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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 16:12

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Avec Les brasiers de la Colère, on avait tout pour avoir peur : un casting impeccable (Bale, Harrelson, Affleck, Dafoe, Whitaker…), un scénario viril, une promesse de sentiments intenses et d’une violence viscérale. Un thriller lourd comme ce que Cartel se promettait d’être. J’insiste avec la comparaison avec Cartel, car ce film se révèle avoir les mêmes défauts que le travail de Ridley Scott. Un constat qui aurait dû être rédhibitoire, mais qui se contente en l’état d’être simplement un bon film.

L’histoire : Russell Base mène une existence pauvre en travaillant à l’aciérie de sa ville natale et payant les dettes de jeu de son frère. Emprisonné suite à un accident, il découvre que son frère fait des combats clandestins pour gagner sa vie.

 

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Après une bande annonce en béton et l’annonce d’un tel rendez-vous d’acteurs, on ne pouvait plus espérer qu’une confrontation en puissance, avec du sang sur les murs et des sentiments qui sortent des tripes. Il a été assez amusant de voir une famille débarquer avec de jeunes enfants en début de séance, qui se sont carapatés vite de là quand Woody Harrelson s’énerve en tabassant salement sa femme et un automobiliste venu la défendre (non, ce n’était pas la salle, pour Le manoir magique !). Avec une intro de cet acabit, on était déjà aux anges, ça allait être intense, et le Harrelson ne plaisantait pas. S’ensuit la présentation des personnages, à l’ancienne, avec ce goût américain pour la précision du contexte social (quartier pauvre, travail industriel ou comment rendre la rouille belle pour la caméra) et la proximité des protagonistes (le père sous assistance médicale vivant ses derniers moments dans un canapé aux soins de ses fils, les embrouilles naissantes du frère touchant une pension de l’armée où il s’est engagé). On ne rit pas souvent, mais on vit avec ce qui passe à sa portée, sous pression, mais en gardant l’optimisme en tête. Puis l’accident, la prison (d’ailleurs remarquablement traitée, pas besoin de faire une scène choc, une altercation simple entre prisonniers suffit à planter le contexte). Malgré une ellipse trop évidente (quatre ans passent en 10 minutes), on a toujours envie d’y croire, surtout quand on découvre les activités illégales du petit frère pour compenser la maigre pension reçue après ses services en Irak. Puis c’est l’escalade et la confrontation avec Woody Harrelson pour les combats à risque, et le film commence à gagner en ampleur. Indubitablement, le jeu d’acteur est ce qui fait le réalisme du film. Là où Cartel accumulait les saynettes gênantes et les discussions de comptoir, Les brasiers de la colère cherche vraiment des interactions sentimentales entre chaque acteur, lors de chaque échange, et chacun s’en tire avec brio (Bale est mis en avant, mais Harrelson y incarne un méchant marquant, et les performances de Casey Affleck et Willem Dafoe sont simplement impeccables). Sur ce point là, on tient un casting qui tient pleinement les promesses annoncées. C’est malheureusement sur le scénario que le bas blesse. Passé un certain épisode dans une forêt, le film prend la voie du revange movie bien à l’américaine, avec tous ses clichés et sans la moindre inventivité. Il devient alors d’une prévisibilité regrettable, et peine clairement à conserver le côté brut qui l’habitait. La flamme n’est pas morte, mais elle faiblit. Jusque dans un final complètement prévisible qui n’est même plus réac tant il nous a déjà été ressorti. Avoir vu d’aussi beaux personnages réduits à une histoire aussi simple fait finalement mal. Car on sent le scénariste peu inspiré, qui tenait un bon point de départ mais qui conclut sommairement. Un gâchis certain quand on voit tout le potentiel qui a été déployé en terme d’implication.

 

4/6


2013
de Scott Cooper
avec Christian Bale, Woody Harrelson

 

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 16:04

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Avec But I’m a Cheerleader, la réalisatrice Jamie Babbit s’attaque au sujet très south parkien des camps de cures pour jeunes homosexuel(le)s sous l’angle du teen movie très connoté (on connaît son avis sur la question dès l’introduction). S’attachant à un humour pas toujours efficace et une culture du cliché tout à fait de rigueur, le film se révèle quand même suffisamment intelligent pour cerner quelques principes intelligents dans le traitement du sujet.

L’histoire : Megan, pompom girl de son lycée sortant avec le chef de l’équipe de sport, est inscrite par sa famille dans un centre de réorientation sexuelle, étant soupçonnée d’être lesbienne. Elle assiste alors aux programmes de ré-affirmation des genres.

 

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Ce genre de thème est si politiquement incorrect que la simple perspective de la voir aborder sur un long métrage suscite de grandes attentes, mais aussi de grandes craintes. En traitant les genres en mode cliché pour faire rire, on peut facilement manquer de faire rire (South park flirte souvent avec ce subtil équilibre). Ici, le film ne se révèle pas tout à fait irréprochable. Outre un humour variable (allant du gag fin à la lourdeur ratée en passant souvent par la case « mignon inoffensif »), le film refuse la subtilité et radicalise considérablement le débat, considérant d’office que la réconciliation est impossible entre les camps (en ressortant les avatars réguliers tels que la famille, la religion, la morale…). C’est notamment le cas pendant l’entrée de Megan dans le camp, où elle est tout simplement forcée de reconnaître son lesbianisme, que le film tient pour acquis par la suite (sur la base d’éléments parfois connotés, parfois volontairement exagérés pour les « orienter » davantage qu’il ne le sont). Un aspect parmi tant d’autres qui limitent la subtilité du film, qui préfère cultiver la légèreté pour jouer la carte de la comédie adolescente. Néanmoins, le film cherche quand même à illustrer quelques constats édifiants. Les gens troublés sont donc les proches de Megan se considérant comme normaux, qui finissent par aller en thérapie, le problème venant clairement d’eux (d’ailleurs, les prétendues cures psy cherchant à remonter aux causes du problème aboutissent à des souvenirs d’enfance culpabilisant les parents eux-mêmes). Par ailleurs, le film raille les homos « repentis » qui conservent leurs tics efféminés et leurs attirances intrinsèques, qui luttent constamment en voyant des tentations dans toutes les activités qu’ils entreprennent (les sports évidemment, la mécanique, les travaux de jardinage, tout est prétexte à laisser ses penchants revenir). Le contraste des couleurs bleu/rose devient immédiatement agressif et participe à l’ambiance étouffante du camp, et finalement, le film perçoit aussi la stupidité de créer des camps de « redressement pour jeunes gays », tout simplement car le rapprochement de personne de même orientation les encourage à flirter entre eux. Une petite incertitude vient quand même amoindrir la portée du film en la personne d’un jeune transsexuel déjà inclut dans le groupe des filles, et qui semble toujours s’y épanouir. Comment expliquer cette tolérance de la part des moniteurs devant ce qui doit être le « stade ultime » ? Le film préfère tout simplement éluder le sujet, mais on met quand même un trans là, histoire de balayer tout le rayon LGBT-friendly visé par le film. Les intentions ont beau être gentilles, au final, But I’m a Cheerleader tire un peu sur l’ambulance, jouant beaucoup la caricature et dénonçant finalement un sujet déjà très excessif sur l’intégration homosexuelle. Et au vu de son optique, il ne se gêne pas pour égratigner les gros symboles comme les répétitions vomitives des cérémonies de mariages, d’accouplement aussi. Le résultat est donc en demi teinte, bien connoté, un peu raté.

 

3/6


1999
de Jamie Babbit
avec Julie Delpy, Natasha Lyonne

 

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 15:57

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La vie d’Adèle a fait beaucoup parler à Cannes, entre les petits scandales de l’équipe de tournage et la réputation sulfureuse de certaines scènes. En l’état le film est adapté de la bande dessinée Le Blue est une couleur chaude (découverte sur les conseil de Borat, merci encore), dont la fidélité cède finalement place à une issue plus nuancée, moins intense (l’issue était radicale), et nettement plus long. Le principal intérêt du film restant la découverte de l’amouromo dans le cadre de l’adolescence.

L’histoire : Adèle a deux certitudes : elle est une fille, et une fille sort avec des garçons. Mais le jour où elle aperçoit Emma, elle sent que sa vie va changer.

 

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Long de près de 3 heures, il est évident que La vie d’Adèle, déjà rien qu’avec son titre, veut donner dans la tranche de vie généreuse et intense. Au vu du matériau original (essentiellement axé sur les ressentis de chaque personnage, et qui déroulait ses différents thèmes dans une cohérence temporelle suivant l’évolution de leur relation), l’adaptation d’Abdel Kechiche  fait essentiellement des efforts pour l’ancrer dans la modernité (Le Bleu… se déroulait pendant les années 90). Pas de marqueurs temporels, mais une mise en scène dynamique, qui cultive l’aspect cinéma vérité en commençant par l’élocution laborieuse des élèves en cours de français. Le film plante d’office ses intentions en faisant lire à un texte amoureux (de Marivaux) vécu par une femme à un étudiant, en cours de français qui pose déjà des bases de raisonnements philo-romantiques… A partir de là, l’essentiel du film se concentre sur une adaptation littérale et limpide de l’œuvre d’origine, en jouant la spontanéité à tous les points de vue. La peinture de l’adolescence est claire, l’approche honnête et le ressenti sincère. De la prise de conscience non assumée (le cliché du regard des autres toujours ressenti avec une douloureuse acuité) au fantasme nocturne, l’approche respecte en esprit la bande dessinée, et se laisse bien ressentir. Mais c’est bien la distance qui finit par tuer le film. Car après la découverte, les premières sorties et les découvertes réciproques des univers de chacune (parents aisés et esthètes pour Emma (donc tolérants) et beaufs moyenne classe pour Adèle), on sombre dans l’ennui de la vie. Ce qui faisait le souffle et la vitalité de la vie d’Adèle devient plombant, et le refus de la tragédie initialement prévu par la bande dessinée plombe complètement le récit, l’enfermant dans une sorte de « différence de classe » qui culmine avec une scène de rupture gênante (la même que celle de la bande dessinée, qui avait réussi à « suggérer la vie » d’une bien meilleure façon (avec des bulles immobiles, l’éloignement des deux était traité avec bien plus de distance, et surtout sans imposer de longues minutes inutiles). Il est donc assez agaçant de poursuivre la vie d’Adèle jusqu’à son terme et cela parce qu’à l’intensité (initiale du film et constante de la BD) du drame, il impose une sorte de banalité inéluctable dans la tragédie amoureuse, noyant l’intensité dans le quotidien. Une fermentation langoureuse qui au lieu de produire le grand cru promis, termine dans l’amertume. C’est finalement le plus gros point négatif de la vie d’Adèle. La petite polémique sur les scènes de sexe, disons le, quasi pornographique (et après on insulte Von Trier…) qui se disent de l’intensité amoureuse et qui s’étendent en exploitantes complaisantes (le coup des ciseaux, digne d’un south park), les fautes de goût ponctuelles (la galerie d’art filmée au niveau des culs des statues féminines (et j’insiste bien sur le cul)), ce ne sont que des petites scories. Il reste des performances d’actrices, fluctuantes mais globalement bonnes, qui sauvent le film (avec le style précis du captage de détails). Le buzz ayant naturellement assuré son grand succès public (et je ne parle pas de Cannes qui se met à ressembler aux Oscars dans la sacralisation de films simplement potables), il est donc probable que vous voyiez, encore en ce début d’année 2014, des teintures bleues au détour d’une rue ou dans un wagon de métro.

 

3/6


2013
de Abdellatif Kechiche
avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 16:41

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Tout le monde se rappelle de Michael Crichton au cinéma pour Mondwest, qui pose les bases de ce que deviendra Jurassic Park. Pourtant, il a également réalisé d’autres films, dont Looker, petite bisserie SF méconnue bien ancrée dans les années 80, pendant lesquelles il fut distribué. Un projet attachant, qui en profite déjà pour exploiter quelques petites idées de dénonciations des entreprises publicitaires. Un film tout à fait attachant.

L’histoire : plusieurs mannequins s’étant toutes faites opérer par le même chirurgien se suicident dans d’étranges circonstances. Ce dernier, menant l’enquête, découvre qu’elles étaient toutes employées par la même compagnie publicitaire…

 

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Looker a cette petite fraîcheur de la série B intègre qui tente de faire honnêtement sa petite histoire avec des concepts attachants, qui compensent la mise en scène un poil ringarde (trop ancrée dans les années 80) par les idées qu’ils incarnent. S’ouvrant sur l’excellente musique de Sue Saad (« she is a looker »), Looker s’attaque gentiment à l’acharnement esthétique des mannequins conseillés par des firmes de casting aux critères de beauté calculés au dixième de millimètre, n traitant sobrement et efficacement son sujet (il évite le gore mais ne cache pas les tables d’opération). Commençant sous l’angle du pur physique (en prenant pour personnage central un chirurgien esthétique un peu gêné de n’opérer que des beautés perfectionnistes), le film lance gentiment sa trame d’enquête par plusieurs suicides et l’apparition d’un mannequin paranoïaque retrouvé mort peu de temps après. On sait que les compagnies publicitaires sont mouillées, mais en quoi ? En se focalisant sur de petites débauches d’effets spéciaux rétro, le film s’intéresse aux stratégies manipulatrices du traitement de l’image, cherchant à focaliser l’œil du consommateur directement sur le produit à vendre et numérisant discrètement ses modèles pour en faire des répliques numériques plus malléables et moins protégées que les modèles réels. Looker trouve alors un nouveau terrain : celui de l’image numérique. Mais il ne l’exploite pas, ou très peu, car il avait pour projet d’être une simple série B et qu’il ne sort jamais de ses marques établies. Il rate régulièrement des occasions (à l’image de cette dénonciation de la chirurgie esthétique perfectionniste flirtant avec le trash, mais toujours brève et rapidement zappée), et privilégie d’autres pistes plus incongrues, comme celle de ce tueur au pistolet à flash, responsable de cette vague d’accidents, et donnant du fil à retordre à notre chirurgien enquêteur. Finalement, c’est ce contexte d’enquête qui rend Looker quelque peu laborieux, ce dernier transposant les enjeux de son final en une sorte de western laborieux, opposant physiquement les différents protagonistes, sans grande cohérence ni véritable intérêt. Looker veut rester modeste et manque d’audace pour s’affirmer, et ainsi gagner la renommée qu’il pouvait mériter. Les restes sont quand même satisfaisants, plantant ponctuellement des idées et des réflexions sur la publicité et son impact sociétal. Avec en prime le moyen d’être visionnaire, hélas laissé de côté… Une occasion ratée, toutefois gentiment divertissante.

 

3/6


1981
de Michael Crichton
avec Albert Finney, James Coburn

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 16:36

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Final Fantasy est l’un des premiers films d’animation photo-réalistes sortis au cinéma. Ayant bénéficié d’une certaine promotion lors de sa sortie, ce film apparaît aujourd’hui comme un cru oubliée. Toujours victime de sa principale erreur de marketing (son titre trop évocateur), ce cru est à remettre sur le tapis, notamment au vu de ses incroyables qualités graphiques pour l’époque.

L’histoire : un météore s’écrase sur terre, amenant avec lui des entités spectrales de diverses tailles, pouvant arracher les âmes humaines de leur enveloppe corporelle. Alors que les derniers survivants se réfugient dans des villes surprotégées, une équipe de scientifique tente de mettre au point une méthode de cure à l’échelle planétaire…

 

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Le moins qu’on puisse dire de Final Fantasy est que les développeurs de cet animé ambitieux ont bien fait les choses. Des années avant Appleseed, et loin devant Ghost in the shell 2 sorti à la même époque, Final Fantasy est une révolution technique de son temps (perceptible aujourd’hui par son absence de vieillissement). La qualité graphique est telle que le film traverse le poids des années sans se rider. Un signe évident de ses qualités techniques, illustrant un scénario possédant de notables originalités. La nature des extra terrestres est la plus grosse, et malgré le ridicule potentiel d’une telle révélation, le film parvient à garder sa cohérence et à aller au bout de ses ambitions. Misant à la fois sur un concept d’invasion extraterrestre, capable d’arracher des âmes en traversant simplement le corps des vivants et de les infecter par contact, le danger est suffisamment imposant pour maintenir l’attention du spectateur, qui pourra dès lors profiter des petites subtilités développées par le script (détecteurs d’entités, scènes d’action efficaces, travelling spatiaux…). Un certain sens du rythme et un certain mystère bien cultivé font de Final Fantasy un honnête divertissement de SF Fantastique, exploitant correctement l’univers qu’il a planté dans son introduction. Malheureusement, les petites obsessions japonaises sont également présentes, sous la forme ici d’une théorie de force planétaire naturelle appelée GAIA défendue par des scientifiques renommés. Final fantasy, dans l’idéologie, se résume surtout à l’affrontement entre militaires bornés désireux de détruire la menace à coup de pisto-laser et scientifiques écolos soucieux de régler le problème en respectant l’intégrité de la planète. Des préoccupations écologiques assez gentilles, qui ralentissent un peu le rythme de la narration et viennent annoncer l’acte final faisant intervenir des forces à l’échelle cosmique. Question palette sentimentale, le film se révèle toujours un peu limité, mais reste globalement fonctionnel (l’idylle entre notre accorte scientifique en blouse moulante et notre capitaine militaire au visage héroïque), handicapé seulement par moments (notamment quand nos personnages se mettent à parler métaphysique). Reste que les intentions honnête, un script de belle ampleur (une apocalypse tout à fait crédible, aidée par de gigantesques décors) et l’incroyable finition technique de son époque contribuent à faire de Final Fantasy une date de l’animation japonaise. A l’exception de son titre ayant induit en erreur une bonne part de son public…

 

4/6


2001
de Hironobu Sakaguchi, Monotori Sakakibara
avec Ming-Na Wen, Alec Baldwin

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 16:27

Gaspar Noé, ce génie du septième art, a laissé une belle empreinte dans le cinéma français. En attendant son prochain projet, on peut évidemment se régaler de ses longs métrages, mais Gaspar a aussi tourné plusieurs courts (sans y inclure Carne, prélude à Seul contre Tous, qui fait office de moyen métrage). Mais si ses longs métrages flirtaient avec le sublime (bon, il faut aussi accepter de se mettre dans le bain), il semble que le format court ne lui réussisse pas vraiment. Voire pas du tout. Trois exemples trouvables sur le net pour le démontrer.

 

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On commence avec We fuck alone, qui a été présenté au festival Destricted, tourné en 2006. Pour rappel, ce festival pornographique réunissait quelques personnalités comme Larry Clark, et laissait le champ libre à nos artistes du moment qu’ils exploitaient l’anatomie de leurs acteurs et actrices (mais nous reviendrons sur ces œuvres). We fuck alone fait appel aux talents de Katsumi, actrice assez reconnue dans le milieu (et que vous avez peut être aperçu dans des pubs sur allociné), et se propose donc de faire une petite réflexion sur l’onanisme. Alors qu’un film porno passe à la télévision, une femme seule dans son appartement se fait jouir, pendant qu’un homme se défoule sur une poupée gonflable maquillée comme la fille seule. Le film met donc en scène le fantasme créé par la pornographie (avec la fille qui regarde le porno) et un type qui transpose ses fantasmes sur une personne bien existante, qu’il se voit en train de soumettre sexuellement (à l’aide d’un revolver tout aussi phallique). Le tout évidemment avec la touche Noé, à savoir une caméra virevoltante et un effet de clignotement appuyé, ironiquement dénoncé comme potentiellement dangereux pour les épileptiques. We fuck alone se distingue surtout par le fait que ce n’est pas un porno destiné à exciter le spectateur, et qui met donc en scènes différentes attitudes vis-à-vis des fantasmes. De là, y a-t-il matière à en tirer un message ? Et bien, même en cherchant beaucoup, on reste finalement assez perplexe. Comme les deux personnages ne se croisent jamais et préfèrent se masturber dans leur coin, on comprend sans mal l’origine du titre. Mais ce constat aurait pu être fait sur 5 minutes, or il s’étale sur plus de 20, Noé trahissant ici sa tendance à se regarder filmer (qui rejaillit par endroits dans Enter the Void). Finalement trop long, We fuck alone contient une idée qui passe à côté de la virtuosité espérée, pour un résultat aguicheur mais finalement dilué.

 

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Eva : Il y a des soirs où, quand Noé rentre à son hôtel, il tombe en face d’une scène si choupinoupinette qu’il se décide d’en faire un court métrage sans scénario ni histoire, une simple vidéo d’ambiance avec une femme et un chaton, qui joue avec dans une ambiance étrange. Il convient de remettre la vidéo dans son contexte, qui apparaît comme une initiative purement fortuite, et sans ambition aucune lors de sa production. Le résultat qui en ressort n’a toutefois rien à dire, joue sur une petite esthétique de couloir d’hôtel, et en dehors de faire du « mignon », elle n’apporterait rien à un film. Autant dire « Miaow ». A noter deux autres courts titrés Eva 2 et Eva 3, laissés à votre appréciation.

 

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Avec Sodomites, Noé a littéralement pété un câble. Ce film est une commande du ministère de la santé qui cherche à promouvoir l’usage des préservatifs dans le cadre de différents rapports sexuels. Noé écope des rapports anaux et vaginaux. Dans une ambiance proche de Mad Max 2 avec des figurants qui jouent comme dans Waterworld, nous voyons un camp de motards tribaux qui poussent des hurlements pendant que des femmes lascives se dandinent à leurs pieds. Puis deux hommes de mains saisissent une femme, l’immobilisant au dessus du sol. Arrive alors le chef de bande, coiffé d’un masque de loup et exultant son appétit en poussant des hurlements tonitruants salués par les acclamations de ses compagnons d’armes bien remontés. Le regard du loup se pose alors sur l’agneau qui se débat dans son étreinte, et dans ses yeux brille un désir qui ne cesse de croître. Il n’y a plus que l’envie de prendre, de consommer, d’user jusqu’au fond. L’Homme est un loup pour la femme. Mais alors que Mister Wolf bande ses muscles pour passer à l’action, ses compagnons le maintiennent, car il a oublié une chose cruciale… La capote ! Un homme de main sorte donc de sa poche un capuchon de plastique, qu’il enfile délicatement sur le membre raidi de son chef de meute. Aguerri par l’expérience, il dégaine un pot de vaseline et lubrifie l’épée et le fourreau afin d’optimiser tout contact. Et alors, la bête est lâchée, et c’est parti pour un tour ! Noé se met alors à pomper le style de Pitof avec un montage à la Uwe Boll, le tout en rajoutant des ronflements de moteurs pendant un coït sauvage, à en faire pâlir de jalousie un certain Torque. Toute l’animosité humaine se retrouve stigmatisée par une cohorte de figurants en cuir (dont Philippe Nahon) qui hurlent devant ce spectacle vivifiant, et d’un bon goût certain. On pourrait même parler de chef d’œuvre frisant l’auto-caricature, tant Noé persiste dans son idée de remake porno de Mad Max. Une grosse baffe pour les admirateurs de Noé, et un nouveau plaisir masochiste pour les nanardeurs endurcis. Mais heureusement, il y a une morale : protégez vous ! Surtout quand vous chevauchez sur fond de moto...

 

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 12:55

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Lars von Trier, provocateur de premier ordre et grand demandeur de la performance d’acteur, revient en force avec un appareil incongru, un étrange objet comportemental qui se propose de faire, à l’ancienne, le récit d’une vie de femme nymphomane. Ce sujet sulfureux, ajouté au bannissement de la communauté bienpensante cannoise suite à une provocation de trop, et on obtient un film sorti sans promotion (mais quand même sorti) dans une version censurée dont la moyenne de fréquentation est de 8 personnes par salle (et encore, pendant la séance où j’étais, une est partie en cours de film). Et tout cela a pour résultat d’accoucher du premier grand film de l’année.

L’histoire : depuis son enfance jusqu’à ses 20 premières années, une femme raconte quels épisodes ont jalonné sa vie et son approche du sexe.

 

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Nymphomaniac est typiquement le genre de film un peu provoc qui sait ce qui est bon, et qui à sa beauté classique très formelle (contemplative) sait doser performance d’acteur, scène choc et art d’exposer les subtilités comportementales de chacun des personnages qu’il met en scène. Commencer par un écran noir accompagné d’un son liquide, puis ouvrir la pellicule sur du Rammstein soutenant des images à la force contemplative vivifiante, et vous avez déjà une merveilleuse idée du potentiel détonant du cocktail. Et ce n’est que pur introduction formelle, le film déborde quant à lui de symboles, de thématiques et de pistes psychologiques si variées, et si cohérentes, que le film tient toutes ses promesses, tout en se révélant surprenant pour ses choix avisés. Jamais enfermé dans une lecture manichéenne (la narratrice se décrit comme une souillure corrompue, son auditeur se distingue comme un soutien empathique et bienveillant), il aborde avec simplicité, humour et franchise, différentes étapes de l’apprentissage amoureux de Joe. Sous l’angle de la sensibilité pendant la jeunesse (les étranges sensations que procurent les frottements des zones érogènes, la fascination pour la nature inculquée par le père (très belle figure de père d’ailleurs, loin de toute figure oedipienne parasitant leur relation)), puis peu à peu sous l’angle de la découverte provoc de l’adolescence. Un dépucelage avec Shia Labeouf dans un rôle délicieusement à contre-emploi (il joue un homme faible à l’opposé de la véritable virilité, essayant désespérément d’acquérir la carrure qu’il n’aura jamais) qui amorce bien les jeux de saute-mouton qui feront par la suite l’essentiel du programme. La métaphore avec la pêche pourra sembler lourde (on ne cesse d’y revenir pendant tout le chapitre), elle est pourtant parfaitement appropriée, dans sa signification autant que pour les multiples éléments qui la composent, et qui trouvent un sens à chacune des étapes du parcours de notre adolescente. Passons le détail des chapitres, chacun se trouve chargé d’un contenu incroyablement riche, ainsi que d’une esthétique propre (le chapitre 4, intégralement en noir et blanc). Les aspirations changeantes de notre héros la conduisent vers le blasphème en guerre contre l’Amour (« il existe un crime de sexe, les crimes d’amour sont innombrables. »), la faiblesse feinte pour exciter la lubricité, les attentes des hommes et leur comportement en face de la provocation… Autant de sujets cohérents que le film traite avec une virtuosité souvent palpable, et édifiante sur de pareils sujets sociétaux. Question performance d’acteurs, on retiendra surtout le caméo de Uma Thurman en mère de famille cocufiée par notre héroïne, qui s’incruste dans l’appartement de Joe et se livre à une scène de ménage éprouvante, avec la hargne de la famille détruite par autant de libertinage gratuit. Une sacré scène qui résume les remords et dilemmes moraux habitant le personnage de la nymphomane, que le film se plaît peu à peu à redéfinir. La nymphomane n’est plus la femme fatale insatiable qu’on s’attendait à trouver, mais plutôt la somme de différentes expériences sexuelles, cumulant les caractères d’hommes pour former l’harmonie recherchée. Un discours finalement plutôt limpide (finalement, c’est un parcours de vie lisible et ordonné), que l’ultime rebondissement jette sur un nouveau terrain, augurant du meilleur pour une seconde partie qu’on espère au moins à l’égale de ce grand feu d’artifice d’ouverture. 2014 commence du bon pied !

 

5,2/6


2013
de Lars von Trier
avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård

 

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 12:47

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Les films d’aventure kitsch étant l’un des péchés mignons de voracinéphile, il est normal que la traque de ces derniers aboutisse à des découvertes notables. J’avais déjà abordé le coffret « Voyages vers la lune » (dont Missile to the Moon se révélait le meilleur du lot avec ses sélénites pulpeuses aux coiffures improbables et ses araignées en plâtre), et j’investirai prochainement dans Voyages vers Mars (sympathique sélection, bien qu’hélas un cran au dessous). Et en attendant, résultat d’une traque infatigable initiée par une chronique de Princécranoir, Les premiers hommes sur la lune racontent enfin ce qui s’est réellement passé, réduisant toutes les vaines hypothèses de ces fumistes astrologues à des ragots d’outre tombe. Ce ne sont pas des femmes fatales qui peuplent les galeries lunaires, mais des cafards géants !

L’histoire : 1964 ! L’homme pose enfin les pieds sur la lune. Le monde est en liesse, les russes sont obligés de reconnaître la supériorité inégalable américaine, bref, c’est l’euphorie ! Puis lors de la première exploration, les astronautes découvrent un drapeau anglais planté sur le sol sélénite depuis des dizaines d’années. Le premier véritable explorateur, ayant accompli son périple une soixantaine d’années auparavant, se remémore les évènements pour convaincre le monde du danger que courent les astronautes !

 

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"...de Dieu ! La CIA nous avait caché ça aussi !"

 

Cinq ans avant l’exploit, le cinéma planifiait déjà la victoire des alliés dans la conquête spatiale, marquant un bel essai face à l’affront de Youri Gagarine et assoyant définitivement la puissance de l’Occident comme maître incontesté du domaine spatial. Enfin bon, toutes les forces qu’ont développées les deux blocs sont bien risibles, quand on constate que le petit savant bricoleur anglais parvient au même résultat avec 60 ans d’avance technologique et un « vaisseau » construit en bois et en toile cirée. Un bon anglais comme on les aime, qui verse déjà du whiskey dans sa voiture à vapeur pour la faire avancer plus vite et qui divague sur le potentiel de ses découvertes quand elles lui pètent à la gueule ! Le vrai scientifique, le bricoleur de génie, l’inventeur dans toute sa noblesse, se riant des blouses et des calculs assommants pour donner dans le spectaculaire et l’imposant. Blouses blanches qui squattez les laboratoires et vous faites appeler scientifiques, votre imposture est révélée ! Et toutes ces théories farfelues sur la stérilité de la lune, ou sur la présence de femmes accortes rendues nymphomanes par l’absence d’astronautes vigoureux… Mais oh, la lune est dominée par des cafards géants qui ont une pensée commune ! La plus grande menace que l’homme ait jamais eu à affronter. Et notre bougre d’anglais, avec pour seul arme le casque de son scaphandre qu’il retire pour frapper l’adversaire (parce qu’il y a une atmosphère sur la lune, encore un truc que la CIA avait voulu vous cacher !), défend avec témérité la suprématie de la race humaine en tuant un maximum de ces sales bêtes (« Vous ne voyez pas qu’ils ressemblent à des insectes ? Ils sont hostiles ! »). Les trépidantes aventures, menées tambour battant avec un rythme plutôt efficace (on est proche de celui d’un Voyage au centre de la Terre), nous feront découvrir un monde de galeries souterraines décorées de cristaux et de colonnes de polystyrène, éventuellement occupés par des chenilles de 40 mètres de long animées par les bons soins de ce précieux Harryhausen. De l’aventure comme il faut, donc, à la fois soucieux de vulgariser les hypothèses scientifiques les plus… ambitieuses et d’en donner à voir au spectateur, histoire de rêver un peu la nuit. Bien entendu, dans une logique d’égalité des sexes, une femme est bien sûr conviée à faire le grand voyage (surtout pour porter une robe en apesanteur en fait, signe du bon goût de Nathan Juran). Elle ne quittera toutefois pas le vaisseau, trop apeurée par les évènements qui se déroulent au dehors, et puis, parce qu’avec l’atterrissage avec un vaisseau rond qui a tourné sur lui-même, y a du rangement à faire. C’est logique, on intègre les femmes, mais elles savent d’elle-même où est leur véritable place… Trêve de billevesées, First men in the moon, c’est un blockbuster ambitieux des années 60, portée par un budget confortable qui offre de corrects effets spéciaux kitschs au service d’un script qui n’a jamais peur du ridicule, et qui nous en donne vraiment pour notre argent. On appréciera, dans le générique de début, les remerciements du producteur pour les conseils officiels de la NASA et du ministère de l’aéronautique britannique. Je pense qu’ils ont dû bien se bidonner en lisant le script et qu’ils leur ont refilé tous les projets avortés d’astronefs, histoire de donner encore plus de charme à ce beau morceau de rêverie, qui nous offre de la vraie science comme on l’aime !

 

5/6


1964
de Nathan Juran
avec Edward Judd, Martha Hyer

 

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"Accrochez vous ! Nous rentrons dans l'atmosphère lunaire !"

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 12:40

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Nous avions déjà parlé de Sergio Martino dans la catégorie Giallo avec l’excellent La queue du scorpion, qui brodait une intrigue plutôt bien balancée baignée d’une esthétique irréprochable et d’un thème musical inoubliable. Pour notre plus grand bonheur, on exhume aujourd’hui un de ses premiers efforts en la matière, à savoir le méconnu L’étrange vice de madame Wardh. Il s’en est hélas fallu de peu qu’il réalise le chef d’œuvre d’une carrière et une tête de proue du genre, qui hélas finit par en devenir un exemplaire classique.

L’histoire : Julie Wardh, riche héritière marié à l’ennuyeux boursicoteur Neil, recroise la route de Jean, ancien partenaire d’une relation de soumission. Alors qu’un tueur pervers rôde, la jeune femme hésite entre raison et satisfaction…

 

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Tout simplement subjuguant ! Ce n’est rien de moins qu’en état de grâce qu’on découvre L’étrange vice de Madame Wardh, qui si il reprend incontestablement l’esthétique du giallo ainsi que ses ingrédients (le tueur au rasoir), se sert avant tout de l’ambiance pour se focaliser sur sa protagoniste principale. Et quel protagoniste ! C’est de ce genre de film que naissent les projets giallo psychologiques, à l’image d’Amer ! Le film embrasse à fond ses sentiments contrastés, sa constante hésitation et la résurgence de pulsions inavouables scandaleusement assouvies au cours d’une relation de soumission totale avec le tyrannique Jean, dont les pulsions violentes ont donné aux ébats le goût métallique du sang, que la langue de Julie n’a depuis jamais totalement oublié. Après des années de fuite et son mariage avec un homme dont la platitude a été prise pour de la sécurité, Julie recroise son ancien amant au cours d’une soirée. Très vite, il s’immisce dans sa nouvelle vie, prêt à reprendre leurs anciennes habitudes, quel qu’en soit le prix. Tiraillée par ses désirs obscurs, aliénée par l’ennui sécuritaire du mari et l’appétit aiguisé de l’amant, Julie se trouve complètement tiraillée, guère rassurée par son amie libertine. Se remémorant le passé (les séquences de viol et du verre pillé sont époustouflantes de beauté perverse), elle ne sait tout simplement plus que choisir (comme le dit l’une des lettres de Jean, « ton vice est une chambre fermée de l’intérieur dont moi seul ai la clef. »). Surgit alors l’étalon italien, beau gosse sur de lui et prompt à séduire la belle Julie. Trois hommes. Julie ne sait plus. Succomber pour quoi ? Pourquoi ? Qu’attend-t-elle ? Le film embrasse à corps perdu les égarements de Julie, captant avec une acuité brillante le moindre de ses changements, la moindre hésitation, et fréquemment ces instants d’abandon, où l’assouvissement prend enfin un visage satisfaisant. L’étrange vice de Madame Wardh est passionnant, comme ont pu l’être des personnages féminins aussi hauts en couleur qu’Anna dans Possession, ou la bien-nommée Julia dans Hellraiser. Insondable, éblouissante, elle est bel et bien au centre de toutes les attentions, de toutes natures. La narration prend le parti intelligent de laisser la classique histoire de tueur au second plan (les scènes de meurtre n’auront rien de la fièvre maladive des souvenirs de Julie), laissant le spectateur fantasmer sur cette subtile ambiance, l’icône du tueur fétichiste s’accordant si bien aux pulsions de soumission de notre héroïne.

 

La première heure du film frôle l’excellence. Elle commet la faute de goût de diluer le soufre de son portrait de femme (des digressions pas toujours utiles, l’agaçante amie blonde), mais le postulat de laisser de côté l’enquête sur le tueur pour se focaliser sur la psyché de Julie change tellement la donne qu’on ferme volontiers les yeux. Surtout avec des personnages tous magnifiquement développés (Neil en homme de bien absent et sans la moindre singularité, Jean en sadique raffiné (dont la passion est d’élever des animaux en cage) et notre étalon italien viril à en faire pâlir de Delon de la grande époque), qui venaient gonfler un récit de désirs féminins d’une densité rare. Puis les conclusions hâtives s’enchaînent, jusqu’à un hypothétique dénouement dont l’arrivée d’un nouvel élément perturbateur relance l’intrigue d’une demi heure. L’élément en question aurait pu être une manifestation virtuose hallucinatoire d’un désir insatiable sur le retour. Ce n’est hélas pas le cas, et, comble de désespoir pour votre chroniqueur, l’ambiance retombe alors comme un soufflet. Devenant un banal giallo dont l’identité du coupable doit encore être déterminée, L’étrange vice de Madame Wardh se met alors à tout expliquer, à montrer de nouveaux liens entre certains protagonistes et à complètement chambouler le terrain de jeu. Le désir, les pulsions, l’excitation co-existant avec le dégoût… Tout cela est évacué au profit d’une intrigue policière standard, certes bien jouée et dotée de solides rebondissements (en recyclant notamment le contexte du tueur au rasoir de la première dont on comprenait mal l’utilité). Oui, cette dernière demi-heure fonctionne et revient à l’état d’esprit primaire du giallo, à savoir l’enquête policière et la fameuse découverte de l’identité du tueur masqué. Mais ce retour sacrifie tellement le sel et l’ambiance de ce qu’était vraiment l’Etrange vice qu’il semble difficile de contenir sa déception, surtout devant un final un poil moralisateur, et surtout complètement irrespectueux de sa protagoniste principale, la transformant en simple rescapée insipide dont les petits malheurs sont maintenant derrière elle. Vraiment dommage de voir un tel état d’esprit renié, surtout après d’aussi subtiles obsessions et des visions aussi acérées. Une sensibilité assez inattendue, tout à fait appropriée et transcendant largement la facture parfois trop classique de cet honnête projet, hélas terni par une fin très classique dans le ton qui annihile tous nos espoirs. L’étrange vice de madame Wardh est un film qui finit après 1h04, tenez vous le pour dit.

 

4,3/6


1971
de Sergio Martino
avec Edwige Fenech, George Hilton

 

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 23:34

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La découverte d’un nouveau cru de Scorcese est toujours excitante, surtout quand il se lance dans le pari délicat de découvrir un univers et d’en révéler totalement les rouages. La bande annonce très tapageuse du Loup de Wall Street annonçait un festival de débauche à la démesure de la bourse, annonçant une couleur proche des teen comédies grasses pour ado basique (ce qui pouvait sérieusement nous faire craindre le pire). Le film est-il si débauché que ce que la bande annonce nous laissait voir ? Ô que oui !

L’histoire : Jordan Belfort, jeune étudiant ayant commencé par le bas de l’échelle à Wall Street, découvre les ficelles du métier de courtier et de trader. Viré par sa banque lors du crash boursier de 87, il se lance dans la vente d’action de sociétés douteuses et finit par monter sa propre compagnie boursière…

 

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Il y a quelque chose d’assez jubilatoire dans Le loup de Wall Street. Si le ton de la comédie grasse revient assez souvent (pas forcément pour le meilleur), la success story de Jordan Belfort est animée d’une énergie à l’image de son protagoniste principal. On se retrouve dans un rythme proche de celui d’un Casino, ce genre de rythme qui vous bouffe 3 heures de votre temps sans que vous ne l’ayez senti passé. Le dynamisme de la narration et l’évolution constante de l’histoire en font un film fleuve, et c’est probablement ce qui a entraîné le vent de bienveillance (quelques tops de fin d’année se sont vite emparés de ce pain béni en lui laissant des places de choix). Le trash sexuel provoc, le mauvais goût démesuré, le portrait vitriolé du rêve américain… Avouez qu’il y a de quoi tourner la tête ! Et le loup de wall street veut nous la faire tourner. Cernant beaucoup d’enjeux, parvenant à condenser les détails techniques en des explications brutes (la bourse, c’est du vent, on récupère l’argent des clients, on le gonfle sur le papier, mais le véritable fric sort dans nos commissions pour payer notre train de vie), Le Loup de Wall Street adopte le visage d’une fresque grandiose. Et il n’a pas tort sur beaucoup de points. Notamment sur l’incompétence des masses et leur fascination pour le « rêve américain » (la conclusion virtuose montre avec justesse un des moteurs de la bourse). En fait, il serait assez amusant de comparer le Loup de Wall Street et 99 francs, l’un étant centré sur un sujet américain par excellence. Ces deux films sont des œuvres explorant totalement un univers, sous l’angle d’un cynisme abyssal. Le second point commun est d’ailleurs Jean Dujardin, qui vient cachetonner chez Scorcese dans le rôle d’un banquier suisse véreux comme une pomme à cidre, dont les interventions se révèleront toutes jubilatoires (les insultes que Di Caprio et Dujardin s’échangent sont merveilleuses). Et au cours de plusieurs séquences, Scorcese retrouve la virtuosité dont il était capable, pour le meilleur. Je pense à la séquence où tout part en casserole, avec Di Caprio tentant de rentrer chez lui sous stupéfiants pendant que son associé balance tout par téléphone. Le genre de scène d’une noirceur abyssale, un véritable moment de cinéma. Pour cette pêche constante et ces moments de génie, Le loup de wall street est un film à voir. Toutefois, inutile de s’attendre à de grandes révélations. Le discours sur la bourse est connu d’avance (à son époque, Wall Street d’Oliver Stone était bien plus audacieux, et à la notre, Margin Call est une interprétation extrêmement fidèle à la logique bancaire et à la véritable crise ayant eu lieu), et si quelques ficelles techniques sont dévoilées ça et là, l’essentiel du film se focalisera plus sur la débauche constante de nos principaux personnages, quitte à prendre parfois des allures d’American Pie (je pense aux « nains »). Des situations pas toujours inspirées qui jouent le gag un peu relou ou what the fuck (le vice président de Jordan, quand il avale un poisson rouge ou se masturbe devant les femmes sexy), avec la défonce pour prétexte, où on ne se sentirait pas loin d’un very bad trip… Si le film se jette à fond dans le cynisme pour son portrait de Wall Street, il délaisse aussi beaucoup de détails techniques primordiaux (on zappe les mathématiciens si chers à la Bourse pour leurs calculs servant de base aux spéculations et aux prédictions pour ne retenir que la « navigation à vue ») pour n’en conserver que le cynisme (et sans doute jouer aussi sur la haine de l’opinion publique pour les traders). Mais bon, comment ne pas avoir de la haine pour ces gens là ? (ils collaborent tous et sont au courant de leurs agissements, mais c’est pour leur part du rêve américain). Les séquences où les courtiers miment des sodomies alors qu’ils vendent des actions ont incontestablement quelque de jubilatoire, dans cette obscénité absurde qui fait la marque du loup de wall street, mais carrément too much pour parler sérieusement de la bourse. C’est peut être la vulgarité de son parti pris qui nuit un peu au prestige du Loup, alourdissant parfois plus que de raison ses digressions, mais ayant épargné la narration et les principaux rebondissements qui font l’essentiel du film. Un peu racoleur, mais volontiers virtuose, Le loup de Wall Street illustre la classique ascension/déchéance d’un magnat de la bourse, sous un angle manichéen, pas forcément déplaisant. Un cru très sympathique.

 

4,6/6


2013
de Martin Scorsese
avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill

 

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