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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 20:34

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On attendait le retour de Christophe Gans dans les salles depuis 2005 (enfin, moi en tout cas). Huit ans d’attente, pendant lesquels le projet de Fantomas a été conçu puis avorté, et qu’un Cavalier suédois galope encore dans les tiroirs des scénaristes. Puis cette relecture de La belle et la bête, inattendue et plutôt enthousiasmante. Passer après Jean Cocteau, c’est quand même la classe et le défi, à la fois pour réaliser un blockbuster équilibré et ambitieux. Hélas, si la direction artistique sauve le film, de sérieux problèmes peinent à lui faire franchir le seuil de la moyenne…

L’histoire : Un marchand faisant faillite se voit contraint de s’exiler avec sa famille dans une maison de campagne. Ayant un retour de fortune, il décide d’offrir à ses filles un cadeau. La plus jeune, Belle, demande une rose…

 

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Je vais essayer de passer rapidement sur l’admiration que j’ai pour Christophe Gans. Qu’on critique la mollesse de Crying Freeman, l’hétérogénéité du Pacte des loups ou la désincarnation de Silent Hill, il a toujours offert des monuments d’ambiance, en se dévouant corps et âme à développer son projet, cherchant à la fois la classe, l’action et la profondeur (dans ses personnages, leurs sentiments et leurs choix). Et avec quel panache ! C’est le mot « panache » qui ressortira toujours avec Gans. Mais pas ici. Comme le laissait, hélas, entrevoir les bandes annonces au fur et à mesure que la sortie se rapprochait, le script part dans plusieurs idées sans en privilégier, ce qui donne carrément un goût d’inachevé rajoutant ça et là des touches inutiles qui alourdissent le film plutôt que de l’alléger. Le meilleur exemple de ce genre d’incongruité sont les tadums, sorte de petites mascottes vouées à être imprimées sur les paquets de pop corn, conçu pour leur bouille trop mimi histoire de rameuter les gosses dans la salle, alors qu’ils ne servent finalement à rien de plus que meubler quelques séquences (oui, c’est mimi, mais bon, on aurait aimé, quitte à les voir davantage, qu’on leur accorde plus d’importance que des bibelots vivants). Le plus dur, dans une adaptation de conte moderne, c’est de faire la part entre la naïveté visée (tout en simplicité et en sincérité) et la niaiserie, son alter égo pataud et agaçant. Et cette version navigue un peu entre ces deux là, allant de l’un à l’autre en peu de temps, et sous plusieurs formes.

Question direction artistique, c’est clairement elle qui sauve le film. C’est la grande classe question décors et ambiance, du gothisme enfiévré comme seul Gans pouvait en faire. Sans lorgner vers Burton (ce qu’on pouvait craindre), il nous offre un château somptueux et des séquences bal merveilleuses (sans parler des banquets, on retrouve le faste d’un Legend). A l’exception des couronnes, les robes de Belle sont somptueuses, et pour l’enchantement visuel que constitue le film, il convient de le visionner au cinéma. C’est sur le reste que cela pêche un peu. Question acteur, Léa Seydoux confirme ce qu’on pensait d’elle, à savoir que c’est quand elle veut (capable de passer du ton juste à la contre-performance en un seul plan). On retiendra essentiellement la performance de Dussolier très investi dans son personnage de père honnête, et bien sûr le Vincent Cassel, mais la profondeur très relative de ce personnage. Car c’est probablement là que La Belle et la Bête se révèle le plus décevant : en allant trop vite, il gâche beaucoup les sentiments des personnages, et prétend faire naître l’amour alors qu’on ne le voit éclore à aucun moment… Que la bête ait un cœur tout mou et qu’il soit prêt à s’attacher à la première jouvencelle de passage, passe encore, mais que Belle, hautaine et méprisante, prétende qu’elle l’aime après seulement une petite semaine… On se fout un peu de ma gueule, là… Le Disney faisait bien mieux en moins de temps… Peu importe les détails sensés étoffer les personnages (le papa négocient et ses petites affaires, Perducas le bandit remplace Gaston le chasseur…), le schéma suivi est trop simple, et surtout beaucoup trop expédié, comme si l’amour de pacotille promis n’avait autant de valeur que ceux des joyaux que la Bête sort par pelle de ses coffres. Si des efforts notables ont été fait autour de la Bête et de sa malédiction (permettant d’orchestrer de magnifiques scènes de flash back et de faire apparaître ces merveilleuses lucioles), le romantisme ne convainc pas un seul instant le spectateur, pas plus que le cabotinage d’Eduardo Noriega qui semble avoir bien du mal à retrouver un rôle à la mesure de son talent. Et beaucoup d’idées semblent avoir été avortées, ou conclues à la va vite (seul un cheval connaît la route pour le château, or Belle murmure qu’elle veut y retourner et pouf miracle, la forêt la guide). Le destin de Perducas en est une autre preuve tout aussi criante, même si je ne spoilerai pas. Enfin, les effets spéciaux arrivent un peu sans qu’on les attende, malgré leur finition assez majestueuse. Les géants de pierre sont très beau, oui… Mais était-ce bien nécessaire ? De même que ces lianes numériques reprenant les mouvements des barbelés du final de Silent Hill ? Il semble que les idées n’ont pas manquées, mais que personne n’a su faire le tri…

Pour conclure, on dira que la fin manque sacrément… de panache. Oui, c’est cela, la fin n’a vraiment pas la classe, balançant par la fenêtre le cadre idyllique de la vie de château pour le pavillon de banlieue potager, où le grand prince apprend à planter des pommes de terre pendant que Belle lit des histoires aux nenfants dans un tablier rose bonbon. Voir un tel dénouement, de la part de monsieur Christophe Gans, c’est quand même refroidissant. Genre c’est la retraite, tous à la campagne, en Savoie ! Les versions précédentes appelaient à un peu plus de prestige, quand même… Enfin bon, on prend une claque visuelle avec ce kitsch éblouissant (un des plus beaux exemplaires de ces dernières années), donc on veut être gentil en disant que sur la forme, le Christophe et son équipe (on doit la bête à Patrick Tatopoulos, pour ceux qui se demandaient ce qu’il avait pu faire depuis Underworld 3…) ont fait un sacré boulot. Dommage que le reste laisse à désirer surtout question sentiments, ça ne pardonne pas…

 

2,9/6


2014
de Christophe Gans
avec Vincent Cassel, Léa Seydoux

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 17:47

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Avec Assaut sur Wall Street, Uwe Boll se laisse un peu emporter par le courant de la bancophobie, en exploitant lui aussi le filon de la crise financière et le terrain du darwinisme social, en confrontant des traders et conseillers boursiers avec la classe moyenne aigrie qui décide de rendre les coups, mais en direct. Continuant sur la lancée d’un Rampage, il continue d’afficher une certaine admiration pour les meurtriers de masse, ici retranscrite par une proximité viscérale et un réalisme glacial qui font clairement les qualités des crus sérieux d’Uwe Boll. Ou quand l’exploitation se met au service d’une intensité payante.

L’histoire : Jim est un ancien para devenu vigile, marié et propriétaire de sa maison. Avec la crise financière, son conseiller bancaire lui apprend qu’il est en faillite. La situation ne cesse d’empirer, les économies du couple ayant été investies dans des CDO ruineux.

 

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Uwe Boll est un homme d’exploitation, il n’y a pas à en douter. Une bonne partie de sa carrière étant basée sur l’exploitation naveteuse de licence de jeux vidéos, le bonhomme a décidé depuis quelques années de lancer des projets sérieux où il part à fond dans le glauque ou le propos social, négligeant toute forme de censure (l’irregardable Postal) et allant à fond dans son propos. Ce qui est assez intéressant avec Assault on wall street, c’est qu’il garde une certaine dignité, et une pudeur assez inattendue dans l’exploitation du drame social cliché qu’il se propose d’illustrer. Les termes techniques, les échanges entre les banquiers et Jim (et entre traders également), l’approche de sa vie quotidienne, tout est fait avec un souci de réalisme et de fonctionnalité qui n’était pas vraiment gagné d’avance (même un film comme God Bless America exagère son propos social), surtout avec Uwe Boll. Il met un certain soin à équilibrer sa mise en scène, tentant de cadrer au maximum avec la réalité, histoire que l’implication soit limpide et évidente. D’où ce côté exploitation, mais qu’on a du mal à reprocher avec une approche aussi réaliste (car Uwe Boll filme la crise comme beaucoup l’ont découverte). La violence du propos social vient du harcèlement bancaire lançant sans arrêt des courriers de plus en plus menaçants, accroissant les pertes et organisant finalement la saisie immobilière, sans que la moindre manœuvre juridique puisse être amorcée (les files d’attente sont interminables et les avocats compétents onéreux), et sans que la moindre option décente soit laissée aux épargnants. Histoire de rajouter un peu de pression, la femme de Jim nécessite un traitement médical, qu’elle commence à interrompre pour laisser de la marge de manœuvre à son mari. Beaucoup de clichés qui forment un tout cohérent et efficace, bien supporté par des prestations d’acteurs tout à fait à la hauteur, et qui s’assure de l’intérêt du spectateur par le côté « pris aux tripes ». Les meurtres en masse sur les responsables de la crise et les gros bonnets des finances ayant été le fantasme de 99% de la planète au cours des dernières années, chacun peut trouver dans ce film un exutoire intense, qui finit par rendre coup pour coup et gore à l’appui dans la gueule de ces arnaqueurs en costards cravate qui ont ruiné tant de vies pour sauver leur train d’existence. Inutile de chercher une once d’empathie (à l’exception d’un encravaté père de famille, tout le monde y passe) ou de nuance avec les banquiers, le film se la joue manichéisme sur son dernier acte sanglant, où il tire dans le tas et pose les questions après. Une formule expéditive, mais dont l’efficacité et l’implication font merveille. Avec une petite sortie bien menée (et un dialogue social costaud), Assault on Wall Street se consomme comme un honnête film, suffisamment engagé pour transformer l’exploitation en efficacité et ainsi gagner une honnête réputation dans la filmographie de Uwe Boll.

 

4/6


2013
de Uwe Boll
avec Dominic Purcell, Erin Karpluk

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 17:34

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On le sait, l’ultraviolence est un petit sel qui intervient ponctuellement au cinéma, et spécialement dans le style underground, qui aime la transgression. Chaque pays a ses artistes engagés et ses petits accès de nervosité (dans notre patrie, nous pourrions citer Seul contre tous). C’est au tour de l’Espagne de tenter de se démarquer sur le terrain avec Kidnapped, en faisant des choix unilatéralement axés sur l’efficacité et le réalisme sec. Un angle d’approche percutant qui ne débouche que sur un vide condamnant définitivement son cas.

L’histoire : Une famille emménage dans sa nouvelle maison. La nuit venue, ils sont brutalement agressés par 3 hommes masqués qui veulent leur dérober leurs richesses. Commence alors une rapide descente aux enfers.

 

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C’est typiquement le genre de film extrême dont je n’ai rien à faire. Le plus frustrant est probablement d’y avoir cru, tant les promesses de réalisme extrême annonçaient la bérésina à venir, mais bon, il est malhonnête de juger sans avoir vu  (qui serait assez ingrat pour prédire qu’un I frankenstein soit une merde, dans un autre registre ?). Le film mise donc intégralement sur l’efficacité, et sur rien d’autre. C’est un angle d’attaque plutôt bon, car il permet une vigueur de mise en scène et vise l’implication frontale du spectateur par les baffes à répétition. Pour un genre aussi rebattu que le Home Invasion, seuls comptent l’efficacité et les performances d’acteurs. Pourtant, avec ces deux qualités, Kidnapped se casse la gueule en beauté, et malgré sa courte durée de 85 minutes, parvient à ennuyer le spectateur au bout de 40. A cela, une seule raison : l’implication du spectateur est impossible. Car l’insipidité totale des protagonistes, l’absence de la moindre trace de charisme en eux ou en les bourreaux, condamne le spectateur à assister, dans l’impuissance, au déchaînement de violence sans pouvoir y changer quoi que ce soit, et sans pouvoir s’imaginer à la place de ces victimes hurlantes et salement malmenées par des psychopathes notoires qui commencent par menacer et ligoter pour ensuite tuer, violer et torturer nos punching ball humains sans qu’ils puissent y changer la moindre chose. Les films inéluctables, oui, ça peut avoir un intérêt (tout le monde semble citer Irréversible pour faire la comparaison), mais quand la violence ne débouche sur rien, qu’on nous balance un viol gratuit, un pétage de rotule en full frontal, un poignardage sommaire, et là le générique de fin, excusez moi de me sentir quelque peu floué ! Apologie du vide, fait divers glauque sans le moindre intérêt (aucun dialogue, aucune psychologie, aucune forme de divertissement (Mother’s day était efficace, fin et bien écrit, mais assumait son côté divertissant, hors de propos ici) ni de réflexion, c’est une sorte de variante de Poughkeepsie tapes ou d’un August Underground, avec autant d’utilité et d’efficacité. Un Funny Games, malgré son parti pris polémique vis-à-vis de la violence, avait un but derrière l’étalage de tuerie gratuite. Un American nightmare avait un contexte social à développer et de vrais idées polémiques. Evidemment que dans la vraie vie, ce genre de violence n'a pas plus de sens et se révèle tout aussi gratuit. Mais à quoi bon l'étaler alors, si les rubriques faits divers s'en chargent déjà si bien ? Ici, les statuts de victimes sont définis dès l’introduction, et malgré un petit rebondissement aux deux tiers (un espoir vite conclu), ne bougera pas beaucoup (la palme quand les victimes laissent à plusieurs reprises les bourreaux leur arracher les armes des mains pour en reprendre une couche). A ce rythme là, on est presque dans La maison au fond du parc. Certes, le film noie le poisson avec une caméra à l’épaule musclée et lisible, et plusieurs séquences Depalmiennes où l’écran, divisé en 2, suit simultanément deux scènes différentes (avec la tragique erreur de filmer deux moments de tension en même temps, ce qui fait que le spectateur ne sait plus où focaliser son attention). En fait, la fin représente bien l’état d’esprit du film (je ne la spoilerai pas malgré l’envie), montrant combien on se foutait de toute façon de l’issue, le nihilisme tentant de se substituer à l’absence totale du moindre propos, qu’il soit sociologique ou psychologique. Une famille insipide et une brochette de sadiques en mode réaliste et en roue libre, si on enlève le fun pour ne le remplacer par rien (on est dans un voyeurisme ultra complaisant qui adore filmer les actrices en train de beugler et les bourreaux les tripoter avec leurs gants en cuir), on voit vite dans quelle case ranger un objet aussi racoleur. Irréversible cherchait la métaphysique aussi, et voulait transcender son pitch minimaliste, alors que Kidnapped l’exploite bassement sans le moindre intérêt intellectuel autre que pousser à bout les acteurs. Potentiel gâché, sans surprises…

 

0,3/6


2010
de Miguel Angel Vivas
avec Fernando Cayo, Manuela Vellés

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 17:26

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Maria Beatty est une réalisatrice pour le moins audacieuse, qui a pris le parti de consacrer son talent dans un secteur du cinéma bien particulier : le porno lesbien sado-masochiste. La preuve d’un bon goût déjà évident, associé à une large palette de moyens métrages sur lesquels je reviendrai dans un article ultérieur (leur esthétique l’impose). Toutefois, elle sait subtilement varier les intensités de ses œuvres, à l’image de Bandaged, qui a fait son petit tour dans les festivals et fait parler de lui, avec toujours cette touche de fétichisme dont Beatty a le secret…

L’histoire : Arthur est un médecin étrange qui vit dans une maison à l'extérieur de la ville. Là il retrouve tous les soirs sa fille Lucille et la grand-tante dévouée de cette dernière. Les deux femmes sont prisonnières en ces lieux sans pour autant être malheureuses. Mais un jour que Lucille explique à son père qu'elle souhaite se rendre à la faculté pour étudier la poésie, celui-ci se moque de ses aspirations en lui répondant que seule la médecine compte. Oppressée elle tente de se suicider et se défigure. Son père se met alors à la soigner et engage une infirmière pour l'aider. Ingrid, l'infirmière et Lucille, sa jeune patiente, vont alors développer une relation entre fétichisme et masochisme...

 

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Le jeu de mot Bandaged/bondage annonce déjà la couleur, et pourtant, la subtilité et le raffinement du résultat s’éloigne du simple drame homo (et du porno) pour faire dans le fantasme esthétique. Le style de Maria Beatty est définitivement aguicheur, car son côté fétichiste lui impose, à chaque projet, de réaliser un beau film (c’est ce qui fait le principal intérêt de sa filmographie, qui pour le coup se situe bien dans le cadre d’une pornographie lesbienne, plutôt soft en général, mais dont l’intensité augmente en fonction des projets (the boiler room, par exemple, plus pornographique qu’esthétique)). En l’état, Bandaged est un objet délicieux, qui prend le ton du drame familial assez vite, et qui cultive une esthétique intimiste séduisante. Obnubilée par de nombreux détails qu’elle met en valeur (sa mise en scène fétichiste y est pour beaucoup), Maria Beatty fait preuve d’une réelle subtilité dans la caractérisation de ses personnages, tentant d’insuffler un peu d’humanité dans les entités qui lui serviront à planter la relation fétichiste qui sera au cœur du récit. A l’image de ses précédents travaux, Maria veut faire un film d’ambiance (c’est d’ailleurs cette ambiance incroyablement dense qui m’a fait aimer plusieurs de ses projets). Elle cherche donc toujours à lécher ses plans, à trouver un parfait équilibre entre les interactions des personnages (dialogues classes, grande prédilection pour le muet) et le plaisir de l’oeil (mise en scène soignée avec le luxe d’une reconstitution rétro). Tout est affaire d’ambiance, et celle dans laquelle baigne ce film (qui sent l’ouate et les draps d’hôpitaux) aura vite fait de séduire les esthètes qui découvriraient l’objet en question. L’arrivée de l’infirmière est donc l’élément déclencheur de la sensualité promise, qui passe alors par tous les soins prodigués par une femme proche de la quarantaine à sa patiente à peine majeure. Si le spectateur peut toujours garder un sourire en coin de lèvre (le fantasme de l’infirmière est totalement remis au goût du jour, exploité continuellement avec une connotation lesbienne dont l’intensité prête à sourire), impossible de nier la beauté des scènes et le jeu plutôt subtil des actrices, révélant divers traits de caractères (pour la patiente, un mutisme qui se mue en passion pour sa bienfaitrice, et pour l’infirmière, un amour quasi maternel pour chacun de ses patients, et la participation récente à une euthanasie dont elle ressent encore l’intensité émotionnelle). Le soin que met Beatty à dépeindre son univers et à la rendre « cohérent » (on parle quand même de greffe de peau révolutionnaire) n’en rend que plus efficace ces scènes ponctuelles à l’érotisme vif, mais maîtrisé (l’objet choisit de rester sobre sur ce terrain, histoire de n’heurter personne). On y ajoute la transposition d’un sado-masochisme très soft dans le registre médical (les bandages remplacent la cagoule et les menottes, une toilette devient un terrain propice aux caresses…), et on a le sel des productions Maria Beatty, dans une enveloppe de luxe de film médical à cachet d’auteur (le type de Douglas Buck). Avec un tel soin accordé à ces protagonistes et une facture visuelle de cette intensité, on pardonne largement à Maria Beatty un dénouement vite expédié (mais cohérent, la relation fétichiste ayant toujours été perçue comme un espace de liberté au milieu de la prison que le père n’a cessé de construire autour de sa fille). Un climat inattendu et bien maîtrisé, et pour les profanes, une excellente initiation au style de Maria Beatty.

 

4,5/6


2009
de Maria Beatty
avec Martine Erhel, Susanne Sachße

 

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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 13:38

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Après la stratégie ender et hunger games 2, le blockbuster 2014 qui faisait craindre le pire se nommait Robocop. Après un chef d’œuvre comme le film de Paul Verhoeven, voir un remake venir repomper le succès de l’ancienne formule a indigné les cinéphiles pendant de longs mois. Les rumeurs parvenues sur le tournage rendaient la chose encore plus redoutable, le réalisateur José Padilha parlant d’un véritable enfer dans le refus de nombreux concepts et idées par la production. Pas de quoi espérer quand chose, et les trailers très technologiques promettant de grosses scènes d’action n’aidaient pas non plus à convaincre. Il en ressort finalement un divertissement tout à fait honnête et tout aussi fascinant que ses prédécesseurs, malgré quelques ratées.

L’histoire : alors que l’Amérique a déjà établie une ingérence robotique sécuritaire de plusieurs pays, une loi continue d’empêcher le développement du système à l’intérieur du pays. Afin de renverser l’opinion publique en sa faveur, la compagnie de construction des robots décide de fabriquer un prototype enfermant un humain dans une machine, contournant ainsi la loi anciennement promulguée.

 

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RoboCop 2014 est une excellente surprise en soit, puisqu’il a parfaitement intégré le fascinant concept socio-politique qui entoure Robocop, et qu’il décide lui aussi de l’explorer, en se fixant ses propres règles et en développant son univers. Le remake prend la meilleure tournure qui soit, sans que ses cafouillages ponctuels viennent en diminuer l’impact. Le politiquement incorrect est nettement moins jubilatoire que chez Verhoeven, certes, mais il est bel et bien là, ciblant avec justesse les enjeux qui entourent Robocop, et leur évolution, en prenant des pistes parfois inattendues. Si la question d’Alex Murphy est vite réglée (le réal en profite pour amocher salement Lewis), le film cerne avec une bonne justesse sa condition de cerveau artificiellement maintenu en vie, et commence par faire ressentir le traumatisme en montrant Murphy avec ses seuls systèmes vitaux. Robocop passe la première partie du film sous anti-dépresseurs parce qu’il veut mourir et que les médecins le maintiennent en vie (par enjeu politique, des contrats unissant le chercheur du projet à l’Omnicorp finançant ses travaux). RoboCop sait cultiver les enjeux, autant qu’il sait développer ses personnages et aller dans un sens intéressant. Le chef de l’Omnicorp devient un business man sans morale, mais apte à cerner les attentes du public et à vouloir les combler. Conscient des enjeux du projet, il réalise de bons choix par calcul, et sa logique est limpide. Le docteur chapeautant la conception de Robocop, spécialiste en prothèses robotiques, y voit une énorme opportunité, à la fois juteuse et humainement noble. Mais l’humanité de Robocop, celle qui est promue sur l’affiche, devient vite un problème, limitant son efficacité en face des robots de combats programmés pour appliquer sommairement un programme. Les médecins diminuent alors la part de conscience de l’homme, progressivement, laissant la machine combattre à sa place, tout en lui donnant l’illusion du contrôle. Un très intéressant concept habilement mis en valeur, aidé par le réalisme de la très lourde maintenance du robot (contrôle technique tous les jours, régulation hormonale et nutritive des parties organiques, rien n’est laissé de côté). Robocop, c’est une conscience peu à peu étouffée par des règlements hormonaux et un contrôle de plus en plus poussé de la machine, qui finalement ne brandit plus qu’un visage pour rappeler l’idée originale du projet. La quête de vengeance revient évidemment, entrainant des dérèglements du système de contrôle. C’est peut être cet aspect de Robocop qui convainc le moins, les brusques dérèglements (et une mise en valeur inégale du traumatisme de Murphy) n’étant jamais expliqués.

 

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Car concernant l’entourage familial de Robocop, le schéma suivi est bon. On pouvait craindre des retrouvailles cucul la praline entre l’homme de fer et sa famille, l’entrevue dure à peine deux minutes, et la déshumanisation de Robocop évacue alors les séquences familiales qu’on s’attendait à subir. Le scénario, bien ficelé, fait constamment évoluer ses enjeux, et quand de la corruption arrive, les enjeux politiques pointent alors le problème de la conscience de Robocop, qui outrepasse les ordres en s’en prenant aux personnes de pouvoir. Pas nouveau, mais les personnes puissantes n’aiment pas trop les forces qui font trop de zèle. Inutile de développer la façon dont le film présente les évènements, elle est excellente. Quelques petits regrets ça et là quand même : la vengeance de Murphy est éludée complètement à l’issue d’une gunfight en caméra thermique, la question de l’ingérence américaine robotisée est surtout exposée plus que traitée (l’attentat terroriste de l’introduction n’est pas très convaincant, malgré la mort du gamin abattu par les ED-209), mais c’est surtout la fin qui déçoit. Cédant à un peu de pyrotechnie avec de solides scènes d’action, le film foire sa cohérence en laissant Robocop abattre son « créateur » malgré le verrou technologique qui était implanté en lui. Le tout sans explication. Un détail impardonnable qui relève presque du sabotage quand on voit l’importance que ce film a attaché aux détails jusque là. Mais avec un discours aussi politiquement incorrect sur les médias (Samuel Lee Jackson trouve encore un rôle cynique dans lequel il excelle), difficile de bouder son plaisir. Robocop est un blockbuster nettement plus sympathique qu’on ne pouvait le croire, et il mérite largement qu’on se déplace pour admirer la performance. Même si la fièvre créatrice de ses concepteur a pu être étouffée comme la conscience de Robocop (cet aspect du film est-il cathartique ?), le résultat est un feu d’artifice bienvenu qui retourne à l’esprit des deux premiers, moins facétieux, mais plus actuel.

 

4,5/6


2014
de José Padilha
avec Joel Kinnaman, Gary Oldman

 

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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 13:33

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On ne le dira jamais assez, mais une bonne série B qui sort de nulle part et qui se révèle pourvue de solides qualités est toujours une surprise qu’on prend avec espoir et gratitude. On oublie Moon 44 et ses plagiats aux objectifs troubles (arhem…) pour se tourner vers le nouveau bel essai du genre : Last days on mars. Film surprise ayant fait son petit effet à Cannes, il se distingue, comme son ami The Colony, par un univers graphique très bien rendu et un contexte de SF traité avec un grand sérieux.

L’histoire : alors qu’une mission scientifique prépare le changement d’équipe (la rotation devant avoir lieu 19 heures plus tard), un des géologues découvre une anomalie moléculaire dans un de ses échantillons. Il retourne faire un prélèvement et tombe dans une crevasse.

 

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L’indéniable qualité de Last days on mars, c’est le rendu incroyable de son univers martien avec un budget visiblement modeste (seule la modestie peut générer l’anonymat d’un tel exploit). Jamais l’univers martien n’a été aussi crédible, et une expédition scientifique en territoire extra-terrestre aussi cohérente. Le design de la base, les véhicules utilisés pour l’exploration et l’acheminement du matériel… Tout est fonctionnel, et l’excellente finition des effets spéciaux numérique (le ciel n’est pas bleu, merci !) propulse le film dans la classe des séries B de luxe, qui parviennent à créer un excellent univers avec peu de moyens. Et question cohérence scientifique, le film se décide enfin à tenir la route, en s’appuyant sur des raisonnements scientifiques simples mais fonctionnels, et sur des personnages qui ne sont pas cons ! Enfin, merci, ça fait plaisir de voir des personnages qui réfléchissent un peu, et si leur caractère peut se révéler profondément agaçant, ça ne remet pas forcément en cause leurs compétences ! Jusqu’à la découverte de la forme de vie, le spectateur est tout simplement aux anges, se nourrissant de cet univers avec appétit, et appréciant un déroulement sans faille. Le problème vient peut être de la suite. Il est facile de citer Alien comme source d’inspiration (même si, pour le côté technique, ce serait plutôt Prometheus qu’il faudrait citer), et le script essaye donc de faire preuve d’un peu d’originalité. Et son idée est en cohérence avec la découverte du géologue (d’étranges structures organiques comparables à des fungus (comment j’étale ma science !)), dans une logique de créature monocellulaire primitive. Mais le résultat devient vite banal, devenant un enième avatar d’un genre facilement identifiable. Last days on Mars perd alors de son originalité, malgré une indéniable efficacité dans l’enchaînement des péripéties et les confrontations avec « l’organisme », cumulant dans un final musclé et bien fichu, mais hélas sans conclusion, fait hautement frustrant pour le spectateur. Il reste alors un bon souvenir du film, essentiellement pour ses décors incroyables et son excellent point de départ, un goût d’inexploité se faisant ressentir par la suite. En l’état, pas de quoi bouder son plaisir, le statut de série B du film laisse quand même une bonne part de divertissement, s’articule autour de personnages pas nuls (un peu brouillons, tout au plus), pour un résultat sans la moindre prétention qui témoigne de la sincérité de l’entreprise. Un film honnête.

 

4/6


2013
de Ruairí Robinson
avec Liev Schreiber, Olivia Williams

 

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 13:35

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Avec Conan le conquérant, on passe à un nouveau stade de l’aventure du cimmérien furibard. En effet, quelques années avant, Schwarzy a vilement cassé son contrat pour tourner Terminator 2 (certes, c’est un des meilleurs de sa filmo mais Conan, c’est Conan !), et les droits sont tombés un peu à la flotte. Deux compagnies de production décident de les racheter, et plutôt que de se lancer complètement dans un film, ils décident de tourner un pilote d’une série d’héroïc fantasy, histoire de miser sur des prolongations télévisuelles. Dire qu’on tient un nanar d’anthologie relève de la boutade…

L’histoire : Conan, traversant le royaume d’hyboria ressemblant à s’y méprendre avec une forêt tropicale, se fritte avec un magicien atteint de la maladie de Parkinson et ses armées de ténébreux attardés…

 

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Bon sang, dès l’ouverture du menu dvd, on savait, moi et le spectateur amateur de jeu de rôle qui avait eu le malheur d’être là, que ça n’allait pas être joli. On était clairement en dessous de la réalité, vu l’ampleur télévisuelle de l’immondice nommée Conan le conquérant (et pour cause, il s'agit bien d'un pilote de série TV)… Ralph Moeller (culturiste à la stature impressionnante et au charisme assez rebutant) fait quelques passes d’arme sur la plage, des pin up refaites dans des sacs de pomme de terre, des monstres numériques… C’est seulement le générique d’intro qu’on sait déjà que c’est foutu. Alors on regarde en pouffant, nous remémorant nos premières parties de jeux de rôles qui étaient à peu près de ce niveau là. Le méchant magicien mime la crise cardiaque en hurlant à la mort et en écarquillant les yeux avant d’engueuler ses sbires en agitant constamment la tête de gauche à droite (peut être pour montrer la colère du personnage, je mise plus sur le début de Parkinson…). Conan découpe une biche fraîchement chassée, puis il se la fait voler par un village vivant dans des yourtes en palmier construite en 30 minutes sur une plage de cailloux visiblement submergée à chaque crue. Il arrive et commence à festoyer avec les villageois (espionner les figurants en second plan est un bon moyen d’exploser régulièrement de rire tant ces derniers semblent livrés à eux même dans le rayon des imbécilités) quand les méchants soldats du magicien viennent leur fritter la gueule. C’est merveilleux, on a alors droit à des ralentis où l’on voit clairement les armes passer à côté des figurants qu’elles touchent ou se tordent lors des impacts. Conan mettant en retraite à lui tout seul la quinzaine de gardes présents, le calme revient bientôt. Conan est alors mis au courant de l’existance d’une prophétie à propos d’un barbare devant tuer le magicien avec une épée légendaire. Il y a tellement de péripéties naveteuses par la suite (dont un combat dans une arène complètement vide et la découverte de l’épée légendaire à se lacérer les genoux devant le monstre en plastique) qu’il convient de découvrir dans les formes ce sacré petit morceau de nanardise bien installé dans son fauteuil, avec la bière à portée (surtout quand le magicien parle à une marionnette). Inutile de comparer avec l’ancien conan (Kalidor nage loin au dessus…), ce nanar nage loin en dessous, ménageant des fondus au noir toutes les 15 minutes et souffrant de graves clichés (le nain boute-en-train, ou comment rendre ridicule un personnage…) qui demandent un sacré humour pour visionner l’objet dans son ensemble. Il n’y a que sa rareté qui soit son plus précieux atout…

 

0/6

 

1997

de Gerard Hameline

avec Ralf Moeller, Danny Woodburn, Robert Mcray

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 13:27

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Retour de l’underground expérimental sur le blog ! Certains cinéphiles éclairés connaissent peut être Patrick Bokanowski, réalisateur de films expérimentaux (La femme qui se poudre doit être son plus connu). Inutile de chercher le moindre sens dans ses œuvres, quintessence de l’expérimental technique qui joue avec de nombreuses caractéristiques de la pellicule, pour livrer des énigmes envoutantes. L’ange, long métrage tourné en 1982, se voit donc comme une authentique expérience sensorielle.

L’histoire : un couloir, une pièce, une poupée pendue au plafond, un individu masqué s’exerçant au sabre, puis des gens…

 

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Il faut sans doute avoir un léger grain de folie pour chercher à apprécier l’œuvre de Bokanowski tant cette dernière se révèle dure (éprouvante) à suivre, surtout sur la longueur. Durant les premières minutes du film, nous verrons un sabreur  maltraiter une poupée dans une pièce vide et sombre. Il n’y aura rien de plus. Ce qui fait la particularité de l’Ange, c’est le montage totalement expérimental. Bokanowski varie régulièrement les plans de son mystérieux bretteur, et s’amuse beaucoup avec en salle de montage. Ralentissement des actions, découpage stroboscopique, variations lumineuses, gros plans accélérés, superposition de plusieurs plans… Un véritable catalogue de procédés visuels datant de la grande époque de la pellicule, qui vise une contemplation longue d’une action banale répétée à l’infinie, dont la répétition, selon les techniques, laisse parfois apparaître des plans d’une beauté troublante. Bokanowski va au-delà de tout message. Comme sur sa femme qui se poudre, après l’épanouissement visuel (encore faut-il aimer l’esthétique expérimentale), c’est l’ambiance particulière qui façonne l’impression du spectateur. Accompagné ici d’un simple violoncelle qui semble lui aussi expérimenter en live sa partition, le spectateur a l’impression d’assister à une scène étrange. Une sorte de torture porn sous acide dont la répétition des mauvais traitements viserait à rendre folle la victime (ici, une poupée). Que l’absence de vie rend éternelle, et constamment à la merci du vil épéiste masqué, plus proche d’un leatherface que du masque de fer… Puis de nouveaux personnages apparaissent, et le film se met alors à suivre une foule de nouveaux protagonistes, tous masqués d’argile. C’est alors une véritable société que se met à filmer Bokanowski, des scènes quotidiennes toujours soumises à la folie visuelle de son auteur, qui trouve dans le contexte du XVIIIème une ambiance vraiment particulière, à cheval sur la reconstitution historique et l’expérimentation visuelle (avec une séquence comme la reconstitution d’une expérience optique avec les instruments de l’époque et la fièvre visuelle de l’auteur). Il y a une impression de steam punk par endroits, sans les détails techno-mécaniques qui font la marque incontestable du genre. Incontestablement, l’Ange est une œuvre qui ne cesse d’évoluer, avec, ponctuellement, cette fascination pour les silhouettes (les plans en extérieur) qui apparaissait dans La femme qui se poudre. Bokanowski fait de l’expérimental gratuit, mais il expérimente en prenant soin de varier régulièrement ses plans, et d’enrichir toujours son univers esthétique par de nouvelles séquences (celle du pichet, la toilette, la bibliothèque…) qui pose pendant quelques minutes une réelle ambiance. Une pure œuvre d’esthète, sans énigme, dont chaque image pourrait être un tableau.

 

5/6


1982
de Patrick Bokanowski
avec Maurice Baquet, Jean-Marie Bon

 

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 13:23

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Ah, le bon vieux retour des navets français chez Vora ! Avec On ne choisit pas sa famille, Christian Clavier passe derrière la caméra pour réaliser une bonne vieille poilade à l’ancienne sur le sujet brûlant de l’homo-parentalité, incarné gentiment par le couple Muriel Robin/ Helena Noguerra. Avec le sujet bouillant de l’adoption d’enfants étrangers, le film accumulait le potentiel pour un navet social de premier ordre. Raté, c’est simplement une comédie sans saveur.

L’histoire : apitoyées par une orpheline pendant un reportage en Thailande, Kim et Alex, un couple de lesbienne décide de l’adopter. Cette dernière ayant été recueillie dans un orphelinat catholique, elles décident de faire passer le frère d’Alex pour le mari de Murielle.

 

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Alors là, on a un parfait exemple du Vaudeville réadapté pour l’écran avec toutes les thématiques inhérentes au sujet, traités avec une légèreté parfaitement assumée (on est là pour rire, pas pour parler), qui devient vite un one-man-show pour Christian Clavier. Le couple des lesbiennes est mis en scène de façon exemplaire (à l’exception des baisers attestant de la relation, aucun dérapage homophile), raisonnable, responsable, bref, c’est le couple idéal pour voir d’un bon œil cette adoption (car la (prochaine) frontière est celle des parents hommes, car les femmes c’est plus doux, alors que les mecs c’est plus dur). Mais alors pour Clavier, c’est le beauf total (concessionnaire automobile aux origines italiennes flanqué d’une teinture cuivre innommable) qui se retrouve dans la galère des pays étrangers. On ne pourra jamais profiter ne serait-ce que du paysage tant il squatte l’écran, nous condamnant à une avalanche de gags ineptes sans fin, que l’on finit par compter comme des bornes pour voir enfin le bout du tunnel. Mais il faudra en faire, de la route, avant d’y parvenir. Entre temps, les relations de vaudevilles se poursuivent entre le docteur suspicieux tombant amoureux d’Alex se développent avec des quiproquos de rigueur, le film tente de nous faire rire d’un homosexuel efféminé au dernier degré (avec le chiwawa de rigueur), Clavier finit en taule avec ses conneries… Si, dans la noyade, le film perd de vue son sujet polémique (pour le meilleur, sans aucun doute), il nous entraîne au fond avec lui, jusqu’à un dénouement attendu et sans surprise, aussi drôle qu’une poutre en béton armé. Même pas besoin d’être méchant, encore une fois, c’était écrit sur l’affiche…

 

0/6


2011
de Christian Clavier
avec Christian Clavier, Jean Reno

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 18:36

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Depuis que Nolan a réalisé sa trilogie sur le Batman et refondu le mythe pour des thèmes plus actuels, tout le monde semble s’être aligné sur ce nouveau standard. Les irréductibles de sont réfugiés dans les jeux vidéos (les excellents Arkham Asylum et Arkham City)… ou les DTV avec The Dark Knight returns. Ce dernier, réalisé en deux parties, possède l’excellent avantage d’allier à la fois l’esprit badass du héros et de son univers (méchants icôniques) et des idées politiquement très engagées qui tendent à faire jubiler le spectateur, qui peut alors prendre avec distance ce film osant parodier la réalité et certains de ses travers. Une véritable surprise dans son genre.

 

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The dark knight returns, part 1 : Cette première tentative marque un coup d’essai réussi, malgré une vision très « cobra » de la justice (mais sans la peine de mort généralisée à tous ces criminels qui sentent mauvais et qui sont laids comme des communistes). Mais ce manichéisme est assez propre à l’esprit de Bruce Wayne, d’ailleurs montré ici comme ayant des tendances schizophréniques. Question histoire, 10 ans après la dernière apparition de Batman et à 1 mois de la retraite du commissaire Gordon, un vaste gang met Gotham à feu et à sang. Les flashs infos relaient leurs méfaits avec moults détails gores (meurtres d’enfants, tueries gratuites…), la police est dépassée, bref, le batman revient parce qu’il fait mauvais temps, et parce que la criminalité a changé. Aussi faut-il prévenir qu’on tient là un des animés les plus violents mettant en scène un héros aussi populaire. The dark knight returns a des airs de Robocop, à la fois par sa violence (du sang gicle quand les balles fusent) et par sa lecture intelligente de l’actualité. Traitant frontalement les dérives psychologiques (un double face complètement atteint) et dénonçant avec violence les psychiatres défendant les criminels en en faisant des victimes, le récit se teinte d’une sacré noirceur quand il s’agit de faire intervenir les figures connues des ennemis de la chauve souris, et n’a de cesse de faire progresser les enjeux, en se focalisant finalement sur la menace des Mutants, menés par un chef de gang dégénéré qui n’a rien à envier à Bane. C’est d’ailleurs au cours des affrontements contre cet adversaire que le film se révèle d’une violence sèche, Batman se faisant tout simplement démolir la gueule à coup de pieds de biche. Dans le genre maltraitance d’icône, y a du sang qui coule. On rajoute le personnage de Robin, adolescente dégoûtée par sa génération de branleurs d’étudiants, et on obtient une équipe motivée.  Et par-dessus cela, une nouvelle couche de politique s’ajoute. Le maire, dans un vent de démagogie, commence à vouloir négocier avec les criminels, les politiques perdent leurs couilles alors que les Mutants se répandent en ville, jusqu’à ce que Batman se décide à combattre à nouveau le chef des mutants dans un combat à mains nues, histoire de bien démoraliser le gang. The dark knight returns a cette idée en tête : l’humanité est constituée de beaucoup de suiveurs, et c’est finalement au leader d’incarner l’exemple et la ligne de conduite. Le film ayant l’intelligence de cerner les points sociétaux relatifs à l’existence de Batman et à les exposer clairement, le spectateur est parfaitement en état de prendre de la distance et de réfléchir de son côté, histoire de profiter pleinement de cet épisode, un peu plus riche qu’un Batman contre le fantôme masqué. Une œuvre intense, mais qui déplaira aux opinions de gauche (quand un interviewé dit « On devrait défendre les droits des criminels, ces gens sont victimes du cadre dans lequel ils vivent, et méritent d’être réinsérés avec notre aide… hein ?... Ah non, je ne suis pas de cette ville ! », on sait qu’on a pas affaire à de la langue de bois).

 

4,5/6


2012
de Jay Oliva
avec Ariel Winter, Peter Weller

 

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The dark knight returns, part 2 : On tient clairement ici le meilleur opus des deux, sur tous les plans. Pour les fans de Batman, rarement le héros aura été aussi charismatique et vecteur d’une volonté citoyenne de cette trempe. L’arrivée du Joker (qui ridiculise sur tous les plans le petit histrion fabriqué par Nolan) comblera tout le monde, et l’arrivée d’un atout de très gros calibre, avec des réflexions sur les mythes du super héros et du vigilante, feront tout simplement jouir les partisans du justicier de l’ombre. D’un point de vue mythe, ce film est une aubaine inespérée, qui tire les personnages à de bien plus ambitieuses intentions que son prédécesseur. Inutile de dire que ce film n’est toujours pas à destination des enfants, au vu de sa violence (Batman se fait littéralement éventrer par le Joker) et de son intelligence. Car pour ceux qui seraient moins fascinés par les costumes (j’adore celui de Bruno, sorte de blonde pulpeuse poitrine découverte avec des croix gammées cachant ses mamelons, très calquée sur les manifestantes du Femen), la portée politique de son prédécesseur est tout simplement décuplée ici. Poursuivant son travail de ridiculisation du corps psychologique camouflant son incompétence derrière un jargon technique, lançant sans cesse la polémique sur la violence du vigilante masqué, décryptant avec limpidité le déroulement d’un conflit entre américains et soviétiques (le film en profite pour dézinguer l’armée américaine avec autant de férocité qu’un Starship Trooper ou un Watchmen) en faisant passer le président Ronald Reagan pour un enfoiré notoire, le film va de jubilation en jubilation, ne se contenant jamais et osant le politiquement incorrect avec une intensité frontale qui balaie avec énergie n’importe lequel des opus de Nolan. Il est impossible pour le spectateur de retenir une telle joie, devant une telle intensité, un tel aboutissement d’une saga aussi courte que définitive. Et c’est probablement sur le terrain social que ce Batman est le plus fédérateur. Abandonnant l’idée d’un patriotisme ringard pour celui d’aide à la collectivité locale, le film ose le virement sur le genre « catastrophe » en exposant Gotham aux effets collatéraux d’une explosion atomique, et en suivant les mouvements sociaux. Cernant avec une justesse manichéenne les citoyens s’entredéchirant pour leur survie (les pillages alors que les ressources sont coupées, le climat de peur de guerre nucléaire) et les criminels notoires reprenant leurs activités (le crime ne rapproche pas, contrairement à l’entraide), Batman sort tout simplement ses couilles pour ramener de l’ordre avec les gangs, redonnant de la volonté au peuple pour survivre et restaurer l’ordre gravement touché. Un message bourrin, mais fédérateur, et surtout d’une sincérité plutôt touchante au vu de l’individualisme et du matérialisme exposé en société. Surprenant à bien des niveaux, et culminant dans un dernier affrontement aussi attendu de jubilatoire, The dark knight returns est une bombe atomique, une véritable surprise, qui compense son animation un peu carrée et fonctionnelle par une richesse thématique éblouissante, doublé d’une noirceur frappante (Celina Kyle, devenue une alcoolique boudinée et dépressive, et un joker tuant des dizaines de personnes). Bon sang, pas été aussi enthousiaste pour un animé depuis l’épisode 0 d’Ichi the killer.

 

5/6


2013
de Jay Oliva
avec Peter Weller, Ariel Winte

 

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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