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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 17:47

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Des drames psychologiques de la trempe de Tomboy, il y en a peu. Tout simplement parce que le casting principal du film est composé d’enfants, et que dans ces cas, il devient alors très délicat de leur faire bien jouer de la psychologie, qui plus est sur un sujet aussi délicat qu’une fausse identité sexuelle. Film aussi sobre que touchant, Tomboy fait partie des perles récentes du cinéma français.

L’histoire : Laure, une petite fille aux allures de garçon manqué, récemment arrivée dans une zone résidentielle d’une petite ville, est prise pour un garçon lors de son premier contact avec les autres enfants. Elle décide de maintenir cette ambigüité.

 

http://4.bp.blogspot.com/-h4gW1HhyNmg/UJkdCSDdReI/AAAAAAAAF94/u0Ks0wh2vG8/s1600/Tomboy2.jpg

 

Tomboy est somme toute une version soft et enfantine de Boys don’t cry, lissant considérablement nombre d’aspects crus et bouleversant complètement les psychologies des personnages. Si dans Boy’s don’t cry, le choix de la protagoniste était volontaire, le statut de garçon de Laure nait d’une confusion de la part d’une de ses voisines, qui l’intègre au groupe d’enfants de la résidence sous cette fausse identité. A partir de là, pour conserver son statut dans le groupe, Laure se crée une identité masculine : Michael, et observe le comportement des garçons pour ensuite les reproduire. Le traitement du film en lui-même est très intéressant et relativement osé, car tout est filmé ici du point de vue de Laure, une gamine de 10 ans dont le physique très masculin est confondant. Donc il n’y a de son point de vue pas de dimension sexuelle, c’est juste une petite fille qui fait comme les garçons, qui adopte leurs tics, en se mettant par exemple torse nu pour jouer au foot. C’est le spectateur qui crée le malaise en mettant toujours en apposition le fait que Laure soit une fille, en se complexifiant la situation avec des codes moraux et sociaux qui lancent des messages d’alerte sur ce qu’il est en train de voir, mais du point de vue du film, aucun jugement, les enjeux sont très simples et finalement enfantins, un mensonge innocent né d’une méprise de groupe. Et peu à peu, la situation se complexifie, une sortie baignade devenant un enjeu psychologique fort (voir la scène limite trash où Laure se fabrique un faux pénis en pâte à modeler pour donner le change à travers son maillot de bain), et devenant encore plus troublante quand la seule fille reconnue du groupe tombe amoureuse de Michael/Laure. Toujours sous un angle enfantin et complètement désexualisé, mais c’est le spectateur qui se met mal à l’aise devant la situation. Le film gère parfaitement ce climat psychologique enfantin, puisque le spectateur lui-même se trouble devant cette amourette tendre entre deux gamines de 10 ans, toutefois bâtie sur l’erreur de l’une et l’adaptation de l’autre. Ce climat rappelle quelque peu le merveilleux Let the right one in, avec une parenthèse amoureuse ici nettement plus développée. Prélude évidemment à l’éclatage de vérité traumatisant, véritable humiliation pour Laure forcée par ses parents de revêtir l’habit de femme pour aller s’excuser chez toutes les familles de sa bande d’amis, y compris chez celle de son amoureuse. L’humiliation est d’autant plus cruelle qu’elle est imposée, l’autorité parentale pliant la petite fille à ses codes moraux qui lui sont étrangers (la sentence est logique, mais le traumatisme émotionnel est là). Les parents ont rendus leur jugement, mais pas les enfants de la bande. L’humiliation à venir provoque l’anxiété du spectateur, et quand elle est là, elle a un goût âpre. Toutefois, le film ne veut pas rester dessus, décidant d’amorcer un nouveau départ avec la rentrée, où la petite Laure semble bien avoir apprise sa leçon et avoir décidé de bien se comporter en fille. Personnellement, et ça doit se sentir, je suis déçu par cette fin, qui termine sur une note guimauve alors qu’une enfance poussée par quelques principes qu’ils ne comprennent pas commencent à persécuter Laure. Mais c’est somme toute une manière prudente de conclure sur un tel sujet, en ayant évité de partir dans le putassier ou le trash gratuit (comme dans le traumatisant Le livre de Jérémie, un drame trash que j’adore, mais qui est autrement plus insoutenable). Finalement, une bonne peinture psychologique, assez courte (1h18 seulement) mais servie par un casting impeccable.

 

 

5/6


2011
de Céline Sciamma
avec Zoé Héran, Malonn Lévana

 

http://www.sentieriselvaggi.it/public/articoli/43811/Images/Tomboy.jpg

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commentaires

princécranoir 03/12/2012 18:37

Dolan est un très jeune réalisateur canadien qui a fait sensation avec son premier film à Cannes (il n'avait pas vingt ans) "j'ai tué ma mère" (film insupportable au passage). "Laurence Anyways"
est son troisième film, le plus ambitieux aà ce jour, dans lequel Melvil Poupaud, professeur de littérature français expatrié au Quebec, découvre que sa nature profonde est de porter des vêtements
de femme sans pour autant être homosexuel (un peu comme le réalisateur bien connu Ed Wood Jr). Plus que le côté transgenre, c'est l'influence psychologique qu'il exerce sur sa compagne et le regard
des autres sur sa façon d'être qui sont au coeur du film. Attention, pendant deux heures quarante, quand même.

voracinephile 03/12/2012 22:49



Ah... Je suis finalement assez intéressé. Je sens en effet en quoi le style peut être prétentieux (j'étire au maximum pour histoire soit disant pour exposer la psychologie), mais je suis assez
attiré par les ambitions. Laurence anyway est maintenant noté sur ma liste à découvrir, merci pour ces précisions.



princécranoir 02/12/2012 00:51

ps : J'ajoute que le rapprochement dans ton commentaire avec l'excellent "Morse" d'Alfredson est très pertinent tant les deux personnages cutlivent la même ambiguité sexuelle pour mieux se plier
aux contraintes d'un modèle social. Sur la question du genre et de la vampirisation de l'autre, on peut aussi prolonger jusque "Laurence anyways" malgré la prétention artistique horripilante de
Xavier Dolan.

voracinephile 02/12/2012 23:21



Tiens, je ne connais pas Xavier Dollan. Je me renseignerai sur lui et son Laurence anyway. La comparaison s'imposait d'elle même, les films traitant de la sexualité enfantine d'un point de vue
sentimental restant assez rares. Tomboy est devenu assurément une référence dans cette case délicate.



princécranoir 02/12/2012 00:44

Une peinture délicate, troublante et intime de la sexualité des enfants qui jamais ne verse dans un regard malsain. Un de mes films préférés de l'an dernier qui confirme tout le bien que je pense
de la réalisatrice de "la naissance des pieuvres".

voracinephile 02/12/2012 23:18



En effet, quelque chose de très pur et de remarquablement écrit et joué. J'ai vraiment envie de découvrir La naissance des pieuvres maintenant...



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