'Adèle...

voracinephile 04/05/2014 13:59



Une bonne composition donc. J'espère qu'ils auront bon goût pour le palmarès.



borat8 29/04/2014 15:28

Oui en effet que des photos pour l'ami Ryan, mais cela devrait venir avec son passage à Cannes et il me semble qu'il n'a pas encore de distributeur par chez nous. Je vois que tu es de mon avis
concernant le nouveau Crocro. M'a l'air aussi tarde que Cosmopolis et pourtant le casting aurait pu être amusant sous sa direction. Je dois avouer que les films d'Amalric (je n'ai pas aimé des
masses Tournée qui me paraît fort surestimé), Argento ou Hazanavicius (et pourtant j'ai suivi tous ses projets mais là je ne suis pas tenté du tout.

voracinephile 30/04/2014 21:17



Compare la bande annonce du Crocro avec celle de The Canyons, je trouve que des points communs apparaissent. Obligés d'attendre le 24 mai maintenant pour connaître les décisions du jury (mais
j'ai lu des noms sympathiques, j'espère donc qu'ils auront bon goût).



borat8 26/04/2014 23:08

Ou comme pour Maurice Pialat, le conchie!lol Je pense que l'on va encore bien rire en mai prochain. Perso j'ai bien du mal à trouver des films intéressants dans toutes les sections. Seuls le film
de Ryan Gosling (le pitch est intéressant et les premières photos semblent montrer que l'ami Ryan a expérimenté et puis je ne refuse rien à l'ami Ryan!), The rover de David Michôd (je veux voir ce
que va donner le nouveau film du réalisateur d'Animal kingdom surtout après la dernière bande-annonce vraiment excellente), The honesman (Tommy Lee Jones qui reprend la caméra qui plus est pour un
vrai western j'ai hâte), Foxcatcher de Bennett Miller (Steve Carrell semble faire l'une de ses meilleures performances en milliardaire schyzo et tueur), Dragons 2 de Dean DuBlois (parce que le
premier est l'un des meilleurs films de Dreamworks) et peut être le film de Zhang Yimou même si j'ai peur que ce soit trop pathos (c'est l'histoire d'un prisonnier revenant voir sa femme incarnée
par Gong Li qui ne le reconnaît plus). Franchement pas grand chose pour un festival alignant probablement une bonne centaine de films et ce malgré que certains réalisateurs que j'aime sont
sélectionnés. J'aime bien Ken Loach mais j'ai l'impression qu'il ne sait plus trop quoi faire et son film présenté serait son dernier selon ses dires. Quant à David Cronenberg, les bandes-annonces
diffusées me font très peur. J'ai l'impression de revivre le cauchemar de Cosmopolis. Une fois ça m'a suffit et ce malgré que j'adore Crocro.

voracinephile 27/04/2014 11:11



J'avoue ne m'être absolument pas intéressé à Cannes. Ce petit récap me guide déjà un peu plus, mais il faudra que je scrute leur programme. Je vais regarder les bandes annonces du Crocro et du
beau Gos, histoire de me mettre au niveau.


 


Pas de bande annonce pour Gosling. En revanche, le crocro ne me tente pas beaucoup. Mais il y a aussi les films de Amalric, Asia Argento, Hazanavicius... A surveiller. Mais à moins que Dolan se
soit surpassé, pas mal de concurrance. Mais un gérardmer 2013 est si vite arrivé...



borat8 23/04/2014 19:57

C'est un peu cela en plus d'une arrogance le faisant passer pour au dessus des autres. Sa manière de bouder Cannes sous prétexte qu'il n'est pas en compétition me fait toujours rire. Maintenant
qu'il est en compet, il va pleurer qu'il n'a pas la Palme d'or!lol

voracinephile 26/04/2014 17:28



Et quand il aura la palme d'or, ça sera le public qui n'a pas applaudi assez fort... Y a pas à dire, même avec sa grande gueule, j'éprouve de la sympathie pour le narcissique Xavier.



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche