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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 16:37

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Tueurs nés est une bizarrerie assez maousse dans la multitude de film parus dans les années 90. Hybride, à la fois expérimental et utilisant les talents de têtes d’affiches de premier plan (Tommy Lee Jones, Woody Harrelson…), ce projet d’Oliver Stone est tout simplement une claque dans la gueule immédiatement attachante malgré son aspect bordélique (on part dans tous les sens, parfois sans visée apparente, mais on retombe toujours sur nos pattes). Un vrai truc de dingue impossible à refaire de nos jours (d’où mes remerciements à Zogarok de m’avoir aiguillé dans sa direction).

L’histoire : Mickey et Mallory forment un couple de serial killers qui écument les routes américaines. Malgré les avis de recherche sans cesse lancés contre eux, ils vivent leur passion sans s’attarder sur les cadavres qu’ils laissent sur leur route.

 

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Vraiment, Tueurs nés est un film à découvrir tant le radicalisme de sa prise de position vis-à-vis des médias fait plaisir à voir (on n’est pas prêt de le voir diffusé un jour à la télé (quoique, vu le cynisme dont on est capable…). En prenant pour prétexte le suivi d’un couple de serial killer, Oliver Stone se livre à une parodie particulièrement acide de l’Amérique clairement vue ici sous l’angle des médias. L’enfance de Mallory est mise en scène de façon trashissime, filmée comme un mauvais épisode des feux de l’Amour avec les éclats de rire du public quand fusent les insultes ou la violence (l’équivalent du début d’Halloween de Rob Zombie où on entendrait des rires à chaque dialogue), qui pose déjà une sensation de malaise assez glaçante. La romance de nos deux psychopathes, même si elle est filmée avec empathie, ne sort jamais du cadre « misérable » dans lequel évoluent nos personnages. Ils avancent, ensemble, dans un univers laid ou parasité, occasion pour Oliver de se livrer à quelques visions subversives (un hydre superposé sur des immeubles : le démon de l’Amérique est là !), expérimentant sans cesse de nouvelles idées (Mickey regarde la télé dans un motel, et on voit par la fenêtre des images de reportages de guerre et de conflits, une omniprésence de la violence à l’extérieur). Mais si de tels éléments subversifs viennent frapper le spectateur et marquer durablement sa rétine, le visuel apocalyptique du film suscite quelques interrogations. En effet, la couleur cède fréquemment sa place au noir et blanc, les éclairages s’emballent régulièrement, donnant lieu à des scènes surréalistes, parfois psychédéliques. Pour les ambiances touchant au cadre de la romance trash de nos psychopathe, cette mise en forme est compréhensible, mais parfois, ces effets reviennent sans qu’il y ait vraiment besoin. On pense vraiment à une intention de mettre en forme comme un zapping, mais qui ne fonctionne pas toujours. Toutefois, au niveau des messages, plusieurs personnalités de poids vont nous guider dans le message délivré sur les mass médias. Essentiellement par l’intermédiaire du journaliste joué par Robert Downey Jr, véritable énergumène drogué à l’audimat qui n’hésite pas à crier sur tout le monde pour pouvoir tourner son émission tel qu’il le veut (sous les angles les plus racoleurs qu’on ait pu voir (le pire étant que les reportages sur les psychopathes prennent souvent ces angles, se limitant à des énumérations de sévices subis ou perpétrés par les tueurs)). Un véritable monstre, qui se fout complètement des réponses qu’on lui fait du moment qu’il choppe des phrases qui font « bien », toujours prompt à victimiser les psychopathes qu’il interroge pour se donner une façade humaniste. Mais mon préféré reste ce cabotin de Tommy Lee Jones, magnifique gardien de prison complètement allumé qui tente de se donner de la contenance en intervenant lui-même dans une bagarre (en étant appuyé par 4 ou 5 gardiens) et surenchérissant sans cette sur la nature pervertie de ses prisonniers à grands renforts de sourires carnassiers. Une immense caricature qui fonctionne à merveille, tout le monde jouant la carte de la surenchère avec un naturel parfois confondant. On notera aussi le personnage du flic traquant Mickey et Mallory, véritable beauf ayant écrit un livre sur ses « exploits » avec le couple et y allant de son « expérience » des psychopathes avec son enfance dramatique (la gravité du moment où il raconte ça est tellement abrupte qu’on en vient à réprimer un éclat de rire). Tous ces personnages insupportables contribuent grandement à donner à Tueurs nés le statut de brûlot que le film visait, osant faire culminer son final dans la rébellion sanglante d’une prison où les médias franchissent encore une fois une nouvelle étape dans la débilité en permettant à nos psychopathes de monter un plan d’évasion. Fascinant à bien des niveaux, terriblement insolent et mû par une rage constante, Tueurs nés fait incontestablement partie des films qui marquent à vie. Si la facture technique a tendance à radicalement l’éloigner du style Tarantino auquel on aurait pu s’attendre pour un road movie, le contenu explose littéralement au visage du spectateur et le laisse vibrant d’énergie alors qu’il s’achève. Monstrueux !

 

5/6

 

1994
de Oliver Stone
avec Woody Harrelson, Juliette Lewis

 

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commentaires

Vince12 30/10/2012 21:36

Tu as mon opinion sur ce film, je le trouve en effet surfait. Après à toi de voir.

Vince12 29/10/2012 20:14

"je pense que Stone ne voulait pas en faire un argumentaire construit" c'est peut être un peu ça que je lui reproche et peut être ça qui fait diverger nos points de vue (quyi généralement se
rejoignent lol)

voracinephile 30/10/2012 19:54



^^ C'est un résumé assez clair de la situation. Toutefois, j'en viens à relativiser un peu ma note. Le film possède vraiment de bonnes séquences et des personnages intéressants, mais peut être
ferait-il effectivement partie des films surestimés. J'en garde une bonne opinion en tout cas.



Vince12 29/10/2012 10:14

C'est un peu ça le problème sur la violence, ils ont été battus ils rendent aux autres, c'est un peu simpliste comme débat. Stone parle même ouvertement du fait qu'ils soient victimes des médias,
il le dit notamment par rapport à la scène dans le motel avec les images nazies et les extraits de La Horde Sauvage et de Scarface, là encore je trouve assez simpliste. Comme tu le dis on est loin
d'Orange Mécanique.
Sinon je suis d'accord pour le côté satirique mais je le trouve trop poussé, tellement qu'on tombe dans les clichés. Perso je me suis attaché aux deux héros du film. D'habitude ça ne me dérange
pas, mais là avec le débat qui dénonce justement le fait d'en faire des héros, ça coince un peu.
Franchement une fois encore la première vision m'avait accroché mais pas la seconde. A aucun moment je trouve qu'on ne s'attarde sur le débat de fond. Il y'a la scène de l'interview en prison qui
calque un peu l'interview de Charles Manson, mais après je trouve qu'on se centre davantage sur les deux persos principaux.

voracinephile 29/10/2012 19:39



Le propos sur la violence est simpliste en effet, le débat n'est pas là (après, si Stone ne voit pas non plus les limites de son film, à lui de voir...). L'orgie de violence à la télévision,
j'avais compris qu'il y a une accoutumance à la violence télévisée, mais de là à y trouver une raison pour tuer... Si Stone est vraiment sérieux avec cet argument, faudrait éviter d'abattre en
plein cadrage le journaliste en fin de film. Clairement sur la violence, le film ne dit rien, il est tantôt glaçant, tantôt jouissif. Après, sans doute n'est-il pas assez direct au niveau de la
dénonce caricaturale (il filme ses caricatures et nous laisse juger), mais il cherche plus à faire rire en montrant du doigt plutôt que réfléchir. Le film est déjà suffisamment torturé
visuellement, je pense que Stone ne voulait pas en faire un argumentaire construit.



borat8 28/10/2012 22:39

La jolie Blake se donne corps et âme et ça marche plus ou moins. D'ailleurs à peine mis en route, le film tourne à la partie de jambe en l'air avec Kitsch comme meneur!lol

voracinephile 29/10/2012 07:11



Humhummm...



borat8 28/10/2012 20:52

A mon avis privilégie le DVD voire le streaming, parce que ce n'est pas non plus du grand Stone. Mais ça fait plaisir de le revoir dans un film potable. Ce qui me dérange particulièrement c'est la
fin. Mais ça tu le verras en voyant le film. Accessoirement tu verras le cul et les seins de Blake Lively!lol

voracinephile 28/10/2012 21:44



Miam ! Je n'en demandais pas tant !



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