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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 11:42

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Interdit aux moins de 16 ans

 

L’œuvre de Takashi Miike, renommée pour être bien barrée à chaque nouvelle commande, n’a toutefois jamais été aussi efficace que lorsqu’elle s’attaquait au sujet de la violence. Avec le point d’orgue Ichi the Killer, nous avions un aperçu débridé de la fascination de Miike pour les personnages violents et sur la façon dont ils recourent à la violence. Avec Visitor Q, il se frotte une nouvelle fois à son sujet fétiche, sous l’angle d’une vie de famille profondément pervertie.

L’histoire : Un journaliste faisant des reportages de faits divers est attaqué par un inconnu. Il le ramène chez lui en le présentant comme un ami, lui présentant sa femme masochiste accro aux drogues dures et son fils tyrannique.

 

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Un nouvel uppercut du film choc, donc, puisque sous l’angle de chaque personnage, le film explore des aspects de la violence, tous plus glauques les uns que les autres. Nous commençons avec le personnage du père, un journaliste complètement fasciné par les faits divers et l’omniprésence de la violence en société. S’aventurant chez des prostituées ou suivant des gangs dans l’espoir de filmer une rixe, il côtoie la saleté en se targuant de la révéler au grand jour. C’est de l’exploitation, mais plus le film dure, plus il s’implique dans la violence qu’il voit. On commençait sobrement en cédant aux avances lascives d’une prostituée, puis en accumulant les vexations, on assiste littéralement à un pétage de câble du personnage, qui se met littéralement à tuer pour le plaisir. Glaçant, mais beaucoup moins caricatural que prévu (finalement, ce personnage de père absent, victime en puissance fasciné par la violence au point de finir par la reproduire), le parcours du personnage suit la logique de l’assouvissement, en ajoutant une bonne dose d’humour trash de la pire espèce (seul Miike pouvait pousser la provocation à ce point, en nous faisant rire des pathétiques faiblesses des personnages, qui trouvent dans la violence la seule issue à leurs frustrations). Le personnage du fils, véritable psychopathe en devenir, suit lui aussi une mécanique logique dans le système de la violence. Persécuté par ses camarades de classes, racketté, il se met à battre sa mère pour tenter de garder une estime en soit, perpétuant la vicieuse chaîne de la violence sur les seules personnes qu’il se sent capable de tyranniser : celles qui l’aiment. Une alternance victime/bourreau d’une justesse édifiante, malgré le manichéisme des situations. Enfin, la mère, véritable masochiste supportant les coups de son fils avec des shoots d’héroïne et arrondissant ses fins de mois dans des clubs SM, illustre la perspective d’une violence retournée uniquement contre soi-même. Poussée à l’extrême ici, en allant culminer dans des scènes absurdes de pressage de téton si trash que là encore, on retrouve un humour de très mauvais goût, Miike développant particulièrement ce personnage recherchant de la jouissance dans la dégradation. Et au cœur de ce microcosme gangréné par la violence, notre visiteur, entré en frappant le maître de maison, pousse chacun des personnages au bout de ses tendances. Seul le public est le véritable témoin de ce qu’il se passe, les personnages sont acteurs et se contentent d’aller jusqu’au bout. D’abord derrière la caméra, le journaliste passe bientôt devant, aidé par sa femme frappadingue, pour se livrer à une orgie de violence aussi choquante qu’absurde. Sans vraiment conclure sur son sujet (la visée du film va au-delà de la morale), l’histoire se conclut sur une réunion familiale qui lance un dernier trait de provoc, plus pour se livrer à une dernière scène what the fuck qu’autre chose. Il n’empêche que derrière ses allures d’OFNI psychopathe, Visitor Q est une redoutable étude des mécanismes de la violence, ici condensée à l’échelle d’une famille. Le genre de projet que seul Miike est capable de concrétiser…

 

5/6


2001
de Takashi Miike
avec Ken'ichi Endô, Shungiku Uchida

 

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commentaires

hdef 22/09/2013 14:45

oui, ce qu'il fait n'est pas toujours réussi à ce qu'on m'a dit, mais il faut dire qu'il a 60 films à son actif, donc difficile de faire en sorte que ce soit tous des chef d'oeuvre ! Sinon, je te
conseille de voir en effet GOZU, qui est pour moi un des films les plus étranges jamais fait !

hdef 21/09/2013 13:31

il m'a l'air fameux, ce cru-ci !!! Perso, il faut encore que je vois DEAD OR ALIVE...
De Miike, je te recommande le très spécial (et trèès brutal) ICHI THE KILLER, choc cinématographique assez unique (bien que je n'ose pas dire ça devant Vince, qui m'a d'ailleurs fait découvrir le
film).

GOZU est aussi un film très étrange, sorte de coït aberrant et construit en puzzle...

De toute façon, Miike est vraiment un cinéaste à part...

voracinephile 21/09/2013 21:51



^^ Ichi fait partie de ma culture depuis avant le bac (je l'avais découvert par hsard sans savoir à quoi m'attendre, l'électrochoc avait été durable)... Et je n'avais pas encore découvert l'animé
qui allait avec, dieu merci !


 


Je prends note pour gozu, je viens justement de le récupérer... Je me ferai bientôt mon avis.


Je plussoie ta conclusion, son style est tout simplement inimmitable. Même si ses commandes sont parfois d'une valeur variable...



Vince12 13/09/2013 21:10

J'adore ce film, un petit chef d'oeuvre de Miike. remake complètement barré du Theoreme de Pasolini.
Humour mauvais goût ? Perso je trouve que l'humour est rès trash mais jamais de mauvais goût Miike sait très bien le mettre en scène et ça fonctionne (le coup de la bite coincée). Un des meilleurs
films du réal.
Pour Gozu je pense essayer de l'aborder sur naveton avec Audtion. Mais Gozu reste un film assez difficile d'accés, il faut que je le revois.

voracinephile 15/09/2013 22:26



Humour très trash en effet, mais je ne vois pas en quoi la fornication gratuite avec le cadavre finle est de bon goût ^^ Après, c'est bien géré, et effectivement, on est mort de rire devant un
final aussi extrême.


Gozu, je tenterai de le récupérer.



Kapalsky 11/09/2013 18:08

"Gozu" était pas mal gratiné dans mon souvenir, mais il faudait que je vois plus de films du réal. Dommage car ils ne sont pas légion chez nous, le gars est un stakhanoviste en télé qu'au ciné,
mais sa filmo est inégale. le dernier que j'ai vu de lui c'est "God's Puzzle", et c'était pas un chef-d’œuvre...

voracinephile 11/09/2013 20:02



Une filmo bien remplie, et Gozu m'a en effet été cité plusieurs fois. En revanche, je n'ai pas adhéré aux dead or alive, et certaines de ses commandes craignent un peu en effet... Yatterman et
toutes ses allusions sexuelles dans un divertissement pour enfants, c'était... trop japonais peut être...



Kapalsky 09/09/2013 21:04

Je ne peux pas dire que j'ai vraiment aimé le film, ni que je lai détesté. Mais dans la rimbambelle de productions B jap que ke me farcis occasionnellement, celle-ci vaiat ses points marquants.
maintenant ca reste assez mineure dans l'oeuvre énorme de Miike pour sur...

voracinephile 11/09/2013 16:01



Assurément un film déstabilisant. Par contre, quels films de Miike placerais-tu au dessus ? Si Audition est plus connu, il me semble quand même en deça... Il n'y a qu'Ichi the Killer qui
rivalise...



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