Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 06:27

 

http://4.bp.blogspot.com/_nnMWQY3Lyv8/SasFkzFztbI/AAAAAAAAABY/BqelRh146uo/s400/283779492_small.jpg

 

Kourtrajmé était en 1994 un petit label de films amateurs, de courts métrages tournés en banlieue avec pas grand-chose d’autre qu’une caméra et quelques accessoires en plus. C’est maintenant une association regroupant plus d’une centaine de membres et se lançant dans des longs métrages. Cependant, leurs courts sont plutôt attachants, car totalement orientés vers les points de vue de leurs auteurs, ce qui confère indéniablement de l’originalité à leurs péloches. On retrouve des habitués de ces courts métrages, comme Olivier Barthélémy, Dimitriu Bulatovic ou Ladj Li, mais dans tous les cas, leurs prestations sont plutôt convaincantes, et les illustres inconnus qui les accompagnent sont souvent sympathiques eux aussi. Intéressons à quelques unes de leurs productions.

 

http://www.kourtrajme.com/visudvd365.jpg

 

On commence par La Barbichette de Kim Chapiron, où jouent Cassel et Bart. Dans cette vidéo, on suit trois frères assis devant la télé qui délibèrent entre eux pour savoir qui doit aller aider leur mère. Situation on ne peut plus classique, l’aîné énumère un maximum de raisons pour déléguer la tâche à ses frangins. Mais là où ça devient drôle, c’est quand l’aîné se rend compte que ses frères sont aussi flemmards que lui, et qu’il prend ça pour un manque de Respé ! Dès lors, c’est parti pour l’épreuve de remise en place. Un « je te tiens, tu me tiens, par la barbichette… » qui prend ici des élans bien plus belliqueux dans la bouche de nos compagnons. Bref, à chaque baffe, c’est limite si on n’éclate pas de rire nous aussi, tant la situation prend une ampleur disproportionnée par rapport aux enjeux. On a même une gentille critique de l’immaturité de nos personnages, qui ont besoin d’un prétexte pour se foutre des tartes dans la gueule. Bref, une petite chamaillerie vraiment drôle, qui fait rire de bon cœur.

 

Vidéo regardable ici

 

On poursuit par Désir dans l’espace, un autre court plus trash que son prédécesseur. Le ton est directement donné par un extrait de film porno de bas étage, avec une extra terrestre qui cherche à baiser avec un maximum de mecs. On enchaîne ensuite sur Bart qui part en soirée avec des copains après s’être masturbé sur le film. On a d’abord droit à une soirée classique, où Bart dragouille gentiment, puis méchamment, en se faisant à chaque fois rembarrer. On suit parallèlement un groupe de jeune fille assez similaire à notre groupe masculin, qui fantasme sur un bel étalon noir d’au moins deux mètres de haut. Le ton montre et deux prétendantes se taperont dessus dans les toilettes. Bart tente lui aussi d’utiliser la violence pour résoudre ses soucis, mais ça ne marche pas vraiment. Et on retrouve donc nos deux loosers dans les toilettes, qui se regardent et finissent par s’embrasser (après avoir gerbé). Cette conclusion rendue bien poisseuse par l’aspect hématophylle de la chose, complètement amoral, est un parcours de soirée un poil trash, montrant comment des loosers peuvent trouver un bonheur relatif dans leur crasse. Pas indispensable, mais on sent une certaine compétence technique derrière le film. Tout le monde est crédible, mais le film ne semble allez nulle part en particulier.

 

Vidéo regardable ici

 

 

Eazy Pizza Riderz : Ce court métrage est clairement mon préféré, car il allie à la fois dynamisme du rythme, hommage aux films de Tarantino et messages subjectifs sur la banlieue. On suit le parcours d’une paire de chaussures volée qui de mains en mains et devient l’enjeu du film, une peu comme la Malette dans Pulp Fiction. Les personnages prennent un peu de reliefs dans chacune de leurs expositions, en provoquant souvent un sourire complice tant la bonne humeur et les clichés sympathiques sont là. Ainsi, une patrouille de keufs lisant Kondé magazine se révèlent être de vraies racailles, une pizzeria fonctionne comme un gang et l’hommage au western est rendu dans une course poursuite infernale en scooter, à grand coup de pétards et de carabine à air comprimé. Ultra cheap mais ultra attachant, on se marre gentiment, et surtout, on ne se fait jamais chier. Avec des acteurs qui cabotinent de tous les côtés, Eazy Pizza Riderz est un délire follement sympathique, qui transcende le quotidien de la banlieue pour en faire un monde excitant. Jouissif.

 

Vidéo regardable ici

 

http://www.justlikehiphop.com/images_fond/images_interview/10_2.jpg

 

Hommage au film « La Haine » : Il était en effet intéressant de s’interroger sur les réactions qu’à pu susciter un film comme La Haine. Si c’est chose faite du côté des cinéphiles et de la société en général, je n’avais jamais pu avoir accès aux réactions des personnes des banlieues, le film tentant de dépeindre le quotidien de jeunes évoluant dans cet environnement. Et ce film est du coup vachement réussi, car de conversations plutôt sympathiques au début, ventant le film et le travail de Kassovitz, mais partant peu à peu sur leurs frustrations, sur leurs haines et sur leur frustration, en faisant véritablement éclater leur colère à l’écran. Ils ont tous l’air tellement convaincus, et cette colère est tellement palpable qu’elle fait réagir à tous les coups, que ce soit par un rire ou un écarquillement des yeux. Chaque interviewé parle une langue différente (et ce n’est pas du français), et quelque soit le langage, l’universalité du sentiment est prouvé. Ils rejouent donc la scène du miroir, où Vincent Cassel se parlait à lui-même avant d’avoir ce geste symbolique de flinguer son reflet, ici répété 4 ou cinq fois, toujours efficace, et qui se réserve quand même quelques séquences d’humour voulu. Bref, un bel hommage et un peu de pellicule à l’impact non démenti. Un joli boulot.

 

Vidéo regardable ici

 

En bref, il existe une compilation en 3 dvds de ces petites productions, que je ne vous conseillerai jamais assez d'acheter (si là encore, le style vous intéresse)

 

http://www.suchablog.com/wp-content/uploads/2009/09/kourtrajme-nerf.jpg

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 06:47

http://www.cinemagora.com/images/films/13/115013-b-paprika.jpg

 

Satoshi Kon m’a été révélé par le dessin animé Perfect Blue, un merveilleux thriller dont les projections psychologiques (le dédoublement de la personnalité semble être une constante dans son cinéma) représentées explicitement ont de quoi perturber pendant la vision du film. Paprika reprend en partie son travail sur le sujet, mais en prenant bien plus de liberté et d’ampleur que son prédécesseur. Plongée dans cette production onirique…

L’histoire : Le professeur Chiba et le scientifique Tokita développent un projet de machine révolutionnaire capable d’enregistrer les rêves des gens. Mais une personne malintentionnée s’empare de plusieurs machines et s’introduit dans le subconscient de plusieurs personnes afin de les rendre folles.

 

http://graphics8.nytimes.com/images/2007/05/24/movies/25paprika600.1.jpg


Vraiment ambitieux dans ses objectifs (la manipulation cérébrale, c’est quand même du lourd), Paprika est un dessin animé magnifique, aux graphismes très bien dessinés et à l’animation parfaite (l’équipe bénéficiant de plus de moyens qu’à l’époque de Perfect Blue). Ce qui est intéressant avec Paprika, c’est qui brouille peu à peu nos repères, et que vers la fin il n’est plus très facile de distinguer la réalité de l’hallucination onirique. C’est ce qui fait la force et l’envoutement du récit, mais qui risque aussi de diviser le public, tant la volonté de maîtriser l’histoire devient vaine dans les vingt dernières minutes. Totalement imprévisible, doté d’une ambiance sérieuse et flippante (l’exploration de l’appartement d’Himuro), le film se suit avec un rythme assez soutenu, réussissant aussi bien à nous épater graphiquement (pas tous les jours qu’on voit une héroïne surfer sur un nuage) et thématiquement (l’intrigue, loin d’être incompréhensible, est parfaitement logique). Si le film respecte l’adage du « quand on meurt en rêve, on meurt dans la réalité », il reprend aussi beaucoup de codes du monde onirique, ce qui explique en quelque sorte que le rêve d’une cohorte folle avançant peu à peu dans un lieu imaginaire puisse parler à beaucoup de monde. Les enjeux ne cessent d’évoluer, nous seulement sur le plan de l’enquête, mais aussi sur celui des personnages. Ainsi, Ciba va peu à peu laisser ses sentiments la dominer (jolie scène avec Tokita), Tokita va prendre conscience de ses responsabilités, et l’enquêteur lèvera enfin le voile sur son mystérieux rêve. Car c’est ce personnage aussi qui est intéressant. Détestant d’abord le cinéma, il se rend compte peu à peu pourquoi il a développé cette haine, et ce qu’il a toujours regretté. Un parcours un peu touchant, particulièrement pour ceux qui ont déjà vécu la douloureuse expérience du film inachevé. Au milieu de tout cela, Paprika évolue en faisant des merveilles, en étant montrée comme une thérapeute efficace autant qu’agréable. La schizophrénie est d’ailleurs au cœur du récit avec elle, puisqu’elle est un double du personnage de Chiba. D’ailleurs, la scène de révélation d’identité devant Osanaï est une des plus belles du film, ce dernier disséquant littéralement l’identité de Paprika pour mieux découvrir qui est derrière elle. Les personnages sont vraiment le point fort de cette production, qui n’hésite pas aussi à faire déplacer ses personnages dans tout ce qui peut représenter un bout de réalité (ils traversent des écrans, des miroirs, des affiches pour se rendre plus vite où ils le désirent). Dans un dernier acte qui peut sembler un peu brouillon (on retrouve des sortes de monstres gigantesques), on tient enfin un dénouement à la hauteur du projet. Paprika, c’est en quelque sorte un Ghibli pour adulte, un film à la narration particulière et aux thèmes sérieux, magnifiquement dessiné, et qui mérite une publicité du tonnerre pour ce qu’il ose faire. De la grande animation.

 

5.5/6

 

de Satoshi Kon
avec Megumi Hayashibara, Torû Furuya

 

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/18/63/09/32/18672201.jpg

 

http://www.otakute.fr/wp-content/uploads/2010/08/paprika.jpg

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 06:37

http://s.excessif.com/mmdia/i/24/7/sheitanhaut2-3624247unlmw_1731.jpg?v=1

 

Le cinéma des banlieues, c’est pas toujours qu’il peut squatter une affiche. C’est simple, à part La Haine, je n’ai pas vu grand-chose de ce cinéma, qu’il ne faut pas assimiler à des immondices comme Neuilly sa mère qui font des clins d’oeil sans savoir de quoi ils parlent. Et je tombe par hasard sur Sheitan, lancé par les Kourtrajmé, et c’est une sorte de révélation. Le film n’a pas reçu un bon accueil partout, il est certes bizarre, mais c’est également un des films de genre les plus drôles que j’ai pu voir dans cette vie. En partant sur quelque chose d’original, Kim Chapiron émancipe son œuvre et lui donne une direction inattendue et efficace, qui se révèlera particulièrement payante sur la longueur, bien qu’il ne s’y passe pas grand-chose.

L’histoire : Ladj, Yasmine, Bart et Taï sortent de boîte de nuit la veille de Noël, et décident d’aller squatter chez Eve, dans la campagne autour de Paris. A leur arrivée, ils font la connaissance de Josef, le gardien de la maison.

 

http://www.findeseance.com/IMG/jpg/18466321.jpg


Ce qui fait l’originalité de Sheitan, c’est la fraîcheur de ton. En effet, les jeunes sont vus sous un angle penchant légèrement de leur côté, en parvenant à les rendre attachant malgré un menu larcin dans une station service. L’humour est donc gentil, fonctionnant surtout sur le décalage qu’on peut sentir entre le comportement des jeunes et le notre dans des situations similaires. En résumé, le portrait de jeunesse des banlieues est plutôt réussi, sans verser dans la caricature, et en réussissant à broder quelques personnages plus étoffés qu’ils n’en ont l’air (Bart est particulièrement attachant en garçon un peu frustré par ses camarades et qui joue sa racaille pour épater la galerie). C’est aussi le dérapage progressif du film dans le trash qui le rend aussi intéressant. Car ce trash arrive souvent à l’improviste, et n’est jamais délaissé par l’humour (sauf à la fin, où tout part vraiment en couille). Et là, Vincent Cassel impressionne. Grimé en fermier légèrement attardé avec un accent inimitable, il fait l’essentiel des gags, en faisant éclater toutes les minutes un potentiel comique inattendu.

 

sheitan200610g-f8351fb814.jpg

 

Et peu à peu, on voit apparaître un symbolisme inattendu, notamment avec les animaux, qui apparaissent ça et là dans la maison, en ayant des connotations de plus en plus prononcées pour des incarnations de fléaux ou du Malin. Car c’est bien d’incarnation maléfique que finira par aborder le film, dans un étalage progressif de l’inceste sponsorisé par Satan himself. Les symboles bibliques, parfaitement dissimulés dans le récit (un exemple parmi tant d’autres : le gardien Josef et sa femme Marie), prennent de plus en plus de sens, Eve se révèle particulièrement séduisante en fille issue d’une relation incestueuse, et fan d’une chanson que j’écoute depuis souvent en boucle avec l’excellente BO du film. Après, est-il bien vrai d’appeler l’histoire de ce film un scénario, car il ne consiste qu’à confronter gentiment le monde des banlieues et de la campagne, montré ici comme composé de beaucoup d’handicapés ou de personnes âgées. C’est plus une succession de gags et de saynettes qu’un script posé avec une trame qui avance et des éléments forts. Mais concernant mon avis, la fraîcheur de ton du récit le rend bien plus agréable qu’une bonne partie des comédies françaises, et en plus de donner une petite baffe, hisse le récit comme un petit émule de massacre à la tronçonneuse à la française, plutôt dans le trash que dans le gore (un certain côté malsain pointant parfois le bout de son nez). Sheitan (le Diable dans la religion musulmane) est un film décalé et parfaitement réussi, faisant ce que ça lui chante quand ça lui chante, et ça tombe bien parce que j’aime bien danser sur le même rythme que lui. « Réveille toi, mon doux bébé, sous les caresses et les baisers !  Ce soir c’est la nuit de Noël, à perte de vue de la terre jusqu’au ciel… »

 

5/6

 

de Kim Chapiron
avec Vincent Cassel, Olivier Barthelemy

 

sheitan2.jpg

 

 

Et une petite photo où on se fait plaisir :

 

http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/35/61/46/18814102.jpg

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 06:32

http://cine-pizza.fr/img/visuels-films/opera_943.jpg

 

Dario Argento, réalisateur mythique tombé en disgrâce maintenant qu’il tourne des commandes sans l’âme de ses anciennes productions (pour un Jenifer convaincant, combien de Card player, de Giallo…). Ceci n’efface heureusement pas cela : ses anciennes productions restent des petits chefs d’œuvres du genre. Et on s’attaque tout de suite à l’une des plus belles pièces de sa collection : Opera. Un sommet du thriller giallesque, paré d’une esthétique baroque et d’une mise en scène époustouflante, qui multiplie les moments de virtuosités pour nous livrer un spectacle qui demeurera l’une de ses meilleures productions.

Betty, une chanteuse d’Opera, se voit attribuée le rôle phare de la pièce MacBeth suite à l’accident de la vedette locale. Mais très vite, un mystérieux fan la harcèle et commet plusieurs meurtres avec les hommes proches de la demoiselle.

 

http://www.filmsdocumentary.com/wp-content/uploads/2010/11/terror-at-the-opera-title-still-640x250.jpg


On notera immédiatement la facture prestigieuse du film de Dario, qui utilise ici magnifiquement ses lieux, et qui filme avec une fluidité remarquable, nous gratifiant en cours de film d’un nombre assez important de plans séquences parfaitement cadrés, qui ont le mérite de créer une ambiance intéressante au milieu de tous ces décors baroques. Le style est indéniablement chargé, comme le confirment les pièces des scènes de meurtres, qui contiennent toutes des décorations anciennes, et en quantité. Nouvelle atmosphère explorée dans le giallo, le meurtrier tue ici indistinctement hommes et femmes. Il ne le fait cependant pas dans le désordre, puisque chacune des victimes, hormis le projectionniste du début était une personne chère aux yeux de Betty, ou sera tuée carrément sous ses yeux sans qu’elle puisse s’empêcher de regarder. Car dans Opera, Argento met en scène ses meurtres les plus pervers, la victime féminine étant obligée de garder les paupières ouvertes pour ne pas se les faire déchirer. Ce qui rend dès lors le calvaire des assassinats insupportable pour elle, d’autant plus que celles-ci gagnent en intensité dans le gore (d’abord une simple gorge percée, puis un poignarda gé au ciseaux avant une ouverture du sternum, Dario n’y va pas de main morte). En fait, le petit souci du film pendant sa plus grande partie, ce sont surtout les dialogues, qui ralentissent un peu l’histoire et qui font jouer les acteurs théâtralement, ce qui est parfaitement dans le ton du giallo, mais qui a mal vieilli avec le temps. On voit aussi venir le coup des oiseaux, joli hommage à Hitchcock, ici parfaitement assimilé par l’histoire de Dario qui se plaît à filmer ses piafs et à en faire la clef de l’énigme. Etant dans le giallo, il vaut mieux dès lors se laisser porter par l’histoire, la moindre tentative sérieuse d’analyse des situations ne tenant pas très longtemps (pourquoi balancer les piafs en plein milieu du spectacle, ruinant ainsi complètement une soirée ?). Ce sont les ambiances qui prédominent, et certaines sont d’une redoutable efficacité. Par exemple, cette séquence dans l’appartement, où l’amie de Betty arrive en disant qu’un flic monte alors que celui-ci est déjà dans l’appartement est une merveille de suspense, le danger pouvant être aussi présent à l’intérieur qu’enfermé dehors… On a droit alors à 10 minutes de pure flippe, magnifiées par des éclairages totalement surréalistes qui donnent au film une saveur incomparable, et qui trouvera son dénouement dans un conduit d’aération. Concernant les personnages, ils rappellent eux aussi les ambiances plutôt froides du film. Betty est une frigide notable, que le meurtrier essaye désespérément d’exciter en lui offrant la Mort comme stimulant (les explications seront données au cours d’un face à face final classique, qui rappellera un certain dénouement d’un livre de Thomas Harris). Quant au metteur en scène (avec une coupe de Bruce Willis), il prend tout avec froideur, et se révèle très ambigu tout au long du film. Bref, c’est un spectacle qui en impose, qui se révèle diaboliquement efficace lors de ses séquences de meurtres et qui demeure une œuvre à l’ambiance très réussie. 3ème de mon classement Argento.

 

5/6

 

de Dario Argento
avec Ian Charleson, Daria Nicolodi

 

http://www.horrordvds.com/reviews/n-z/opera/opera_shot2l.jpg

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 07:06

Max-et-Mary.jpg

 

Après plus d’un an de tournage, Mary et Max nous est arrivé dans les pattes sans que nous l’attendions vraiment. Et Adam Elliot de nous surprendre avec cette comédie dramatique poignante, petite leçon de vie traitant de protagonistes réalistes et développant une esthétique très particulière, ce qui le place vers le haut du classement des films en stop motion en pâte à modeler. Un vrai petit bijou d’animation.

L’histoire : Mary est une petite fille qui vit avec un père taxidermiste et une mère alcoolique en Australie. Un jour, elle dérobe la page d’un catalogue d’adresses et commence à écrire à Max P. Horovitz, un américain obèse, particulièrement associal et choqué par tout ce qui sort de l’ordinaire. Leur correspondance durera une vingtaine d’années.

 

mary_et_max.jpg


Ce qui frappe tout de suite avec Mary et Max, c’est l’esthétique du film, expliquée lors des présentations de chaque personnage. Ainsi, l’Australie est illustrée avec différentes nuances de marron (la couleur préférée de Mary) tandis que New York est entièrement en noir et blanc, car c’est à cela que ressemble le monde de Max : gris et sans trop d’espoir. Aussi, il est particulièrement intéressant et touchant de suivre leur correspondance et de voir comment elle interagit sur leur quotidien. Leurs sentiments sont d’ailleurs particulièrement bien dépeints (d’où le surnom de figurines les plus humaines portées à l’écran que je leur ai donné), immergeant le spectateur au cœur du récit, tantôt mélancolique, tantôt drôle, tantôt tragique. Un petit portrait de la vie en somme, pour un film qui se révèle au final vraiment poétique, en faisant surtout preuve d’un humour un peu décalé (expression particulières, tics comportementaux) qui font toujours rire la première fois, mais dont on perçoit bien tout l’aspect tragique quand ceux-ci se représentent. Il est assez dur de ne spoiler aucun rebondissement, mais Mary et Max est un des plus beaux discours sur l’amitié, ici créée totalement par hasard, et qui connaîtra toutes les péripéties que cette relation peut connaître. On arrivera d’ailleurs à une partie incroyablement sombre, plaçant son personnage féminin au bord du suicide, son correspondant ayant brisé son contact épistolaire. Sans parler d’extrême dans ses sentiments (on a déjà vu des drames bien plus efficaces), Mary et Max émeut, touchant à une corde un peu sensibles des relations humaines, en s’y attelant avec un tact et une compréhension des sentiments pertinents, qui assureront un spectacle d’une incroyable qualité. Peut être pas un film destiné à tous les enfants (à partir de 10 ans, je pense qu’ils pourraient vraiment en apprécier les qualités), mais un grand film d’animation. Ne pouvant m’empêcher de retenir une petite larme à chaque fois qu’il s’achève, je pense qu’un minimum de reconnaissance lui est dû.

 

5.5/6

 

de Adam Elliot
avec Toni Collette, Philip Seymour Hoffman

 

http://www.lefigaro.fr/medias/2009/09/29/bc4e843a-ad12-11de-a6dc-b648764ea0a5.jpg

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 06:56

http://freddyforever.files.wordpress.com/2010/02/crazies_6.jpg

 

http://www.unificationfrance.com/IMG/jpg/Freddy_Les_griffes_de_la_nuit_Une_nouvelle_affiche_1.jpg

 

Soirée remake ! Jugeons des qualités de nos petits artisans actuels à s’inspirer fortement de chefs d’œuvres du septième art pour sortir de petits films, bien souvent vilipendés par les cinéphiles cultivés. Au programme ce soir : un pédophile aux ongles mal taillés (Freddy : les griffes de la nuit) et l’agent 47 qui se bat maintenant contre des contaminés (The crazies). C’est parti pour une soirée qui s’annonce mémorable !

 

http://www.cinereves.com/photos/the%20crazies%2033.JPG

 

The Crazies : Bon, et bien le constat n’est pas si mauvais que ça pour ce remake. Certes, l’histoire est beaucoup moins fine que celle de Romero, qui excellait à montrer la situation du point de vue des militaires, dont la démarche parfaitement logique glaçait au vu des conséquences sur les populations civiles. Ici, on ne s’intéresse à la situation que du point de vue des civils, choix logique pour toucher le public lambda, qu’on pourrait presque dire démagogique. Cependant, le rythme de l’histoire, sa logique (on découvre pour le coup beaucoup plus d’éléments que dans le film de Romero) et son budget lui permettent d’en mettre plein la vue et de réussir sur le plan du spectacle, chose que ne tentait jamais vraiment son prédécesseur (focalisé sur sa reconstitution logique). Si The Crazies contient quelques facilités (j’ai du mal à croire qu’un avion de cette taille se soit crashé dans une rivière aussi étroite), son intrigue est parfaitement fonctionnelles, et quelques séquences arrivent même à être impressionnantes (la séquence dans la laverie pour voiture, dans la morgue). L’ambiance est convaincante surtout après le débarquement des militaires, quand les civils commencent à être rassemblés, et que nos personnages principaux se perdent alors de vue. Les intrigues se multiplient et le suspense augmente, jusqu’à ce qu’ils parviennent à nouveau à se retrouver. Pour le reste, le film ne sort pas tellement des sentiers battus, et évoque la saveur d’un 28 semaines plus tard sans jamais en retrouver la pêche. Pour la contamination, l’ambiance n’est pas très paranoïaque sur le sujet, se contentant de vagues inquiétudes bien vite esquivées par nos héros afin de se concentrer sur leur survie. Vraiment dommage aussi pour le passage où l’on découvre (oh, surprise !) que l’un des membres du groupe est infecté, un fait qui ne fait aucune ambigüité là où Romero se montrait plus réservé et plus efficace sur le domaine. The Crazies a quand même le mérite d’avoir la fin qu’on voulait voir dans le Romero, mais a au passage considérablement simplifié son histoire, sacrifiant au passage une bonne partie du discours sur l’armée (qui n’est ici qu’une force aveugle dont les individus peuvent être influencés) à un spectacle parfois impressionnant, parfois maladroit (le couteau planté dans la main qui égorge un contaminé : pas peur du virus, celui là !). Un remake moyen donc, mais qui en l’état n’a pas salopé le boulot.

 

4/6

 

de Breck Eisner
avec Timothy Olyphant, Radha Mitchell

 

the-crazies-2010-16626-45202269.jpg

 

Freddy, les griffes de la nuit : Décevant, c’est bien le mot. Si le mythe de Freddy est abordé sous un nouvel angle, on constate rapidement que les quelques légères innovations qui sont insufflées dans ne film servent surtout à camoufler un scénario assez pantouflard, qui apparemment sans le vouloir bousille la carrure de boogeyman impitoyable qu’était Freddy. Il n’y a qu’à voir la scène d’introduction pour s’en convaincre : dans ce rêve, il n’y a aucune originalité, et d’ailleurs aucune ambiance glauque dans cette cuisine. Seul le nouveau petit geste de Freddy est sympathique, sinon, rien qui vienne vraiment nous impressionner. Et ne parlons pas de la première mise à mort, un petit égorgement au rabais qui a de quoi scandaliser avant même l’apparition du titre. Pour la suite, Freddy est montré comme un pédophile et plus comme un tueur d’enfant, ce qui n’arrange pas vraiment sa réputation, le faisant dès lors passer pour une tafiole qui fuit devant le mécontentement des parents alors qu’il était une sorte d’icône du Mal absolu dans l’original de Craven. Un coup dur à sa réputation, amplifié par toute une partie du scénario absolument aberrante, où les adolescents voient dans les apparitions de Freddy et dans ses meurtres sanglants des manifestations d’un innocent tué à tort par les parents… pour finalement découvrir que non, c’est bien un méchant qui les harcèle pour les buter. Une fois encore, Freddy parle trop, ce qui se rapproche plus des suites de Freddy que de l’original, d’autant plus qu’il jacte parfois à tort et à travers (alors que Nancy s’enfonce dans un parterre de sang, Freddy arrive et balance « Ah… Tes rêves te font mouiller… » Heu, quel rapport ?). Et il devient même gênant d'énumérer les procédés de peur utilisés tant ils ne lorgnent de vers le sursaut instantané et l'abscence d'ambiance. Cependant, techniquement, le film n’est pas si mal. La photographie est bien éclairée, l’action est assez lisible, les jeunes ne sont presque pas agaçants… A part la blondasse qui gueule dès que Freddy lui balance une réplique, et qui mourra dans la scène du fameux meurtre de la chambre, en faisant des cabrioles au plafond. Une scène considérablement aseptisé par rapport à l’original, qui étalait sur les murs des litres de sang. De meurtre énervé, on reviendra surtout l’éventrage du jeune suspect en prison, d’un impact modéré, mais palpable (au même titre que le dénouement atrocement numérique du film). On a également quelques petits détails qui auraient pu faire la sympathie du remake (les micro-sommeil, la persistance d’activité cérébrale après l’arrêt du cœur…), mais qui sont hélas mal gérées, balancées un peu au hasard dans le script sans réel traitement virtuose. En bref, c’était vraiment limite, on s’est ennuyé pendant 20 bonnes minutes, et à part numériser ses effets spéciaux, le film n’apporte rien au mythe de Freddy. On en retrouve certes un ton sérieux, mais la mise à mort de notre boogeyman aura de quoi frustrer le fan. Un remake vraiment, vraiment mineur de cette saga.

 

1.5/6

 

de Samuel Bayer
avec Jackie Earle Haley, Kyle Gallner

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/33/6/freddy-les-griffes-de-la-nuit-de-samuel-bayer-4206336gsyjv_1731.jpg?v=1

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 06:30

e8d40a83.jpg

 

1986.jpg

 

tcm3advdz2.jpg

 

http://4.bp.blogspot.com/_WkKZJVG5wTk/TPN6MYjFv7I/AAAAAAACyjs/CoZ0CGxTIQM/s1600/texas_chainsaw_massacre_ver3.jpg

 

http://images.fan-de-cinema.com/affiches/horreur/massacre_a_la_tronconneuse___le_commencement,2.jpg

 

Le massacre à la Tronçonneuse, c’est clairement une légende de l’horreur. Un monument intouchable, une fresque morbide qui frappe juste par ses décors bricolés et son ton documentaire typique des seventies. Tobe Hooper nous l’a balancé à la figure quand on ne l’attendait pas, et il a ainsi son nom au monde. Les procédés de peur ne sont pas vraiment novateurs sur les thèmes (la famille de redneck tarée, on y a déjà eu droit avec Spider baby), mais dans la forme, les films tendent plus vers une surenchère dans le malsain plutôt qu’une avalanche de gore. On a ainsi droit à une introduction minimaliste et malade, qui fait entrer dans la légende sa famille de tarés et qui promet à la saga un bel avenir tant son succès est loué. Ce n’est que bien plus tard que Tobe Hooper reprendra son bébé pour en faire une suite, et il surprendra à nouveau tout le monde avec des décors d’un kitch monstrueux et un humour souvent présent atténuant à peine la dimension ultra malsaine de ce nouveau délire, bien plus gore que son prédécesseur. Après cet échec commercial retentissant, une troisième suite est lancée, mais elle se révèle être un casse tête pour les différents réalisateurs à qui elle est proposée (dont Peter Jackson). Finalement c’est Jeff Burr qui s’attèle à la tâche… et qui nous ressort la formule du premier (waow, il ose !) dans un nouveau décor et avec de nouveaux personnages. A croire que les tarés de cette espèce sont monnaie courante au Texas. Sur le plan du mythe, on est vraiment très loin du compte (les évènements se déroulant après le 1), mais un bon équilibre entre malsain et gore lui permet de rester regardable. Enfin, un quatrième épisode que j’ai allègrement sauté par décence. Côté remake sort en 2003 la version Nispel du mythe, vilipendée sans ménagement par les fans du premier alors qu’il se démarque considérablement du paysage horrorifique de notre décennie (du moins sur les mécanismes de peur, qui se rapprochent clairement de l’original), et enfin, on conclut avec la précelle Massacre à la tronçonneuse, le commencement, un film bien plus généreux en tripaille que ses prédécesseurs, qui cumule malgré tout un bon nombre de tares et de qualités, ce qui en fait un des opus les plus attachants de la saga. A table.

 

http://farm4.static.flickr.com/3011/2769850050_66953281bd.jpg

 

Texas chainsaw massacre : Inattendu doit être le mot qui convient le mieux pour ce monument phare de Tobe Hooper, qui lança véritablement sa carrière en faisant paraître au grand jour clairement le film le plus malsain jamais tourné (on s’est un peu rattrapé depuis 1974, mais il reste toujours une référence). Massacre à la tronçonneuse, c’est une ambiance malade, poisseuse, le ton étant donné par un générique de flashs sur des corps en décomposition, et sur la profanation de dizaines de tombes d’un cimetière. Comme on l’a déjà dit auparavant, TCM n’est pas un film gore, mais un film malsain. Si la tronçonneuse est bien là, une grande majorité des effets reste suggérée, laissant au spectateur le soin d’imaginer des détails scabreux. C’est la folie et le bricolage de la mise en scène qui fait toute l’ambiance du film, à commencer par tous les objets décorés avec des ossements (emprunté sans honte à Ed Gein, un homme qui aimait bien lui aussi les abats jours en peau humaine). Il y a une véritable recherche artistique de ce côté, et c’est un gros détail qui donne un cachet d’authenticité assez convaincant au film, en lui conférant cette atmosphère morbide qui est pour beaucoup dans sa réussite. Ainsi, chaque meuble se retrouve orné d’ossements, animaux ou humains, ce qui permet déjà, bien avant de se retrouver confronté directement aux rednecks, de juger de leur état de délabrement mental. On commençait à s’en rendre compte avec la séquence de l’autostoppeur, futur chop top, adepte de la scarification et des remarques malsaines, et ça se poursuit avec la visite des vieilles maisons dont une reste habitée par une famille aux coutumes étranges, qui s’est repliée complètement sur elle-même suite à l’évolution du paysage et des mentalités américaines. Leur faillite sociale puis leur lutte pour la survie les a rabaissé à un plan véritablement monstrueux, une synthèse inhabituelle entre malsain et grotesque, qui sera exploré dans chacun des personnages, de manière individuelle. Leatherface ne dira pas un mot de tout le film, mais son comportement, son usage de la tronçonneuse et ses techniques bouchères en font une sorte de colosse, véritable force de frappe de la famille. Le père, directeur de la station service, est la personne la plus logique du groupe, c’est d’ailleurs par lui qu’on obtiendra les principales informations sur le passé de la famille. Bien que quand même gratiné, il est le seul à essayer de juguler Leatherface et son frère, qui n’en font apparemment qu’à leur tête dans leurs élans artistiques. La scène du banquet, prenant place dans une pièce dépouillé, où l’on remarque tout de suite qu’on ne doit pas manger à sa faim tous les jours, atteint un degré d’absurde malsain particulièrement marquant, où l’on découvre le grand-père de la famille, ce qui donnera lieu à une scène glauque, d’autant plus dérangeante qu’elle contient un sous texte humoristique (une victime devant être tuée par un bourreau physiquement incapable d’accomplir sa tâche). Le final, plutôt rythmé et efficace, se finira un peu abruptement, Tobe Hooper parvenant à transcender son trip glauque en nous montrant les séquelles de l’aventure sur son héroïne (un spoiler pas vraiment malhonnête, chaque opus se terminant de la même façon à l’exception de la précelle) par un rire maladif alors que Leatherface exécute la danse de la tronçonneuse que nous n’oublierons jamais sur ce soleil couchant. Super malsain et pas très gore au final, Massacre à la tronçonneuse n’a pas marqué les esprits pour rien, et lance sur de bonnes bases ce qui sera l’une des saga les plus extrêmes du genre horrorifique. Du lourd.

 

6/6

 

de Tobe Hooper
avec Marylin Burns, Allen Danziger

 

http://3.bp.blogspot.com/__9UFe0zlhT8/TJjlQaJjlVI/AAAAAAAAAF4/tEFGFUiAXRA/s1600/Texas+Chainsaw+Massacre.jpg

 

Texas Chainsaw Massacre 2 : Le moins qu’on puisse dire, c’est que le changement est radical. D’un univers réaliste, on passe à quelque chose de complètement absurde, de kitch à souhait et de radicalement subversif. Toutefois, avant de nous attaquer au film, il faut préciser qu’il est indispensable de le voir en VO sous titrée, la VF étant complètement torchée à la va vite avec des dialogues qui manquent énormément de naturel. L’histoire de ce film, ce n’est plus la bande de jeune qui fait la mauvaise rencontre au mauvais endroit (le moment important peu, nous en convenons), c’est un peu plus complexe que cela. D’ailleurs, il semble que Rob Zombie se soit inspiré de cet univers (je pense surtout au personnage de Lefty, qui veut abattre sa vengeance sur la famille au nom du Tout Puissant) pour son pythique Devil’s rejects et les ambiances de sa Maison des 1000 morts. C’est donc la disk jockey d’une radio qui est témoin d’un meurtre perpétré par la famille pendant un appel téléphonique avec des auditeurs. Elle contactera l’enquêteur Lefty (Dennis Hopper en cow boy texan armé de tronçonneuses), qui se servira d’elle comme appât pour faire sortir la famille de son trou. La Famille a en effet déménagé au nord du Texas, et s’est installé dans un parc d’attraction en ruine retraçant les grandes batailles de l’Amérique. La guerre est particulièrement dénoncée dans ce film déjà par les lieux morbides rendus encore plus malsains par les installations de la famille. Elle est dénoncée dans les décors qui sont maintenant devenus de vrais charniers et par le personnage de Chop Top qui est revenu de la guerre du viet nam avec un crâne rafistolé d’une plaque de métal. Le film bénéficiant maintenant d’un budget confortable, Tobe Hooper s’est carrément lâché sur les décors. Il nous offre carrément des centaines de mètres de galeries décorées de guirelandes multicolores et de cadavres dans divers positions (en train de bronzer sur une chaise longue, à une table en jouant aux cartes, suspendu au plafond comme un oiseau…), donnant au malsain un côté absurde et burlesque qui fera toute la saveur du long métrage. Car indéniablement, malgré son malsain ici décuplé par l’usage d’effets spéciaux convaincants (Tom Savini prouve encore ses compétances), Massacre à la tronçonneuse 2 est une comédie. Il faut voir la scène où Leatherface assimile sa tronçonneuse à un symbole phallique et se masturbe devant l’héroïne avant de quitter la pièce aussi sec pour le comprendre. Le meurtre limite absurde des premiers adolescents est lui aussi porteur d’un second degré rassurant autant que malvenu, car dédramatisant l’éruption de violence qu’on attendait. Un dernier exemple : la scène limite romantique où Leatherface danse avec son héroïne parée du visage de son amoureux au milieu de dizaines de jambes découpées et suspendues, elle est d’une absurdité totale. On atteint un degré de folie tel qu’il n’y a plus que le rire capable de débloquer cette situation pleine d’éléments contradictoires, où les couleurs et la notion de massacre entrent vraiment trop en coalition. Un point culminant du film, c’est la nouvelle scène de banquet, qui supplante largement celle du premier selon mon avis. On ne joue plus le dépouillement, c’est au milieu d’une gigantesque salle, sur une table immense remplie de plats peu ragoutants ou de plateaux fabriqués avec des bouts de corps. La folie visuelle de la scène dépasse l’imaginable, et la nouvelle scène où on tente d’appliquer le régime du grand père est plus malsaine, plus drôle, plus dérangeante que dans le premier. Véritablement, la situation est telle que le rire se présentera forcément dans l’esprit du spectateur, tant les tentatives répétées du grand père semblent pathétiques. Enfin, le film culmine dans ce qu’on pourrait appeler un final de malade transcendant, où Leatherface se bat contre Lefty avec des tronçonneuses surdimensionnées, où les personnages font étalage de toute leur folie avec des traits d’humours à nouveau bien senti (les hémorroïdes du père sont définitivement éliminés), et un dénouement complètement inattendu, où Leatherface disparaît carrément de la scène (bien qu’étant déjà assez mal en point), et où la danse de la tronçonneuse a lieu avec la personne la moins attendue, ce qui fait instantanément travailler la tête pour trouver une explication, qu’on trouve dans les deux secondes qui suivent. Bref, Massacre à la tronçonneuse 2, c’est un film de fou, le 1 à la sauce kitch, où Tobe expérimente et s’aventure sur de nouveaux terrains de l’horreur en ne freinant jamais sa générosité (les maquillages gores sont particulièrement convaincant, et les décors font rêver), ce qui en fait une surprise de taille et un chapitre indispensable de la saga.

 

5.5/6

 

de Tobe Hooper
avec Dennis Hopper, Caroline Williams

 

massacre-a-la-tronconneuse-2.jpeg

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/photos/diaporama/images/massacre-a-la-tronconneuse-the-texas-chainsaw-massacre-1974__4/6081547-1-fre-FR/massacre_a_la_tronconneuse_the_texas_chainsaw_massacre_1974_reference.jpg

 

Leatherface : Alors maintenant, on arrive dans la période « film de commande » de la saga. En effet, suite aux scores désastreux de massacre à la tronçonneuse 2, Tobe Hooper est dépossédé de sa saga par la new line, et c’est Jeff Bur qui s’atèle à la tâche, assez ingrate le script étant mainte fois réécrit. D’une boucherie sans nom, il ne reste maintenant plus grand-chose à l’écran. Et si le dvd que j’ai acheté est bien la version non censurée (détectable par l’intrusion de l’anglais en plein milieu de scènes de dialogues ou de gore), la sortie censurée en salle a dû être un sacré coup au moral des fans. Pour être simple, c’est une sorte de remake du un, mais avec un peu plus de budget et surtout beaucoup moins d’inspiration. Les évènements se passent indéniablement après le premier, Leatherface portant une attèle à sa jambe blessée à la fin du premier. C’est à peu près le seul lien avec le premier Massacre (à l’exception du grand père, maintenant décédé). Pour le reste, adieu tous les personnages tarés que Tobe nous avait créé. On a carrément une nouvelle famille qui entoure Leatherface, avec maintenant deux frères, l’un joué par Viggo Mortensen (plutôt amusant en redneck à belle gueule), et l’autre qui cabotine comme un barbare, mais sans le dégoût qu’inspirait inévitablement Chop Top à chacune de ses apparitions. Pour ce qui est de la trame principale du film, on a un simple couple de jeune qui traverse le Texas pour raisons personnelles. Ils passent à côté d’un charnier d’où on extrait des dizaines de corps, puis repartent sur leur route, en faisant une halte à la station essence du coin. Manque de pot, ils tombent sur les deux frères, qui ont vite fait de leur donner la chasse avec Leatherface, qui est incapable de courir et qui arrive en grinçant comme une porte (waow, quelle menace menaçante…). En s’enfuyant, ils causent un accident avec le seul camion roulant à des lieux à la ronde et font entrer le chauffeur dans l’histoire, joué par   . On joue à cache cache dans la forêt pendant quelques minutes avant de se faire pincer comme des lapereaux d’un jour, et on a enfin droit à une visite de la nouvelle maison, jonchée d’ossements sur le sol (car il était compliqué d’en faire des compositions artistiques sur les meubles). La seule personne qui arrive un peu à convaincre d’un point de vue folie, c’est la petite fille qui a pour poupon un bébé décomposé et qui participe aux exécutions de la famille. Sinon, il n’y a plus de père, et la grand-mère parlant avec un mécanisme placé sur sa gorge fait plus rire qu’autre chose. Leatherface maintenant. Ils ne nous l’ont pas trop salopé, mais c’est quand même pas tout rose. Il se balade notamment avec un couteau électrique qui marche là où un simple canif suffirait, et se révèle d’une psychologie bien plus dominante que dans les précédents opus, où il était la main de la Famille, le mieux qu’il pouvait faire étant de rester sourd à un ordre. Psychologie bizarre, qui tente d’être complexifiée par une séquence improbable où Tronche de cuir joue à un jeu de gamin et n’arrête pas d’appeler un bonhomme de neige « food ». Une séquence qui aurait pu être intéressante (c’est la première fois qu’on tente de nous apitoyer sur son sort), mais qui est hélas trop dramatisée, le personnage perdant au passage sa réputation de destructeur avide de peur qu’il avait dans les précédents films. Au moins, l’affrontement final dans le marais reste une scène plutôt sympathique, Leatherface retrouvant enfin sa carure. Le problème, c’est qu’il tronçonne le black avec une tronçonneuse immergée qui flotte et qui ne repose sur rien, et qui marche avec son moteur complètement noyé sous l’eau. Je n’ai pas suivi de cours de mécaniques, mais je suis sûr de ne pas être le seul à penser que c’est stupide. Enfin, le happy end final fait vraiment peine à voir, car il reprend l’esthétique en concluant presque sur une belle musique, là où le premier s’achevait sur des cris de folie égalant le rugissement de la tronçonneuse. Expérience assez proche de la médiocrité, Massacre à la tronçonneuse 3 alterne le bon et le pire, ce qui nous fait une très timide moyenne. Malgré un générique d’ouverture réussi, on n’est pas loin du fiasco, et ça, c’est pour la version NON censurée. Fortement dispensable.

 

2/6

 

de Jeff Burr
avec R. A. Mihailoff, David Cloud

 

autre avis : l'excellente analyse de Leatherface, qui s'y connaît un peu sur la question...

 

http://3.bp.blogspot.com/_66XsnfkyZ5g/TKeRa25DIjI/AAAAAAAAE8w/Zw07h6Q1cCo/s1600/3.jpg

 

Texas Chainsaw Massacre, le remake : Tel Rob Zombie, Marcus Nispel a risqué vraiment sa réputation de réalisateur en mettant en scène le remake d’un film aussi culte que Massacre à la tronçonneuse (jamais détrôné sur l’autel du malsain depuis 1974). Et à la sortie, surprise, les avis sont plutôt soulagés. Autant l’avouer, ce remake, c’est mon initiation à la saga, bien que je connaissais déjà l’existence de l’original à l’époque. Et pour ce que j’en ai vu, le spectacle était plutôt convaincant. Avec du recul, certes, on avoue qu’il n’y a pas de surprises, malgré les ajustements et les quelques détails modifiés par Marcus. Et on relèvera un ton sépia de l’image sensé signifier un retour aux seventies. Si le générique d’ouverture n’est pas si mal (normal, il repompe Hooper en moins bien), le voyage en van place plutôt dans l’ambiance une fois l’autostoppeuse raide morte, un travelling joliment efficace nous replongeant instantanément dans l’ambiance un peu poisseuse de l’original. Ce qui est décevant avec ce remake, c’est que les personnages autres que Leatherface ont été assez aseptisés. En dehors d’un R. Lee Ermey cabotin qui n’a plus grand-chose à voir avec Chop Top, personne ne sort du lot dans le registre folie, Leatherface étant un cas à part. Ce qui est intéressant d’un point de vue atmosphère, c’est que comme son prédécesseur, le film penche pour du malsain crade au lieu de chercher dans le gore. Il en profite aussi pour changer son ambiance, abandonnant parfois la crasse du récit pour se donner des envolées de contes, où nos adolescents seraient des enfants pourchassés par un méchant ogre tout droit sorti de nos cauchemars (le plus représentatif étant cette séquence dans un corridor souterrain). Certes, le film perd de son impact à cause de son format, sacrifiant au spectacle toute notion d’impact ou de surprise (pour moi qui ignorait tout des massacres à la tronçonneuse, j’ai repéré immédiatement qui allait trahir les jeunes adultes, c'est-à-dire à peu près tout le monde). L’absurde cher à Hooper est totalement éjecté du récit, désormais conforme aux critères de qualité de la décennie 2000. Mais Leatherface n’est pas salopé. Si il n’a plus aucune dimension absurde, il gagne beaucoup en carrure bestiale, et passé sa première apparition un peu ratée (en tout cas moins surprenante que dans l’original, où on ne connaissait pas encore le personnage), il endosse une stature de boucher convaincante, résultat de nombreuses années passées en abattoir.  Ses manies de boucher, sa force physique impressionnante et son masque rénové en cours de film impressionnent une fois à l’écran, le personnage étant parfaitement convaincant sur le plan de la performance physique pure. Son passé est lui aussi plutôt bien exposé, son amour des masques étant ici brièvement expliqué par un problème de peau, et son passé étant dévoilé par la traque dans l’ancien abattoir. En bref, si on se fend d’une fin archi classique et d’une mutilation inattendue et impressionnante de notre géant, Massacre à la Tronçonneuse, second du nom, est un remake convaincant sur le plan du survival pur, mais considérablement aseptisé au niveau du malsain, qui ne dépasse pas au delà des séquences trash où on filme un cadavre. Aseptisé par une époque, esthétiquement autant que thématiquement, le film réserve cependant quelques séquences convaincantes, mais restera toujours une dynamisation formelle de l’œuvre, plus qu’une relecture. Cependant, son ambition à ne jamais vouloir céder aux facilités (le torture porn n’est pas encore arrivé) en fait un remake plus attachant que la moyenne, et finalement, un moment sympathique pour l’amateur d’horreur désincarnée, mais honnête dans les intentions.

 

3.5/6

 

de Marcus Nispel
avec Jessica Biel, Eric Balfour

 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/diaporama/massacre-a-la-tronconneuse/massacre-a-la-tronconneuse-the-texas-chainsaw-massacre-2002__4/1999025-1-fre-FR/massacre_a_la_tronconneuse_the_texas_chainsaw_massacre_2002_reference.jpg

 

Texas Chainsaw Massacre, the beginning : On touche ici à un film un peu controversé au sein de la saga, car hybride entre deux styles radicalement opposes (l’atmosphère glauque du remake et le torture porn sanglant), et qu’il ne recèle absolument aucune surprise. C’est typiquement l’exemple du film de producteur, commandé pour exploiter le filon rouvert par le remake, prenant du coup des allures de précelles pour appâter encore plus de monde. Mais c’est aussi un prolongement du remake, qui se lâche bien plus dans son ambiance, qui revient pour le coup à une certaine folie, qui n’égalera jamais le dixième de la puissance de Hooper, mais qui a le mérite de marquer. Sur le terrain de la précelle, on est d’ailleurs proche du travail d’artisans, le nombre de détails foisonnant et recoupant de nombreuses fois ce qu’on a pu voir dans le remake (les dents de Hoytt, les jambes du grand père, les griffures d’ongle sur les murs…). Une profusion de clins d’œil qui vient flatter la mémoire ou éclaircir le sujet. Cette scène d’amputation est d’ailleurs assez intéressante, car en plus de nous donner une explication sur les origines d’un personnage, on renoue avec la folie macabre des originaux en filmant du gore avec un second degré humoristique particulièrement présent. Evènement lui aussi intéressant, le bizutage des futures jeunes recrues par un R Lee Ermey leur racontant des anecdotes de la guerre de Corée, rappelant le discours acide à l’encontre des conflits dans Massacre à la tronçonneuse 2. R Lee Ermey ayant fait son service militaire au Viet Nam, la scène prend alors une teinte particulière. Après, c’est comme dit précédemment, aucune surprise pendant toute l’histoire. Les personnages secondaires sont éliminés avec plus ou moins d’impact, et les mort de nos quatre personnages centraux sont assez dramatisée. Néanmoins, le souci du film à propos de Leatherface se révèle être son iconisation à moitié réussie. Si sa naissance se fait d’une façon moins brutale que celle qu’on était en droit d’attendre, son enfance est plutôt réussie, avec notamment un certain lien avec les animaux morts, dans lesquels il se découpe des fragments de peau pour s’en faire des masques. A l’abattoir, Leatherface est très convaincant en boucher, et son premier meurtre est impressionnant. Seleument… Pourquoi prend-t-il la tronçonneuse l’instant d’après. Il n’y a aucune explication à ce sujet, aucune raison particulière pour qu’il devienne un manique de l’engin en question. Parlons maintenant du gore. L’histoire se retenait vraiment jusqu’à l’arrivée du motard, mais après, c’est l’orgie sanglante. Le motard en prend pour son grade, mais si R Lee Ermey parvient bien à créer le second degré par ses tirades hallucinées, la scène n’impressionne pas. Un peu de sang sur le sol, mais rien de plus. Et 5 minutes plus tard, une véritable orgie sanglante avec du bide tronçonné en plein cadre, et de la découpe de visage en gros plan. Impressionnant, mais un peu en rupture du ton avec le reste du récit, le gore qui tâche ne parvenant jamais totalement à donner l’illusion du malsain. En revanche, tout le monde tape sur cette fin, attendue, bateau et nihiliste… Heu… Les gars, dans tous les massacres à la tronçonneuse, la fin reste, dans une certaine mesure, positive en accordant la survie à une personne ou plus. C’est la première fois qu’ils nous font le coup, un peu de respect pour cette innovation dans l’esprit de la saga. Certes, elle est le reflet de la tendance du cinéma d’horreur américain actuel, qui a tendance à se radicaliser et à ne faire que dans un registre. Ce registre là ne prête pas à rire, mais il est cohérent avec l’histoire de Texas Chainsaw massacre : ce sont les premiers d’une série de 75 personnes, on voit mal comment ils s’en seraient sortis. D’ailleurs, il est intéressant de noter que Massacre à la tronçonneuse au commencement est une œuvre assez hétérogène, qui mélange les ambiances et qui radicalise son propos sur la guerre du viet nam (les jeunes recrus vivant leur enfer sur le sol américain), une opinion un peu engagée quand même quand on sait que Jonathan Liebesman nous pondra pas la suite la purge qu’est Battle Los Angeles. Cette précelle atteint donc largement je niveau du remake, qui à manquer parfois d’un peu de cohérence (la femme au thé ne sert strictement à rien d’autre qu’à assurer la continuité avec le remake), en tentant de retrouver la folie des premiers opus. Louable tentative, qui restera quand même trop inégale pour convaincre pleinement.

 

4/6

 

de Jonathan Liebesman
avec Jordana Brewster, R. Lee Ermey

 

http://image.guardian.co.uk/sys-images/Film/Pix/pictures/2007/02/13/chainsaw460.jpg

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 06:41

taxidermie.jpg

Interdit aux moins de 16 ans  (les enfants, n'essayez pas de refaire ce que fait cet homme, il pourrait vous en cuire...)

 

Rare sont les films qui suivent leur personnage sur plusieurs générations. Quels films peuvent se targuer de suivre le grand père, le père et le fils, qui ont eu des existences aussi différentes que tordues ? Retour vers le futur ? Pffft… J’enfonce le clou en disant que c’est Taxidermie, un film hongrois, français et danois, et qu’il nous embarque dans une histoire jamais vue. Une sorte de trip à la Avida dans l’esprit, mais pas dans la forme. Ce film est un OFNI dans ce qu’il a de pire et de meilleur, à savoir un aspect technique particulièrement travaillé et des effets spéciaux splendides, et une histoire de fou furieux. Bienvenue dans la folie scénaristique, essuyez vos pieds sur ma langue bien pendue…

L’histoire : Pour comprendre l’œuvre d’un homme, il ne faut pas forcément chercher dans son esprit, mais dans ses origines, s’intéresser à la génération précédente, voire à celle qui la précédait encore, pour avoir une chance de comprendre un acte apparemment horrible et symbolique.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/60/10/89/18880571.jpg


Taxidermie, c’est un peu comme un fist fucking avec un objet pris au hasard dans l’obscurité absolue. On ne peut pas savoir ce que c’est tant qu’on n’est pas allé jusqu’au bout. L’image est éloquente, car c’est exactement le genre de sentiment contradictoire qu’on ressent en voyant ce film apparemment sans but, qui illustre la vie de trois hommes, 3 générations tordues chacune à leur manière. On commence avec le grand père, Morozgovani, une recrue soldate qui sert de bonniche dans une maison de campagne perdue dans un désert glacial. Il s’occupe des animaux de ferme, du feu et de diverses corvées pour son commandant, également maître de la ferme et père de 2 filles séduisantes. On suit donc ce personnage décalé qui voue un véritable amour à la flamme d’une bougie, happant l’air chaud qui s’en dégage, jouant avec la brûlure… Il est fasciné par la truie qu’il élève, qui sera bientôt sacrifiée un jour de mardi gras. Il se produira alors un évènement bizarre, la matrone venant dans la baignoire où est stockée la bête et s’offrant à Morozgovani, qui en lui faisant l’amour, revoit le visage de chacune des femmes du casting, avant de ne plus voir que la viande qu’il sodomiserait. Il sera abattu le lendemain par son supérieur, et son fils naîtra dans la baignoire où son père est mort. L’enfant naît avec une queue de cochon, qui lui sera amputée dès la naissance.


Le second chapitre s’attaque au père. Un sportif de haut dans la discipline peu reconnue des engloutisseurs, qui doivent ingurgiter une quantité indécente de nourriture en un temps record. Le père, Kalman Balatoni, est un champion dans sa catégorie, pouvant absorber 6 litres de soupes en quelques minutes avant d’aller les vomir dans le bassin prévu à cet effet. Il affrontera son meilleur ami pour les yeux d’une femme du jury, perdra, mais elle sera conquise malgré tout, durant cette scène magnifique où, prise en levrette par l’ami en question, elle n’aura d’yeux que pour Kalman en face d’elle. Leur fils naîtra prématuré suite à un malaise digestif de sa mère au cours d’une épreuve d’ingurgitation de caviar.

 

36.jpg


Le dernier chapitre s’intéresse au fils, un être chétif qui malgré son activité d’artiste (la taxidermie), ne rencontrera jamais la femme de ses rêves (la détérioration de son contact avec la caissière de supermarché). Il se rend aussi quotidiennement à la demeure de son père, devenu un obèse monstrueux à faire pâlir Jabba the Hutt à cause de son inactivité, passant son temps à engloutir des barres de chocolat sans enlever le papier alu. Dans une pièce, il élève des chats devenus aussi gros que lui à force d’être nourris à la graisse animale. Face à cette existence insurmontable, après la mort de son père tué par ses propres chats, le fils empaille le père, avant de pratiquer son auto-éviscération médicalisée, durant laquelle il s’extrait la totalité de l’appareil digestif et le cœur avant de se couper un bras et de se décapiter, formant la statue qu’on aperçoit maintenant dans un musée.

 

http://www.taxidermia.hu/sajtoimg/picts/58.jpg


Je n’ai fait que raconter l’histoire ? Je n’ai pas fait d’analyse ? J’ai envie de vous y voir, vous. Ce film est une énigme fantastique, obsédante, dont la beauté visuelle et glaciale égale l’ambigüité du propos. Peu être qu’il faudrait voir ce film comme ce qu’il prétend être : trois portraits liés par des liens héréditaires, encore jamais vu au cinéma, et qu’on ne reverra pas de sitôt. On sacre des films cultes pour moins que ça…

 

5.5/6

 

de György Pálfi
avec Csaba Czene, Istvan Gyuricza

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/60/10/89/18880599.jpg

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 06:35

http://images.ados.fr/private/photo/hd/6407410640/private-category/monster_movie-2392930e66.jpg

 

Charlize Theron est apparemment une actrice très connue, qui a joué dans le meilleur (L’associé du diable, une pure merveille), mais aussi (et surtout) dans le pire (Aeon Flux, Hancock, et subjectivement Braquage à l’italienne). Cependant, si il y a bien un film atypique à retenir dans sa filmo, c’est bien Monster. Qui se serait attendu à la voir s’enlaidir d’en telle façon pour coller ainsi à son rôle ? Elle révèle alors un potentiel d’actrice vraiment insoupçonné, et démontre l’étendue de son talent, qui a donc été totalement gâché par les grosses productions.

L’histoire : Aileen vit de sa prostitution depuis sa fugue pendant l’adolescence. Un soir, désirant claquer son dernier billet avant de se suicider, elle est abordée par Selby, une jeune femme seule recherchant un peu de compagnie. Malgré un début houleux, la conversation s’engage, et c’est le coup de foudre. Mais tout allait bien jusqu’à ce que les parents de Selby ne se rendent compte de la situation.

 

http://1.bp.blogspot.com/_hgArvKqmxrQ/TT6ttg8MAuI/AAAAAAAABwo/K1R2LReQ2SE/s1600/monster-2004-5.jpg


Monster est un drame qui me tient particulièrement à cœur, car en plus de m’avoir mis une claque, il a initié un processus de mise à distance assez profond vis-à-vis du manichéisme. Cette histoire de prostituée tombant amoureuse et décidant d’aller vivre loin avec sa dulcinée a de quoi émouvoir. Pourquoi ? Parce que leur amour semble condamné d’avance. Déjà, le statut d’un couple homosexuel féminin est assez mal vu, Selby et ses parents sont catholiques pratiquants, et enfin, Aileen n’a pas de situation régulière de par son activité professionnel. A vrai dire, tout semble compromis, mais ces deux femmes continuent à se voir et à sortir ensemble pendant quelques jours. Jusqu’au client de trop, qui assomme Aileen et tente de la violer (ce qu’il fera partiellement avec une clef à molette). Aileen, dans un réflexe de légitime défense, le tuera avant de le déposséder de ses biens, et d’embarquer Selby dans sa fugue. Selby étant dans l’incapacité de travailler, elle lui promet avant de partir de subvenir à leurs besoins. Ce couple part donc, et tous nos espoirs sont avec elles. Mais un drame reste un drame. Comment une prostituée ayant abandonné ses études peut se reconvertir du jour au lendemain pour entretenir une vie de famille ? Claque après claque, elle ne trouve qu’un petit emploi sous payé qui ne parvient pas longtemps à les nourrir à leur faim. Aileen est donc obligée de reprendre le trottoir, et décide alors de s’attaquer aux plus viscieux clients qu’elle rencontre afin de leurs piquer leurs biens après les avoir abattu avec l’arme qu’elle a prise sur sa première victime. Ce film, c’est un road movie avec une psychopathe, doublée d’une histoire d’amour tragique vraiment convaincante. Les deux actrices, Charlize Theron et Christinna Ricci, sont en tous points admirables, et donnent une épaisseur vraiment inattendue  à leur personnage. Là où le film m’a soufflé, c’est sur le dérapage du film, qui passe d’un manichéisme méchant à une réalité bien plus cruelle. Lors du premier meurtre, tout était là pour légitimer l’acte d’Aileen (elle trouvera d’ailleurs divers ustensiles dans le coffre laissant présumer de la perversité de son agresseur). Mais peu à peu, ses victimes se feront plus communes, jusqu’à un sexagénère couchant avec elle car ne pouvant satisfaire sa femme handicapée, et enfin un homme vraiment généreux, qui rendra son acte d’autant plus atroce qu’il est désespéré. Nihiliste, sans pitié, Monster est un drame qui prend à la gorge, qui n’a pas besoin de beaucoup de budget pour faire du bon cinéma, et qui, malgré quelques grosses ficelles classiques, peut se targuer d’être empreint d’une humanité vraiment touchante, sublimé par un jeu d'actrices admirable. Un drame passionné et passionnant.

 

5/6

 

de Patty Jenkins
avec Charlize Theron, Christina Ricci

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/15/9/monsterhaut612-3621159jtubs_1731.jpg?v=1

Partager cet article
Repost0
30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 06:47

the_crazies_1973_poster_01.jpg

 

Romero est un des réalisateurs les plus intéressants que je connaisse, car avec des budgets relativement peu conséquents, il arrive à créer des histoires réalistes qui analysent les comportements sociaux avec une pertinence qui m’a toujours impressionné. Je parle bien sûr de ses 6 films de zombies, mais aussi de Martin, ou encore La nuit des fous vivants. C’est d’ailleurs sur ce dernier que je veux attirer votre attention aujourd’hui, car c’est pour moi un putain de chef d’œuvre. Un indispensable, pas encore trop rare, qui faut avoir vu au moins une fois.

Dans la petite ville d’Evant city, une alerte au feu est déclarée dans une maison. Les pompiers sont rapidement sur place, mais ils sont bientôt contraints par l’armée de rester en ville. La zone est rapidement militarisée et toute circulation est interrompue. On apprend alors qu’un virus s’étant échappé en amont se serait répandu dans les canalisations d’eau de la ville.

 

http://farm5.static.flickr.com/4040/4392911928_f10c8ebbe5.jpg


La nuit des fous-vivants est un film particulièrement insidieux, car il n’y a aucun moyen de savoir si une personne est contaminée ou pas. On ne peut que constater les conséquences d’une contamination, à savoir la folie meurtrière de la personne en question. Mais ce qui est passionnant dans le film de Romero, c’est qu’il est d’une pertinence énorme dans la gestion de son histoire, et dans les étapes de comportements sociaux face à ce type d’évènement. On suit à la fois l’Armée, ses prises de décisions et les solutions appliquées sur le terrain, et la population civile, bientôt parquée comme un troupeau, qui plus est avec des contaminés dans le lot. Du côté de l’armée, le constat est alarmant. En effet, l’alerte a été donnée très tôt. Un bon point, mais qui tourne en bordel généralisé pendant l’annexe de la ville. Le scientifique ayant mis au point le virus est forcé de les escorter, ce qui le ralentit considérablement dans ses recherches pour trouver un antidote. En ville, la loi martiale est instaurée, et le commandement parle déjà de nettoyage méthodique, quitte à recourir au nucléaire. En vérité, personne n’a les informations suffisantes pour prendre la bonne décision dans de tels moments. La situation finit donc par dégénérer, les civils étant de force retenue dans une école reconvertie pour l’occasion en hôpital de fortune. Côté population, c’est d’abord la crainte du virus qui prédomine, la psychose de la consommation d’eau devenant très prenante. Mais c’est vite la haine de l’uniforme qui prend le dessus, les militaires n’hésitant pas à ouvrir le feu sur les personnes qu’ils pensent contaminées, et à disposer de la population comme il leur convient en appliquant les ordres. Ainsi, on revit en quelque sorte le traumatisme de l’occupation nazie (les cadavres sont brûlés au grand jour) et le parcage progressif des civils avec une réduction croissante de leur liberté. Nous suivrons parallèlement un petit groupe de civil ayant réussi à échapper à la rafle militaire, tentant désormais de quitter la ville en évitant les barrages. Un parcours assez cheap, mais au combien réussi, à l’ambiance ultra oppressante, la source de contamination (l’eau du robinet) n’ayant jamais été révélée à la population. En quelques sorte, si il n’y a rien de nouveau (28 semaines plus tard réutilisera des procédés similaires), sortir une œuvre aussi réaliste et aussi antimilitariste à l’époque, ça relève d’un tour de force assez colossal. Réaliste, jusqu’auboutiste, et finalement bien plus atroce qu’un film de zombie, La nuit des fous vivants est presque un documentaire, une sorte d’expérience sociologique sur le comportement humain en cas de crise menaçant de façon réaliste la population entière. D’une sobriété et d’un nihilisme qui foudroie, c’est une série B proche du film parfait, qui transcende la légèreté de ses moyens pour en faire un film universel, qui serait parfaitement fonctionnel dans de nombreuses situations de tensions. Sa seule faiblesse, c’est d’ailleurs son budget, qui ne lui permet pas de conclure son œuvre avec le panache qu’elle impliquait. Dommage, mais peut être est-ce l’une des plus grandes réussites du cinéaste à ce jour…

 

6/6

 

de George A. Romero
avec Lane Carroll, Will MacMillan

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche