Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 16:19

http://2.bp.blogspot.com/-vuBhScF587Y/TaAX7IBW3yI/AAAAAAAAAyc/RxT2L_nlAjY/s1600/Crispin_Glover_in_Willard_Wallpaper_2_800.jpg

 

 

Willard est à l’origine un film des années 70, qui tire son inspiration du conte du joueur de flûte, qui pouvait charmer des rats aux doux sons de son instrument. Ici, il avait un don de communication avec ces derniers et s’en servait pour assouvir sa vengeance. Son remake, tourné en 2003 par un Glen Morgan, se révèle être dans l’avis général une honnête série B, bien conçue et bien interprétée par Crispin Glover, qui trouve ici son meilleur rôle. J’ai découvert ce film à 16 ans, mais je l’aurais aimé d’autant plus si je l’avais découvert à 12. Animé des meilleurs intentions, aussi efficace que peu démonstratif, Willard est un de mes piliers cinématographiques, une œuvre dont la puissance émotionnelle m’emporte à chaque visionnage.

L’histoire : Willard Stiles est un jeune quarantenaire célibataire qui vit encore chez lui. Son quotidien est partagé entre les soins qu’il procure à sa vieille mère au domicile familial et son travail inintéressant où son patron ne cesse de le harceler. Alors que son moral ne cesse de s’enfoncer, il découvre qu’il a la capacité de communiquer avec les rats.

 

http://a.giscos.free.fr/cinema/W/Willard/Image7.jpg

 

Willard est un film d’une puissance rare. C’est essentiellement dû au fait qu’il dirige son histoire avec un manichéisme proche de l'autisme, entièrement tourné vers son personnage principal, au point de laisser de côté ses torts pour embrasser toujours ses sensations. Willard est enfantin. C’est un individu tellement frustré, tellement conditionné par son environnement extérieur proche qu’il a stoppé son évolution à 10 ans. Willard ne raisonne pas comme un homme de son âge, mais comme un gosse. Il est naïf, peu réaliste, terriblement attaché à son quotidien au point de ne jamais vouloir le changer. Son patron est un connard fini, mais pendant les engueulades où il humilie régulièrement Willard, il lui donne aussi des conseils. S’éloigner et refaire sa vie ailleurs serait effectivement la solution la plus saine (la question pécuniaire reste floue à ce sujet). Mais Willard l’exclue toujours d’office, préférant se focaliser sur sa petite haine du directeur Martin, qu’il désigne d’office comme bourreau de son existence. Mais si le film suit les évènements avec un regard enfantin, il en a aussi la sincérité. Il est incroyablement proche de Willard, et le moindre de ses sentiments passe immédiatement à travers l’image. Ressentant l’humiliation avec une hypersensibilité évidente, Willard n’est pas déprimé, puisqu’il a assimilé la situation actuelle, et ne veut rien faire pour la changer. A la longue, il s’est habitué à ses humiliations (il en rit même pendant une séquence, se délectant de la dernière insulte que Martin lui a concocté) et il s’y attache, car cela nourrit sa vision du monde. Cette vision, encore une fois enfantine, est que le monde entier est méchant. La peur du monde extérieur passe dans le film par la crainte monstrueuse de Willard pour tout ce qui est inhabituel, des inconnus, et de tout ce qui l’éloignerait de sa chère maison. Le film flirte régulièrement avec le malsain en montrant le quotidien délétère de Willard, entre les humiliations quotidiennes et les séquences où il s’occupe de sa mère, véritable épave qui le monopolise en l’accablant de sa non-réussite dans la vie. Dans cet océan de noirceur, Willard découvre son don et s’attache à un rat, qu’il nomme Socrate. En plein milieu de la noirceur, cette relation est le seul rayon de soleil qui pointe dans le récit. C’est une amitié zoophile au premier degré, vécue avec la passion d’un gosse, et un enthousiasme ingénue qui fonctionne. Alors, le basculement sur les envies de vengeances ne surprend pas, au contraire, il fait jubiler. Si Burton en avait saisi l’essence dans certains de ses films (Beetlejuice entre autres), Glen Morgan en fait ici un véritable exhutoire, un assouvissement scandaleusement jubilatoire qui oublie l’infantilité de la chose pour épouser complètement le point de vue du personnage. Pareil pour ses fréquentes crises émotionnelles, souvent rapides et incontrôlables (hypersensibilité évidente à nouveau), jusque dans sa vengeance finale, parfaite démonstration de gestion émotionnelle qui parvient à humaniser les rongeurs à l’écran, petits soldats gérés par un Willard ivre d’une vengeance aussi personnelle qu’enflammée. Concluant d’une façon pessimiste attendue, logique et complètement satisfaisante, Willard est un film fantastique d’une trempe rarement égalée, dont la force émotionnelle bluffante suffit à chaque visionnage à m’emporter dans les remous du récit. Loin de tout effet choc (PG 13 oblige, le remake de Black Christmas sera autrement plus épicé), c’est un remake jubilatoire dont la portée émotionnelle a largement de quoi séduire. Un de mes fondamentaux.

 

 

6/6


2003
de Glen Morgan
avec Crispin Glover, R. Lee Ermey

 

http://images.fan-de-cinema.com/photos/fantastique/willard/paysage-14.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

alice in oliver 24/01/2013 17:33

oui, un bon remake mais de là à lui mettre 6/6... Toutefois, le film doit beaucoup à la composition de son acteur principal

voracinephile 25/01/2013 13:21



Salut Oliver !


Je te renvois au début de ma chronique, objectivement, le film mériterait un 4,5/6, car bien fait, mais manquant de finesse dans ses peintures de caractères. Toutefois, comme pour Wall-E,
l'attachement que je lui porte est sentimental, et il doit honnêtement faire partie de mon top 10. Un film que je ne me lasse jamais de revoir.



Zogarok 21/01/2013 19:37

Ah oui carrément. Peut-être une nouvelle pépite en vue ! On semble osciller entre la caricature (développement bloqué, garçonnet au foyer etc) et l'iconoclasme horrifique le plus absolu et
désinhibé (zoophile "au premier degré"!... avec sa souris ?^^). Je suis vraiment, très curieux.

voracinephile 21/01/2013 21:19



Je sais que j'exagère en lui donnant une note de chef d'oeuvre, mais c'est juste un pilier de mon parcours cinéphile. Je l'avais loué pendant un mois avant de le chercher dans toutes les
boutiques de dvds de ma région (sans succès). On est clairement dans l'outrance sentimentale. Willard ne peut pas logiquement exister. Il est trop ingénu, vraiment, je trouve son caractère
enfantin avec du recul (pas besoin de beaucoup de recul d'ailleurs, mais le film ne prend jamais de distance). Quant à l'iconoclasme horrifique, la formule est un peu extrême. A l'image d'un
enfant, Willard se construit une amitié sans faille avec un rat blanc, qu'il aime avec une passion vraiment sincère (il en pleure de joie, tellement il n'a personne). C'est enfantin et
terriblement touchant, ça ressemblerait limite à un film pour enfant si il n'y avait pas le quotidien éprouvant non stop, et si l'ivresse de vengeance ne prenait pas le dessus par la suite. Ce
n'est pas une love story, mais comme Willard noue le contact avec le rongeur, c'est une amitié ultra intimiste touchante de part son côté autiste. Car Willard est un gamin autiste, qui ne va
jamais vers les autres si ils ne font pas le premier pas. J'éprouve beaucoup d'affection pour le film car j'ai parfaitement saisi son contexte émotionnel, auquel j'aspirais à une époque (^^ ah,
quelle période, l'adolescence...).



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche