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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 18:46
The people that time forgot

L’aventure est morte aujourd’hui. Tout n’est que protocole, récupération d’échantillons, progression minutieusement calculée et non interaction avec l’espace exploré. Une expédition scientifique comporte davantage d’informaticiens que d’aventuriers ou de guides, ce qui entraîne des bourdes monumentales qui coûtent bien souvent la vie à tout le monde (regardez Prometheus, pas d’aventuriers et c’est l’hécatombe). Car on ne remplace pas l’instinct de tripes forgées par le danger et l’assurance d’un fusil chargé à la chevrotine. Avec les aventuriers, zéro perte, et assez de trophées pour ouvrir un musée des espèces en voie d’extinction !

L’histoire : Une expédition scientifique est lancée pour explorer un territoire polaire au-delà de chaînes de montagnes que l’homme n’a jamais pu franchir. Malheureusement, une fois l’obstacle passé, un ptérodactyle tatillon endommage l’appareil, contraignant notre équipe à se poser en catastrophe pour réparer l’appareil.

Encore une espèce qui aurait dû disparaîtreEncore une espèce qui aurait dû disparaître

Encore une espèce qui aurait dû disparaître

Ah, mais que c’est bon, les films de ce calibre ! Avec People that time forgot, on tient là une expédition débridée qui avance toujours dès qu’elle voit un élément nouveau (au diable les données scientifiques, on prend quelques photos et dans le doute on tire les premiers) et qui ne recule pas devant la castagne ou le danger. Le Réalisateur Kevin Connor l’a bien compris, pour rendre son public heureux, il faut lui en donner à voir toujours plus, et surtout ne pas lésiner sur la générosité. Résultat, dès les 15 premières minutes, l’attaque de ptérodactyle nous met dans le bain, et la riposte à coups de mitrailleuse nous épate. Nos scientifiques ne sont pas des branquignoles et gare à vos dents, saloperies de dinosaures ! Inutile de préciser que les retournements de situation et coups de théâtre pleuvent, et qu’ils parviennent à surprendre tellement ils sont inattendus. Chaque nouveau dinosaure (plus ou moins réussis selon les séquences (la meilleure est sans doute cette du ptérodactyle)) ajoute sa petite pierre à l’édifice, et la découverte de peuples sauvages oubliés (ceux promis par le titre de l’affiche) en la personne d’une sauvageonne très avenante au maquillage impeccable nous donne des promesses d’aventures humaines telles qu’on en espérait plus. Mais bien vite, d’autres oubliés se manifestent, entre autre un peuple semblant d’origine chinoise ou japonaise (asiatique, tout du moins) capturant nos vaillants héros pour les sacrifier à une divinité impie, matérialisée par le volcan en activité risquant à tout moment d’exploser pour ravager la région. Inutile de dire qu’on a largement notre quota d’aventure, entre nos explorateurs combattant dans des chorégraphies lentement maladroites, l’équipage du navire qui craint l’éruption volcanique et le pilote de l’hydravion, resté près de son appareil pour effectuer de menues réparations et tenant à distance la faune par de fréquentes rafales de fusil (il décime les espèces bien avant le volcan). Et que dire de cette sauvageonne qui s’attache à nos compagnons, et qui goûte à la civilisation, la vraie, c'est-à-dire le whiskey anglais vieilli en fût de chêne. Entre ça et la pisse de dinosaure, tu as vite choisi, ma fille… Et c’est sur ces bonnes paroles que s’achète un film totalement dépourvu d’enjeux sociaux, mais chargé de rebondissements ponctuels et d’effets spéciaux kitschs qui raviront les amateurs d’aventure à l’ancienne. Toutefois, nulle édition dvd française ne semble le distribuer, ce qui implique un visionnage en version originale de cette perle rare.

1977
de Kevin Connor
avec John Hallam, Patrick Wayne

4,5/6

Une indigène farouche...

Une indigène farouche...

What the fuck ?

What the fuck ?

Tout se termine avec un bon cognac. C'est beau, la civilisation !

Tout se termine avec un bon cognac. C'est beau, la civilisation !

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 19:39
Jacky au royaume des filles

Avec Jacky au royaume des femmes, on arrive dans une catégorie de film politique qui me fait directement sortir des tranchées pour livrer bataille. Dès la bande annonce, on savait que le sujet du film allait être officiellement le genre, dans une espèce de postulat absurde qui inverserait la place des hommes et des femmes en rajoutant une dimension totalitaire histoire de bien parodier la domination masculine. Direct le genre de postulat qui donne l’impression que les concepteurs du film se sont coupés les couilles pour les offrir sur un plateau au féminisme bienpensant globalisé (et maintenant incarné par le ministère des femmes).

L’histoire : Jacky est un jeune garçon sans cesse courtisé par les filles des voisins de son village. Comme tous les autres, il est amoureux de la future générale des armées. Lors d’un bal où tous les garçons à marier sont réunis, Jacky, déguisé en commandante, est remarqué par cette dernière.

Jacky au royaume des filles

Exemple type de la comédie à concept qui foire sur tous les tableaux, sauf esthétique (je reviendrai sur ce point, qui mérite d’être approfondi). Le film s’érigeait comme une démonstration par l’absurde de la domination masculine en ce qu’elle fait subir aux femmes, en inversant les rôles sans inverser les genres. On se retrouve devant un résultat étrange, jamais convaincu, juste curieusement vide. Les hommes portent le voile, ont tous des tics efféminés, à un ou deux près qui déclarent faire de la résistance (alors qu’ils mettent leur queue au service de leurs contacts féminins), pendant que les femmes portent l’habit d’homme et se tiennent droite. Et ? Ben, c’est tout. Il me semble assez évident que le but de la manœuvre était de gêner le public masculin, mais comment voulez vous vous identifier à cela ? Ce film, à l’image de ses noms absurdes (un humour régressif bien mal placé), se déroule dans une autre réalité, et ne traite pas d’égalité entre les sexes. Il n’est qu’une espèce de raillerie effrontée, un délire de féministe un soir de beuverie après le dernier sitting contre le harcèlement sexuel au boulot, qui pensait toucher à un truc en mettant en scène ce contexte, mais qui échoue assez platement à lui donner corps. Une injure au genre masculin, comme le démontre la tenue de la gente masculine, après la dégradation du port du voile, se voit ajouter celle de la laisse. Mais par les temps qui courent, faire preuve d’orgueil et de fierté masculine serait mal placé, autant courber l’échine et ensencer le produit, car c’est un film qui ne vise rien, qui ne dénonce rien, qui est tellement déconnecté de la réalité qu’il en perd une des règles les plus élémentaires pour un film polémique : rester cohérent. La comédie annihile tout effort sérieux (on a quand même une théorie (absurde) de la féminisation des hommes via l’alimentation, grosse angoisse complètement caricaturée) et tous les gags sont des flops à la chaine (élection du grand couillon, répétition de syllabes en mode « on va rater le bubus », pitié, suicidez-vous !). Quand une bonne partie de l’humour consiste à ressortir d’énormes clichés en inversant les rôles masculin/féminin, on ne crée pas une mise en abîme et de la profondeur, on met en scène un truc ridicule et en dehors de la réalité qui n’a aucune logique si on ne développe pas les sentiments et la psychologie autour. Autant dire que le film reste extrêmement léger à ce stade. Poids culminant, la scène de viol par des soldates est si insignifiante (alors qu’il y avait encore une fois moyen d’aborder des angoisses masculines) qu’elle s’attire un peu plus mon antipathie. Les seuls moments où Jacky au royaume des filles est bon, c’est quand il ne l’a pas fait exprès, ou plutôt quand il ferme sa gueule. Quelques séquences muettes, quelques ralentis, et l’hallucinante séquence du bal avec les hommes faisant tournoyer leur laisse, sont des moments où le temps se suspend, où le climat si bancal du film prend une consistance, à défaut de sens. En cela, et avec la cohérence esthétique très particulière que le film s’impose (dans le dépaysement, c’est comparable au style de Quentin Dupieux), le film arrive à surprendre ponctuellement, quelques minutes. Mais dès qu’il ouvre la bouche ou tente de faire avancer son histoire, tout se casse la gueule et on ne retrouve plus rien de consistant. Qu’on se le dise une fois pour toutes, le féminisme irrationnel se sert à rien, sinon se donner bonne conscience. Militer pour l’égalité des droits et des salaires, c’est une chose, s’attaquer au carguant masculin aussi, mais autant s’y prendre intelligemment, en respectant au moins les 49% du public qui ont pris la peine de se déplacer. Pas de critique particulière à formuler sur les acteurs qui s’acquittent de leur tâche gentiment (seule Charlotte Gainsbourg se démarque, peut être davantage grâce à l’aura qu’elle s’est taillée chez Lars Von Trier). Dans son inversion des genres, le film réussit juste à montrer que les opprimés réclamant leurs droits finissent par ramasser des compensations. Soit effectivement ce qu’il s’est passé/se passe avec les femmes dans le vrai monde. Intérêt ? Foutre les boules au spectateur masculin ? Quitte à analyser au premier degré, on se dira que les femmes sont au même niveau que les autres, et que toute discrimination est intolérable. Que ce soit par brutalité ou par culte de la frustration, les deux sexes ont chacun leurs armes pour faire souffrir l’autre.

2013
de Riad Sattouf
avec Vincent Lacoste, Charlotte Gainsbourg

1/6

Jacky au royaume des filles
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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 11:33
Transformers, la saga
Transformers, la saga
Transformers, la saga
Transformers, la saga

 

 

Une réévaluation est toujours un exercice stimulant, car après des années à avoir lu les mêmes critiques, les mêmes jugements et finalement les mêmes conclusions (pourtant démenties par les chiffres du box office), confronter en toute objectivité sa vision à l’objet réel (la saga Transformers) relève du devoir moral (et masochiste devant la durée en constante surenchère des différents épisodes). Après un premier essai dont je n’avais pas entendu énormément parlé, Transformers 2 implante définitivement le phénomène dans le paysage cinématographique, plantant les polémiques (films de destruction massive, immaturité latente, enjeux régressifs, polissage des insignes de l’armée…) et le style Big Bay. Le 3 en est une petite consécration, ménageant la formule classique pendant une heure et demie avant d’exploser dans une surenchère bien sérieuse qui offre son lot de divertissement. Une saga dont on a sans doute un peu exagéré la réputation naveteuse (par endroits). Puis vient le quatrième qui fait déborder le vase.

 

Transformers : autant affirmer d’emblée qu’on a là le plus sobre opus de la saga, en termes de style (Michael Bay, cet homme de goût…). Le réal est avant tout conscient d’aborder un nouvel univers (à part Terminator, quel divertissement d’action notable avec des robots peut prétendre avoir diverti le grand public ? Virus ?), avec la matière nécessaire pour un gros blockbuster d’action bien épais. C’est l’occasion de créer quelque chose de nouveau, et l’occasion pour Bay de ressortir ses chevaux de bataille comme l’armée ou l’humour régressif (de beaux exemples dans Armageddon). Hélas, il y a dans ce premier opus les faiblesses que nous retrouverons par la suite, en moins grande quantité. On commence par le scénario lacunaire, qui avant de raconter quelque chose, essaye d’assurer tant bien que mal la cohésion de l’ensemble des éléments qui composent le film. Comme la moutarde dans la vinaigrette. Mais ici, il devient vite évident que les vignettes abordées par la narration (l’ado pas très dégourdi campé par Labeouf, les intrigues impliquant les militaires, le piratage de Air Force One…) n’ont en commun qu’une paire de lunettes sur lesquelles seraient inscrites les coordonnées du point d’enterrement de Megatron, qu’on nous vend comme la nouvelle Nemesis humaine. Plutôt mince, comme liant, mais les scènes d’action ont l’avantage, à quelques petits faux raccords près, d’assurer un peu de divertissement ça et là. Transformers premier du nom est peut être un peu moins riche en action que ses successeurs, il n’en reste pas moins le plus foutraque, variant constamment les lieux de tournage pour garder un rythme qui ne doit pas mollir. Si la découverte des robots par notre héros tarde un peu (une heure montre en main), le reste du film les dévoile largement, se préoccupant davantage de l’ampleur des apparitions plutôt que de leur cohérence (des robots qui apparaissent au combat ou en action, sans qu’on sache particulièrement d’où ils proviennent). Restent de nombreux affrontements qui font grincer les rouages, et qui bénéficient d’une petite ampleur quand le montage laisse aux plans le temps de montrer l’action. Reste que cet opus est le plus léger, notamment sur un point qui handicape continuellement Michael : l’humour. Incapable de la moindre finesse (au mieux, réduit au minimum sur The Rock, douloureusement étendu sur Armageddon), il est ici relativement peu envahissant, et finalement, passe avec l’ensemble, sans se révéler particulièrement notable. Le problème essentiel de Transformers reste sa grande limitation en termes d’implication de son public. Impossible de s’identifier (ou alors de loin) aux personnages du film, qu’ils soient sérieux ou non, et donc de rentrer pleinement dans la récré promise. La personnalité des différents robots étant elle aussi manichéenne au possible, l’identification n’y sera pas davantage développée, l’implication restant elle aussi limitée à ce niveau (un comble vu qu’ils sont les principales attractions promises). Mais même en affichant ces évidentes limites, Transformers reste un blockbuster inoffensif, faisant un gentil salut aux Marines et dégainant la marchandise sans se révéler plus malin que ses promesses. Un cru dont on a sans doute exagéré un peu la calamiteuse réputation.

 

2007
de Michael Bay
avec Shia LaBeouf, Megan Fox

2,5/6

 

 

Transformers 2, la revanche du Fallen : Incontestablement le plus exubérant opus de la saga, et malheureusement pour lui, le plus mauvais. Un des plus gros problèmes du film réside dans les arcanes même de son scénario. Transformers 1 a tellement montré de chose que cette suite est en quelque sorte un remake, qui augmente un peu les curseurs d’effets spéciaux pour garantir la surenchère. Las, si les effets sont effectivement plus impressionnants (avec un gros robot final), toutes les véroles qui gangrénaient déjà le premier essai connaissent un développement conséquent, qui ne parvient même plus à cacher la médiocrité intrinsèque de son auteur. On aura beau se répéter que les scénaristes sont en grèves (et ils avaient raison sur le fond, en regardant les films aujourd’hui, on se demande si certains réalisateurs n’oublient pas d’en embaucher sur leurs projets), pas grand-chose à sauver dans cette débâcle où, à la place du  cube, nous avons notre étudiant qui a emmagasiné tout le savoir des autobots, prétexte à une série de gags plus lourdauds les uns que les autres. Si la débilité de certaines situations prête encore à sourire, la plupart se révèlent complètement inefficaces, et l’aplomb avec lequel ils sont enchaînés n’aide pas vraiment à relativiser. Si le premier transformers était loin d’être sérieux, celui-ci le devient (et le troisième le sera encore plus), et tend davantage vers le navet peu sympathique. Malgré quelques petites idées amusantes (le robot ultra fin…), le quota de divertissement peine à rendre l’ensemble digeste (on atteint quand même l’indécente durée de deux heures et demie). Question médiocrité, on s’en prend une belle couche, les parents de Sam sont insupportables à chacune de leurs apparitions, mention spéciale pour l’épisode au pays des fromages qui puent avec des escargots à l’ail qu’on nous crache à la figure. Question enjeux, c’est le savoir des autobots qu’il faut donc préserver tout en recherchant la clé permettant d’activer une grosse machine prévue pour nous pomper le soleil (spoiler, au fait). Et le manque de subtilité notable de l’ensemble (la destruction donne de meilleurs résultats que les fouilles archéologiques ou les tripatouillages de geeks) contribue à la lourdeur du rouleau compresseur Transformers 2. Michael Bay salue davantage l’armée en lui laissant le soin d’abattre le gros monstre et en la filmant rodée comme une horloge, déclenchant un sourire gentiment ironique (qui n’a jamais ressenti l’appel du drapeau ?), mais bon, on reste au dessus de Battle Los Angeles (et ses petits mexicains qui saluent le drapeau avec la casquette du major sur trompettes triomphantes). Reste donc une grosse machine, qui répète le précédent succès en augmentant un peu la cadence et le quota de bruit. Pour le reste, une bonne tranche de bay.

 

2009
de Michael Bay
avec Shia LaBeouf, Megan Fox

1/6

 

 

Transformers 3, la face cachée de la lune : les anachronismes historiques, ça fait fureur dans le domaine des gros budgets. Depuis Watchmen, quelques travaux notables ont tenté d’utiliser la formule, à commencer par X men first class. Ce genre de détail, ça paye (et en mettant Tchernobyl sur le dos des russes, tout le monde est content). Nous commençons donc avec un flash back pyrotechnique impressionnant qui pose les bases de ce nouvel opus, qu’on nous annonce comme le poids lourd de la saga. Et dans la logique d’un Transformers, le bilan est plutôt atteint. Si la vulgarité de Bay s’étale complaisamment pendant une heure et demie, en se focalisant sur des enjeux ineptes (Shia va-t-il réussir à distribuer le courrier en échappant au chinois gay friendly de son étage ? Sa petite copine va-t-elle céder aux avances fallacieuses de son patron ?), les quelques petites séquences d’action préliminaires qui ponctuent le récit conserve une bribe d’attention du spectateur, puisque les grosses scènes d’explosions sont la magie de la saga. Toutefois, si on peut reconnaitre que ce film n’est pas un remake de son prédécesseur, les enjeux humains restent au plancher des vaches, sans surprise mais hélas aussi sans amusement de notre part. Il faut attendre pour que le spectacle décolle une heure et demie et de longues discussions nous annonçant déjà qui sera gentil ou méchant, une sympathique scène d’action du l’autoroute et quelques rebondissements (dont quand même un gros un peu voyant) avant de lancer le corps complet de l’intrigue. A partir de là, le budget explose et Bay fait enfin ce qu’il sait faire, avec un budget qui lui permet des excentricités aussi marrantes que la séquence du building et le largage des soldats en parachutes (défiant les lois de la gravité, ils remontent régulièrement de plusieurs centaines de mètres entre les prises). On peut toutefois relever une meilleure caractérisation des robots (on les voit un peu plus) ainsi qu’une lisibilité plaisante dans l’action. Et une fois la menace balayée, on peut enfin jouer au jeu d’où est planqué le drapeau américain du dernier plan, qui malgré les éclats d’obus flotte toujours au vent. Etrange, cette suite n’a pas grand-chose dans le ventre pour permettre une analyse, mais se révèle plutôt riche en séquences d’action, autorisant un visionnage en mode ludique-paquet de chips. Du consommable pas vraiment croustillant mais qui tient le cahier des charges.

 

2011
de Michael Bay
avec Shia LaBeouf, Rosie Huntington-Whiteley

2,5/6

 

 

Transformers 4, l’âge de l’extinction : Oui, je suis bien allé le voir en avant première avec des amis, et pour tout dire, je pensais qu’il ferait salle comble, ce qui n’était pas le cas. A nouvelle trilogie, nouveaux protagonistes humains, nouveaux designs des robots (mais toujours des chevrolets pour Bumble Bee), nouveaux robots, et nouvelles catégories de transformers plus gros, plus balèzes, et qui peuvent même se changer en dinosaures. Si avec ça, les gamins ne font pas de caprices pour tous en avoir un d’ici la rentrée… J’avais un peu oublié quel effet ça faisait de voir un film de Michael Bay (c’était la première fois que j’en voyais un au cinéma), la réponse est comparable à une glace de 5 kilos parfum vanille noix de pécan-spéculos-nutella-caramel beurre salé. C’est too much du début à la fin, comme si c’était un gosse qui ne savait jamais où s’arrêter qui avait écrit le script. Aucun des problèmes inhérent au rythme de la saga ne nous est épargné (on sent toujours passer les deux heures et demie parce que les enjeux sont abominablement mal définis, qu’il n’y a aucun sens du climax et du dosage, qu’on a à chaque moment l’impression d’assister à la fin du film alors qu’il ne s’agit que d’un rebondissement supplémentaire). Contrairement au troisième épisode qui était bâti de façon à conserver un maximum d’action pour la dernière heure (qui offrait, disons le, de belles séquences), celui-ci enchaîne les révélations à vitesse grand V, ainsi que les séquences d’action toujours filmées en mode Michael Bay (c’était beaucoup trop espérer qu’il s’améliore après No Pain no gain). Ici l’intrigue tourne autour d’une famille avec un ingénieur texan sans doctorat (parce qu’il ne travaille pas dans un laboratoire blanc high tech) et de sa fille, une bombasse étudiante qui s’entiche d’un pilote de rallye irlandais (qui est réglo, il a signé avec Red Bull). Des personnages stéréotypés au possible néanmoins un peu moins agaçants que les cabotinages de Witwiki et de ses parents (dans un éclair de lucidité, Bay tuera le personnage secondaire relou qui polluait son introduction seulement une trentaine de minutes après le début du film). Comme nous l’annonçait le trailer, l’ingénieur réveille Optimus Prime, et se met à dos la CIA qui collabore avec d’étranges transformers chasseurs de prime, qui prétendent conserver l’équilibre dans l’univers (c’est amusant, c’est typique le genre de rôle donné aux blacks dans les grosses productions, et ce robot est noir en ayant la voix de… Denzel Washington). L’intrigue se lance, les derniers autobots se regroupent, lancent quelques vannes (« oh mon gros cul est coincé ! ») et se mettent à chercher pourquoi on en est là. On découvre alors que la CIA utilise des drônes qui volent avec une hélice en axe vertical (autant essayer de faire voler un sèche cheveux), que les grosses industries produisent des transformers indestructibles sur la base des connaissance de Mégatron, et que tout ce petit monde ne se doute pas de ce qui l’attends. On avait commencé par l’extermination des dinosaures via les créateurs, inutile de faire les étonnés ! Bref, je passe sur les rebondissements, ils sont aussi inconséquents qu’exaspérants à énumérer. Au moins 5 ou 6 enjeux principaux, des tas de robots secondaires à se rappeler, une délocalisation en chine… De ce beau bordel, on retiendra deux choses : le seul passage sympathique du film pendant lequel nos héros déambulent dans le vaisseau de Mister Black, joli décors enfumé et seul climax que je trouve digne d’intérêt. On retiendra aussi la dantesque scène d’action asiatique (celle où on voyait voler un bateau dans le trailer) pendant laquelle le vaisseau méchant terraforme… pardon, utilise un gros aimant qui fait monter et descendre les trucs en métal pour casser les couilles aux autobots. Rien à voir avec Man of steel, c’est une coïncidence. Bref, alors que les nouveaux décepticons sont indestructibles, ils se font battre, le nouveau Megatron alias Gigatron fait de la figuration, et la conclusion dure 4 minutes montre en main. Bref, même si y a eu quelques explosions et pas mal de morts un peu partout, cet opus est moins impressionnant que son prédécesseur, et c’est pas parce qu’il y a des dinosaures robots qu’on va être plus clément.

 

2014
de Michael Bay
avec Mark Wahlberg, Stanley Tucci

1,5/6

Gné hé hé

Gné hé hé

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 12:17

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Je n’aurais pas misé un euro sur Transcendance, petit projet de SF qu’on nous vend curieusement depuis deux mois avec une bande annonce catastrophique (tous les temps forts y passent), sur le seul argument de la présence de Johnny Depp (alors qu’une brouette de seconds rôles conséquente est à disposition (Morgan Freeman, Cillian Murphy, Rebecca Hall…). Je pense que ce marketing aléatoire montre combien les distributeurs ne savaient pas comment vendre le film, qu’ils ont alors été tenté de résumer quasi intégralement dans leur bande annonce. En résulte un film sans surprise et plat, malgré ses thèmes et son ampleur.

L’histoire : Will Caster, brillant scientifique, s’apprête à lancer avec son laboratoire la plus puissante intelligence artificielle jamais créée. Hélas, des anonymous vicieux tentent de le tuer et empoisonnent son sens (parce qu’ils sont fourbes en plus). Sentant la fin venir, Will, avec l’aide de sa femme et d’un ami proche, tente de transférer son esprit dans le système informatique de son laboratoire.

 

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C’est rageant de se dire qu’on est parfois devin sur la qualité des films avant de les voir, mais devant une telle montagne d’idées intéressantes adaptées sans la moindre subtilité, on est tout simplement en pilotage automatique. Je défie le moindre spectateur de donner un évènement surprenant ou inattendu en 1h50. A moins de ne pas avoir vu la bande annonce. Mais même dans ce cas, le spectateur ne verra que la performance à peine correcte de Johnny Depp. Tout le reste se tient bien cantonné dans le fond, ne faisant jamais le moindre effort d’implication au-delà de la figuration (je ne respecte plus Morgan Freeman depuis bien longtemps, ce film me montre combien j’ai raison). Dans ses thématiques, le film parle d’esprit humain libéré et amplifié par la machines, qui se met à élaborer des technologies ultra avancées montrant à la fois des bons côtés et des mauvais (comme toutes les technologies). Et là, on sent que le script veut insister sur le mauvais à des fins de suspense pour faire peur, mais jamais l’angoisse ne viendra un instant effleurer le spectateur. Tout juste entendra-t-il une accélération de la musique et quelques mouvements de caméra agressifs, mais le film n’ira jamais beaucoup plus loin. Enfin, il convient de parler comme il se doit des résistants présents dans ce film : les Unplug (que je préfère renommer Anonymous). Utilisant des méthodes de guérilla terroriste, militant contre les ordinateurs sophistiqués en usant des Asus dernier cri et prônant la limitation technologique à force d’assassinat parce que Skynet, ils sont aussi charismatiques que les écologistes arracheurs d’OGM qui te chient sur des années de travail scientifique parce que. Leur chef est une gothique mal maquillée tout à fait à l’image qu’on se fait des geeks de sexe féminin, et jamais on ne sera surpris de les percevoir comme des méchants puis en fait oh, ils ont pressenti le potentiel dangereux de l’affaire (mais bon, ils ont tort quand même). Tout ce gloubi boulga pour culminer dans une révélation finale qui avait de l’idée, mais qui se révèle tellement utopique qu’elle déclenche plus un rire forcé qu’autre chose. Je viens de mentionner les écolos anti OGM, le final vire pourtant sur une écologie technologique complètement irréalisable, mais mignonne. Pour prétendre faire de la SF, un minimum de cohérence ne ferait pas de mal. Parce que ça arrive de façon gratuite, comme si en fait, fallait montrer que les Anonymous ont tort (même si ils sont contre la création de zombies télécommandés), donc tant qu’à faire, Johnny Depp sauve le monde à défaut de le faire sauter. Réglage de tous les problèmes en 2 jours grâce aux nano-technologies. CQFD. Et les bouleversements des équilibres naturels suite à d’aussi radicaux changements ? Va te faire foutre, tu te prends trop la tête. Transcendance, ou l’art de faire simple en ayant l’air compliqué.

 

1,5/6


2014
de Wally Pfister
avec Johnny Depp, Rebecca Hall

 

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Neeeeeeeeerd !

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 11:55

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Georges Bataille est l’auteur de philo underground le plus cité par les artistes du milieu (toute discipline confondue, en littérature, cinéma, art performance…). Si tu n’as pas lu Georges Bataille, tu as la peste intellectuelle mainstream conformiste, et une bonne partie du genre ne t’est pas accessible, pauvre consumériste enclavé par les ornières que t’a posé la Société et l’Education. Je parodie avec cynisme, mais le consensus anticonformiste est là. Et il convient d’ajouter qu’il s’agit d’un des auteurs dont les adaptations sont difficiles, voire impossibles (essayez d’adapter un bouquin de philo, sans faire un cours). Mais certains s’y attaquent avec plus ou moins de talent. Me concernant, je me réfère à la performance de l’artiste Ron Athey, qui s’était peigné jusqu’au sang devant deux miroirs avant de se fister, dans une évocation aux écrits de Bataille dont je n’ai toujours pas saisi le contenu. Aujourd’hui, nous verrons deux adaptations ciné.

 

 

Story of the eye : Pour juger de la pertinence de l’adaptation, j’ai survolé rapidement le livre en question (une soixantaine de pages), qui me semble être un petit roman axé sur le voyeurisme et sur les connotations sexuelles qu’il implique, en faisant le parti pris de raconter l’histoire à la première personne histoire de mieux immerger le spectateur et lui faire partager les expériences/impressions de son personnage. J’en viens maintenant au film. Concrètement, que recèle-t-il ? Une introduction vantant les qualités de Georges Bataille pendant une scène d’accouchement sans rapport (enfin si, évidemment, puisqu'il s'agit ici d'accoucher d'une oeuvre), un spectacle des folies bergères, un porno gay de 20 minutes, un porno lesbien de 15 minutes, quelques scènes d’actrices déambulant dans un décor décrépis, un plan à 3 de 10 minutes, puis 10 minutes d’écrans noirs avec de la musique et des bruits. Analysons cela maintenant. Sans doute que le décalage entre le discours nonsensique sur George Bataille et l’accouchement filmé est la mise au monde d’une adaptation fidèle à l’esprit d’origine. Que la mise en scène de fantasmes sexuels homo est une mise en abîme de nos propres désirs refoulés, dont l’aspect onirique serait suggéré par les éclairages fantasmagoriques dignes d’un Dario Argento… Que le discours sur le voyeurisme est meilleur si il n’est pas analysé développé, mais simplement mis en scène comme un porno classique. Et même que l’absence d’image pendant la fin du film serait une destruction de l’œil, et que l’absence d’image viserait à nous faire ressentir la frustration d’être privé de ce sens si capital pour le plaisir du voyeurisme. En l’occurrence, la frustration, c’est surtout d’avoir regardé cette connerie jusqu’au bout. Sincèrement, rarement j’aurai vu un porno gay aussi mal camouflé derrière une étiquette pseudo intellectualisante (même Bruce Labruce fait mieux). Si techniquement, le résultat n’est pas dégueulasse et se révèle plutôt esthétique (comme bon nombre de porno disposant d’un minimum de moyens), le vide total de contenu se ressent à chaque minute. On espère que le spectateur s’attendait au moins à un porno, car en demander plus serait s’exposer à une cruelle déception. Ce n’est pas nouveau, cet usage de la pornographie, elle fait partie intégrante des thématiques de Georges Bataille (le second film traite d’ailleurs exclusivement de ce thème). Mais oser la filmer aussi platement en prétendant adapter un essai philosophique, c’est démontrer qu’on a une couille dans le cerveau, ou qu’on considère les amateurs d’undergrounds comme des bonimenteurs libidineux, qui ne peuvent assumer la médiocrité de leurs fantasmes sans une dose de crème intellectualisante. Tu la sens, mon épaisse semence artistique que je te gicle au visage ? Clairement, à moins d’avoir envie d’un porno homo, on peut clairement passer son chemin.

 

0,7/6


2004

de Andrew Repasky McElhinney

avec Melissa Elizabeth Forgione, Querelle Haynes, Kevin Mitchell Martin

 

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Théorie de la religion : Voilà un essai plus consistant qui a le mérite d’avoir au moins un concept. En s’ouvrant sur des images de pornographie devant laquelle un acteur musculeux se masturbe, le film enchaine sur les sévices ininterrompus subis par une poupée dans un sous sol, jusqu’à ce que l’homme s’effondre, épuisé, repu au milieu du chaos de sa cave. Eclairages à la guirlande formant une voûte étoilée, capharnaüm indescriptible encombrant la pièce, l’homme foule au pied ce qu’il possède pour satisfaire ses pulsions, à savoir profiter au maximum de la poupée. Le concept est simple. Le film n’est rien d’autre qu’une extrapolation radicale du concept de pornographie. Au lieu de prendre une actrice, la condition de l’objet soumis au désir est réduite au stade de la chose, avec cette poupée inanimée, conciliante malgré elle. Les préliminaires, puis la consommation, et enfin la dégradation par le démembrement et les attaques répétitives et variées de l’homme, qui emploie tous les outils de son kit de bricolage pour refaire la gueule à cette poupée. Intellectuellement, on peut comprendre la démarche. Mais impossible d’adhérer au film sur sa forme. Pourtant réduit au format d’une heure huit minutes (franchement, vu le nombre d’accélérés, le réal aurait pu faire durer beaucoup plus longtemps), le film apparaît tout simplement interminable. Les premiers gros plans de l’introduction, tout sauf maîtrisés, cèdent à des plans séquences en camescope tournant dans un décor vide, où l’absence de partis pris artistiques un peu évolués ou même de style tentent d’être maquillés en « dépouillement ». C’est laid, dégueulasse, indigne d’un film amateur, et ces tares visuelles sont sensées être un style underground… Sans doute pour coller à l’esthétique dégueu des pornos tournés à la va vite. Mais quand on torche autant ses partis pris esthétique sur la longueur totale du film, on se sent vite irrité par la suffisance méprisable de ce laissé aller. Ce n’est pas en filmant le vide qu’on peut prétendre faire une ambiance. Ni justifier une aussi indécente prolongation d’une idée facilement résumable en 5 minutes. Je comprends la démarche de pousser les rapports de force dominant pervers/chose soumise, mais si aucun élément ne vient justifier la durée d’une heure, je pense qu’on peut dire qu’on se prend un peu trop le chou dans les cercles de lecture de Bataille. Surtout que ce film a la réputation d’être une de ses meilleures adaptations. En l’état, le réalisateur est déjà conscient de la logique de sa démarche, et sa mention de l’organisation du tournage comme d’un jeu malsain (son acteur qui se défoule, se branle et démembre une poupée) ajoute une certaine honnêteté aux ambitions de base. Il n’empêche que le résultat n’a rien de sympathique, et qu’il est désagréable dans le mauvais sens du terme. Seul l’intelligence de son auteur et ses partis pris visibles (facilement accessibles au spectateur) empêchent de le traiter avec autant de facilité que son prédécesseur. Reste que ce bon vieux Georges Bataille doit bien se retourner dans sa tombe avec tous ces jeunots qui tentent d’intellectualiser leurs pulsions avec ses écrits.

 

 

1,2/6

 

2010

de Frederick Maheux

 

 

Avec ce lien, une critique partisante du film, bien rédigée et assez bien développée

 

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 11:31

Her

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Her est le pilier SF de l’année, ayant réussi à trouver un concept futuriste aussi crédible que révélateur des chimères humaines. Les sentiments, les attentes, les espoirs de chacun restent les principales causes de dépressions et de mal-être dans une société toujours plus ergonomique, où le confort et l’individualisme sont érigés comme le bonheur accessible à tous. Et dans ce climat morose arrive la dernière invention à la pointe, OS-1, promettant de réaliser votre souhait le plus intime : être enfin compris totalement par quelqu’un.

L’histoire : Theodore est employé dans une entreprise de rédaction de lettres personnelles. Employé sans histoires, sortant d’une rupture, il décide de s’acheter le dernier gadget à la mode, un ordinateur OS-1 doté d’une intelligence artificielle susceptible d’évoluer en étant programmée pour comprendre son acquéreur.

 

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On saisit dès son introduction le climat étrange qui va se développer dans Her. Nous sommes dans un futur moderne, où peu de choses ont changé sinon la tendance new age de la décoration et les technologies de communications toujours plus pratiques. Théodore écrit des lettres sur commande, mettant ses sentiments au service de gens qui n’ont pas le temps, ne veulent pas s’en charger, ou simplement qui ne savent plus comment communiquer avec les êtres qu’on aime. Le constat est morose, mélancolique sans être désespéré, il plante une tendance, qu’il confirme avec le comportement de Théodore. Célibataire, bientôt la quarantaine, gentil, sans histoire, un peu lisse, il vit au rythme langoureux de sa ville, écoute ses chansons mélancoliques dans les transports en commun comme tout le monde, a ses amis réguliers, s’investit dans les jeux électroniques… Le futur de Her présente un individualisme plus affirmé, plus abouti, où chacun développe son petit cocon avec d’autant plus de facilité qu’on lui présente des outils plus adaptés à cet état sécuritaire. Mais dans ces conditions, les relations sociales deviennent plus difficiles, plus risquées… Plus personne ne supporte d’être au dépend de l’autre, de se contraindre sur le long terme. Théodore ressent cela avec les nouveaux contacts qu’il aborde. La scène d’orgasme par téléphone interposé plante immédiatement ce concept de se servir de l’autre pour arriver à ses propres fins, quitte à ignorer totalement ses réactions (c’est d’autant plus facile par téléphone et sous pseudo). Puis arrive le OS-1, enfin une personne toujours en contact, à disposition, un esclave intellectuel moderne, sensé être soumis à la volonté de son acquéreur, tout en conservant une part évolutive pouvant créer la surprise et l’innovation nécessaire à la durabilité d’une relation. On savait que Her allait parler d’une relation amoureuse entre un ordi et son propriétaire. Elle n’aurait pas pu être développée plus finement. Progressivement, démarrant sous l’angle de petits services (l’intelligence artificielle est une aide incroyable au quotidien question organisation), Théodore livre de plus en plus sa perception du monde et des sentiments, laissant l’ordinateur s’adapter à son caractère et le conforter dans ses positions. Le fait de ne pas être jugé, appuyé et épaulé au quotidien, c’est l’essence d’une amitié positive, surtout quand l’échange se fait des deux côtés façon complémentarité. Et avec le simple usage d’une web cam et d’une oreillette, l’OS-1 peut interagir en direct avec le monde extérieur. Jamais irréaliste (seul le concept d’intelligence artificielle désarçonne en montrant un objet prendre des initiatives et des décisions), la relation qui s'établit a une spontanéité et une force qui la font radicalement sortir des rapports policés habituellement entretenus avec le monde quotidien. L'épisode du rencart au restaurant permet de dépeindre une nouvelle facette des rapports humains : l'impatience du rendement sur investissement. Les gens n'ont plus de temps à gaspiller avec des rapports humains annexes, ils veulent un investissement immédiat et fort, pour avoir vraiment la sensation de vivre et d'avoir des rapports enrichissants. Ils sont pressants et ont des attentes, qui posent déjà des conditions dans la relation. L'OS-1, lui, s'en affranchit. Il cherche constamment des solutions en cohérence avec la pensée de son propriétaire, et s'enrichit parallèlement via une connexion internet ininterrompue. C'est d'ailleurs via cette évolution que le film amorce sa chute. Il place la fin des relations amoureuses comme une étape obligatoire, un inévitable évènement, dû à l'évolution de chacun des deux partis. Dans le cadre de l'ordinateur, sa personnalité accélérée et ses capacités électroniques lui permettent d'avoir des centaines de conversations parallèles, et de privilégier ceux qui lui semblent plus intéressants. Une intelligence poussée et non bridée qui tend à s'émanciper et à vivre ses relations librement et sans attache. C'est là que le concept d'amour entre en conflit, car il implique aussi d'être en partie dépendant/soumis.

En posant ces bases, Her façonne un monde et le découvre sous un angle aussi simple que bienvenu. Les évolutions sont possibles en fonction de chaque personnalité, ce qui offre un matériau riche propice à toutes les spéculations (comment évoluerait un ordinateur acheté par un asocial ? Les ordinateurs pourraient-ils développer une conscience commune ?...). En cela, et parce qu'il reste humble vis à vis de ce qu'il expose, Her est le film de SF le plus ambitieux de l'année, trouvant l'intelligence du concept et l'exposant avec une sensibilité vraiment touchante (les sentiments sont captés avec une acuité remarquable (le couple d'amis qui se désagrège peu à peu, le collègue de bureau faisant de discrètes avances, tous cherchent des repères sentimentaux pour s'épanouir...)), suffisamment pour immerger sans peine le spectateur et lui offrir la dose de SF qu'il attendait. En tout point remarquable.

 

 

5/6


2013
de Spike Jonze
avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson

 

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 09:50

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Under the skin est actuellement la petite curiosité dans les salles, puisque c’est un film contemplatif, qui ne donne pas d’explications à ses trips visuels, et qui surtout raconte l’histoire d’une extra terrestre venue sur terre pour absorber les hommes au cours d’accouplements métaphysiques. Sur les ingrédients, mon cinéma par essence. Dans les faits, malgré une adhésion évidente à la plastique… La mutante c’était pas si mal en fait…

L’histoire : des lumières dans le ciel, une femme qui apparaît, qui part en chasse avant d’errer en ville…

 

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La redondance de ce film est sans doute ce qui pèse le plus dans le contre à l’issue de la découverte. D’autres films sur les chasseurs de l’autre sexe (Maniac particulièrement) avaient eux aussi affaire à cette redondance, mais ils parvenaient à la dépasser en étoffant la psychologie de leur personnage, ou en modifiant les circonstances de l’évènement… Ici, les apports ne seront que visuels, la structure est toujours radicalement identique. Et assez vite, on se rend compte que les expérimentations visuelles (magnifiques) sensées être livrées à l’interprétation du spectateur pour éluder le gros budget ou les révélations trop radicales (le local de coopulation, projection psychique ou carrément intérieur de vaisseau spacial alien ?) vont toutes de soi et qu’elles n’offriront rien au spectateur. Under the skin n’est pas vraiment un film métaphorique, bien qu’il en prenne la forme et les atours, c’est juste un film particulièrement froid qui suit son personnage jusqu’à la fin (une des meilleures scènes du film). En fait, si quelques séquences inattendues ont le potentiel pour marquer la rétine (l’étrange ballet de peau flottante notamment, le film a bien exploité sa thématique de la peau, sous laquelle l’alien se cache), l’ensemble du film ne va pas chercher très loin, se contentant de soigner sa facture esthétique, et parvenant à créer une ambiance froide plutôt appréciable. Un peu comme l’était Beyond the black Rainbow, à cela près que BTBR avait un script incompréhensible qui avançait et qui faisait appel à davantage de sentiments. Dans under the skin, seul la petite incartade amoureuse à mi-parcours semble enfin exploiter le registre, avant de s’expédier vite fait et de revenir au rythme d’abattage, parce qu’on crève la dalle chez les extra terrestres. Reste néanmoins une récréation d’intello plutôt sympathique, particulièrement aguicheuse.

 

3,9/6


2013
de Jonathan Glazer
avec Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams

 

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 09:44

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Avec the Rover, on pensait se lancer dans un récit Mad Maxien à souhait, d'autant plus que les ingrédients (post apo, australie, road movie) avaient tout pour attirer le cinéphile dans les salles. On ajoute à cela la présence de Guy Pierce dans le rôle principal (grand acteur qui parvenait à se rendre sympathique même dans une bessonnerie de bas étage) et de Pattinson, et on tenait un projet solide. Le résultat est largement à la hauteur des attentes, se hissant sans peine dans les meilleurs de l'année.

L'histoire : 10 ans après la chute, l'Australie est toujours une terre aride, où toute forme d'autorité a disparue et où survivre implique de se défendre. Alors qu'il se rendait dans un bar miteux, un homme se fait voler sa voiture par un groupe de 3 fuyards armés. Il se met à leurs trousses, en récupérant le frère d'un des voleurs.

 

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Ce qu'il y a de fascinant avec The Rover, c'est qu'il n'a pas de scénario. Le vague prétexte de la voiture volée ne sert qu'à faire ponctuellement avancer le récit, permettant de relancer l'action au moment où on parvenait à la fin d'une scène ou d'une séquence. Ainsi, the Rover est une compilation de vignettes, illustrant chacune des aspects de ce futur proche réaliste où tout s'est effondré, et où l'homme survit comme il le peut. Il y a bien une armée, ridicule de par ses moyens, mais qui tente de maintenir un semblant d'ordre pour garantir son salaire depuis la capitale, dernier bastion de la civilisation. Il y a les petits bidonvilles, qui ne prennent que les dollars américains et proposent de tout. Et dans de rares cas, les médecins, en situation dangereuse de par la préciosité de leurs compétences. Il y a des éléments par dizaines, qui forment tous un tableau cohérent et parfaitement équilibré, trouvant la part juste entre le thriller promis et le contemplatif langoureux, qu’on pourrait comparer sans peine au petit classique de John Hillcoat La Route. Sec dans l’usage de sa violence, complètement amoral (le caractère bien trempé du personnage de Guy Pierce nous cloue définitivement la langue au fond de la gorge dès les 15 premières minutes), le film se focalise essentiellement sur les protagonistes principaux (simples, des portraits granuleux et intéressant, le charisme naissant de leur naturel (ils sont parfaitement implantés dans le décor) et pas vraiment sur autre chose. Les quelques interactions avec les locaux qu’ils rencontrent dans leur parcours, les souvenirs qu’ils trainent, la relation qui unit les deux protagonistes se substituant à la fraternité initiale du personnage de Pattinson… Globalement, le film offre peu d’éléments à analyser, il est même carrément minimaliste et d’un premier degré jamais démenti (c'est aussi pourquoi les chroniques qui en traitent, celle-ci y compris, sont aussi courtes). Mais l’immersion fonctionne si bien que son heure quarante passe en un éclair, le film possédant une spontanéité à toute épreuve, qui évacue la moindre prétention (ce que ne parvient pas à faire Refn par exemple) pour laisser parler la poussière et le regard abrupt de Guy Pierce. Il n’en a pas l’air, et pourtant, on tient un joli poids lourd de l’année.

 

4,8/6


2014
de David Michôd
avec Guy Pearce, Robert Pattinson

 

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 09:38

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Aux mains des hommes (aka Tore Tanzt) était mon 6/6 de l’année. Je ne nourrissais pas d’autres espoirs pour un film de cette trempe, qui a la bonne idée de cumuler plusieurs thématiques et valeurs qui me sont familières ou personnelles, et qui avait avec son histoire vocation à devenir carrément une Passion moderne, apte à refléter une certaine jeunesse tout en faisant des réflexions pertinentes sur le concept de religion, à l’utilité largement contestée aujourd’hui.

L’histoire : Tore, jeune chrétien appartement au mouvement punk des Jesus’ freaks, est une incarnation de Foi et de piété, dans ce qu’elle de plus touchant et de plus faible. Recueilli quelques temps par une famille, Tore se retrouve bientôt mis à l’épreuve par le père de famille, ce dernier voulant briser ses convictions.

 

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Je vais tenter de parler du moins possible du film que j’attendais. Mais néanmoins, Tore Tanzt est décevant. Beaucoup trop long pour les constats qu’il finit par faire, il aurait été nettement plus facile de réduire à une heure vingt la durée du film. Car quoique Tore en dise, la religion que montre le film est celle des faibles. Alors que Tore prône le contraire et que sa bonne volonté est un puissant moteur de bonne humeur, son parcours illustre l’inverse. Heureusement, son supplice le sauve de l’inutilité, son action sauve finalement au moins une personne, qui trouve enfin la volonté de se casser de là parce que c’est plus possible. Mais au-delà, son attitude d’esclave soumis provoque un léger agacement, que les scènes chocs du film ne viennent jamais briser (même les séquences prostitution dans les clubs hard gay allemands, de toute façon Tore avait le physique). En fait, si au début du film, Tore est un jeune punk sympathisant du christ tout à fait aimable, serviable et intègre (un petit modèle de catho, sauf que les Jesus’ freaks rejettent les religions qui n’appliquent pas les doctrines du christ (on se rendra vite compte que les membres des Jesus’ freaks non plus, d’où l’enracinement de Tore dans la famille)). Tore se rend compte peu à peu de la nature violente du père de famille, et décide de rester pour affronter l’épreuve de front. Je m’attendais à ce qu’il se dresse pour protéger les enfants des colères et perversions du père, mais à l’exception d’une seule séquence, cet enjeu est complètement éludé. En fait, Tore essaye de présenter sa situation comme un combat où il doit tenir jusqu’à la fin tout ce qu’on lui fait endurer (application linéaire du prêche de Jésus « si on te frappe sur la joue gauche, tends la droite »), mais avec pour seul résultat de se soumettre à la volonté d’un beauf cruel (plutôt bien interprété d’ailleurs) qui humilie et exploite (l’anus de Tore sert bientôt à payer la télé et le mobilier de la maison) sans améliorer un instant la situation. A d’innombrables reprises, on se dit que fuir en emportant les enfants serait la meilleure des options, et que ce serait même possible, les Jesus freaks déménageant à Berlin. Mais Tore reste prendre sa dérouillée quotidienne, sans que la volonté de protection ne prenne les devants. Le film ajoute même un motif amoureux à la décision de Tore. Mais ce dernier reste tellement enfoncé dans ses positions christiques sans jamais rendre les injustices qui lui sont faites… Bordel, le Christ n’a pas chassé les marchands du temple avec des caresses ! C’était un homme aussi ! La part divine, que le film montre essentiellement constituée d’amour, excuse-t-elle l’inaction de Tore qui ne fait que prolonger la situation des enfants sans ostensiblement chercher à prendre pour eux ? Malgré la déconvenue de voir la religion être représentée d’une aussi faible façon, la facture technique du film, très punk, est excellente, et la bande originale accompagne très bien l’ensemble du parcours suivi par Tore. On est quand même loin de la nouvelle Passion, ou alors celle des faibles, pour qui mourir représente une forme de courage (la cause est si ténue au final qu’on peut dire que Tore, malgré l’étincelle de volonté qu’il a ravivé chez la fille aînée, est mort pour un poulet et un kangourou). Je n’aborde même pas le personnage de la mère, qui m’a semblé d’un illogisme psychologique complètement sidérant (comme si se mettre à torturer du jour au lendemain quelqu’un qui l’avait aidé était naturel). Tore Tanzt, c’est la révolution des faibles, et malgré le climat, ça ne m’a pas beaucoup parlé.

 

3/6


2013
de Katrin Gebbe
avec Julius Feldmeier, Sascha Alexander Gersak

 

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 11:37

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Welcome to Hoxford est le paroxysme d’un genre cinématographique particulier : les films en style Comic book. Le meilleur représentant en était jusqu’ici Sin City dans son mariage élégant entre polar bien sombre et style percutant, et coup de pot, Welcome to Hoxford joue lui aussi dans cette catégorie. Mais il a l’avantage d’être unilatéralement ciblé dans le mal. Il n’y a même plus d’avenir, pas de rédemption, pas d’issue possible. En nous plongeant dans l’univers carcéral des psychopathes multi récidivistes, le film nous plonge direct dans une hiérarchisation du Mal, où celui qui aura la carrure la plus massive sera le seul à survivre. Claque psychologique évitant le gore pour privilégier les portraits mastocs, nous suivons le parcours en compagnie de Ray, auteur de 21 homicides et schizophrène particulièrement imposant. Si l’amorce carcérale se révélait aussi clichée que brillante (un véritable modèle dans le genre, tant pour le rythme que la mise en scène), le virage survival horreur, digne d’un The Suffering, augmente encore le plaisir, culminant jusqu’à un plan final icônique, qui nous donnerait carrément envie d’en faire un long métrage. Le court trop court qui impose de trouver immédiatement des producteurs pour un long…

 

 

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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