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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 06:57

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Les nazis, ce sont toujours les méchants dans un film. Qu’on passe d’Indiana Jones à Inglorious Basterds, ils sont toujours traités avec un certain mépris par nos héros, et toujours mis en scène au premier degré. Cependant, avec l’apparition de projets comme OSS 117, on commence à se dérider sur le sujet. Mais certains amoureux du mauvais goût n’ont pas attendu les années 2000 pour surfer sur la réputation de la croix gammée. Ainsi, en 1975 , sort Ilsa, la louve des SS, immédiatement censurée pour son mauvais goût ambiant. Car se servant du prétexte scandaleux des camps d’expérimentation nazis pour se livrer à toute une galerie des horreurs parsemée de scènes érotiques filmées uniquement à des fins de voyeurisme. Car tout est affaire de mauvais goût, même si malgré ce dernier… Non, en fait, il n’y a pas vraiment à chercher de sérieux dans l’histoire, il faut uniquement voir ça comme un film transgressif.

L’histoire : Ilsa est une doctoresse allemande qui gère d’une main de maître son camp de prisonnier, dont elle destine certains à des expériences médicales ou à son lit. Elle cherche notamment à prouver que les femmes sont plus résistantes physiquement que les hommes, afin de leur permettre de rejoindre le front.

 

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Et hop, on nous embarque dans un festival de voyeurisme malsain et ultra-complaisant, qui nous fera atteindre des cimes du transgressif. Le film s’ouvre sur une scène érotique du plus mauvais goût, montrant Ilsa prendre comme une bête un des prisonniers du camp, avant de se livrer à quelques caresses concluantes sous la douche. Puis elle revêt son uniforme SS tendance Gestapo (le cuir, c’est plus fétichiste) et mande ses gardes pour infliger à l’inconscient le sort quotidien des hommes qui ont satisfait la louve. Malgré les complaintes outrancièrement appuyées de ce dernier, elle le fait allonger sur la table avant de lui faire retirer ses parties, dans un beuglement animal étonnement réaliste. Puis le type rend l’âme, et Ilsa peut retourner à ses affaires quotidiennes, à savoir la torture d’innocentes femmes. Inutile de tout passer en revue, ce film est un véritable catalogue de mauvais traitements, d’un degré de complaisance rarement atteint qui cherche à délivrer un quotas de souffrance maximal, bien que le jeu outrancier des acteurs annihile toute tentative de dramatisation. A vrai dire, on finit par parier sur la prochaine torture, en riant jaune devant les nazis dialoguant entre eux, raides comme si ils étaient vissés sur des manches à balais. Qu’on me pardonne mon manque de recul, mais je pense qu’il est difficile de parler sérieusement d’un tel film, qui vulgarise tellement la souffrance qu’il parvient à faire exactement l’inverse d’un Philosophy Of A Knife : on attend le trépas des victimes tant la violence semble artificielle. On ne nous épargne donc rien du quotidien des nouveaux sujets d’expériences : tonte pubienne, pathétiques scènes de dialogues sensées donner du courage, torture appuyée des zones érogènes, godemiché électrocutant… Un pur condensé d’idées tordues qui combleront largement nos attentes perverses venant d’une nazie pour le moins inventive, et dominatrice au dernier degré (on finirait par mimer à la bouche le claquement d’un fouet à chacun de ses ordres). Mais tout cela, c’était sans compter sur la love story. L’arrivée d’un prisonnier robuste, évidemment Américain, va faire pencher la balance. Ilsa s’en trouve toute émoustillée lorsqu’il descend du camion d’arrivage (changeant probablement de sous vêtements toutes les heures), et s’offrira à lui avec une complète dévotion. Et c’est parti, la louve est dominée, et notre étalon a le champ libre pour préparer impunément sa tentative d’évasion. Les dialogues deviennent alors d’une subtilité notable ( « Fais de moi ce que tu veux ! » « Je veux que tu te déshabilles… Sensuellement… »), pendant que le spectateur plonge littéralement entre les mamelles surdimensionnées d’Ilsa, qui les exhibe complaisamment, visiblement à l’aise avec son ersatz de Kirk Douglas. Au final sensé être jubilatoire (une tuerie qui détruit le camp), l’histoire se conclut à nouveau sous le signe du mauvais goût le plus vil, et le spectateur se retrouve alors face au générique de fin, soit anéanti par ce spectacle affligeant, soit transcendé par ce mauvais goût revendiqué. Tellement irrespectueux qu’il en deviendrait culte.

 

5/6  (histoire de provoquer un peu)

 

de Don Edmonds
avec Dyanne Thorne, Gregory Knoph

 

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" Ja wohl, mein doctor !"

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 06:50

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De tous les réalisateurs de films fantastiques, John Carpenter doit être un des plus connus et un des plus apprécié. Popularisé par l’incroyable succès de Halloween, le réalisateur a depuis grandement varié son registre, passant de l’adaptation de Christine à la terreur religieuse (Prince des ténèbres) en bifurquant par l’action subversive (Invasion Los Angeles). Bouffant donc à de nombreux râteliers, le réalisateur nous a quitté sur un Ghosts of Mars mémorable (dernier gros projet ayant bénéficié d'une sortie en salles), et son come back cinématographique s’annonce jusqu’à maintenant plutôt mitigé (son récent the Ward a fait un bide auprès des fans chanceux qui l’ont vu). Néanmoins, son dernier film s’inscrit totalement dans le style du réalisateur, nous livrant un western de SF jouissif dont l’univers aguichant appellerait vraiment une suite…

L’histoire : Mélanie, une caporale à la solde de la Matriarca, une compagnie interplanétaire, fait le rapport de sa dernière mission dans une ville minière, où elle était chargée de convoyer un prisonnier dangereux…

 


Alors que les adaptations du jeu électronique Dead Space se succèdent en étant plus décevantes les unes que les autres, tant dans la forme que dans le fond, en fouillant un peu, on tombe sur des œuvres au potentiel identique, mais tournés avant, et par des maîtres du genres. Ainsi, Ghosts of Mars est une sacré bonne surprise, une vraie bouffée de cet air des années 80 pour l’ambiance et le ton de l’histoire, les effets numériques étant réduits au strict minimum (à part quelques projectiles et une ou deux incristations, absolument rien !). Au niveau du casting, on se paye le luxe d’avoir des acteurs charismatiques (une Natasha Henstridge élégante en blouson de cuir, un Jason Statham excellent en ambassadeur du sexe masculin, une Pam Grier inattendue en commandante lesbienne et un Ice Cube qui pour une fois tempère un peu son jeu). L’univers du film : une ville désertée où seuls les prisonniers ont survécus, hermétiquement enfermés dans une zone de haute sécurité. Dans ce cadre, difficile de ne pas penser à la bande de shérifs débarquant en ville par le train, cherchant de l’agitation du côté du saloon et surveillant les prisonnier en allant jeter un coup d’œil à la mine. C’est ainsi qu’on se laisse prendre au jeu des apparences, car si la trame peut sembler assez classique, le film parvient toujours à nous surprendre. Déjà, en morcelant complètement sa narration, à la manière d’un Usual Suspects, ne distillant ainsi que quelques éléments dans chaque nouveau récit, ménageant ses effets pour mieux nous cueillir. Car une fois l’ampleur du phénomène découverte, l’imagination s’enflamme. Une ville entière possédée, qui se livre à la scarification et à l’équarrissage de masse. Qui plus est, Carpenter recycle le principe de son The Fog en y ajoutant une nouvelle règle qui a tout pour nous exciter : pour chaque possédé abattu, il y a une chance d’être à nouveau possédé à son tour. Impossible de se défendre sans mettre en danger son entourage proche et sa propre personne. Un fait qui se vérifie d’ailleurs pendant le film, Carpenter réussissant à faire basculer d’un coup la situation en contaminant son héroïne, et en la mettant plus tard en situation de faiblesse. Enfin, la personnalisation des possédés est un véritable plaisir ludique. On observe plusieurs de leurs créations artistiques (à base de clous, de pointes, d’instruments tranchants), leurs armes bricolées (à partir d’outils miniers pour la plupart), leurs séances de scarification (un joli pot pourris de blessures tribales qui leur donne vraiment des airs de fou furieux, leur chef se révélant vraiment impressionnant au cours des combats). En bref, du vrai divertissement légèrement gore, empli d’un véritable amour du genre et de personnages attachants (la séquence de la boîte de conserve est un vrai éclat de rire), le tout porté par une musique rock’n roll vraiment entraînante, même si elle sature parfois un peu trop l’ambiance (trop présente pendant l’attaque du train). Mais ce n’est là qu’un défaut mineur devant la générosité sincère du projet, qui peut se targuer d’être un pur plaisir carrément nostalgique.

 

4/6

 

de John Carpenter
avec Natasha Henstridge, Ice Cube

 

http://image.toutlecine.com/photos/g/h/o/ghosts-of-mars-2001-36-g.jpg

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 07:03

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Je me souviens l’époque de l’internat, où je passais pour un taré assoiffé de sang car nourris aux bandes gores telles Le Blob, La mutante, les Aliens, les freddy et les Chucky… alors que mes détracteurs regardaient avec un plaisir immodéré les Saw, les Kill Bill et les Battle Royale. Assez ironique quand on constate le quota de gore assez incroyable d’une telle saga comme BR (des dizaines de morts étudiantes gores !), marquée par un sens du rythme un peu inégal. Après un premier film incroyablement réussi, un modèle de divertissement violent (les enjeux de survie ont rarement été aussi palpables) et de mise en abîme culturelle (la peur de la jeune génération), on rempile avec un second volet, qui déçoit hélas sur bien des points. Cependant, il serait injuste de condamner totalement ce petit film, qui nourrit en son sein des idées réac dignes d’un bon petit brûlot…

 

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B.R. : Un petit chef d’œuvre, rien de moins. Ce film a réussi à concilier violence jouissive (un jusqu’auboutisme total nous offrant une quarantaine de morts violentes, le tout soupoudré d'un humour noir assez permissif) et propos social avec un brio qu’on parviendra rarement à retrouver (récemment, Dream Home effleure ce duo). Ainsi, on suit donc l’accomplissement d’une loi, Battle Royale, qui tire au sort une classe du Japon avant de l’envoyer s’entre-déchirer sur une île, d’où un seul doit revenir. Au niveau du rythme, de l’ambiance, c’est un survival complètement original, une sorte de télé-réalité extrême où personne n’est à l’abri, la menace venant souvent des personnes que l’on connaît et dont on ne se méfie pas assez. Grâce à la multiplicité des personnages, le film peut explorer de nombreuses pistes « psychologiques » en suivant différents individus au caractère personnalisé, évoluant donc de manière différente au sein de ce milieu hostile. Je retiens de ce voyage 5 personnes au final : le couple Shuya-Noriko, les héros du film et les personnages les plus communs du film (refusant de mourir, mais évitant les affrontements avec leurs armes pourries), et qui ne survivront que pour jouer à un jeu identique sur un terrain plus vaste, conclusion assez ironique pour des survivants du programme BR. On retiendra aussi Kawada, le vainqueur du programme BR, dont les états d’âme sont eux-aussi intéressants, ses interrogations sur la mort de son ancienne petite amie lors d’une manche précédente nous touchant aussi. Nous avons aussi Hiroki (le garçon au GPS), qui est la véritable figure de l’ange du film. Il vole d’un individu à l’autre, apportant son aide et ne souhaitant que faire le bien autour de lui, et trouvant le repos d’une manière assez tragique malgré le surjeu de son personnage. Enfin, Mitsuko est la femme fatale du film, une biatch à l’instinct de survie surdéveloppé, qui utilise ses charmes pour zigouiller un maximum de garçons et sa psychologie pour approcher les filles et les suriner en douce. Perverse, sans pitié, c’est la fille de la classe dont les chances de survie étaient les plus élevée, et qui meurt au final malhonnêtement, mais dans une scène jubilatoire (musique à l’appui) où le public pourra lui hurler sa hargne au visage. Et sur le plan des messages, le film est là aussi assez chargé. C’est un vrai portrait du japon, touché par la crise économique et craignant ses jeunes générations, qui respectent beaucoup moins l’autorité que les précédentes ne le faisaient. La loi BR, c’est en quelque sorte le dernier rampart que trouvent les adultes pour éliminer le problème de l’enfance : les faire se battre entre eux. Une solution assez illusoire au final : le clivage entre différentes générations est décuplé, et est-il sage de laisser revenir des gosses véritablement psychopathiques dans la société ? Battle Royale doit aussi beaucoup au personnage de Takeshi Kitano, un professeur humilié par ses élèves, méprisé par sa famille, qui cherche dans ce jeu à retrouver les meilleurs enfants, ceux qu’il n’a jamais pu avoir. Adoptant d’abord le programme BR comme un partisan, son attitude deviendra de plus en plus ambigüe au cours du film, avec l’apparition d’un lien très fort entre Noriko et lui-même. Au final, un film assez humain, qui derrière son ultra violence, nous donne d’excellents portraits de caractères, et qui arrive à nous faire vivre en 3 jours le résumé d’une année scolaire, à faire vivre ses élèves et à leur donner une consistance, qui nous laissera presque nostalgique devant la photo de groupe pendant le générique final. Du jamais vu !

 

5/6

 

de Kinji Fukasaku
avec Takeshi Kitano, Tatsuya Fujiwara

 

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B.R. 2 : Ouh là, que c’est moins jouissif ! En effet, BR 2 commence comme un authentique fiasco. Loin des étudiants crédibles du premier épisode, tout semble ici surjoué, les élèves teintés en blond pullulent en gueulant à tout va, le professeur, un certain Riki, arrive en roulant des yeux et semble incapable de réciter son texte sans cabotiner comme un Jim Carrey, vraiment, c’est un foirage dans les grandes lignes, à se demander ce qui a pris à Kinji Fukasaku de lancer cette suite. On échoue aussi totalement sur les nouvelles règles de BR 2, qui ne se révèle en rien jouissives, déjà avec des objectifs absurdes : tuer des terroristes adolescents qui appellent l’enfance à se rebeller (une bonne baffe dans leur gueule devrait suffire à leur redonner le sens de la réalité). On se refait ensuite un remake de Il faut sauver le soldat Ryan en pas très bien filmé, avec un débarquement tout en finesse qui ne retrouvera jamais l’impact de ses références, en étant toutefois plus riche en explosion et en scènes de guérilla urbaine. On poursuit avec la découverte des terroristes et des discussions pseudo-philosophiques que les adolescents auront avec ces derniers, menés par Shuya. Cependant, BR 2 a quelques bonnes idées dans le lot. Il pourrit carrément la politique d’ingérence des USA, qui n’hésitent pas à faire pression sur n’importe quel gouvernement pour le faire plier (anti-américanisme virulant). Il compare la politique mondiale à une bande de gosses se chamaillant ! Et il cherche aussi à véhiculer un propos fédérateur pour la jeunesse partout sur les continents, poussant à oublier les erreurs des adultes et à repartir sur de nouvelles bases. Une sorte de Quien puede matar un nino ? japonais qui prend carrément des airs anarchistes en délocalisant son épilogue en Afghanistan, où les jeunes continuent le combat toujours sous forme de terroristes. Vraiment très osé, c’est au final le trait attachant du film. Pas assez cependant pour nous faire oublier ce prof de sport ridicule et pas attachant pour un sou, qui crèvera d’une manière tellement absurde qu’elle est imprévisible. La série s’est faite un peu Hara Kiri avec ce dernier épisode trop bancal (je me suis carrément surpris à bailler en plein milieu !), qui n’est pas cependant aussi foireux qu’on pouvait le penser.

 

2/6

 

de Kinji Fukasaku, Kenta Fukasaku
avec Tatsuya Fujiwara, Aki Maeda

 

http://www.acdrifter.com/Asian-Movie-Gallery-Image/484/Battle-Royale-2-87-1226.png

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 06:40

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Quelle saga de SF peut se vanter de cumuler à la fois créatures extra-terrestres et érotisme aguicheur ? Alien, en effet, pour ses créatures aux designs sexuels évocatifs, dessinés par Giger. Giger que l’on retrouve aussi sur le projet de La mutante, un petit film de science fiction suivant le parcours d’une hybride humaine et extra-terrestre aux formes généreuses désirant se reproduire. Cumulant gore explicite et érotisme soft (pas farouche, la mutante…), ce petit film se taille une sympathique réputation, et reste toujours dans nos mémoires comme une bonne petite série B qui sait gérer ses atouts (malgré une créature numérique finale assez dégueulasse). Un second opus vient renforcer la saga, mais il se révèle décevant sur bien des points (de longs tunnels de dialogues, un lien télépathique mal exploité, des acteurs qui cabotinent…), autant que surprenant sur d’autres (le Mâle est la créature la plus impressionnante de la saga). Bancal, et au finale moyen (l’érotisme reculant un peu, le gore prenant davantage de place). Après cette suite moyenne, un troisième opus nous arrive dessus, totalement inattendu, et totalement formaté pour le public adolescent qui s’excite sans voir de poitrine. D’un érotisme totalement aseptisé, on passe à des héros adolescents titillés par leurs hormones à des mutants en cours de dégénérescence qui sont loin de convaincre. Après ce navet complet, une quatrième suite est sortie récemment, et je ne m’en rappelle même plus. C’est vous dire…

 

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La mutante : Le film qui a marqué ma treizième année, et qui m’a fait découvrir les formes plantureuses de la belle Natasha Henstridge (retrouvée avec un plaisir non dissimulé dans Ghosts of mars), et qui m’a scotché avec des effets spéciaux alternant bien le numérique et le latex. Partant sur des bases originales et totalement ludiques (une bombasse extra-terrestre qui veut se reproduire et qui apprend au contact de la société humaine), La mutante peut se vanter d’être un projet suggestif, excitant nos neurones dès l’évocation des possibilités d’un tel scénario. Et sur tous les aspects du projet, le film est assez bien maîtrisé : un premier acte d’évasion, un second acte de traque (occupant une majeure partie du film), un troisième acte stratégique, un quatrième de reproduction, et un cinquième d’éradication. Une mécanique bien huilée, qui a fait ses preuves, et qui fonctionne une fois encore, nous comblant par l’intrusion fréquente de gore pendant de gentilles scènes suggestives. Pas tant de réflexion sur le thème de l’extra terrestre, on se focalise uniquement sur la mission de la mutante, à savoir se reproduire pour éradiquer notre espèce. Et le suspense est plutôt intense tout au long du film, les charmes de la créature lui assurant une totale assurance quant à ses chances de parvenir à ses fins. Passant d’un night club à un hôpital en passant par un motel, la mutante traverse notre société, en retenant les bases comportementales de la créature divine (les poses langoureuses du feuilleton amoureux qu’elle reproduira avec SPOILER Alfred Molina, bien content de s’être réveillé aujourd’hui. Elle élaborera grâce aux pubs télévisées sa stratégie de camouflage, pour s’imprégner de nos gestes quotidiens, indispensables à la survie dans notre société. Un certain sens du détail qui réjouit le spectateur tout au long du film, montrant dès lors un certain souci de construction et d’élaboration. On se régalera aussi des effets spéciaux, qui si ils ne sont pas toujours réussis, conservent une bonne efficacité (on comprend à quelle vérole on a à faire lors de la séquence de test sous hotte étanche). Un film qui se révèle d’ailleurs plus généreux une fois le marmot lâché, lui aussi capable de jolies prouesses (les rats s’en souviendront longtemps). Au niveau des acteurs, les héros sont sympathiques (Marg et Michael forment un gentil couple), mais c’est Natasha Henstridge qui fera l’unanimité auprès d’un public masculin qui acclamera chacune de ses tentatives. Purement jubilatoire, parvenant même à être efficace, La mutante est le parfait exemple de la série B solide, intègre, qui continuera à divertir des générations d’amateurs de fantastique alimentaire. Un bon boulot.

 

4/6

 

de Roger Donaldson
avec Ben Kingsley, Michael Madsen

 

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La mutante 2 : Etrangement, la Mutante 2 est plus ambitieux, plus audacieux que son prédécesseur. On constate cela dès son ouverture : une mission spatiale (américaine, il va de soi) atterrissant sur Mars et y faisant des prélèvements rocheux, sous le regard d’un monde en liesse. Après cette capitale mission de ramassage de cailloux, nos astronautes remontent dans leur navette spatiale pour rentrer au pays. Mais voilà : un de leurs échantillons se dégèle et libère un fluide visqueux qui contaminera un des trois membres d’équipage… Pitch aguicheur, malgré la légèreté de ses moyens (les vaisseaux spatiaux font vraiment cinématique de jeu vidéos…). Mais hélas, on ne retrouvera jamais, et cela pendant tout le film, la recette qui faisait le succès de l’original (de la fesse et du sang). Ici, c’est le gore qui prend clairement l’ascendant sur l’érotisme. Un parti honnête qui aurait pu porter ses fruits, si le scénario avait été plus travaillé. Si l’abondance des effets gores rassure (et c’est pas tout de le dire : bides explosés, enfants difformes, tentacules éventreuses, suicide au fusil en full frontal…), on regrette parfois de les voir débarquer sans prévenir (la partouze à trois, seul moment qui aurait pu se révéler sympathique, cède vite à une grossesse accélérée style Toxic avenger 4). Jubilatoire, mais aussi très con. Si le Mâle trouve ici une vraie présence dans le corps de cet astronaute, et se crée une solide réputation avec le gore dans son sillage, la Mutante (l’attraction principale du film) est bradée pendant les ¾ du long métrage, allant sur les toilettes dans sa cage en verre, refusant de dévoiler ses formes ni ses talents mortels. Un vrai gâchi. Ne parlons pas de Marg Helgenberger, même si son rôle est clairement atténué, rivalise en cruauté avec notre bien-aimée Elsa la louve SS, torturant sans relâche Sil (la nouvelle mutante) à des fins expérimentaux. Malgré un rythme vraiment inégal (et des séquences totalement ridicules : le lien télépathique en plein centre commercial), on peut reconnaître au film un dernier acte efficace, pompé en grande partie sur Aliens, ce qui ne surprend pas vraiment, Giger étant toujours derrière les designs du projet, et nous ayant conçu un magnifique Mâle transformé, qui s’il n’égale pas la reine alien du film de Cameron, parvient néanmoins à impressionner au cours d’un  dernier combat épique autant que bancal (la fourche dans la jambe : ouille !). Au final, la seule chose un peu regrettable (mais logique), c’est le dénouement avec le twist attendu, et une moitié du film largement sous développée, qui ralentissent cette série B acceptable et plombent son rythme. Inégal, mais inhabituellement sanglant. Ca se vaut…

 

3/6

 

de Peter Medak
avec Michael Madsen, George Dzundza

 

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La mutante 3 : Ca se vaut plus du tout ! Véritable honte de la saga (on a direct une image en 4/3, on imagine pour quel genre de diffusion ça a été prévu…), nous avons un script qui cite ouvertement X men pour faire rappliquer les jeunes, et qui ne dépareille pas des programmes quotidiens que Syfy diffuse, comme Sharktopuss ou Mega Pirhana. Le héros, c’est un teen qui a bien appris sa leçon sur un réacteur américain pompé sur notre projet ITER, sauf qu’il fonctionne (Bravo, les américains ! Vous nous filez l’astuce ?). Il est en contact avec un prof qui arrive à récupérer d’une manière un peu louche la gamine issue de l’accouchement de Sil. Pendant ce temps, d’autres mutants atteints par le gène extra terrestres (les gamins semés par le mâle) crèvent de dégénérescence cellulaire gore, et pensent pouvoir sauver leurs gènes en se reproduisant avec la nouvelle mutante. Tout le monde il veut violer la jolie mutante, mais le gentil ado titillé par ses hormones il va les en empêcher. D’un simplisme bêtifiant, l’histoire enchaîne les clichés sexys mais moraux (??), le gore aseptisé, la love story étudiante et la réputation de la jeune mutante comme d’une super fille qu’il faut respecter, et pas comme d’une chaudasse cherchant à monter tout ce qui bouge (ce pour quoi on a payé le dvd 5 euros, en somme). Merdique jusqu’à la moelle, abrutissant de connerie (le combat dans le réacteur en marche est un grand moment de nanardise), la mutante 3 est un étron qui au final ne fait pas rire, mais hurler tant il frustre sur tous les tableaux. A brûler en place publique.

 

0/6

 

de Brad Turner
avec Sunny Mabrey, Natasha Henstridge

 

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La mutante 4 : N’ayant plus aucun espoir pour cette série maintenant coulée (Natasha Henstridge a compris et a quitté le navire définitivement), une quatrième suite est sortie. Je l’ai vu, je ne me rappelle de rien d’autre. Si, à un moment, il y a une poursuite dans une ruelle. A part ça, j’ai beau faire des efforts, je ne m’en souviens pas… Maintenant, il faut aussi se faire une opinion : est-ce qu’un film que j’ai regardé cette même année, et dont je me souviens vaguement de 5 minutes, vaut le coup d’être vu ? Heu… Je ne crois pas.

 

0/6

 

de Nick Lyon
avec Helena Mattsson, Ben Cross

 

http://www.premiere.fr/var/premiere/storage/images/cinema/photos-film/themes/glamorama/helena-mattson-dans-species-iv/node_1520031/17240837-1-fre-FR/image_reference.jpg

Et ne vous laissez pas convaincre par cette séduisante image : y aura rien de plus...

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 07:20

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La féline, de Jack Tourneur, est un classique du cinéma français en matière de fantastique. Loué, que dis-je, acclamé de toute part et sur tout blog (visitez celui de Naveton pour vous en rendre compte), c’est un chef d’œuvre renommé, mais qui se révèle un peu avare en effets spéciaux (du moins, c'est ce que j'imagine, au vu de l'année de tournage). C’est cependant sur un autre point que son remake tente de s’affirmer, tout en soignant son casting et son image, tentant d’afficher plus d'érotisme que son prédécesseur, le charme de la couleur en plus.

L’histoire : Irena Gallier retrouve son frère à la Nouvelle Orléans après plusieurs années d’absence. Dès son arrivée, elle note un comportement étrange chez son frère, avant que celui-ci ne disparaisse pendant plusieurs jours. En parallèle, on suit l’apparition d’une panthère dans une chambre d’hôtel et son transfert dans le zoo de la ville.

 

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Ce qui frappe avec ce remake, c’est qu’il tente vraiment de soigner ses ambiances, de se donner un cachet romanesque avec des étranges visions africaines dépaysantes dans les flashs back fantastiques. N’ayant pas vu l’original de Tourneur, je ne peux faire la comparaison avec l’original. Cependant, on constate vite que le réalisateur plante vite le décor de son intrigue, en mettant d’abord en scène les enjeux sentimentaux avant de faire intervenir le fantastique. En effet, c’est d’abord le duo Nastassja / Malcolm qui attire notre attention, car si leur relation frère sœur est d’abord avancée, elle se teinte d’un érotisme qui sonne bizarrement dans un contexte 80’s. Au niveau des mœurs, ça commence direct à balancer sec. Après entre dans l’histoire cette panthère ayant molesté une prostituée, et qui est retenue captive au zoo de la ville. Irena est fascinée par cet animal, au point de rester après la fermeture (un évènement qui lui permettra d’entrer en contact avec le directeur du zoo, traçant déjà une intrigue sentimentale, et d’obtenir un emploi). Mais ce qui fait clairement le romanesque de l’histoire, c’est la prédominance du sentiment sur le mythe fantastique, et par conséquent la prédominance du fantasme, de l'érotisme de ces créatures vouées à être rejetées pour leur sexualité. Le dilemme posé par le film est au final très simple : soit on vit d’une sexualité purement destructrice, où l’acte amoureux entraîne systématiquement la mort d’une autre personne (le film tendra toujours à démontrer qu’il est impossible d’esquiver cette manifestation amoureuse, quelque soit la relation entamée), ou entretenir une relation normale avec son frère, brisant ainsi le tabou de l’inceste. Un dilemme moral plutôt ambitieux, et très rapidement dévoilé par Paul, levant le voile sur leurs origines (leurs parents étaient incestueux eux aussi), et faisant renaître du même coup les angoisses d’Irena, dont les penchants féroces commenceront à se manifester (sorties nocturnes, escalades et souplesse féline…). Mais avec un revirement inattendu, Paul Schrader repart à zéro et fait prendre une nouvelle direction au film : celui de la frustration amoureuse. Alors que le directeur de zoo multiplie les avances, Irena a l’air de céder de plus en plus à l’appel de la chair (et au sang que cela occasionnera). Elle bascule elle aussi du côté obscur, alors que son frère Paul s’y complaisait totalement (son comportement débauché et les meurtres sanglants qui s’ensuivent). Après une première chute conclue assez tragiquement, nous avons droit à une dernière scène romantique plutôt osée (c’est mieux, attachée…) et un dénouement assez fin, bien que nous laissant sans réelle conclusion.

Au niveau du fantastique, les quelques effets spéciaux traînant ça et là ont plutôt été bien soignés, et ont le mérite d’être convaincants (l’incroyable plan séquence où Malcolm Mc Dowell rampe sur le sol, passe dans l’ombre et ressort sous les traits d’un fauve impressionne), le minimalisme payant indubitablement pour de telles créatures. Certes, il est évident que les effets spéciaux, ce n’est pas ce qui intéresse Paul Schrader, mais il n’a jamais bâclé ses séquences, qui ont même un certain charme (l’arbre sacrificiel sur la colline). Se focalisant plus sur les sentiments de ses protagonistes que sur le mythe fantastique, La féline version Schrader est d’une assez bonne qualité, mais ne parviendra jamais à insuffler assez de pêche à son récit pour nous convaincre pleinement. De bon ton, mais pas vraiment indispensable.

 

4/6

 

de Paul Schrader
avec Nastassja Kinski, Malcolm McDowell

 

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 07:14

 

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Mel Gibson, on le prend un peu pour un fou. Il suffit de voir la violence qu’il développe dans une Passion du christ mémorable (oui, ça marche de transformer Jim Caviezel en punching ball pour redramatiser le sacrifice du Fils) pour comprendre qu’il est dominé par un style viscéral et antique. Un schéma que l’on retrouve, parfaitement conservé, dans son nouveau chef d’œuvre : Apocalypto. Il a surement y avoir des détracteurs, mais l’ampleur du spectacle que Mel Gibson nous donne à voir est sans égale (on n’a pas vu ça depuis les péplums, qui n’étaient jamais aussi violent). Explorons cette jungle scénaristique, que je décrète être une des reconstitutions historiques les plus fidèles à l’histoire.

L’histoire : Patte de Jaguar est un indigène qui mène une vie tranquille dans son village natal. Il a sa vie de famille, ses amis, bref, c’est Pandora avant l’arrivée des humains. Jusqu’à ce qu’un détachement de soldats maya attaque le village.

 

http://www.passion-cinema.com/img/photo_film/64/212092008093026.jpg


Premier gros point pour le film : l’immersion. On plonge directement dans le film, qui s’ouvre sur une scène de chasse particulièrement réaliste, qui nous propulse au cœur même de l’action. Et cette très belle scène de présentation nous dévoile alors différents visages qui nous serviront de repères dans le film. Bonus d’immersion : le langage, entièrement en maya, qui donne une nouvelle parcelle d’authenticité à ce film. Car c’est belle et bien cette caractéristique qui fait la force de cette pellicule (et qui a donné à Mel sa réputation de réalisateur psychopathe dans sa gestion du détail). C’est bien simple, la cité maya est d’une crédibilité à tomber par terre. J’ai été totalement soufflé par l’ampleur du spectacle, qui ne recule devant rien pour reproduire aussi fidèlement que possible les détails de l’époque. Apothéose avec la scène de sacrifice (présenté comme la conclusion de cette descente aux enfers), dont la violence graphique et la richesse des détails laissent le spectateur bouche bée. La violence montrée dans ce film est d’ailleurs très réaliste, et ne va jamais au-delà de ce à quoi on pourrait s’attendre. Si elle est particulièrement marquante, c’est parce qu’elle est ultra dramatisée (en totale rupture de ton avec la vie idyllique au village, et dont l’apparence gratuité sert au contraire un dessin plus large : celui de nous sabrer tout espoir quant à l’avenir). Le léger problème de cette violence, c’est qu’elle se répète souvent. Certes, Mel Gibson tient à ses marques d’authenticité (ce qui ralentit considérablement l’action et explique la longue durée de 2 heures) et dramatise à chaque fois son usage, mais à vouloir trop montrer le destin des visages connus, on vire presque dans le pathétique en étirant des scènes plus que de raison. Un peu dommage, je trouve, le côté tragique étant beaucoup plus intéressant dans ce film pour ses traits antiques « pour ne pas dire bibliques ». Car, on l’a bien vu dans la passion du Christ, Mel aime les références antiques. Une pestiférée qui lance aux geôliers une prédiction, le vent dans la forêt, l’intervention d’un animal mythique dans la religion maya, la traversée d’un fleuve qui sépare les condamnés des innocents… Une multitude d’éléments, qu’il serait difficile de dénombrer dès la première vision du film. J’ai omis scrupuleusement de parler de l’Eclipse, car elle constitue pour moi la seule facilité du scénario (certes, le côté antique est là, mais ça sonne comme une grosse facilité, les mayas ayant faits de savants calculs pour prédire quand elles auraient lieu). Mais mis à part ce gros détail, tout le film se déroule avec un sens de l’épique qui ne trompe pas (les guerriers sont d’une virilité impressionnante), et nous livre de véritables tableaux (l’entrée dans la ville, Patte de Jaguar au milieu d’un charnier…).

La relation père-fils est aussi au cœur du récit. J’ai compté 3 relations de la sorte qui nous sont présentée : Patte de Jaguar et son père, patte de Jaguar et son fils, et enfin le capitaine Maya et son fils. L’importance capitale de leur collier, la transmission de l’héritage (le couteau d’obsidienne), la satisfaction de les voir grandir… Tout ce qui fait ce lien se retrouve dans le film, que ça soit chez les gentils indigènes ou les méchants mayas (le deuil en fait partie). Un portrait intéressant et au final assez complet de la relation filiale la plus importante à l’époque (la transmission des valeurs passant essentiellement par la branche masculine, surtout dans un contexte tribale). Mais exclure les femmes de l’histoire serait aussi une tragique erreur, Mel prenant soin d’en suivre plusieurs (la belle mère de  , d’abord promise au destin d’esclave, puis relâchée lorsqu’on s’aperçoit qu’elle est sans valeur, la femme de Patte de Jaguar, soignant d’abord son fils avant de tenter une escalade dangereuse pour s’extraire du trou d’eau où elle a trouvé refuge) en leur donnant à chacune un côté tragique. Ainsi, cet accouchement final assez rustique permet de renverser la situation, laissant poindre la fin là où on attendait plus que mort et désolation. Enfin, Patte de Jaguar suit tout un parcours initiatique, passant du statut de chasseur à celui de captif, puis celui de sacrifié avant de devenir fugueur. Son ultime étape de transformation étant d’ailleurs particulièrement incarnée, empruntant presque à Predator son côté tribale pour le camouflage à la boue, et rappelant immédiatement le fauve croisé quelques instants auparavant. Alors que Patte de Jaguar fait un nouveau bilan d’identité, il est devenu clairement plus que le fuyard qu’il était : il est devenu chasseur d’homme et va pouvoir maintenant régler définitivement le problème qui le poursuit. Epique.

La conclusion avec l’arrivée des conquistadors pourrait elle aussi passer pour une facilité scénaristique, mais ce sont les conclusions en face de ces nouveaux arrivants qui sont intéressantes. En effet, ils sont immédiatement comparés aux Mayas par une seule phrase de l’épouse de Patte de Jaguar (« Ils emmènent aussi des hommes… »), et Patte de Jaguar d’enfoncer le clou en retournant vers la forêt (qui a toujours été accueillante et qui lui a fourni tout son arsenal), avec ce statut d’expatrié identique à celui des premiers fuyards qu’il avait croisé.

En fin de compte, ce film est une reconstitution des plus soignées (à défaut d’être totalement fidèle) des fréquentes guerres esclavagistes menées par les empires d’Amérique centrale. Une fresque épique, violente, aux relents de tragédie antique, qui impressionne par l’ampleur de son spectacle et le talent de ses acteurs, qui son t tous de parfaits inconnus. Mel, on espère que tu pourras nous refaire quelques films de cette trempe avant de prendre ta retraite.

 

5/6

 

de Mel Gibson
avec Rudy Youngblood, Raoul Trujillo

 

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 07:08

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Mad Movies, c’est cool, surtout au niveau des formules. Ainsi, si on veut du Mad et un peu plus d’action que d’habitude, on peut choisir la formule Mad+Impact. Et si on est en manque de nouveauté, il existe la formule Mad+DVD. Et le dvd du mois, c’est Grace. Et Grace, c’est du fantastique vraiment intéressant qui nous interpelle sur le thème de la maternité. En bref : du lourd.

L’histoire : Madeline est une jeune femme qui vient de tomber enceinte. Mais après son accident de voiture, son bébé est la dernière chose qui reste de sa famille. Elle apprend bien vite que son fœtus est décédé des suites de l’accident, mais elle décide quand même de porter son enfant au terme. Et lors de l’accouchement, celui-ci présente pourtant tous les signes d’un enfant normal en bonne santé. Il n’est tout simplement pas vivant…

 

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D’un point de vue purement technique, le film a une photographie assez claire, soignée, qui rappelle bien la photographie d’A l’intérieur (de même que pour ses ambiances glauques). Formellement, le film est assez joli, mais c’est clairement dans son scénario qu’il suscite l’intérêt. En effet, Grace expérimente beaucoup, puisqu’il nous livre de la nouveauté dans le fantastique en évitant de se focaliser sur des clichés de zombie courant. Le thème principal du film, c’est avant tout la maternité sous deux aspects différents. Le premier, c’est la mère, Madeline, qui part dans une sorte de dépression lorsqu’elle commence sa vie de mère, son enfant apparaissant vite monstrueux (il attire quantité de mouche et ne semble supporter que le sang comme nourriture) et pompant littéralement sa substance vitale pour pouvoir se développer. C’est l’amour maternel qui est prêt à endurer les pires souffrances pour voir sa progéniture grandir. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle s’attirera notre compassion, pour sa dévotion complète envers sa petite fille Grace, contre l’avis de tous ceux qui voudront l’en séparer. Le second visage maternel, c’est belle-maman Vivian. Une vieille femme aigrie qui aime faire plier le monde à sa volonté (elle dresse son mari d’une telle manière qu’elle devient carrément antipathique au spectateur masculin dès ses premières interventions), et qui aspire à transférer l’amour qu’elle avait pour son fils (décédé dans l’accident,  étant tenue pour responsable) sur le nouveau né, et qui tentera tout ce qui est en son pouvoir pour en déposséder sa mère. Par delà cet amour maternel possessif, on sent une angoisse de vieillir, qui entrainerait la perte de la capacité à être une mère. C’est elle la femme fatale du film, une véritable conasse de 60 ans qui réussit parfaitement à jouer son rôle.

Au niveau des interprétations, le film est assez solide, et sans que les acteurs manifestent de réel talent, le tout passe très bien. Un peu de gore craspec (la nourriture du gosse, le mamelon maltraité…) ça et là viendra rehausser le goût de cette œuvre au parfum séduisant (on s’attaque quand même au nouveau sous un angle assez nauséeux), mais qui ne dépassera jamais son statut de bonne série B du soir, qui ne révolutionne rien, mais dont la modeste originalité parviendra à divertir pendant une petite heure et demie. Un projet valable, en somme.

 

4/6

 

de Paul Solet
avec Jordan Ladd, Gabrielle Rose

 

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 06:52

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Les frères Watchowski, avant d’être reconnus par le public, ont fait Bound, un thriller plutôt apprécié par le grand public. Mais c’est avec Matrix que leur carrière prend enfin de l’envol, puisqu’il trouve LA formule qui marche : du subversif, du style original et plastiquement recherché, et un univers complet avec des règles défiant toutes nos notions de réalité. Un véritable carton, 460 millions de recette mondiale. Une véritable aubaine pour la Warner, qui rempile direct en débloquant les fonds afin d’assurer un spectacle encore plus ambitieux dans un second opus qu’on espère prometteur. C’est le cas, et si l’univers disparaît un peu derrière une religion démagogique piochant à droite et à gauche, l’audace graphique n’est que plus ambitieuse, et nous comblera largement. Plus distrayant que réflexif, ce second opus explose les prévisions de vente, n’encaissant pas moins de 738 millions de dollars dans le monde. Chez la Warner, on est proche de l’euphorie, et on est tellement enthousiaste qu’on nous balance, la même année (2003), la conclusion de cette aventure mythique. Et là, c’est la gueule de bois (on perd presque la moitié du box office du 2). Pas d’audace, de l’ambition qui vire clairement sur la prétention, un surnaturel ridicule sortant complètement de l’univers underground des précédents opus… Il n’y a plus rien de beau, de logique ou de séduisant dans cette conclusion, qu’on réduirait volontiers à l’état de joujou en CGI pas très loin de la filmo d’un Michael Bay. Connexion.

 

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The Matrix : Quoi de plus enthousiasmant qu’un projet qui cumule subversion et grand spectacle ? Je ne parle pas de subversion type V pour Vendetta (qui n’en est pas une : c’est simplement une guérilla entre un terroriste et une nation dictatoriale), pas de quelque chose qui remet tout en question, qui a une réponse à tout (les miracles sont des bugs, comme les impressions de déjà vu) et qui fait éclater d’un coup toute la fausseté du monde ! Un brûlot divertissant ! C’est pourtant bel et bien ce qu’est the matrix, dans la version alternative de la réalité qu’elle donne. Le monde ne serait qu’une illusion destinée à nous berner pendant qu’on  exploite notre énergie. Chaque jour au boulot, à chaque moment de notre existence…  Bref, impossible de ne pas adhérer à cette version inattendue de notre monde, qui vire sur de la science fiction post apocalyptique sans prévenir. Mais comme le budget n’est pas énorme, on se contente de la subversion, et on ne sortira jamais du vaisseau. Malgré cette limitation de moyen, le film introduit bien son idée (la comparaison avec Alice au pays des merveilles est assez pertinente), et est une excellente synthèse des pensées philosophiques qu’un tel phénomène peut engendrer (recherche de l’Elu, la seule arme capable de vaincre les Agents, accomplissement d’une prophétie dans une matrice virtuelle créée et régulée par des machines… ). Si les citations bibliques sont parfois un poil lourdes, elles s’émancipent vite d’une quelconque appartenance religieuse actuelle, tendant plutôt à former une nouvelle religion, plus démago, où on utilise des mots mystiques pour décrire ses pensées. De bonnes idées pointent cependant dans le lot, notamment un certain retour aux religions antiques par l’intermédiaire de l’Oracle.

Enfin, d’un point de vue purement visuel, le film lance clairement son style (combats mêlant de multiples arts martiaux parsemés de bullet-time, où on fige les mouvements, où on change d’angle…). Résultat : on a rarement eu des bastons aussi fluides, aussi photogéniques… Un style qui paye, la moindre scène de bagarre ne se souciant plus des lois réelles, se contentant de faire évoluer ses personnages iconiques avec style. Les personnages, d’ailleurs, sont loin d’avoir un design innocent. Ils ont tout pour avoir la classe : lunettes noires, cuir, tenues sombres… L’archétype du fringage branché tendance underground bourré de fétichisme qui vient sublimer nos scènes d’actions, tout en étant en cohérence avec les ambiances bleu-gris qui imprègnent la matrice. Le thème de l’émergence du héros n’est pas non plus pour nous déplaire, car à la base, c’est un citoyen lambda, endormi, qui va devenir un guerrier surpuissant. Et sans avoir de super-pouvoirs (le contexte technologique justifiant de manière logiques les bons de géants et les impacts décuplés : ce sont des cheats). Bref, exploitant un contexte ludique (le thème du jeu vidéo n’est vraiment pas loin), the Matrix nous donne à voir un film assez ambitieux et développé au niveau de ses thèmes bibliques et de son visuel plutôt osé (bien qu’on le dise inspiré d’œuvres asiatiques parues précédemment, ce que je n’ai pas encore pu vérifier). Un must seen que tout le monde a déjà vu, mais qui reste aussi divertissant au fil des visionnages…

 

5/6

 

de Larry Wachowski, Andy Wachowski
avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne

 

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The Matrix : reloaded : Cashing ! On relance les dés ! Véritable Jackpot pour la Warner (33 millions de budget, 460 de recette), on relance la machine à toute allure, en donnant carte blanche aux Watchowski. Et ils en profitent bien, les bougres ! Bien plus ambitieux dans sa science fiction, nous pénétrons enfin dans Zion, mythique cité religieuse étant ici le berceau de l’humanité. Dans cet opus, à part un échange avec l’oracle aussi bref qu’intéressant (le thème du film, c’est le choix), la religion se désincarne complètement, devenant un véritable opium mystique où on ne fait plus de discours politiques, mais où on cède la parole à des prophètes religieux qui disent bien des choses assez vagues dans le fond. Et passé les discours, on danse comme dans une immense orgie populaire (l’énergie humaine se dégageant de la foule entrecoupée par les plans fesse de Néo et Trinity ne trompe pas). Vraiment chiadé au niveau des ambiances, Zion ne sonne pas vrai bien longtemps tant il semble impossible de gérer autant de monde dans un espace aussi gigantesque (rien que d’un point de vue sanitaire et alimentaire, c’est ingérable). Dommage d’avoir été ambitieux sur un tel lieu, certes c’est du bigger than life, mais la SF en prend un coup. En revanche, au niveau des connexions sur la matrice, on nous en donne pour notre argent. Rarement les effets matriciels n’ont été aussi ludiques : on se bat un peu en faisant des trucs stylés, puis on décolle et on vole comme superman. Puissant ! Et ça ne se limite pas qu’à Néo, puisqu’on se met à jouer avec les multiples possibilités qu’offre la matrice. Ainsi, les portes, utilisées avec des clés codées, donnent sur des lieux à des kilomètres de là. Pas assez fin pour être virtuose, mais suffisamment ludique pour nous faire passer un agréable moment d’action. Moment sublimé par l’une des meilleures courses poursuites du film d’action : la course sur l’autoroute. Dans un sens, à contresens, en changeant de véhicule, avec des adversaires qui apparaissent de tous côtés en même temps… On en oublierait presque de respirer. Même si certains moments virent un peu trop sur le ridicule : le combat Morpheus vs Agent sur le camion, le suspense monte jusqu’à un climax impressionnant qui conclura parfaitement la scène. Bref, ça dépote sec jusqu’à un final attendu et convenu (Oh, il fait revivre Trinity, si c’est pas meugnon !). Parlons maintenant des acteurs : notre bande s’amuse toujours à être aussi classe (bien que Trinity semble toujours avoir un putain de balai dans le clu une fois connectée), et à lancer de bonnes répliques. C’est surtout pour ses seconds couteaux que le film s’avère savoureux… Une Monica Bellucci qui bouffe carrément Trinity sur le plan de la présence féminine, un mérovingien campé par un  qui cabotine comme un dingue (« putaindecondenfoirédebordeldemerdedenculédetamère… ») et qui illustre à nouveau l’image des français comme des tombeurs lubriques incapables d’avoir une vraie femme (de la même trempe que Cassel dans Ocean’s twelve). A part Niobé et l’agent Smith (un peu trop numérique par moments), personne d’autre ne vient particulièrement s’imposer sur la scène, le maitre des clés assurant le minimum et les frères jumeaux se faisant évincer crétinement. En fin de compte, derrière un script qui a l’air plus compliqué de loin que de près (c’est archi simple, comme scénario, en fait), le film se conclut dans un dilemme cornélien (qui n’est pas sans rappeler Hellboy 2), et nous laisse entrevoir le pire pour Zion. Quelques minutes avant le générique, Néo semble produire une EMP. What the fuck ? Mais en fait non, l’arrivée d’un vaisseau allié nous laissant envisager que ça soit lui qui ait lancé la décharge… Au final encore soucieux des convenances, Matrix 2 se clôt en nous relançant vraiment, et nous a donné à voir un spectacle totalement divertissant. Assez plaisant, plus vraiment subversif, mais agréable à voir (les smith numériques par dizaines). Un blog buster ludique assez fun.

 

4/6

 

de Andy Wachowski, Larry Wachowski
avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne

 

photo-Matrix-Reloaded-The-Matrix-Reloaded-2002-6.jpg

 

The Matrix : revolution : En effet, cet ultime opus est une révolution. Pourquoi ? Parce qu’on abandonne presque ce qui faisait le jouissif de la série : les connections dans la matrice, maintenant entièrement composée de smith qui laissent heureusement les zones occupées par l’Oracle désertes. On laisse tomber la religion, on part dans le nawak total avec Néo, qui dans une scène assez vénère niveau violence, fait preuve d’un don de double vue certes inattendue, mais en totale rupture de ton avec ce qui avait été présenté jusqu’à maintenant. Résultat : il se retrouve capable de bousiller les machines à distances. Et plutôt que de rappliquer dare dare à Zion pour soutenir les défenses (250000 pauvres machines… L’affaire d’une demi-heure, même pas…), il va aller bousiller des défenses infiniment plus balèze dans le but d’aller marchander avec les machines (on croit rêver, les humains étant de se faire littéralement torcher par les pieuvres). Et là, a lieu le sacrifice le plus bancal et le plus crétin que j’ai jamais vu. Si c’est pour crever, pourquoi se battre pendant une demi-heure avec Smith ? C’est juste pour dépenser du budget effet spécial. Et on a droit à la séquence numérique la plus hideuse de toute la série : le poing de Néo numérique dans la gueule numérique de Smith. J’étais littéralement mort de rire devant cette séquence naveteuse au possible, tentant de faire passer de la hargne dans une séquence déjà foireuse techniquement. Dans une mécanique foireuse au possible, Zion est sauvée, la matrice se réinitialise, et c’est reparti pour un tour.

Passons maintenant à la défense héroïque de Zion, qui consiste en gros à ouvrir le feu sur les machines. On a droit ici aux pires clichés du film de guerre : les guerriers qui combattent et qui arrivent au bout de leurs munitions, le ravitaillement qui peine à délivrer sa cargaison mortelle… Bref, un soucis de réalisme bienvenu. Mais ça serait mieux si c’était moins tape-à-l’œil. Ainsi, un général complètement épluché par un bon millier de machines trouve encore la force de déblatérer des paroles patriotiques sans être américaines, un jeunot d’abord chiant devient le nouveau héros libérateur de Zion sans avoir la moindre idée de comment fonctionnent les armures robotisées… Une pléiade d’incohérences ou de maladresses qui entâchent sérieusement ce spectacle qui vaut d’ailleurs surtout pour ses effets spéciaux numériques, à savoir de gigantesques vers formés de milliers de machines détruisant tout sur leur route. Transformers n’était pas sorti, mais ça se la pétait déjà d’une façon assez similaire d’un point de vue CGI 100% ludiques. Bref, à force d’être prétentieux sur les enjeux, on finit par exclure totalement le spectateur de l’affaire, qui risque de s’ennuyer si il ne se sent pas concerné par la survie des différents protagonistes. On ruine du même coup le choix qu’avait fait Néo dans le second opus de la pire des façons, ce qui renforce encore plus notre sentiment d’assister à une conclusion bâclée qui essaye de compenser sa vacuité scénaristique par du spectaculaire gargantuesque.  Clairement l’épisode le plus faible de la série.

 

2/6

 

de Andy Wachowski, Larry Wachowski
avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne

 

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"Merde, encore raté à cause de leurs ralentis !"

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 06:58

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Madame Bovary, de Gustave Flaubert, est un des rares romans (avec ceux de Stendhal, qui donneront le sympathique film éponyme d’Argento) à avoir donné naissance à un terme médical pour un syndrome psychologique : le bovarysme. C’est un état d’esprit où la personne ne trouve jamais la satisfaction dans sa situation actuelle, sans savoir vraiment comment la changer, et qui s’enferme dans une rêverie perpétuelle pour oublier ce quotidien frustrant. Madame Bovary, c’est aussi une adaptation de Claude Chabrol, et elle est assez costaude.

L’histoire : Charles Bovary est un jeune médecin, qui tombe amoureux d’une jeune femme de la campagne : Emma. Mais après leur mariage, Emma s’ennuie très vite chez elle, et commence à rechercher des amants…

 

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Dans le cadre de la reconstitution, on remarque que tout est fait dans les règles de l’art, les français sachant très bien s’y prendre quand il s’agit de reconstituer une époque. Classicisme de la mise en scène, costumes soignés, acteurs interprétant finement leur rôle (avec une Isabelle Huppert diablement séduisante en femme tragique du film). Par rapport au livre, c’est très fidèlement adapté, il n’y a aucun reproche à faire sur ce point, le livre analysant déjà parfaitement les comportements de ses protagonistes. Madame Bovary est l’exemple type du syndrome auquel elle a donné son nom. D’abord enthousiaste, elle commence déjà à afficher des signes de lassitude le jour même de ses noces, et très rapidement, elle se fait chier comme un rat mort dans sa villa de campagne où son mari la laisse seule pendant toutes ses journées. Elle tente d’abord de prendre sur elle et d’avoir une vie tranquille, mais son ennui reviendra trop souvent à la charge. Les enfants ne seront pas non plus la solution à son problème, celle ci s’en désintéressant complètement une fois leur naissance passée (il faut la voir pousser sa gamine qui va se cogner contre la table pour comprendre à quel point elle s’en moque, de ses marmots). Elle se tourne dès lors vers le shopping, où elle achète frivolement d’extravagantes tenues pour des sommes mirobolantes auxquelles elle ne prête aucune attention (étant convaincue que les compétences médicales de son mari la mettront toujours à l’abri du besoin). Le déménagement en ville n’apporte pas le réconfort très longtemps, et c’est dans les bras de divers amants qu’Emma tentera de combler son morne quotidien. Qui ne satisfait toujours pas ses désirs, ce qui l’oblige à fantasmer, à se créer une vie parfaite (et utopique d’ennui). Dès lors, elle ne supportera pas son retour à la réalité (les abandons de ses amants, les monstrueuses dettes), et elle tentera de se suicider pour ne plus avoir à supporter cette vie ennuyeuse. Le ton de l’histoire est réaliste, tout au long du film. Avalant de l’arsenic, Emma Bovary mettra trois jour à agoniser, et mourra de la manière la plus minable qui soit, étant obligée de faire face à tous ses proches avant de rendre l’âme. Pathétique.

Cette histoire n’est pas un secret (ceux qui ne l’ont pas lu se verront corrigés d’une volée de bois vert !), mais c’est la transposition au cinéma qui compte. Et celle-ci reste assez assez classique, en prenant soin d’épouser régulièrement le point de vue de son héroïne (beaucoup de plans stables lors de ses rêveries, des cadrages plus dynamiques pour suggérer le vertige des retours à la réalité, et sur le plan des dialogues, un humour caustique qui tape régulièrement sur le quotidien pour souligner d’autant plus le détachement progressif d’Emma avec la réalité. Charles Bovary, campé par un Jean François Balmer juste impeccable, est lui aussi très amusant, puisqu’il est l’archétype du mari toujours ravi (il faut le voir après sa nuit de noces), qui va toujours être d’une platitude affligeante et d’une totale incompréhension de la médecine (c’est un bachoteur qui ne fait qu’appliquer ce qu’il a lu, aussi, sa carrière sera remise en question par une intervention chirurgicale innovante qui se conclura de la pire des façons).

Une adaptation soignée, classieuse et réaliste, qui magnifiera Emma Bovary avant de la briser de la plus humiliante des façons, concluant parfaitement sur l’œuvre, sur cette vie gâchée, bercée d’illusions et pas comblée de la manière attendue. Un très beau film, bien interprété, qui nous montre que les Français savent encore bien adapter leurs œuvres au cinéma.

 

5/6

 

de Claude Chabrol
avec Isabelle Huppert, Jean-François Balmer 

 

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 06:46

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Comment peut-on caractériser un film bancal ? C’est un film, selon moi, qui croit en son propos, en ses idées, mais qui choisit de les exposer sous un angle strictement personnel (souvent le point de vue des personnages principaux), ce qui pose des problèmes d’ambigüité, de parti pris et au final de pertinence. Un film qui a des tripes, mais qui va te parler en argot. Et ça, ça passe ou ça casse. Moi, ce genre de film, ça me parle, car c’est plus attachant de voir un film sincère qui veut se rapprocher de toi qu’un chef d’œuvre qui va te prendre de haut et que tu vas te sentir obligé d’aimer. Et Princesse, ça sort tout droit de ces étables, c’est allemand, et ça écaille sévèrement la peinture.

L’histoire : Princesse, une actrice de porno hard, vient de mourir de sa vie d’excès. Sa fille, Mia, est recueillie par Auguste, le frère de Princesse, qui est prêtre. Il constate les ravages du milieu et les répercussions que celui-ci a eu sur le comportement de Mia, et décide de venger sa sœur contre cette industrie qui l’a corrompue…

 

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Et bam, prend toi ça dans la face, spectateur ! D’emblée, on nous assène des chocs psychologiques intenses (la découverte du métier de Princesse par son frère : une partouze alors qu’elle est enceinte) et une hargne de ton d’histoire qui agresse autant que la laideur de l’image. Car ce film est laid. Si le dessin est au bas mot dégueulasse, l’animation est au moins aussi immonde, la faute à un budget de misère, personne n’ayant cru en ce film (à part un ou deux producteurs, bravo les gars !). Par delà cette facture technique pauvrette, on plonge dans un univers quotidien normal (moins malsain que ce qu’on imaginait), mais c’est clairement la petite Mia qui nous mettra mal-à-l’aise, la petite ayant grandi aux côtés de sa mère pendant ses jeunes années. On est d’abord comme Auguste, ne sachant pas quel angle emprunter pour prendre contact avec la petite. Mais on sait déjà que ça ne va pas être facile (la scène du coucher, où on aperçoit les multiples ecchymoses qui parsèment son corps). C’est par la suite qu’on s’apercevra des dégâts que la fillette a subie, tant physiquement (le carnet de santé monstrueusement illustré) que mentalement (elle adopte régulièrement un comportement sexuellement explicite avec les personnes qu’elle croise). On suivra parallèlement la genèse de Princesse, et des évènements qui la pousseront à entamer sa carrière d’actrice pornographique (encore un parti pris bancal : ces origines sont tournées avec un caméscope amateur). Tout ça, c’est bien cru, et on a même l’intrusion du mauvais goût le plus abject (la tombe de Princesse) en plein milieu du film. Je n’avais pas vu ça depuis Caligula ! Très vite, les nerfs d’Auguste cèdent peu à peu, et il vient le temps de rendre la monnaie de sa pièce à Charlie, le directeur de la société Paradise lost éditant les films de Princesse.

Première partie frustrante, deuxième partie totalement jubilatoire, où on va faire payer chèrement l’industrie pornographique corrompant nos mœurs, en hectolitres de sang. C’est surtout cette partie qui devient bancale. Déjà qu’on se demandait vraiment pourquoi Auguste avait choisi la prêtrise comme choix de vie (c’est un putain d’engagement moral, ça, et on avait presque l’impression qu’il avait choisi ça par dépit), on ne cherche même pas à comprendre comment il se procure des explosifs. Le film laisse parler ses tripes, et nous, on assiste à une vengeance vénère, que le film soutient à 100% (aucune distance n’est prise, le film est clairement d’accord quand Mia explose les couilles d’un producteur au pied de biche). C’est moralement révoltant, mais purement libérateur quand on voit toute une rue de sex shop exploser sur « No regrets ». La société en elle-même, en la personne des policiers, se place du côté d’Auguste en condamnant moralement les activités des « victimes » de ces actes de terrorisme. Dès lors, le film peut s’achever de toutes les façons, et choisit l’angle de la tragédie. Dans un final aussi bancal que déchirant, le film se conclut sur un dernier plan filmé, qui montre enfin le visage de Charlie pour quelques secondes, et qui touchent par leur humanité inattendue (on l’avait tellement diabolisé depuis le début du film que la montagne de préjugés accumulés ne nous avait pas préparé à ça). De ce film, on retiendra aussi une sincère envie de poésie, ponctuant régulièrement son récit de digressions oniriques, de métaphores libératrices et d’envies de voir quand même de la beauté dans cet univers corrompu (la pornographie étalée chez les marchands de journeaux).

En bref, Princesse est un film qui ne prend aucune distance avec son sujet, qui l’empoigne à bras le corps et qui le fait danser à sa manière, et si ça ne vous plait pas, il vous marchera sur les pieds sans la moindre gêne. Normal que ça soit un échec commercial, mais malgré son propos puritain totalement contradictoire avec la violence qu’il développe, je l’aime, car ce héros est indéniablement l’Homme dans ce qu’il a de plus bancal et de plus attachant. Un bel étron cinématographique auquel je donne fièrement :

 

5/6

 

de Anders Morgenthaler, Anders Morgenthaler
avec Thure Lindhardt, Stine Fischer Christensen

 

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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