Avec We were soldiers, on a le plaisir de reprendre du service militaire aux côté du charismatique Mel Gibson, qui nous entraîne ici pour une tranche de Viet Nam qu’on est pas prêt d’oublier. D’une violence très portée sur l’action (ça défouraille pendant tout le film), qui suit le premier combat entre les forces américaines et viet-cong, We were soldiers élabore une galerie de personnage plutôt touchante, et en tout cas suffisamment élaborée et charismatique pour qu’on s’attache à ces GI’s.
L’histoire : Peu après la débâcle de l’armée française au Viet Nam, les forces américaines décident d’une intervention armée pour empêcher les forces communistes de s’emparer du pays.

L’introduction du film fait toutefois sourire, puisque les forces françaises parlent un mauvais français avec un accent américain des plus déplacés. Et quand on regarde le film en VF, on a donc les forces américaines qui parlent un français impeccable sans accents (Philippe Nahon assure même la voix de l’un d’entre eux). Mais passons. On se rappellera de We were soldiers essentiellement pour ses portraits de personnages, tous assez touchants. Le premier d’entre eux est bien évidemment Mel Gibson, qui endosse ici l’uniforme d’un colonel sensé gérer l’offensive, et tentant de mener ses hommes en les escortant sur le champ de bataille et en leur regonflant toujours le moral. Catho au sens du devoir inébranlable, le personnage, même affichant un patriotisme exacerbé ("la vallée de l'ombre de la Mort..."), est attachant, usant intelligemment de son charisme pour faire apparaître ses valeurs morales tout en casant des répliques patriotiques qui viennent faire « bien » (« Et Seigneur, à propos de nos ennemis… Oubliez leurs prières païennes et aidez nous à botter le cul de ces petits salopards. Amen. » Et vive Reagan !). Les soldats, dans leurs doutes ou leurs statuts de futurs pères, sont autant d’âmes incertaines qu’il faut rassurer et motiver dans les circonstances actuelles. Le film en profite aussi pour développer les caractères des femmes de soldats, dont le quotidien moins mouvementé mais tout aussi angoissant révèle un autre visage de la guerre. Celle de Mel Gibson est bien évidemment celle que l’on va suivre, mais c’est un caractère féminin fort auquel on adhère franchement, sa logique très sentimentale se révélant finalement très payante dans ce contexte difficile. Enfin, c’est probablement le personnage du reporter militaire qui marquera le spectateur, ayant spécialement choisi sa fonction pour tenter de comprendre la guerre et de la faire comprendre aux Américains, alors que sa famille s’était jusqu’à lors cantonnée à s’y battre. On notera l’excellent dialogue à propos de ses aïeux et ses réactions quand l’enfer se déchaîne autour d’eux. On sent que le réalisateur est visiblement très inspiré par Apocalypse Now, ce qui se ressent notamment dans son approche très pessimiste de la situation, les américains se prenant visiblement une tannée (ajustant mal leurs tirs, ne parvenant pas à avancer, assiégés par des forces ennemies largement supérieures en nombre lançant des assauts incessants). Ce qui vaudra quelques séquences chocs, notamment sur les ravages du napalm ou d’une grenade incendiaire. Du lourd pour un film qui entend s’attaquer avec sérieux à son portrait d’une Amérique mal préparée à la violence du conflit (sans atteindre les performances du chef d’œuvre de Coppola, les acteurs retranscrivent sobrement l’état de choc). Par soucis d’objectivité, le film montrera quelques prises de vue du commandement viet-cong et des mouvements de troupes viet-namiennes (mais ça reste très mineur, l’essentiel étant fixé sur les américains). Finalement, la galerie des portraits est achevée sur un ton plutôt sobre, quand même un peu trop patriotique pour le Mel qui a survécut et qui veut rendre hommage à ses hommes tombés sur le front (l’hommage finale est sincère, plutôt respectable bien que trop martial dans son patriotisme (les trompettes, ah, les trompettes…)). Un sympathique film de guerre donc, qui parvient à rendre attachant ses personnages malgré son patriotisme un peu trop collant.
3.8/6
2002
de Randall Wallace
avec Mel Gibson, Madeleine Stowe
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