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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 18:15

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La présence de Roman Polanski aux Césars n’est pas due au hasard, puisque son dernier projet d’adaptation de La Vénus à la fourrure, sulfureux et psychologisant, était taillé pour séduire la critique. En l’état, il s’agit de la plus subtile étude de cas à avoir abordé la soumission/domination, qui plus est avec une pertinence et une virtuosité qui laisse béat. Une petite révélation de 2013.

L’histoire : Thomas, metteur en scène, tente d’adapter le livre de Sadder Masoch en pièce de théâtre, sans toutefois réussir à trouver l’actrice adéquat. Arrive alors Vanda, actrice dont la vulgarité l’agace au plus haut point, mais qui se révèle prodigieuse dans son interprétation.

 

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Même avec le Locataire, Roman Polanski n’avait pas réussi à totalement me convaincre, jusqu’à maintenant. A l’égal de la portée analytique d’un Nymphomaniac sans les excès pornographiques, La Vénus à la fourrure se révèle tout simplement virtuose et intelligent, pour peu qu’on lui laisse le temps de prendre son envol. L’entrée en scène, avec l’actrice déglinguée à côté de la plaque et le réalisateur aigri incapable d’être aimable, est digne d’un mauvais vaudeville (j’étais désespéré dès l’ouverture, car c’était ce que l’on pouvait redouter en visionnant la bande annonce, très légère pour le sujet visé). Et dès que les répétitions commencent, la révélation. Les inhibitions tombent pour donner dans la performance, les personnages s’effacent dans leur rôle, et la frontière entre la réalité et la pièce s’atténue de plus en plus pour finalement disparaître dans un final complètement fantasmé, qui se livre corps et âme en relecture moderne et haute en couleur du livre original. Ce que La vénus à la fourrure a de virtuose, c’est qu’il confronte avec jubilation l’intellectualisation de tels comportements humains (de soumission et de domination) avec l’instinct ou la bêtise totale, ayant pour point commun le cliché grossier, dans sa plus horrible vulgarité. Et que chacun a sa part de validité, ce qui provoquera immanquablement l’exaspération recherchée dans les deux camps des spectateurs. D’un côté, l’homme intellectuel qui complexifie énormément sa pièce de sous-textes psychologiques et qui s’extasie devant la performance magnétique de son actrice, avant de s’arracher les cheveux devant le manque de subtilité et de raffinement de son interprète, qui rabaisse toutes ses ambitions émotionnelles au cul ou à des enjeux ridiculement simples. C’est une frustration intellectuelle avant la frustration physique, et subtilement, le metteur en scène qui cherchait à imposer sa vision se voit influencé, rabaissé, alors que ces attachements personnels à adapter la pièce se révèlent de plus en plus clairement. Nul besoin de connaître les détails de sa vie et de son parcours, son implication progressive et totale dans son rôle, aidé par l’attitude ambigue de son actrice (ne cessant de sortir et de rentrer dans son rôle, cassant chacun de ses élans, revêtant son rôle pour mieux le renvoyer à ses tendances, c’est avec jubilation que l’on suit cette succession de dialogue où il ne se passe rien, et où la mise en scène gagne peu à peu en fétichisme, conservant la fourrure pour un grand final qui se révèlera marquant au plus haut point. La caricature de séance psychologique participe à cette déconstruction de l’intellectualisation raffinée de telles pulsions, l’explication de tels phénomènes relevant d’une telle complexité que cela conduit à une impasse. De même, toutes les bornes dans l’auto-destruction (ici par la soumission) finissent par s’envoler, leur connotation de contrôle allant à l’encontre de la totale soumission (et donc l’assouvissement). Le film veut radicaliser son personnage masculin, le remettre en face de son vice inavoué, en le brisant moralement, abattant peu à peu les derniers remparts de son esprit raffiné, pour finir là où on l’attendait, dans les clichés les plus humiliants, summum du grotesque au vu de ses ambitions initiales. Sans humour, mais délicieusement caustique, La vénus à la fourrure est l’œuvre empoisonnée qu’on attendait, alliant la bonne performance d’acteur à l’énergie dévastatrice de son discours.

 

5,5/6


2013
de Roman Polanski
avec Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric

 

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 18:07

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Après l’horriblement frustrante non sortie de la partie II du sulfureux Nymphomaniac (qui sera, on l’espère, délivré en une seule partie non censurée), est venu enfin le temps du rattrapage. Si cette seconde partie est moins provocante formellement (on s’est habitué à la structure du premier, et le nombre de coït y baisse drastiquement), c’est dans le fond que cette opus dérange, et pas avec le dos de la cuillère. Au programme aujourd’hui : le culte des noirs à grosse bite, la pédophilie et le sadomasochisme. Lars, merci d’avoir tout donné !

L’histoire : Joe, fraîchement devenue frigide, tente d’abord de compenser sa frustration par la vie de famille, qu’elle délaisse peu à peu en prenant rendez vous chez un bourreau fétichiste aux règles particulières…

 

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Après un premier opus brillant dans sa sensibilité (et clairement pompeux dans ses effets intellectualisant la sexualité, amusant car le film détruit ces parenthèses par une simple remarque bien sèche de Joe, un régal), cette seconde partie reprend sans rappel pour suivre la plongée de Joe dans la frustration d’avoir l’appétit sans le goût. Si les petites anecdotes cocasses (le coup des cuillères) et la relation avec son amour retrouvé (Jérôme) compensent (avec l’arrivée d’un bébé mis au monde par césarienne histoire de lui refuser l’accès au « sanctuaire »), l’absence de réaction, au fil du temps, pousse Joe à rechercher des sensations de plus en plus fortes. Arrive alors le cliché de l’étalon noir, au cours d’une scène absolument provoc où Joe, ayant réclamée les services de deux frères, se retrouvent dans une conversation digne de querelle de marché, avec des noirs qui parlent presque comme les terroristes de Team America avec monstrueux pénis en érection se faisant face. On retrouve bien là une piste déjà explorée par notre danois dans Manderlay (mon cru préféré de sa filmo, pour rappel), qui au cliché typiquement européen du mâle noir bien membré, ose rajouter son utilisation du mot « nègre », en y allant de sa petite réflexion sur le poids historique du mot qui a été banni par la société, usé ici pour désigner le cliché que recherchait Joe afin d’assouvir ses fantasmes. Sacré Lars, la moitié de la salle te déteste déjà…


Passé cette séquence de frustration étrange, le film s’attaque au sadomasochisme violent, puisque Joe se met ici aussi service d’un inconnu (dont nous ignorerons tout, si ce n’est les services qu’il rend dans les locaux glauques où il opère). Commence alors la thérapie par la douleur, où Joe cherche l’extase à la fois par ses nerfs mis à vif (acquérant une sensibilité comme jamais elle n’en avait douté) et peut expier sa nature qu’elle perçoit comme viciée. Mais ces séances l’éloignent du domicile, où son enfant restait à sa surveillance. Et d’un coup arrive sans prévenir la scène identique à l’ouverture de Antichrist. Salaud de Lars, tu vas oser nous la faire ? Ce tour de cochon est d’autant plus génial que Antichrist et Nymphomaniac se mettent en résonnance, apportant un nouvel angle de lecture au scandale cannois de l’époque et connectant finalement ses films, dans un univers où la morale ne semble exister que selon l’état d’esprit des personnages qui l’habitent. L’humiliation et la déchéance, Nymphomaniac les exploite à fond, réduisant autant que possible les digressions de Seligman et s’axant sur le parcours de Joe, transitant par les nymphomanes anonymes. L’histoire avance sans cesse, passant d’étape en étape, avec des postures qui s’adaptent plus à la situation traversée qu’à un message global. Nymphomaniac n’est pas un film cohérent sur la longueur, il ressent avec profondeur les situations qu’il traverse et prend une posture incarnée par un choix de l’héroïne, souvent le plus polémique possible (avec parfois la dose de jubilatoire qu’il faut : voir sa sortie du groupe de nymphomanes).


Arrive enfin le gros morceau du film (avec le final hautement déprimant) : la pédophilie. Inutile de chercher la cohérence, Joe devient une employée de gangster dont le but est de faire craquer des payeurs récalcitrants. L’anecdote en vient alors à raconter à un riche client un fantasme bien innocent comme il faut : celui du petit blondinet du jardin public voulant jouer avec lui. Le film balance la bombe incendiaire : louer les pédophiles qui ne passent pas à l’acte, osant reconnaître l’aphrodisiaque UNIVERSEL suscité par l’innocence, et généralisant largement cette pulsion dans la société. Seul un faible pourcentage passe à l’acte et fait effectivement du mal, les autres se contentent de garder l’indicible pour eux. La plus grosse claque morale possible est lâchée (et Lars ose placer « démocratie » et « hypocrisie » dans une même phrase : panard absolu en terme de provocation justifiée). Assumant son parallèle entre le mal causé par la pédophilie et la nymphomanie quand ils sont réalisés, on sent que Lars a abordé quelque chose de gros, avec un des tabous les plus indicibles de notre société (qui oserait en parler, sous peine de passer pour un défenseur des pédophiles, et par extension pour un pédophile car on n’est pas à un raccourci près), et l’avoir exposé sous un angle délicieusement subversif.


La fin se révèle être une bonne claque morale, détruisant une dernière fois les repères du spectateur avec le personnage de Seligman, qui encore au début de cette seconde partie de sa nature asexuée et qui finalement retrouve son appétit alors qu’une femme blessée commence à lui faire confiance. Une séquence monstrueuse moralement, dernier coup dans la gueule  du spectateur, ancrant définitivement la sexualité comme la pulsion la plus puissante dans l’esprit humain. Un traumatisme pour la morale, et une victoire pour Freud. Un choix qui finalement brouille encore une fois la notion de bien et de mal, laissant le spectateur sans d’autres repères que les siens et ceux des personnages (qui évoluent selon le temps). Œuvre intense, plus sulfureuse dans le fond que dans la forme (moins de nudité, pas mal d’érection), Nymphomaniac est bien une œuvre à l’image de son réalisateur, que la volonté de provoc prétentieuse amène à s’interroger sur des sujets passionnants pour l’intellect. La pure œuvre de masochiste du cerveau.

 

5/6


2013
de Lars von Trier
avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 07:40

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Nouveau film de Marina de Van. Après un excellent mais boudé Ne te retourne pas, elle honore aujourd’hui une commande dans le registre fantastique, nommée Dark Touch. Petite variation sur le thème de Carrie intégrant digressions oniriques et psychologie infantile, c’est un cru extrêmement élégant, bien soigné pour l’occasion. Mais hélas, Carrie est déjà passée par là…

L’histoire : après la mort inexplicable de ses parents et de son frère (mis en pièces par les meubles de leur maison), une jeune fille est mise en famille d’accueil. Alors qu’elle refuse de s’intégrer, il apparaît qu’elle semble de plus en plus impliquée dans la mort de son entourage.

 

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Dark touch est impeccable, c’est une évidence. Sa photographie soignée, ses effets spéciaux lisses et son sens de l’esthétique en font un des plus élégants projets présentés cette année à Gérardmer. C’est aussi la fraîcheur de son approche du genre qui lui permet de gagner la sympathie du spectateur, en témoignant de l’honnêteté de ses intentions. En effet, gros spoiler nécessaire, puisque le principal sujet du film est la psychologie infantile, et surtout la relation parents/enfants, que le changement de contexte familial fait évoluer, pour en arriver à une splendide conclusion. Ainsi, pendant la première partie du film, la petite fille que nous suivons se trouve être dans une famille étouffante, où la présence des parents est toujours percue avec une connotation inquiétante (le glauque est franchi à plusieurs reprises, notamment au cours des scènes de fin de soirée). L’origine des manifestations surnaturelles demeure elle-même mystérieuse, avant d’être très vite révélée à l’arrivée dans la famille d’accueil, histoire de bien signaler que l’intérêt se trouve ailleurs. En cela, l’enfant monstrueux est bien abordé, puisque ses sentiments évoluent sans cesse, et que son asociabilité met régulièrement ceux qui l’entourent en danger. Une approche honnête qui aurait dû être pris comme le remake de Carrie. Car c’est bien dans ce registre que nous évoluons, hélas sans grandes surprises. Au-delà du beau récit psychologique (plus sensitif que descriptif), peu d’ampleur et pas de surprises dans le fond. Seule la forme ose quelques petites audaces (les morts dues aux meubles, l’acte final), donnant un peu de matière supplémentaire à cet honnête projet, sans qu’il s’inscrive comme une date de 2013…

 

4/6


2012
de Marina De Van
avec Missy Keating, Marcella Plunkett

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 07:35

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Avec Le portier de nuit, la réalisatrice Liliana Cavani s’attaque à une histoire pour le moins scandaleuse, puisqu’elle décide de mettre en scène une relation trouble entre une ancienne victime des camps de concentration et un officier nazi ayant réchappé aux traques de Nuremberg, vivant caché dans un rôle de concierge d’hôtel, et côtoyant régulièrement d’anciens ex nazis bénéficiant encore d’appuis politiques pour effacer leurs traces. Autant dire que le concept est aussi riche que glissant, et que le résultat peine à aller au bout de ses thématiques.

L’histoire : Après le procès de Nuremberg, un groupe d’officiers nazis restés en contact se cachent dans un hôtel et effacent régulièrement tous les indices pouvant les trahir. Une juive survivante des camps de concentration, de passage dans Berlin, reconnaît alors son geôlier, portier de l’hôtel dans lequel elle a réservé une chambre.

 

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Portier de nuit est, par essence, un film sulfureux. Il savait qu’il n’aurait pas droit à l’erreur sous peine d’être démoli de tous les côtés. Aussi, il s’attaque avec un sérieux total au développement de son histoire. Mais si Portier de Nuit ne manque pas d’idée, il manque de soufre. Clairement. Son aura provocante réside davantage dans son concept que dans son développement, puisqu’il reste au final assez peu développé. L’exemple le plus marquant est celui de ce général nazi homosexuel, reconverti dans l’art de la danse, qui se comporte de façon excessivement ambigue avec notre protagoniste portier, en lui demandant de l’assister dans ses entraînements au cours desquels il lui danse autour en tenue moulante. Un tel personnage, et les contradictions que son existence provoque, c’est de la dynamite sur le papier. Un personnage secondaire très riche dont on se réjouit à l’avance du développement (car cet axe dramatique était inattendu, et propice, dans le contexte où tout ce qui est bon pour faire disparaître sa croix gammée se doit d’être affiché au grand jour, ouvrait des horizons nouveaux). Mais rien de conséquent ne viendra développer ce personnage, qui finalement à sa place de personnage secondaire, dans le champ, sans que sa carrure soit élargie. Dans cette logique, la relation qui finit par se tisser entre la rescapée juive et son ancien bourreau, est développée à la fois par les attirances au présent (il est en position de faiblesse, à la merci de ses caprices), et via des flashs back muets mis en scène de façon un peu surréaliste, plantant une étrange ambiance de séquestration au milieu de nombreux prisonniers, les charmes de ce personnage étant à la fois la cause de sa survie et de ses « traitements particuliers », relation privilégiée avec l’officier responsable des expériences du camp. Mais dans le présent, les choses ne bougent pas beaucoup. L’attirance mutuelle semble vouloir nous amener vers quelque chose que nous n’atteindrons jamais, l’enjeu devenant rapidement de poursuivre la relation au nez et à la barbe des anciens nazis, qui voient évidemment d’un mauvais œil ce rapprochement contre-nature. Aussi ce qui nous était promis comme une relation sado-masochiste se révèle être une romance gentiment torturée, exposée avec une certaine pudeur, mais finalement sans grande portée. Les réactions radicalement contre condamnent davantage le concept que le film en lui-même, plutôt gentil à l’égard du sujet qu’il promettait de traiter. Il en résulte alors une jolie histoire, plutôt audacieuse dans son utilisation du contexte de traque d’anciens nazis, mais qui perd un peu de sa substance en cours de route. Pas de quoi s’offusquer, ni vraiment crier au génie. Un simple bon film atypique.

 

4,2/6


1974
de Liliana Cavani
avec Dirk Bogarde, Charlotte Rampling

 

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 15:23

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Le cinéma de Sono Sion est soutenu par une solide réputation, qui ne cesse de grandir à chacun de ses projets. N’ayant jusqu’ici jamais visionné un seul de ses travaux, il fallait trouver un point de départ, qui s’est révélé être Cold Fish. Arborant une affiche digne des Chiens de Paille, le projet se révèle être une sacré claque, non dénuée d’humour, mais féroce dans ses saillies d’ultra-violence…

L’histoire : un vendeur de poissons d’aquarium vit dans une famille banale. Quand sa fille vole dans un grand magasin, un riche éleveur de poisson prend sa défense, et l’invite à devenir son partenaire commercial sur une affaire d’importation d’une espèce rare.

 

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Cold Fish, avec son postulat on ne peut plus banal, est passionnant à bien des niveaux. Parvenant à trouver une esthétique magnifique au milieu des aquariums qui font toujours rêver quand on passe dans les rayons, trouvant un petit parallèle social au cours des séquences d’alimentation des bestioles, Cold Fish est un film féroce sur les relations sociales à plusieurs niveaux, essentiellement dans le cadre de la famille et du travail. En façonnant un protagoniste banal et sans consistance, le film parvient à capter toutes les concessions qu’il fait devant la générosité obscène de son bienfaiteur, chef d’entreprise agressif et extraverti qui ne renonce jamais à ses objectifs. En parvenant à fixer la honte de recevoir une aide évidente et peu discrète, puis le renoncement personnel à ses propres principes pour « honorer la dette », le film parvient intelligemment à parler d’exploitation sociale. C’est alors que le film bascule dans l’ultra-violence, lors de l’exécution d’un des investisseurs dans l’importation d’un poisson exotique rare. Avec une scène de débitage du cadavre suffisamment démonstrative, on commence à comprendre dans quoi on a mis les pieds. Le film prend alors une tournure bien sombre, puisque la passivité de notre héros entraîne des réactions de plus en plus agressives de la part de son employeur. C’est un film de pétage de câble à retardement, typique des Chiens de Paille donc, en suivant toutefois un parcours différent. A ce jeu, le film s’offre plusieurs séquences de cinéma, comme un tabassage de notre personnage principale avec remise en cause de virilité, les conversations cyniques du patron et de sa femme pendant qu’ils débitent les corps… Un menu costaud qui culmine en apothéose de violence comme on n’en attendait pas. Par rapport au modèle de Peckinpah, on peut toutefois noter l’usage d’un humour discret qui sert remarquablement bien la narration, en rajoutant une petite dose de cruauté dans les séquences où il apparaît (c’est souvent au cours des séquences violentes, où l’excès de la mise en scène vient introduire un décalage comique qui tranche avec le sérieux radical de la situation). Hors de question de spoiler la fin, elle conclut avec sérieux ce solide projet cinématographique. En y rajoutant une ambiance glauque à souhait (un quotidien constamment étouffant) et une photographie éblouissante (bon sang, tous ces poissons…), Cold Fish a tous les arguments pour convaincre les cinéphiles de bon goût, et se range dans une catégorie entre l’œuvre de Peckinpah et Visitor Q (j’insiste, Mike pétait un câble, mais ne faisait que développer à l’excès les relations à la violence de ses protagonistes). Une sacrée claque qui donne envie d’en découvrir bien davantage dans le cinéma de Sono Sion.

 

5/6


2010
de Sion Sono
avec Mitsuru Fukikoshi, Denden

 

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 15:19

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12 years a slave était attendu depuis au moins un an. Après l’excellente surprise qu’a été Shame (confirmant les espoirs que Steve McQueen avait suscité depuis le costaud Hunger), voir un tel réalisateur s’attaquer à la vie dans les plantations esclavagistes avait un gros potentiel. Souffrance, désespoir, portraits en profondeur, on avait là beaucoup de matière pour faire un film édifiant. C’était hélas sans compter sur la concurrence de Django, involontaire mais bien réelle.

L’histoire : Solomon, noir libre dans le nord des Etats Units, est enlevé et vendu comme esclave dans une plantation. Commencent alors 12 ans d’esclavage.

 

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12 Years a slave était très attendu au tournant. Après une œuvre comme Shame, Steve McQueen portait de gros espoirs, et la perspective de le voir se confronter à un drame humain aussi intense que l’esclavage avait là un potentiel à même de convaincre tout le monde. Mais hélas, le film se transforme bien vite en une sorte d’illustration commémorative du devoir de mémoire sur l’esclavage. Le pitch ne nous promettait pas beaucoup plus, mais Steve McQueen, si. La proximité qu’il avait avec ses personnages dans ses précédentes œuvres, ainsi que la présence de plusieurs séquences virtuoses qui livraient de vrais moments de cinéma, tout cela était aussi une promesse. Or, ce n’est finalement pas là. Comme l’avait noté Princécranoir, la seule scène vraiment dans le ton est celle de la pendaison à l’arbre, dans l’indifférence presque totale des personnes aux alentours. Pour le reste, 12 years est sincère, mais n’offre pas grand-chose de déjà vu. La reconstitution d’époque est soignée, les lieux de tournage magnifiques, les acteurs investis… Mais le spectacle ne parvient jamais vraiment à décoller, parce que l’on connaît déjà cela. J’avais commencé ma chronique en mentionnant Django Unchained, ce qui est une erreur au vu des objectifs complètement différents des deux œuvres. Mais c’est parce que Django se révélait inattendu et imprévisible qu’il parvenait à être réussi et divertissant (dans un contexte similaire, tout en ayant des qualités de mise en scène similaire). La comparaison joue finalement en la défaveur de 12 years, qui n’a pas grand-chose de plus à offrir que son parcours de vie. Oh, nettement plus crédible et sobre que chez Tarantino, c’est une évidence, mais sans que le film ne dépasse son sujet (le désespoir de son personnage, l’évasion toujours reportée à plus tard). Certaines figures sont naturellement plus puissantes que d’autres (sans surprises, Fassbender y incarne le meilleur portrait, et les performances d’acteur sont globalement d’un haut niveau), mais peu de choses émergent. L’issue est un bel exemple des limites du film, Solomon étant sauvé et c’est tout. On oublie ses compagnons d’infortune, on le laisse retrouver sa famille dans les pleurs, puis générique de fin. Rien ne vient soutenir les faits, il n’y a pas de virtuosité intense derrière les faits (adaptation assez littérale de la biographie de son protagoniste). Ce qui déçoit un peu en tant qu’objet de cinéma. La mise en scène sauve quand même bien les meubles, et les performances d’acteurs donnent un contexte propice à apprécier le spectacle, sans chercher à transcender le sujet pour autant. Une petite déception, mais un bon film.

 

4/6


2013
de Steve McQueen (II)
avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender

 

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 15:09

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De retour pour minuit est une révélation. Pas la peine de chercher plus loin, il est une pépite au milieu de l’océan de déchet dans lequel il surnage. L’exploration des océans naveteux ne sont pas sans risques, les pionniers qui le sillonnent pouvant sombrer à tout instant dans la déchéance du mauvais goût. Mais pour les obstinés courageux qui continuent de sonder le fond, l’ancre accroche parfois quelque chose et le remonte lors du départ. Si la chaloupe ne se retourne pas de consternation, c’est l’euphorie qui succède à la confusion, comparable au vieil homme ayant pêché enfin son espadon annuel…

L’histoire : un directeur de prison ne parvient pas à récupérer le budget nécessaire pour rénover l’équipement sportif de ses installations. Il décide d’employer quatre détenus pour cambrioler les supermarchés de l’homme d’affaire avare chargé d’entretenir les prisons du Texas…

 

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Très gros morceau que ce De retour pour Minuit. Je ne peux que féliciter Zogarok pour sa découverte d’une autre dimension. Dans le genre monde parallèle, c’est un des objets les plus what the fuck que j’ai visionné ces derniers mois. Une incroyable plongée dans un monde merveilleux où le mérite se reconnaît à la bêtise de son personnage. Le directeur impose tout de suite le niveau minimal par une truculence de haut niveau : « Hey les gars ? Vous voulez une bonne blague ? » Prout. On sait dans quoi on marche maintenant. Et de voir tout les prisonniers s’esclaffer devant la flatulente répartie de leur directeur nous informe déjà que nous ne sommes pas sur terre, mais sur le continent qu’il y a après l’île de Lost, encore plus loin dans les réalités parallèles. Si de toute façon, on est foutu, pourquoi faire le moindre effort ? Les maigres ambitions caricaturales esquissées à la base (les clichés plats de l’investisseur texan est le seul, et lui aussi sera bien vite mêlé au reste) sont vite complètement oubliées pour donner dans la bonne grosse blague de bite scato zoophile. Vous allez faire des courses dans le monde de Woodrock, et un vendeur vient vous agresser avec une blague sexuelle et un rire suraigu dénonçant ses orientations avec la plus jubilatoire insolence que vous avez jamais vu. Envie de porter plainte ? Le chien du vigile vous arrache la jambe pendant que ce dernier vous traite de salope et vous menace de représailles si vous revenez consommer ici. Vous appelez la police ? Le texan du coin se pointe et commence à faire des avances discrètes en louchant sur votre braguette. Croyez moi que vous évitez de remettre en question la réputation de cet honorable établissement. Et dans l’univers carcéral, les détenus font du sport en s’usant les uns les autres, comme panier de basket ou comme altère. Et quand le grand patron nous chie dans les bottes (avec un accent français qui coupe les phrases en plein milieu), on se serre les coudes pour aller se servir nous même dans le gras du bourgeois. Une fine équipe de débilos se met alors en branle pour aller cambrioler l’équipement sportif. Mais ce qui est génial, c’est qu’on croit que ça sera là l’unique enjeu du film, et que le braquage va s’étendre sur toute la durée. Mais non ! C’est là le génie de De retour pour minuit, on en prend pour 4 films dans celui là ! Une gaffe en entrainant une autre, le braquage dégénère et nous permet de faire intervenir un nain gardien de prison dont la petite taille invite inévitablement au fou rire (oh, il est petit, ha ha ha) et un shérif pédé comme un phoque (dont les lourdeurs de racolage vous en feront mordre vos yeux « oh, une étoile filante ! Fais un vœux et il se réalisera. » « Tu le promets ? »), on tient une brochette de winner dont vous me direz des nouvelles. Et attendez de voir le gala du pénitencier, où dans un grand souci de légèreté, les détenus se voient confier des poupées gonflables comme partenaires de danse (mention spéciale à Patty, le tunnel hollandais). Malgré le généreux plan nichon siliconé, peu de sexe en direct, donc le film compense par des dialogues fleuris, type « Cette chienne est une salope. » Sans qu’on comprenne pourquoi on nous agresse les tympans avec autant de vulgarité gratuite. On se croirait dans un Austin Powers, en pire. Ca et la débilité de l’ensemble forment un cocktail fascinant. De retour pour minuit, c’est carte blanche pour tout le monde, le moindre excès devenant une terre de liberté dans laquelle il faut se rouler avec insistance pour montrer qu’on est libre. A noter toutefois qu’on sous estime le nombre de zoophiles dans notre société, quelques mesures politiques devraient encourager l’acceptation, après tout le dicton dit « l’amour est aveugle ».

 

0/6 mais un inespéré 17/20 nanar

 

2004

de Harry Basil

avec Rodney Dangerfield, Randy Quaid, Kirstie Alley

 

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 16:44

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Avec 300 : naissance d’un empire, on sait déjà à quoi on va avoir droit. Pour le coup, impossible de dire que le film ne nous avait pas prévenu, le trailer annonçait largement la couleur et se charge donc de faire une suite sans grosse surprise, avec la même formule visuelle et des acteurs différents. Eliminant les intrigues secondaires pour se concentrer sur le bourrinage gore et les flashs back, on sait qu’on va se prendre une tranche de bourrinage dans la gueule, et que le cerveau ne sera pas de la partie. Mais à partir de quel moment la beauferie virile devient vulgaire ?

L’histoire : Les origines de la guerre des Perses, et la lutte acharnée des Grecs pour protéger Athènes…

 

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Autant le reconnaître tout de suite, je n’ai pas du tout aimé (au point d’initier de sérieux doutes quant à mon sympathique souvenir du premier). Dans son intégralité, malgré quelques idées ça et là qui ont été totalement gâchées. On passe sur l’esthétique, elle vaut celle de son prédécesseur (l’amour des fonds verts), avec un petit effort pour les scènes de batailles navales qui recèlent un peu d’ampleur (en défiant toujours la logique, cela va sans dire). On voulait des affrontements bourrins et du sang. Et sur ces deux points, j’aurais du mal à attaquer le film, qui colle vraiment à son prédécesseur (c’est principalement ce qui me fait douter). L’ampleur visuelle est identique, les ralentis sont encore plus nombreux et les perspectives toujours plus ambitieuses, passant de points de vues aérien au cœur de l’action quasiment sans transition. C’est tout le reste qui m’a littéralement fait rire jaune. Rarement la vulgarité d’un style se sera autant révélée, en faisant toujours les plus mauvais choix possibles. Je ne parle pas de mythologie ou d’Histoire, on a dépassé ce stade depuis bien longtemps. C’est par exemple les paires de seins. Dans 300, il y en avait (personne n’a oublié la levrette grecque à la sauvage), mais la scène avait un certain style, une petite classe, qui servait de paravent à la beauferie voyeuriste. Là… non. Même pas. Quand une gamine se fait violer, là on coupe, mais quand sa mère se fait défoncer par la garde sous ses yeux et qu’on filme ses lolos en 3D… Mais c’est du niveau de Piranha 3DD… Je ne peux ignorer dans ce contexte la scène d’action du film, où notre héros Thémistocle et la méchante soldate Arthemis se violent mutuellement lors d’une séance de négociation, et que l’enjeu de la scène est clairement de voir celui qui va baiser l’autre. C’est outrancièrement vulgaire, mais en terme de couille, ça se vaut. Et là, un gag au milieu de la scène. Tout le monde rigolait déjà du ridicule, mais là, ça explose. Et pourtant, le film reprend immédiatement son sérieux, et conclut la scène… Pourquoi cette scène de baise sauvage si c’est pour la sacrifier, dans le moindre style ? Dans cette ambiance, nulle besoin de dire que les enjeux humains se résument comme des combats de catch. On compte pas moins de 6 histoires de vengeance principales (une pour chaque personnage), ce qui en fait la pulsion humaine naturelle la plus exprimée avec le sacrifice pour la liberté. Vu que ce sont les grecs, c’est normal qu’ils parlent de liberté. Mais après nous l’avoir sorti une vingtaine de fois, admettons qu’elle ne signifie plus grand-chose. 300, la naissance d’un empire, c’est la beauferie d’une cause exposée sans passion et platement défendue par un tas d’incohérences qui tentent d’utiliser la virilité numérique pour faire passer sa diarrhée scénaristique sans qu’on y trouve à redire. Et il l’assume tel quel. Le film va donc diviser, entre ceux qui y verront une version débridée de son prédécesseur (le confrère cinéphile avec qui je l’ai découvert l’ayant mis à 7/10) et ceux qui ne supporteront pas d’être autant pris pour des consommateurs d’enjeux insipides. Car je place ce film dans la catégorie d’un GI Joe, en moins bordélique, mais clairement comparable dans sa vision du divertissement. L’une des rares bonnes idées, à savoir montrer l’histoire des protagonistes perses, est complètement sabordée par la genèse de Xercès d’une vulgarité incroyable, et la gestion calamiteuse de sa lieutenante au cours des affrontements maritimes laisse pantois. A titre d’anecdote, l’arme secrète des grecs se révèle être un joli moment de fou rire, et la mort de l’ami de Thémistocle… Je trouve qu’on critique beaucoup trop Marion Cotillard, vraiment trop… Et quand on entend des dialogues du calibre d’un « Tu te bas mieux que tu baises ! », on sait qu’on n’est pas chez les tapettes. Alors, soit on a complètement déconnecté le cerveau, soit…

 

1/6


2014
de Noam Murro
avec Sullivan Stapleton, Eva Green

 

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 16:29

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Avec Batman Forever, Joel Schumacher reprend le flambeau laissé par un Tim Burton au sommet de sa fièvre graphique, et qui a débroussaillé un beau terrain pour continuer à bâtir le mythe (davantage par ses méchants que par son justicier). Toutefois, les objectifs changent radicalement entre l’épisode 2 et ce 3ème. Peu rassurés par les ambiances torturées de Burton, les producteurs principaux imposent un script plus simple et ciblent les enfants, grands consommateurs de saloperies en plastique. Le résultat est tel qu’on le connaît, avec toutefois quelques éléments intrigants.

L’histoire : Double face terrorise Gotham. Alors que Batman essaye de l’arrêter, un scientifique incompris décide d’utiliser ses inventions pour contrôler le cerveau des habitants de Gotham via la télévision. Après une tuerie de Double Face, Bruce Wayne prend sous son aile un orphelin, qui jure de se venger du meurtrier de sa famille…

 

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"Devine ce que c'est ?"

"Une clé USB du scanner de cerveau de Bruce Wayne ?"

"... Non ? C'est pour ce soir..."

 

Bon, on est d’accord que c’est tirer sur le corbillard que de s’attaquer aujourd’hui à Batman Forever, vu la réputation qu’on lui connaît. Il serait aussi un peu malhonnête de ne pas reconnaître toute l’affection que je lui portais dans ma jeunesse, vu qu’il passait avant les Burtons à l’époque. Il a fallut que je rachète le monstre en coffret double dvd (avec Batman & Robin, tant qu’à faire) pour la réévaluation, et je n’ai pas été déçu. Le film ne fait pas dans la demi mesure, transformant le Gotham gothique en boîte de nuit flashie dont les éclairages complètement fantaisistes (même pas cachés, on voit les projecteurs dans le cadre) contribuent à donner l’aspect carnavalesque de l’ensemble. Car il s’agit bien d’un carnaval, chacun essayant de cabotiner plus que l’autre. Rarement des méchants auront autant voulu imiter le Joker sans en avoir l’ampleur, et il convient de noter qu’il s’agit d’une des pires performances de Tommy Lee Jones, complètement à côté de la plaque de son personnage (les explications à son sujet sont expédiées : il s’est pris de l’acide dans la gueule donc il est fou). Quant à Jim Carrey… il fait du Jim Carrey. Il est toutefois amusant de connaître les circonstances de son recrutement, qui remontent au premier Batman. A l’époque, Nicholson hésitait à endosser le rôle du Joker, donc pour lui forcer un peu la main, la production avait également proposé le rôle à Robin Williams. Nicholson avait alors accepté et Robin avait protesté devant ce tour de cochon. Avec Batman 3, les producteurs se sont à nouveau tournés vers Robin. Ce dernier leur a demandé des excuses. Jim Carrey a donc récupéré le rôle, et Robin mon soutien quand j’ai appris l’anecdote. Quelques trucs attachants ça et là quand même, à l’image du message subversif tellement énorme sur la télévision qu’il fera rire tout le monde (en créant au passage d’hideuses visions vertes d’un goût assez douteux). La télévision, c’est mal. Dans le bon, notons toutefois les flashs backs concernant l’enfance de Bruce Wayne, qui sont réussis et icônique comme il le fallait. Bruce Wayne, bien qu’insipide, n’est pas vraiment raté.

 

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J’en viens maintenant à la partie divertissante de la chronique, à savoir la relecture crypto-gay du film. Tout le monde la sent, mais je pense que Schumacher (dont nous connaissons les inflexions sentimentales) en a beaucoup rajouté dans cet opus, la suite se révélant plus light à ce sujet. Ca passe essentiellement par Robin, et surtout par sa dégaine. Belle gueule, énorme boucle d’oreille unique qu’on ne peut pas ne pas la voir (et qui disparaîtra mystérieusement dans la suite), c’est un stéréotype connoté mais bon, on ne va pas oser le dire. En faisant le ratio du temps que Bruce et Robin passe ensemble, et celui que Bruce passe avec la docteur soit disant sa copine, on note une légère préférence pour le jeunot aux cheveux courts. Mais cela explose surtout pendant quelques scènes précises, type Robin qui a revêtu son costume, et dont les paroles « je voudrais être à tes côtés » prennent des accents assez facilement détournables. Si on rajoute la poignée de main virile qui suit et les premiers plans téton-cul d’armure en latex, le doute n’est plus permis. Et le cliffhanger, où Bruce doit choisir entre Robin et la docteur. Difficile de se retenir de rire tant les intentions sont évidentes, et la séquences de chute va donc délivrer une réponse sur la validité de cette grille de lecture. La scène est plus subtile que prévue, puisque Batman  sauve D’ABORD la femme, puis la laisse en l’attachant à un fil d’acier (la réception a dû être agréable ainsi que les chocs contre les parois du puit) et réceptionne Robin en lui faisant faire un atterrissage en douceur doublé d’un câlin évident. On peut donc débattre, mais mon avis est fait (la docteur n’est qu’un paravent, le dernier plan est éloquent sur la figure de couple dominante). Dois-je en rajouter sur le couple Double-face/l’homme mystère ? En fonctionnant avec les bons gros clichés, Gotham s’éclaire sous un jour nouveau, assez amusant d’ailleurs quand on connaît les intentions familiales de départ. Encore un complot sodomite pour pervertir la jeunesse…

 

1/6


1995
de Joel Schumacher
avec Val Kilmer, Tommy Lee Jones

 

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 16:26

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Avec Klip, on prend une bonne couche de portrait social, asséné avec une force prenante qui immerge sans retenue son spectateur dans le quotidien d’une adolescente serbe qui décide de s’insérer en force, en se conformant à tous les codes de la génération qui l’entoure. Il appartient au club très fermé des films dans lesquels on est tellement immergé qu’à moins de faire partie de la catégorie visée (qui par effet miroir risque de s’embêter devant un simple reflet de miroir), le portrait est si violent et si naturel qu’il tend à passer pour une étude de cas. En résulte alors un objet cinématographique puissant, peu ambitieux et parfaitement cohérent dans sa logique.

L’histoire : Jasna, lycéenne, aime sortir avec ses amies et brancher les mecs en soirée. Alors qu’elle jette son dévolu sur Dole, jeune homme sportif et violent, sa mère s’interroge sur ses occupations.

 

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Autant le préciser directement, j’ai vu ce film en VO serbe sans le moindre sous titre. Toutefois, la force du film et l’évidence du contexte le rendent ouvert au public malgré la barrière de la langue, car le contexte, les impressions, et les situations sont universelles (en tout cas européennes, radicalement différent d’un calibrage américain comme celui d’un Spring Breakers, ou des films de Larry Clark). La banalité du cadre et du parcours de notre héroïne sont facilement abordables, et a donc vocation à faciliter l’immersion. A partir de là, le film divisera : ceux qui y verront un vide total (vu que c’est une immersion intime dans la vie d’une adolescente, ça a déjà été vu), et ceux qui aimeront le postulat punk très frontal du film. Car c’est bel et bien un film qui s’attaque frontalement à un portrait générationnel, celui des filles qui deviennent des salopes parce que c’est ce qu’on attend d’elles. Se conformant à un niveau sexuel explicite (les scènes pornos sont nombreuses, toujours filmées avec les portables de chacun), Jasna croit qu’elle aime et est aimée pour son attitude, et qu’elle y gagne également une forme de respect, de reconnaissance vis-à-vis de ses camarades. Elle se conforme au schéma scandé par les musiques de boîte qui tournent en boucle partout, par les sorties shopping où le dernier string froufrou est la jouissance du jour, et par ce qu’attendent les garçons de leur âge. La gente masculine aime boire, et rouler des pelles aux salopes qui sucent à la demande. Si le constat est limpide, le film en évite la lourdeur, et rend immédiatement fonctionnel chacun de ses personnages, sans outrer les postures plus qu’il n’en faut. Même l’usage récurrents des vidéos pixélisées ne jure pas dans le contexte (or ce détail technique est sacrément casse gueule). Ainsi, le film capte les aspirations et les envies de sentiments de Jasna, qui se travestissent dès que son mâle est en approche en avances sexuelles explicites, car c’est via ce prisme que les mâles veulent interagir avec elles. Et que le basculement vers les sentiments purs semble tout simplement impossible, les compteurs semblant repartir à zéro  quand la séquence baise est achevée. Sans doute que le contexte familial est un peu cliché (décalage de génération, peu d’espoirs dans le futur…), mais la limpidité de l’exposition permet de compenser la redite par le ressenti assez vif de la caméra. Pour un constat connu, on garde la puissance de l’immersion, et la confrontation direct au trash des situations traversées par notre adolescente (la scène où elle mime une chienne devant un Dole qui la fouette avec une ceinture) accentue la violence du constat. On pourra noter quelques faits intéressants à son sujet (comme son interdiction en Russie), mais les faits sont là, évidents et abordés sans détour. Une bonne petite claque en somme, et un film qui touche juste là où Spring breakers perdait rapidement pied…

 

4,8/6


2011
de Maja Milos
avec Isidora Simijonovic, Vukasin Jasnic

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