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Drame (chanter sous la pluie)

Jeudi 23 mai 2013 4 23 /05 /Mai /2013 18:19

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Retour chez notre boîte de production favorite, la Troma Team Release, avec un de leurs vieux crus que je viens de découvrir : Combat Shock. Série Z complète jouant sur les terrains d’un Rambo dont il est une version à la fois cheap et cruelle (d’une certaine façon plus « réaliste » dans sa cruauté), Combat shock est un film sans concession qui parvient à tenir ses objectifs, à savoir un récit perturbant et sans concession de vétérans du Viet Nam abandonnés à la vie civile après usage.

L’histoire : Un vétéran du Viet Nam, marqué part les évènements qu’il a vécu, tente de survivre dans une banlieue américaine, faisant face aux gangs et ressassant sans cesse le passé.

 

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Malgré la facture de série Z qui se sent d’un bout à l’autre du film (la jungle fait très « terrain vague », les explosions sont des pétards un peu enterrés, le bébé est une marionnette en plastique hideuse…), le sérieux qui imprègne le film fait immédiatement penser à Apocalypse Now, comme en témoigne la voix off de notre personnage principal qui ressasse ses pensées façon seul contre tous, film dont l’état d’esprit n’est pas si éloigné de ce bel essai de Buddy D. Commençant avec une pérégrination de notre héros en territoire ennemi, le film donne donc dans la description du conflit sous angle halluciné, posture « classique » depuis le chef d’œuvre de Coppola, mais toujours efficace comme en témoigne ce film. Si, malgré ce sérieux, le côté Z peut un peu décourager niveau scènes guerrières (malgré des plans gores à la hauteur), le film prend davantage de poids avec le retour à la vie réelle. Prenant place dans une banlieue en décrépitude, nous retrouvons notre héros marié à une souillon qui le harcèle constamment pour trouver de la thune pour le ménage, avec un bébé d’une laideur assez terrifiante (je pense que c’est le faible budget qui est en cause, mais il n’est pas interdit d’y voir un hommage (involontaire) à Eraserhead). Et quand il sort de son appartement, ce sont les gangs qui viennent le dépouiller, la zone pour les promenades. La seule personne qui semble finalement proche de lui est un autre vétéran, qui sombre lui dans l’enfer de l’héroïne façon Requiem for a dream (avec une gangrène qui commence à s’installer). Niveau glauquerie, on en a pour notre argent, et le film ne cesse de s’enfoncer dans les abîmes de l’inéluctabilité, rien ne venant aider notre vétéran à s’en sortir. Aucune chance, de rares tentatives qui échouent lamentablement… Et ce traumatisme qui revient continuellement à la charge, culminant jusque dans la séquence décisive où notre personnage récupère une arme. Ne sacrifiant jamais le dramatisme de sa violence (chaque mort est un coup dans l’estomac), Combat Shock se hisse d’un coup dans la classe des films qui remuent, comme Taxi Driver ou encore Dead Man Shoes. Et cela sans la moindre prétention, c’est même contre toute attente que le film prend cette ampleur, animé d’une rage peu courante pour du petit budget. Film marquant oublié, Combat Shock est une petite révélation en soit, même si les ingrédients qu’il manipule sont classiques, connus, et qu’ils ne surprennent pas. Mais la violence du ton employé et l’absence de concession (le drapeau américain en prend un coup, avec un final traumatisant) en font presque une œuvre majeure. Un miracle, en somme.

 

5/6

 

 

1986

de Buddy Giovinazzo

avec Ricky Giovinazzo, Veronica Stork, Mitch Maglio

 

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Par voracinephile - Publié dans : Drame (chanter sous la pluie)
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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 21:41

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Si mon initiation au style Haneke a commencé avec l’uppercut Funny Games US, j’ai découvert assez rapidement après La Pianiste, œuvre non moins troublante qui consacre Isabelle Huppert comme l’une des plus grandes tarées du cinéma avec Isabelle Adjani. Magnifique portrait psychologique aussi riche de détails que de raffinement (c’est l’œuvre où l’amour du piano d’Haneke ressort le plus), La pianiste est particulièrement efficace dans sa manière de nous faire découvrir le personnage, qui préfère se complaire des les délices de l’insatisfaction plutôt que dans le démagogique assouvissement.

L’histoire : Erika, la trentaine, vit avec sa mère envahissante dans un grand appartement parisien. Professeure de piano renommée au Conservatoire, un jeune pianiste doué la repère et commence à l’aimer, sans connaître son vrai visage.

 

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Somptueux film d’Haneke à nouveau, puisque nous avons là peut être le meilleur rôle de la carrière d’Isabelle Huppert. Embrassant son personnage et ses tourments sans le moindre recul, Isabelle nous inonde de détails de mimiques, de regards glaciaux qui masquent merveilleusement l’inavouable insatisfaction qu’elle cultive dans toute sa vie. La perfection n’est qu’illusion et affaire de goût, elle ne fera jamais l’unanimité, et plutôt que de placer son plaisir et son but dans cette dernière, nous avons un personnage qui cultive la frustration. Dans ses formes les plus jusqu’auboutistes, ce qui donne un portrait à deux facettes, qui se joignent avec une justesse éblouissante. D’un côté, la professeure de panio perpétuellement insatisfaite, ne poussant pas au dépassement de soit, mais chargeant de honte la moindre faute, le moindre défaut de style. La froide autorité qui glace le moindre élan, la frigide qui jouit du freinage de l’autre. Et dans l’autre facette, nous avons le désir d’humiliation, et la négation de l’amour tel qu’il est habituellement conçu, car ce goût pour l’insatisfaction condamne toutes les tentatives (les sexuelles sont d’ailleurs les plus frustrantes). Conscient de la violence psychologique de son portrait, le film ponctue régulièrement son récit d’intermèdes musicaux classiques qui sont de vraies merveilles pour les oreilles, et qui rendent finalement les séquences trashs plus épicées (la séquence du sex shop où elle croise un de ses élèves est une merveille de démonstration). Et arrive alors Walter Klemmer et son amour de jeune adulte tout fringuant et ébloui par la culture et le goût apparemment hyper sélectif (il n’imagine pas à quel point) de cette femme, qui pense pouvoir aimer Erika. Le film se focalise essentiellement sur cette relation, l’amour évident de Klemmer se transformant peu à peu en dégoût, et révélant les contradictions majestueuses d’Erika, dont les envies d’humiliation poussent le spectateur dans l’incompréhension. Quand une personne désire être violée et séquestrées, puis qu’elle supplie quand la violence s’abat, que faire, comment continuer ? Ainsi, le film culmine dans un final en mode détention assez secouant où finalement la nature même de notre pianiste est exposée aux différents protagonistes. Superbe travail de psychologie magnifié par une direction d’acteur impeccable, Nous ne sommes à nouveaux pas déçu par Haneke.

 

5/6


2000
de Michael Haneke
avec Isabelle Huppert, Benoît Magimel

 

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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 17:13

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Reprise du cercle Larry Clark avec la découverte aussi inattendue (un dvd au marché aux puces paumé entre Baby sittor et Banlieue 13 (que j’ai également acheté, pour faire croire que je suis normal)) que foudroyante, puisque Bully passe en tête de mon classement Larry Clark, soit devant Ken park qui était mon préféré jusqu’à lors. Bully, c’est la descente aux enfers d’une bande d’ado isolés dans leur quartier et cohabitant tant bien que mal, avec les habitudes et les dérives que cela provoque. Impossible d’échapper aux contacts quotidiens avec les mêmes gens, et les frustrations qui s’accumulent créent peu à peu des tensions qui explosent dans un final amoral complètement survolté. Gros uppercut filmique.

L’histoire : Bobbie et Marty sont amis depuis plusieurs années. Enfin, ami signifie que Marty s’est attaché à Bobbie, qui le traite autant comme un soufre douleur que comme un ami (en gros, selon ce qui l’arrange). La situation se corse quand Marty réussit à entamer une relation avec Lisa, une fille de son quartier.

 

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Bully se divise clairement en deux parties. Il y a d’abord la première moitié, qui dresse un portrait de tous les adolescents que nous allons côtoyer pendant le film. C’est le côté très Larry Clark, puisque nous retrouvons ainsi l’atmosphère étouffante de Ken Park, apothéose des portraits selon cet auteur. On décrit en détail la relation qui unit Marty et Bobbie, à savoir cette fausse amitié où Bobbie tyrannise son compagnon tout en y étant attaché. Marty s’est quant à lui habitué à la situation, et la récente conquête d’une petite le pousse peu à peu à s’émanciper, d’où un tempérament de plus en plus nerveux. Les portraits, toujours trash par essence, prennent davantage d’épaisseur quand Bobbie commence à manifester des attirances ambigües, notamment pour son fantasme sur un porno gay amateur, et pour la troublante séquence où il force Marty à faire un strip tease dans une boite gay pour récupérer du fric (en apparence, mais la conversation qui suivra dans la voiture est particulièrement révélatrice). Bobbie est donc l’étudiant trash en perte de repères, qui fait usage de violence sur ses pairs pour parvenir à ses fins, Marty est un sportif médiocre en cours qui commence à réclamer son indépendance. La grossesse de sa copine est un phénomène déclencheur évident, malgré le rejet immédiat, il semble évident que cet évènement soude au final davantage ce jeune couple. Et c’est là que s’amorce la seconde partie du film, terrifiante. En effet, suite aux frasques de Bobbie auprès de plusieurs personnes (dont un viol, mais les circonstances sont troubles, preuve une fois encore de la finesse des portraits de Larry Clark), la bande de jeunes que nous fréquentons depuis le début du film émet alors le projet d’assassiner Bobbie. Pour le bien de tous en somme. Si l’idée semble inconcevable, la façon dont elle est amenée, graduellement, est effrayante de réalisme. D’abord par ouverture d’esprit, puis par curiosité et irresponsabilité (chacun ne cesse de se décharger de son implication sur son collègue), le plan se forme, prenant des airs de complots pendant que la bande ne cesse d’inviter Bobbie afin de trouver une opportunité. Puis a lieu le meurtre en question, digne de The Manson Family. Et la chute continue, avec les craintes paranoïaques que chacun se met à développer dans son coin, aux alibis qui se créent en dépit de la logique, aux petits détails qui font psychotter. Bref, tout ce petit monde s’entre-déchire jusqu’à la première dénonciation, à partir de laquelle tout le monde chute. La meilleure scène à en retenir reste probablement celle de la conclusion, où réunis sur le banc des accusés, tous les ados se rejettent encore la culpabilité les uns sur les autres, devant une audience abasourdie. Du bousillage de vie de premier plan, aussi cru que merveilleusement dépeint, pour ce qui doit être le film le plus hargneux de Larry Clark (pas le plus violent, mais l’un des plus jusqu’auboutistes). Une claque phénoménale.

 

5,5/6


2001
de Larry Clark
avec Brad Renfro, Nick Stahl

 

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Dimanche 12 mai 2013 7 12 /05 /Mai /2013 16:00

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Lawrence Anyways étant déjà passé sous le scalpel de Voracinéphile, vous connaissez donc Xavier Dolan et ses tendances cinématographiques. Très jeune réalisateur (à peine la vingtaine quand il tourne J’ai tué ma mère) à l’ambition assez démesurée, il décide de se lancer sous l’angle de l’art et essai, tournant en langue canadienne et décidant de parler du sujet qu’il connaît le mieux, lui-même. Le résultat laisse dans une situation mitigée, les arguments du film étant contrebalancés par son extraordinaire capacité à agacer le public.

L’histoire : Hubert, jeune étudiant en art, est obsédé par sa mère, qu'il aime détester plus que tout. Il se construit en dehors, mais ses fréquents heurts se retournent contre lui quand ses parents décident de le placer en internat.

 

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J’avais grand hâte de découvrir ce premier cru de Dolan qu’on m’annonçait comme étant un film polémique (Princécranoir est contre, Zogarok est pour). Et J’ai tué ma mère correspond à ma définition à double tranchant du chef d’œuvre cinématographique, puisqu’il est tellement concentré sur sa vision des choses qu’il en vient à diviser le public sans se forcer. Mais ce n’est pas pour sa complexité que le film divise, plutôt par l’agacement tacite qu’il provoque à longueur de temps. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Xavier Dolan est homosexuel (il a d’ailleurs reçu un prix en 2011 pour la lutte contre l’homophobie), et jouit d’une flatteuse réputation auprès des critiques. Elles s’extasient sur Xavier parce que son style est limpide, son approche est simple (les sentiments qu’il décrit sont d’une logique telle qu’un développement pareil n’était pas nécessaire), et qu’à défaut d’y voir un quelconque message, il manipule des sentiments qui peuvent toucher, et comme il est connoté gay et qu’on ne va surtout pas s’en affranchir (un côté réalisateur proche de son oeuvre, chose pas appréciée par tout le monde), on tient là un parfait porte étendard, émouvant et relativement neutre (il regarde plus qu'il n'analyse). Xavier, vu son style très classique, a bien potassé ses leçons de cinéma et sait comment faire un film. Etude de caractère à la Almodovar, photographie soignée, bande son magnétique, l’objet est séduisant. Mais il est terriblement agaçant (bien plus que Lawrence Anyways) pour l’obsession monomaniaque autocentrée d’Hubert sur lui-même. Gros plans sur sa figure et son corps épilé, plans centré régulièrement sur lui, le fait que Xavier soit à la fois réalisateur et acteur de son film agace. On parvient à faire avec, mais régulièrement, la conduite de son personnage énerve. Car le portrait de caractère qui est fait de son personnage pourrait être bouclé en 5 minutes, sous forme d'une caricature simpliste, mais cruellement pertinente. Le bilan du film est d’ailleurs plutôt léger à ce sujet. Certes, nous avons suivi le parcours de ces personnages, mais l’enrichissement est quasi nul, même pour eux. La relation mère-fils résumée par le titre (plus extrême que le film en lui-même) a bougée, mais les personnages sont toujours restés les mêmes. Et c’est là que Xavier commence à séparer le public. Disons le directement, Hubert est le cliché de l’étudiant homosexuel, sur tous les tableaux. Dans ses goûts vestimentaires, dans sa démarche, dans ses regards, dans ses attitudes, il transpire littéralement d’homosexualité (d’ailleurs, son physique de beau gosse s’accorde parfaitement à cette image). Pas un mal en soit, c’est un portrait de personnage, mais le développement en est excessivement long, ce qui fait naître un sentiment de prétention pas atténué par la proximité évidente entre l'uteur et son oeuvre. Sa première relation homo arrive au milieu du film que dès la première minute on était déjà au courant. Et à ce cliché se rajoute celui du fils braillard. Hubert a 16 ans, et la crise qu’il est entrain de vivre, il la hurle sur tous les toits, tout le temps, sur sa mère, sur son père quand il se montre… Il éructe, il frappe, il se rebelle, avec une violence qui se veut sincère, mais qui donne surtout envie de lui coller une grosse claque pour qu’il se calme. Le scénar a beau lui donner l’alibi d’un jeune âge (16 ans, très tôt pour un coming out) et un passé d’enfant roi, son obsession virant sur la mesquinerie (à critiquer tout le temps sur tout sa mère, incapable de garder ses rancoeurs pour lui-même) a le mérite d’agacer profondément, et de vouloir recadrer Hubert nous même. Hubert est différent, il veut s’affirmer, le mot spécial est trop blessant pour lui… Mais il est un étudiant homo parmi tant d’autre et il ne sort en rien du lot. Pas une once d’empathie ni de chaleur humaine ne filtre derrière sa coiffure branchée et ses œuvres d’art. C’est un cliché, décrit avec force détails et dont on partage  plusieurs années de vie. L’agacement est donc bien présent, mais le portrait en lui-même est crédible. Pas charismatique, mais crédible et compréhensible, Hubert  façonne son entourage et se venge copieusement sur sa mère, qu’il vomit en vivant à son crochet. (Trop) proche de son personnage sans pour autant l’appuyer complètement (le personnage de la mère bénéficie de la performance solide d’Anne Dorval), J’ai tué ma mère se révèle être une tranche de vie au bilan assez léger, mais qui plante des clichés de façon crédible. Un début assez partagé pour Xavier. Pour traiter d’homosexualité, on peut lui préférer le généreux Bruce Labruce (qui ne prend pas les mêmes gants, attention aux non-initiés…)

 

3,6/6


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de Xavier Dolan
avec Xavier Dolan, Anne Dorval

 

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Par voracinephile - Publié dans : Drame (chanter sous la pluie)
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Samedi 4 mai 2013 6 04 /05 /Mai /2013 11:36

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Aujourd’hui, bouclage du cycle Karim Hussain avec son dernier long métrage en date : la belle bête. Comme le savent ceux qui ont suivi ce blog ou la carrière du réalisateur, il a surtout donné dans l’expérimental, avec un goût immodéré pour le trash poétique. Et comme ça l’embête visiblement beaucoup de donner dans un registre qu’il a déjà exploité, Karim part aux antipodes de ses précédents travaux, puisqu’il donne ici dans le drame familial à étude de caractère. Un film troublant et forcément polémique, qui m’a moins convaincu que ses prédécesseurs.

L’histoire : les chroniques d’une famille vivant dans une grande maison de campagne, où la mère, veuve, chérit son fils au détriment de sa grande sœur, jalouse de ce statut et désirant plus que tout nuire à ceux qui l’entourent.

 

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Indubitablement, la facture très auteurisante de ce film le propulse aux côtés de The War Zone dans le cas des drames familiaux aux portraits psychologiques soignés. Toutefois, le film n’hésite pas à donner dans l’hallucination expérimentale avec les apparitions régulières d’un homme à tête de cheval, marquant en quelque sorte la présence paternelle qui a toujours été absente dans cette vie de famille. L’isolement de cette cellule familiale minimaliste est la première chose qui frappe, puisqu’elle est la condition nécessaire pour faire survenir tous les débordements psychologiques qui suivront. En effet, la relation qu’entretiennent la mère et le fils est rapidement trouble, trop proche physiquement pour ne pas provoquer le malaise. Il faut dire que le fils en question, qui approche de la majorité, se comporte toujours comme un enfant lové dans le cocon familial, d’où il ne s’est visiblement jamais extrait. Il est le parfait exemple d’un développement retardé par un repli sur soi encouragé par la mère qui ne l’en a que plus choyé. Il est naïf, c’est un enfant dans un corps de vieil adolescent, pubère, mais qui n’a toujours pas entamé les interrogations qui forment le passage vers l’état adulte. Cette relation  est malsaine, et on pourrait croire qu’elle sert de prétexte à la sœur pour anéantir sa famille. Mais ce n’est qu’en surface. Ce personnage féminin de la sœur, autant le noter toute de suite, est digne d’une obsession. C’est bien simple, depuis Isabelle Adjani dans Possession, aucun rôle féminin ne m’avait autant renversé. Ses motivations sont troubles, elle est complètement imprévisible, changeant sans cesse d’attitude vis-à-vis de son petit frère, qu’elle câline avant de bizuter, qu’elle allume avant de frustrer, qu’elle console avant de mutiler… Ce rôle féminin est une personnification de la perversion poussée à un point rare. Et les comparaisons entre elle et l’Homme du premier segment de Subconscious Cruelty se fait assez vite (les scènes où elle réfléchit sur un lit), cette dernière prenant un plaisir évidant à détruire ses proches, animée de joies malsaines qui font de ce personnage un véritable phénomène. Tout dans son attitude, dans son physique, pousse au malaise (son sourire avec sa dentition courte est terrifiant), et le lien évident que ressent ce personnage avec la douleur (quand elle l’inflige ou qu’elle la reçoit) ne cesse d’être mis en avant tout au long du film. Retardant un moment les inévitables débordements qui constitueront la dernière partie du film par l’arrivée d’une hypothétique figure paternelle immédiatement rejetée par les deux enfants, le film souffle quelque temps avant de repartir de plus belle, consommant toutes les pistes qu’il a ouverte et cavalant vers le dénouement sans laisser respirer le spectateur. Complètement amoral, trash sans être démonstratif (à l’exception d’une césarienne et d’un plan gore, rien), La belle bête est un portrait étrange, torturé par essence, qui tente d’apporter un écrin très classique aux aspirations de Karim Hussain (le cachet « cinéma d’auteur » est complètement taillé pour lui). Toutefois, il n’y a plus la fougue créatrice, l’ambition dévorante, la soif de nihilisme qui l’animait. Tous les efforts de cohérences qui sont fait pour dresser un portrait réaliste encadrent le film avec rigueur, si bien que l’univers semble se réduire. C’est néanmoins le film le plus accessible de Hussain, et à fortiori le moins perturbant. Le portrait est de qualité, et avec le personnage de la sœur, Hussain parvient à susciter la fascination, mais pour ce qui est des autres portraits, bien que justes, ils ne semblent être là que pour donner de la marge de manœuvre à cette succube aux dents courtes. Un essai intéressant, mais moins définitif qu’Ascension.

 

4,3/6


2006
de Karim Hussain
avec Carole Laure, Caroline Dhavernas

 

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Par voracinephile - Publié dans : Drame (chanter sous la pluie)
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  • Je suis étudiant en Chimie, j'ai 23 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (plus marginal que grand public). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

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