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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 19:39

Valerie.jpg

 

Nouvelle variation déviante d’Alice au Pays des merveilles, Valérie et sa semaine de merveille est un rejeton fortement inspiré par Lewis Caroll, mais avec des visées beaucoup moins innocentes. On le sait, il est tentant de chercher les explications psychologiques dans les songes, et par conséquent, les variations d’Alice insistent souvent sur l’apprentissage et la maturation de la gamine. Lemora allait plus loin en se livrant à un discours sur la tentation du monde extérieur, et Valérie saute, lui, complètement le pas en traitant sans détour de l’éveil sexuel d’une jeune fille par l’intermédiaire de visions fantasmées…

L’histoire : Valérie, 13 ans, vient d’avoir ses premières règles. Cloisonnée chez une grand-mère dévote, elle se replie dans un monde de fantasmes en plein épanouissement…

 

valerie.jpeg

 

Ce genre de projet met immédiatement le spectateur en face d’un petit dilemme. Les objets cinéphiles fantasmés possèdent souvent un sous texte sexuel (chez Argento, certaines séquences sont éloquentes, le français Amer joue intelligemment dessus également…), et un contexte graphique flamboyant, outrancièrement baroque ou magnifiquement kitch. Ils sont dans l’excès (avec évidemment une certaine dose de voyeurisme). Or, avec Valérie, nous sommes exclusivement dans ce contexte. C’est du voyeurisme sexuel intellectualisé (atténué par la stylisation, dirons-nous) de l’éveil d’une gamine de 13 ans. Sans morale finale ni repères pour tenter de rationaliser la chose. Dans ces circonstances, le spectateur pourra donc se sentir légèrement gêné par la pellicule, pour diverses raisons (le film s’attarde régulièrement sur les ébats des paysans et courtisans vivant dans le village où se situe la maison de Valérie, il y a la séquence trouble de la grand-mère révélant une nature maso en se faisant fouetter de plaisir par le prêtre de passage, une séquence de saphisme avec une autre jeune vierge de la paroisse…). Bref, le film ne se refuse rien, et si il garde toujours une certaine tenue artistique, il n’hésite pas à se lancer dans des séquences complètement voyeuristes dont l’intérêt dramatique n’est pas certain. En fait, le film se révèle aussi troublant qu’un Maladolescenza, en toutefois plus camouflé (et par conséquent aussi en plus dérangeant) par l’interface du conte qu’il utilise, se livrant en quelque sorte à une relecture pour « pervers » des initiations enfantines des jeunes vierges au jeu de l’Amour… Mais si la visée sème le doute et le trouble chez le spectateur, le film est irréprochable. Chaque scène est magnifique, les ambiances sont parfaitement maîtrisées, et les pérégrinations de Valérie au milieu d’une nature en plein épanouissement (printemps, été, hivers, toutes les saisons s’entremêlent) et dans les lieux les plus sombres (caves gothiques, greniers bourrés de rouages, bibliothèque flamboyante…) ne cessent de combler le spectateur avide de fantasmes picturaux. Incontestablement, le film réussit son pari d’offrir un univers complètement fantasmé, dont le kitch assumé et les foisonnements symboliques se révèlent être les ingrédients classiques et efficaces à l’élaboration d’un pur objet cinéphile. Rien que pour ses splendides tableaux, le film mérite d’être vu deux fois. Toutefois, l’avertissement moral prévaut : le réalisateur a une idée derrière la tête qu’il n’explicite pas, et l’étrange sensation de sentir un sous texte « pédophile » dilué dans le vernis du conte laisse un goût étrange post visionnage. Il devient alors difficile de revendiquer pleinement son goût pour le film, aussi merveilleux soit-il. Une caractéristique rare qui ajoute à sa carrure de curiosité cinématographique étrange.

 

4,5/6


1970
de Jaromil Jires
avec Jan Klusak, Jaroslava Schallerova

 

VALERIE_2.jpg

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Published by voracinephile - dans OFNI (m'as tu vu )
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commentaires

hdef 11/11/2013 10:57

ok, alors à bientôt.

hdef 09/11/2013 14:25

pas vu le film, mais
@ james : j'ai enfin mis la main sur ton profil allociné : http://www.allocine.fr/membre-Z20090421205920330241352/ bon choix que la photo de suspiria :D
à tienbôt sur nos bllogs respectifs

voracinephile 11/11/2013 09:21



Ca fait longtemps que je ne le tiens plus à jour (en fait, il manque pas mal de petits films méconnus sur allociné). Mais il y avait là quelques petites bases de mes critiques. Merci pour le
compliment, je crois que mon avatar remonte à la belle période de mes découvertes d'Argento. Joli souvenir ^^ Je repasserai très bientôt sur Naveton.



borat8 09/11/2013 00:30

Comme quoi les variations dites adultes (et souvent d'Europe de l'est) de conte sont toujours meilleures que celles soi-disantes adultes d'Hollywood. Quoique le Alice de Disney (donc pas la merde
de Burton) se révèle parmi les plus sombres et intéressants films d'animation produits par le créateur de Mickey.

voracinephile 10/11/2013 16:29



Alice est pour le coup un OFNI vraiment étrange. Il n'y a pas de significations cachées derrière. C'est un authentique rêve, dans ce qu'il peut avoir de plus effrayant et illogique (le coup de la
pièce avec la potion et le biscuit est limite un traumatisme...)



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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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