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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 11:34
Fury

Depuis Sabotage, je me méfie de David Ayer comme la peste. Sa vision réaliste des héros a tendance à clairement me scandaliser, puisqu’ils sont tous des pourris ou des psychopathes notoires, dont les portraits sont plus ou moins nuancés. Avec Fury, autant dire qu’il met les bouchées doubles !

L’histoire : périple de l’équipage d’un blindé américain pendant les derniers jours du troisième Reich, avec à son bord une jeune recrue.

Fury

Je sais que je déteste ce film, mais je ne sais pas si je dois en tenir compte dans sa note, ou si cela le rend au contraire plus efficace. Je ne sais plus si à ce stade, c’est le cynisme dont je parlais avec Sabotage, ou si c’est de la clairvoyance. Tous les personnages de Fury sont des ordures. Tous sont haïssables. Il n’y a que le jeune dactylo enrôlé à la va-vite comme co-pilote qui soit tolérable, quelques temps du moins, avant que sa transformation en barbare ne soit achevée. Car c’est bien là que le film m’horrifie, dans sa volonté de réalisme, il en devient presque une justification de la barbarie en temps de guerre. C’est un peu à l’image de cette scène d’ouverture, où un officier allemand est attaqué par Brad Pitt qui le désarçonne avant de lui envoyer plusieurs coups de couteau dans l’œil, puis d’enlever la bride du cheval et de le laisser partir (genre il l’a libéré), avant de lancer la punchline « Il est tombé de haut ! ». C’est du Inglorious Basterds sans laisser la parole aux nazis. Et c’est cela pendant toute la durée du film. Où qu’on regarde, les troupes alliées commettent pillages, tueries aveugles, actes de barbarie… Sa vision expéditive est réaliste (car on se doute que pendant les combats, on se souciait d’autre chose que les civils, et ce patriotisme exacerbé ressorti tout le film à l’encontre des allemands (on ne dit plus tuer des nazis, mais des allemands) montre que d’un certain côté, le film en a conscience), la violence est payante (les soldats allemands brûlés au phosphore que les alliés regardent mourir en se bidonnant).

Incontestablement, le film a conscience de suivre des barbares qui se cachent sous différents masques (celui des circonstances notamment, c’est la guerre putain !). Il leur offre même une rédemption au cours du final, avec ce dernier acte sans replis qui constitue un « sacrifice glorieux » (pendant lequel ils sont responsables de la mort de plusieurs centaines d’hommes) qui vient salir la notion d’héroïsme avec un réalisme bien clinquant. C’est ainsi que le film arrive à me faire douter. Mais le doute n’évacue pas les détails, surtout concernant l’initiation de la jeune recrue, posté à une mitrailleuse. Première embuscade, il est responsable de la perte d’un blindé. C’est dur, mais c’est justifié. Première escale après un combat contre canons, il est forcé devant ses camarades de tuer un soldat allemand s’étant rendu. Et comme il ne cède ni aux coups ni aux humiliations, il est maîtrisé, on lui colle le flingue dans la main et on le fait appuyer avant de lui balancer quelques coups. Eblouissante première étape pour devenir un héros, la barbarie le rabaisse à son niveau avant de lui dire « regarde on est pareil ! ». La seconde, c’est quand il abrège le supplice au phosphore des allemands en les mitraillant un bon coup (initiative qu’on lui reproche), et c’est à partir de là qu’il se transforme véritablement. Déjà en avouant un certain plaisir à tuer alors qu’il n’en avait visiblement aucun, ensuite en participant aux pillages des villages pour se procurer bouffe et satisfaction. Oh, dans les formes, le scénario arrive presque à faire passer cela pour de la courtoisie (et on admet qu’en comparaison du reste, les manières du commandant et du jeunot sont plutôt courtoises). Mais dans la perspective où la jeune fille du foyer qu’ils occupent allait de toute façon être utilisée, elle choisit clairement la moins pire des options. Il n’y a pas de romantisme de guerre ici, surtout quand débarque les rapaces compagnons d’arme (contraints au silence par le capitaine non pas pour leur barbarie, mais parce qu’ils lui gâchent le plaisir). Et puis finalement l’idéalisme est mort, et notre jeunot dézingue de l’allemand par paquets de dix. Il finit même par être épargné, opportunité qu’il exploite pour se préparer à tuer d’autres allemands. Un véritable héros, comme on lui dira en pré-générique de fin.

David Ayer a cette approche désillusionnée, mais je ne suis pas sûr qu’elle apporte vraiment quelque chose. Certes, l’occasion n’avait pas encore été tentée à ce point, et le film se justifie par différents moyens « les idéaux sont pacifiques, l’histoire est violente. » Oui, il est vrai que les barbares ont plus influencés l’histoire que les idéalistes. Mais perd-t-on forcément son âme à la guerre et cède-t-on aussi irrémédiablement aux facilités de la barbarie ? Quand on reproche continuellement aux allemands de poursuivre le combat (de façon désespérée, toute la population est mobilisée) et qu’on refuse de se rendre lors d’une attaque nazie en tirant dès que possible sur la moindre tête qui s’approche, excusez moi de trouver la contradiction un peu forte. De ce que montre le film, on pourrait même être du côté des nazis, acculés sur leurs propres terres, assaillis de toute part par des hordes barbares désorganisées et intenables, alors qu’eux avancent au pas, chantent, espèrent un monde meilleur en se battant. Le film montre même un nazi qui épargne un américain. Mais l’uniforme nazi est l’uniforme nazi, et les balles pleuvent, avec cette petite astuce des balles traçantes, qui permet de faire des combats à la star wars avec des tanks en pleine seconde guerre mondiale (l’effet est particulièrement tape-à-l’œil, mais soit… Les geeks apprécieront). Le tout passerait quand même mieux si ils arrêtaient de dire qu’ils sont le bon camp. Bref, Fury, je n’ai pas aimé et c’est un peu confus. J’ai en tout cas retrouvé toutes les caractéristiques de son cinéma, protagonistes vulgaires qui parlent de leurs anecdotes de cul en allant au combat, « tu penses qu’hitler se ferait baiser pour du chocolat ? », violence amorale bien percutante… Il reprend bien son style sans changer d’une virgule, hélas pas pour le meilleur. Il apprend toutefois à mieux se camoufler, assez pour susciter le doute. A-t-on le droit de juger les héros ? L’important est la participation au conflit ou les motivations ? La barbarie est-elle inéluctable ? Et dans mon cas, un film rendant hommage à des comportements révoltants mérite-t-il une mauvaise note ?

2014
de David Ayer
avec Brad Pitt, Shia LaBeouf

2.5/6

Fury
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Published by voracinephile - dans Guerre (Army needs you !)
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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 11:57
Le labyrinthe

J’avais quelques espoirs sur Le Labyrinthe, essentiellement pour son terrain de jeu qui s’annonçait costaud et plutôt bien réalisé. Rien de tel qu’un casse-tête grandeur nature pour se rappeler des joies de résoudre des casses têtes, voire même les labyrinthes en champ de maïs qu’on a pu faire étant jeune. Mais l’essentiel du casting a moins de trente ans. Et il y a une fille au milieu. Et on se rend compte que c’était pas la peine d’espérer.

L’histoire : Depuis trois ans, chaque mois, de nouvelles recrues sont envoyées au cœur d’un labyrinthe. S’étant organisés pour survivre, la communauté strictement composée de jeunes beaux garçons vigoureux (sauf un petit gros moche et immature) s’échine à chercher la sortie, en inspectant régulièrement le labyrinthe, qui change régulièrement de configuration.

Le labyrinthe

Messieurs les producteurs, avouez que vous réclamiez une bifle en nous sortant un truc pareil dans les salles. Avouez ! Si le public ado est assez neuneu pour ne voir que les époustouflants décors du films, je pense que vous vous mettez le doigt dans l’œil. Car voilà, le Labyrinthe n’a pas à un seul instant la moindre cohérence. Il est même truffé d'erreurs, à un point qu’on se casse davantage la tête pour les trouver que pour résoudre les énigmes, puisqu’on a compris que sans logique, c’était pas la peine de se casser la nénette, le film fera de toute façon n’importe quoi. C’est Resident evil meet Cube, en passant par Sa majesté des mouches (les lances) et Hunger games. Et on n’a jamais le meilleur des 4… Notre héros arrive donc dans le labyrinthe. Dès le début, la communauté se fout de sa gueule, le personnage de Gally le provoque gratuitement, on l’enferme dans les cellules. Puis on lui donne les règles : 1) Tu fais ton boulot (OK, sauf qu’il veut faire coureur (explorateur de labyrinthe), et que ces derniers finissent par ne plus rien branler au bout de 3 jours, véridique, ils ne veulent plus travailler). 2) Tu ne frappes pas ton prochain, on est une communauté basée sur la confiance (Règle déjà violée dès le début du film, dans les 5 premières minutes, et constamment bafouée). 3) T’as pas le droit d’aller dans le labyrinthe. Pourquoi ? Parce que ! Mais bande de cons ! Comme si ne pas répondre aux questions allait provoquer davantage de crainte que de curiosité ! Déjà, ça commence mal. Ensuite, notre héros maigre mais athlétique (il courre) sympathise avec un petit gros morveux, exactement le même que dans Sa majesté des mouches, mais sans lunettes. Sans intérêt aussi, il ne sait ni courir, ni n’a assez de force pour participer aux travaux du village. Et il se révèle d’une immaturité assez frappante. En fait, je l’appellerai Cartman, en hommage à son tour de taille (désolé, mais ce personnage a autant d’intérêt que le sidekick de Judge Dredd, et encore). Bref, notre héros se met vite fait à désobéir et à aller dans le labyrinthe, et là, il découvre les griffeurs, des monstres mi robot, mi organique. Et ça ne semble déranger personne, qu’une partie d’eux soit des robots ! Ca arrive régulièrement, de voir un écureuil avec une prothèse de canon dorsal ou un poisson à hélice ! Ils prélèvent sur un cadavre une pièce qui sert de clefs, et des portes commencent à s’ouvrir dans le labyrinthe. Halleluya ! C’est alors que les révélations tombent. Depuis 3 ans, des gens savent qu’il n’y a pas de sortie, mais on n’a rien fait de nouveau. Pardon ? Ben ouais, les bloqueurs ils sont forts et cons dans leur tête, ils veulent rester ici et faire une société civilisée, ils ont trop peur du labyrinthe pour sortir et ils nous tapent si on le fait. Plaît-il ? Une fille vient d’arriver dans le camp et elle ne sert à rien. Mais on ne veut pas la violer, c’est juste qu’elle est différente, et que comme elle a dit ton nom (notre héros s’appelle Thomas, au fait), ben on est vachement jaloux alors on va te taper. Pfffff. Et ceci est un film psychologique ! Le héros avoue à ses potes avoir participé à l’expérience dont ils sont victime, et ils lui répondent « t’inquiètes, c’est du passé, on est tous dans la même galère maintenant. » Nan mais what the fuck ? Personne ne réagit comme ça ! Alors, à la fin, quand un personnage enfermé dans le labyrinthe apparaît sans raison dehors, on n’est même plus surpris. On applaudit même quand il bute enfin Cartman, qui avait réussi à soulever sa graisse qu’on ne sait pas comment. Quelques minutes agaçantes où on est sensé pleurer sa mort, mais le mauvais jeu d’acteur rend l’instant hilarant, et on passe à la phase deux. Le film nous confirme donc que c’était une expérience psychologique qui devait créer des survivants, et là, on part pour une arène de jeu plus grande, à savoir la ville en ruine de Resident Evil 3. On nous annonce une suite ! Carrément ! Ben fallait le dire tout de suite, on aurait attendu l’épisode suivant ! Quand je pense qu’il est apparemment meilleur que The Giver, je sens que la SF pour ado, je vais vite fait abandonner. Putain, rendez nous Ender !

2014
de Wes Ball
avec Dylan O'Brien, Aml Ameen

1/6

T'as oublié quel est ton vrai prénom, cartman...

T'as oublié quel est ton vrai prénom, cartman...

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Published by voracinephile - dans Navet (prétentieux)
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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 11:51
Mommy

Nouvelle Dolanerie avec Mommy, qui est sorti du festival de Cannes avec quelques prix (ça semble être aussi le cas de Godar, il va falloir que je commence à m’y intéresser). Après tant d’années et de frustration pour notre petit canadien d’être passé à côté des prix, enfin la reconnaissance ! Maintenant, il faudra que le prochain ait la palme, ou au moins l’oscar…

L’histoire : Diane élève son fils Steeve, mineur atteint d’un TDAA (ce qui n’est pas vraiment le cas diagnostiqué par des psy ayant vu le film, mais passons) qui se révèle régulièrement violent. Alors qu’ils s’installent, une voisine de quartier commence à s’intéresser à eux, fuyant sa vie de famille paralysante…

Mommy

C’est en voyant Mommy qu’on sait pourquoi on aime Dolan. Parce qu’on tient ici son meilleur film depuis Laurence Anyways, en pratiquement aussi long hélas, mais en plus vif, avec un peu moins cette impression de longueur. En premier lieu parce que Mommy tente de se défaire de cette étiquette gay jusqu’ici apposée sur la filmo de Dolan, devenant son premier film qui s’aventure en dehors des plates bandes (Laurence marquait lui aussi l’écart pour souligner sa compréhension du travestissement (et non de la transsexualité)). On retrouve aussi le petit élève de Collège boy, autrement plus crédible dans la peau d’une petite brute que du martyr gratuit. Dolan a aussi conservé sa principale qualité, à savoir cette sensibilité si particulière dont il fait preuve. Celle qui provoque chez certains des irritations et des envies de coller des baffes (J’ai tué ma mère en a fait les frais), mais qui créent aussi de purs moments de cinéma à partir de rien, ou si peu. Sous la caméra de Dolan, un jeune kéké écoutant du rap sur un longbard devient lyrique (c’est dans ce genre de plan qu’on sent l’influence de Gus Van Sant), une simple digression onirique devient une virtuose sensation de vie… Le cinéma de Dolan est habité d’une fougue communicative, et c’est ce qui aura fait craquer le jury à Cannes, ainsi qu’une avalanche de bonnes critiques bien trop pressées de sacraliser le monsieur pour s’arrêter sur ses monumentales tares. Car Mommy a d’énormes défauts aussi. A commencer par son format d’image en 1 :1, soit disant justifié par une volonté de coller les personnages entre eux pour les faire entrer dans le cadre). Attendez le film en dvd, et vous ne verrez plus rien (et la séance coûte le même prix alors qu’on a des mètres carrés d’image en moins). Et ceci est un simple détail illustrant le gros problème de Dolan. Notre petit canadien n’est pas encore assez mature pour passer enfin à plus de 4/6. Il a une sensibilité qui lui est propre, un certain sens du cinéma, mais il est têtu et résolu à toujours faire ses films à sa manière. Or, il fait trop durer ses séquences (une conversation entre Diane et Kaly qui n’en finit plus, des séquences muettes inutiles (les photos du père) ou trop longues (la digression onirique de la mère qui devient floue pendant deux bonnes minutes)), parce qu’il a des jolis plans et qu’il ne veut pas les couper. Il ne développe pas assez ses scénarios pour faire véritablement éclater ses sentiments (l’annonce de la lettre de procès aurait dû être remise à bien plus tard, il aurait fallu condenser les évènements malheureux de la fin qui s’étalent, zapper la partie internement, jouer sur un trop-plein d’émotions, et la famille de Kaly, qu’elle abandonne au profit de ses nouveaux amis, aurait clairement dû se manifester davantage). C’est ça qui limite Dolan. Mais il ne change rien, et poursuit son parcours. Avec un peu de chance, il finira par s’en rendre compte et peaufinera davantage les scénars de ses projets, mais pour l’instant, il est un peu bloqué. Une avalanche d’effets de style, une belle photographie et une BO enflammée ne font pas tout, Xavier…

2014
de Xavier Dolan
avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval

4/6

Mommy
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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 11:40
Bande de filles

Céline Sciamma arrive avec son nouveau film, qui continue dans la lignée de ses précédents travaux, à savoir des représentations naturalistes et consistantes de la jeunesse. Avec un ressentit typiquement féminin des situations, qui rendent ses travaux d’autan plus intéressants et précieux. Ici, elle s’intéresse plus particulièrement au statut de la femme, et à ses façons de s’émanciper. Dans le cadre des cités parisiennes.

L’histoire : Marianne a deux sœurs et un grand frère. Sa mère travaille comme femme de ménage, les confiant les responsabilités de la famille. Alors qu’à l’école, elle est orientée dans une voie sans issue, elle se lie d’amitié avec un groupe de trois autres filles.

Bande de filles

Bande de filles est enthousiasmant de par la vie émanant de ses protagonistes. C’était le cas dans Naissance des pieuvres et Tomboy, et tout le casting respire la fraîcheur. Sans nous surprendre vraiment, Céline Sciamma reprenant les codes qui ont fait l’efficacité de ses précédents travaux (exemple type, la séquence chantée sur Diamonds de Rihana un brin clippesque pour montrer le pétillement des personnages et forcer l’empathie). Mais ce n’est pas là qu’est l’intérêt de Bandes de filles. C’est clairement dans les codes sociaux qu’il illustre. Bande de filles, c’est un film dans la lignée de Klip, en moins trash, mais tout aussi révélateur des tendances comportementales de la jeunesse. Mais Bande de filles va plus loin et montre même un enracinement chez les adultes, et nuance davantage des éléments qui apparaissaient déjà dans Naissance des pieuvres. J’avais déjà relevé la constante connotation menaçante des mâles dans la filmo de Sciamma (plus nuancée dans tomboy, mais toujours présente), et regretté qu’elle n’ait pas été davantage plus nuancée. Ici, elle est constamment étalée, à chaque instant. Rarement le genre masculin en aura pris autant dans la gueule. Avec, pour le plus grand bonheur de l’amateur en sociologie, les mécanismes sociaux qui sont responsables des tensions. Pris sous cet angle, les deux heures du film de Sciamma sont bien remplies, et soulignent avec justesse de nombreuses vérités. En commençant immédiatement par taper sur les orientations systématiques en CAP qui mettent prématurément de nombreux jeunes sur le marché du travail, Céline souligne déjà une certaine précarité question situation. La pression masculine provient essentiellement de son frère, cliché du zoneur des cités qui ne jure que par sa réputation et qui impose cette mentalité par la force à ses sœurs. Les hommes peuvent éventuellement tolérer la force d’une femme, faire comme si elle s’intégrait, mais toujours temporairement, car à la moindre faiblesse, la déchéance est immédiate et constamment exagérée. C’est la tyrannie des hommes. Coucher, c’est devenir une pute. Tomber amoureuse d’un pote de son frère, c’est nuire à sa réputation. Des tas de commandements basiques qui verrouillent l’existence de Marième, et qui sont encouragés ou assimilés par les adultes (la mère qui pousse sa fille dans la même situation qu’elle, son premier employeur qui fait d’elle sa pute perso).

Arrive alors ce qui s’imposait comme la solution à l’émancipation : devenir une bitch. C’est ça, la bande de fille. Une solidarité féminine qui rassemble et dont on pourrait tirer une force. C’est sur la longueur que le film capte combien cette solution est inappropriée. Car si la provoc et l’audace conférée par le groupe (nombreux crêpages de chignon, combat de rue pour défendre la réput du quartier) donnent des tranches de vies, l’effet se dissipe dès que la bande se dissout en rentrant le soir. Les filles sont toujours soumises aux mêmes règles. Elles échappent juste aux impératifs du boulot ou des corvées ménagères, mais n’ont aucun changement dans leur cadre de vie. Que faire quand la pression masculine n’est pas tolérable et que la façon de s’émanciper par la provoc est sans issue ? Le film tente l’autosuffisance avec la fuite de Marième et son premier emploi : dealer à temps partiel. On sent déjà que ça va bien marcher, cette affaire là. Mais pas de la façon dont on s’y attendait. En acceptant l’offre du caïd, elle se met implicitement à sa botte, et il ne se privera pas de le faire remarquer. C’est avec ce genre de détails que Sciamma dresse son portrait de la gente masculine. Là où il m’a fait valser, c’est avec l’histoire d’amour avec le seul noir du quartier qui semblait sympa. Le développement est efficace, les étapes claires. Et la conclusion écrasante. Le mariage. Qui selon l’homme réhabilitera sa réputation et lui donnera l’occasion d’être quelqu’un, de devenir mère. Parce que c’est toujours mieux que ce qu’elle vit maintenant. C’est… radicalement féministe et abominable comme coup d’estoc porté à la conception traditionnelle du couple, totalement assimilée à une dernière tentative de main-mise de l’Homme sur sa femme. C’est assez violent intellectuellement parlant, car à ce moment, Bande de filles rejoint en droite ligne The Woman, dans cette volonté totale et générale de la masculinité de vouloir dominer le sexe féminin. Dans n’importe quel aspect de la vie. C’est là que j’ai tendance à prendre quelques distances. Car le film nie la capacité des hommes à comprendre les sensations des femmes et à en tenir compte. Sans la moindre contre-mesure. Mais en précisant son cadre et en détaillant les réactions de chacun, il parvient à retranscrire un monde cohérent où les rapports de force sont clairs. Et quand tout nous ramène à la même situation d’oppression masculine empêchant l’émancipation recherchée, que reste-t-il ? Se relever et fuir ? C’est de toute façon ici que le film nous laisse, aux prises avec les nombreux éléments qu’il a avancé. Sans doute que les FEMEN nous en reparleront, elles tiennent ici une belle bannière à brandir. Mais tous les hommes ne sont pas de cette étoffe, mesdemoiselles…

2014
de Céline Sciamma
avec Karidja Touré, Assa Sylla

4/6

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 21:57
Cage de cristal

Cage de cristal est un petit thriller espagnol qui ne paye pas de mine question popularité (film quasi-inconnu) mais qui contient pourtant bon nombre d’ingrédients sulfureux qui ont tout pour interpeller le spectateur. Psychologique, dérangeant à plusieurs reprises, et disons le, carrément tordu dans son postulat, Cage de cristal est une vraie petite surprise dans son genre, qui se paye en plus le luxe d’une ambiance visuelle glaciale tout à fait de rigueur.

L’histoire : Dans une famille où le père, tétraplégique suite à une tentative de suicide, est maintenu en vie dans une machine enfermant totalement son corps, un jeune aide soignant propose ses soins. Cédant à l’insistance de son mari, la femme accepte de laisser s’installer le nouvel arrivant. Commence alors un étrange jeu à la dimension sexuelle explicite…

Cage de cristal

Ce film est un combo de thématiques sulfureuses, qui en s’arrangeant sous la forme d’un divertissement très bis (le concept même de la cage en verre est bancal, mais il fallait trouver un prétexte pour justifier l’incapacité à réagir sans jamais pouvoir échapper à son rôle de témoin). Car c’est sur cette relation de dépendance du malade à son personnel soignant que le film s’appuie, poussant le vice toujours un peu plus loin dans ce que le beau Angelo prépare comme surprises à son patient. Ne retenons pas la surprise davantage, ce combo, c’est Nazi + Voyeurisme + Pédophilie + Homosexualité. Bam dans ta face ! Pendant la seconde guerre mondiale, notre père de famille a trempé dans des affaires vraiment louches d'expérimentations sur enfants (exposée en scène d’intro, la dimension pédophile est frappante), et à la suite d'une tentative de suicide qui l'a laissé paralysé, il n’a jamais été aussi vulnérable. C’est dans ce contexte qu’Angelo, témoin de la scène et aujourd’hui adolescent obsédé par ce personnage, et désireux de se rendre indispensable à ses yeux, quelques soient les moyens nécessaires. C’est un personnage d’horreur-fantasme, qui ne cesse d’alterner entre satisfaction de ce qu’il pense être les désirs de l’autre, et vengeance vicieuse quand les réactions de ces derniers ne cadrent pas avec ceux qu’il espérait. Exprimant lui aussi des désirs pédophiles à un degré qui surpasse le maître, le jeu de voyeurisme qu’il impose à sa victime devient vite insoutenable, sans qu’une issue s’offre pour sortir du cauchemar. C’est aussi ce côté huis clos qui donne à Cage de cristal son atmosphère si étouffante. Après bien profité de sa santé pour assouvir ses pulsions, le fasciste anciennement pédophile se retrouve complètement inapte à se défendre, sous le regard de sa famille, et même menacé par elle (supportant de moins en moins son mari, sa femme joue à plusieurs reprises avec sa vie). Il n’y a aucun échappatoire, pas de refuge possible. Quand le film commence, c’est pendant une heure quarante et il ne lâchera rien d’ici là. On nage en pleine immoralité, ce qui était tout bonnement imprévu, et carrément efficace pour un film de cette trempe. Plutôt efficace dans son dosage des éléments malsains, on lui pardonnera un jeu d’acteur parfois un tantinet trop appuyé, le climat psychologique un peu bancal (le pédophile réagit parfois de façon contradictoire entre sa honte et ses tiraillements, sans que le spectateur parviennent à ressentir ce qui l’anime réellement), quand on constate qu’il exploite ses arguments en voulant faire avancer son récit. Bonne petite surprise, à découvrir d’urgence.

1987
de Agustí Villaronga
avec Günter Meisner, David Sust

4,5/6

Cage de cristal
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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 20:46
Le huitième jour

Le huitième jour m’avait été présenté en cours de cinéthique, à savoir des séances suivies de débat faisant faire office d’alternative au catéchisme. Le film m’avait mis mal à l’aise à l’époque, dans sa confrontation très crue avec les réalités du handicap mental. L’effet s’est-il dissipé avec l’expérience ? Que nenni, c’est d’ailleurs plutôt en sa faveur.

L’histoire : George, atteint de trisomie, s’enfuit de l’établissement où il était interné. Harry, divorcé et père de deux enfants, forme de futurs agents bancaires, et déprime, songeant régulièrement au suicide. Leur rencontre les changera.

Le huitième jour

Le huitième jour présente un écueil assez impressionnant pour les non initiés au choc cinématographique, puisqu’il adopte complètement la vision que l’handicapé a du monde, et sa façon d’interagir avec. L’introduction du film est la bannière de George, un monde naïf et kitsch d’une violence assez intense question immersion (la mort de la fourmi, les caresses sur l’herbe…). C’est en cela que le huitième jour peut troubler, il assume d’office l’impossibilité de George à évoluer et à se confronter au monde réel nécessitant dès lors une attention constante et une maîtrise de soi assez grande pour l'encadrer, les mêmes erreurs venant toujours se reproduire. La représentation du handicap mental est ici plutôt juste. Mais le film essaye d’en faire rire de façon communicative (et non comme un south park qui traite le malaise par le mauvais goût). Le huitième jour se rapproche du cinéma d’Almodovar dans son envie de rapprocher au maximum le spectateur de ses protagonistes, mais avec Georges, le constat est plutôt dur, ce parti pris de mise en scène se révélant pour le moins très lourd. Le fond d’enthousiasme du film, souligné par plusieurs séquences (celle où les handicapés empruntent un minibus en est une, sacrifiant sa cohérence à la bonne humeur) est louable, mais cet éloge d’une ingénuité monumentale ne convainc pas vraiment. Malgré l’amour et l’optimisme radieux qui se dégage de Georges. Et jusqu’à présent, essayer de renflouer un dépressif en lui montrant des petites fleurs ne fera que le pousser davantage dans la dérive. L’intention est bonne, le fonctionnement est piteux (je doute qu’un dépressif, constatant le bonheur débordant d’un être limité, intègre immédiatement que le bonheur est dans les choses simples, et qu’au contraire il lui semblera davantage inaccessible). Heureusement, c’est Harry qui sauve le film. Campé par un Daniel Auteuil d’une sincérité touchante, le portrait de père raté qu’il délivre suscite sans arrêt l’émotion, et c’est bien lui qui est son principal atout. Dans l’évolution même de son état d’esprit, le film parvient à redonner la dose de bonheur qu’il cherchait à créer. Mais ce n’est hélas pas avec Georges. Ou peut être tout simplement qu’il était un peu trop ambitieux de vouloir faire rire avec Georges. Car le potentiel dramatique est bien exploité. La scène chez la sœur de Georges touche à une corde très sensible et se révèle être une polémique à elle seule. L’ingénuité de Georges, souvent utilisée pour de petits gags, se révèle être à double tranchant en le mettant en danger dans la vie quotidienne. Mais le film abuse aussi de certains effets, cédant parfois au bon gros pathos (la déclaration d’amour à une serveuse inconnue dans un resto, la fin extrêmement appuyée question effets) pour créer de l’émotion facile. En résulte un film assez étrange (qui s’essaye même à la comédie musicale sur la fin, en faisant intervenir les protagonistes de plusieurs scènes (dont la sœur de Georges et son mari, sans leurs enfants dont la présence était pourtant capitale dans cette scène)), ambitieux et intéressant sous bien des aspects (déjà pour son thème), mais dont les messages me semblent devoir être nuancés.

1996
de Jaco van Dormael
avec Daniel Auteuil, Pascal Duquenne

4/6

Le huitième jour
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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 20:37
Les lois de l'attraction

Avec Les lois de l’attraction, Roger Avary tente d’adapter de façon plutôt fidèle Brett Easton Ellis, chef de file dans le domaine de l’amoral punk sur les bords, qui s’est penché à plusieurs reprises et dans divers milieux pour illustrer le vide de l’existence. Les lois de l’attraction s’intéresse donc à la génération étudiante, qu’il filme comme un teen movie dont il retourne les codes pour en souligner la vacuité. C’est en quelque sorte le film parfait pour tuer l’ambiance.

L’histoire : Lauren, Paul, Sean… Les trajectoires de plusieurs étudiants faisant l’apprentissage de la non existence de l’amour et de l’incapacité à comprendre ou être en phase avec son prochain.

Les lois de l'attraction

Les lois de l’attraction est un film un peu curieux dans sa forme, tout à fait cohérent dans son fond. C’est tout d’abord son montage, qui flirte avec l’expérimental par endroits (la présentation des personnages), et qui se livre à une généralisation de l’absence d’investissement dans les relations humaines. Tout tend à souligner le vide qui entoure les personnages. Car ils existent tous, ont tous des goûts, des sentiments, des attentes… Mais incompatibles, ou tout simplement déphasés avec ce que la personne en face a en tête. Il suffit d’avoir une attente, de se créer un seul espoir fondé sur l’autre, non fiable par nature, pour être sûr de souffrir et d’être déchiré. Mais pourquoi cet acharnement à souffrir ? Pourquoi cet entêtement à s’investir et à rechercher des relations humaines intenses, au-delà de la simple baise du vendredi soir ? Parce que le poids de la solitude est trop fort. Parce que se sentir seul au milieu de la foule, c’est une angoisse connue de tous qui remet en question directement le but de l’existence et la remise en question des choix qu’on a fait. La société ne peut pas juste exister pour susciter un confort individuel… Ou peut être que si. Peut être pour rester simplement dans sa bulle, avoir des désirs de supermarchés, voir la profusion humaine que propose la foule, faire son choix, bouffer et passer à autre chose. C’est la philosophie, le credo des Lois de l’attraction. Lauren sortait avec un étudiant, actuellement en voyage en Europe (dont il profite pour vivre en parfait célibataire coureur de jupon), et s’enfonce dans la morosité en désirant de plus en plus perdre sa virginité (c’est la séquence de sa présentation, autant dire l’une des plus trash du film). Paul est un jeune homosexuel qui a le malheur de craquer pour Sean, ressentant son ambivalence, sans avoir perçu qu'il était un vampire émotionnel qui se sert des émotions des autres pour orienter son existence sans jamais s’investir (de l’art de faire des promesses implicites en prétendant plus tard ne jamais les avoir faites). Chacun à leur manière, en créant des interactions différentes avec leur entourage, prend conscience de son incapacité à toucher l’autre (pour les deux premiers) ou de la vacuité de son comportement pour Sean, sans qu’une alternative ne soit possible. On ne change pas sa façon de fonctionner, même quand elle fonctionne aux dépens des autres. Le film a un procédé un peu virtuose pour tenter de souligner cette inéluctabilité : l’accéléré inversé. Les séquences ouvrant le film y ont toutes recours, et leur grâce artificielle (très très fortement créée par l’incroyable musique de Tomandandy, une merveille d’exercice de style, qui en utilisant des sonorités passées à l’envers suggère des mélodies mélancoliques) implante d’office l’idée d’une totale absence de changement. Alors dans le cadre des études, le film souligne le vide de ces soirées beuveries où l’attraction sexuelle est le moteur numéro 1, de la vie universitaire qui laisse les étudiants désoeuvrés, de ces conversations où un type qui y croit balance quelque chose de profond, avec conviction, qui ricoche sur l’indifférence de son auditoire. L’identification du spectateur fera ensuite le reste, il déterminera quelle histoire est la plus cruelle. Cependant, ce film est loin d’être parfait. Le terreau généreux sur lequel il pousse part à plusieurs reprises dans des digressions qui semblent allonger le film plutôt que l’approfondir (avec le dealer de Sean notamment, ou encore la séquence hôpital avec les amis de Paul, un peu fiotte sur les bords pour montrer que l’amitié n’est rien qu’un communautarisme arrangé par les circonstances). Quelques séquences, à la cinéphilie revendiquée, font également plus valeur ajoutée que tentative originale (split screen dePalmien, partouze en masque kubrickienne…). Et au milieu, quelques séquences fantasmes (le seul split screen authentiquement intéressant du film montrant Paul à la fois en train de se masturber / d’embrasser Sean où on ignore lequel est en train de se produire jusqu’à la fin de la séquence, les interventions iconoclastes de l’ami Richard dans les repas mondains). En fait, le monde est plus supportable en vivant comme Lara, la collocatrice de Lauren. Elle au moins a des fantasmes à son niveau, profite pleinement du climat et reste heureuse dans sa bulle. Les lois de l’Attraction, le grand manège qui tourne, qui tourne, sans que ses wagons ne se rapproche pour autant…

2002
de Roger Avary
avec James Van Der Beek, Shannyn Sossamon

4,5/6

Les lois de l'attraction
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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 20:29
Crash

Avec Crash, David Cronenberg s’est fait hué à Cannes. Aujourd’hui, on semble s’être détourné de son cinéma (maps to the stars, qui a fait l’effort d’y être allé ?), mais il y avait déjà dans ce film un certain retour vers une réalité matérielle, à laquelle se mêlait des fantasmes humains en perpétuelle relance. Car c’est finalement là-dessus que par Crash, une course effrénée vers l’assouvissement du désir.

L’histoire : James et Catherine forment un couple sexuellement actif et émotionnellement passif. Après un accident de voiture, James, choqué par son expérience, commence à s’interroger sur l’évènement qu’il a vécu, et l’étrange sensation sexuelle qu’il a ressenti.

Crash

C’est sans doute ici le film le plus sexuel de Cronenberg. Le sexe occupe au moins la moitié du film, que ce soit quand il est représenté que dans les dialogues où il est évoqué. C’était le terrain de débat basique, logique, pour développer un discours sur le fantasme. C’est d’autant plus amusant que Cronenberg s’amuse d’office à détruire une attente en organisant la première saillie de James dans un hangar d’avions, mais que le crash en question a lieu dans une voiture quelques minutes plus tard, et qu’on ne remettra plus jamais les pieds dans un appareil aérien. Planer et monter au septième ciel, c’est pas le but ici. Et pourtant si, mais à la sauce cronenberg. Parce qu’il réussit, d’une façon complètement folle, à y introduire ses thématiques d’homme modifié (béquilles, prothèses, rails de remise en place des os… l’humain réparé) et de transcendance de la chair, ici par l’exploration de fantasmes qui galopent sans arrêts. Avant le crash (l’instant libérant toute l’énergie accumulée dans une apothéose destructrice), c’est la course, la montée en puissance. Et le film, toujours bâti sur la sexualité, se met à explorer tous les terrains qui s’ouvrent autour. Paraphilie, fétichisme automobile, ivresse de la vitesse, attrait pour les mutilations et scarifications, envie d’aller plus loin, plus fort, d’avoir de nouvelles sensations. Qu’est-ce que ça te fais ? Tu as été en transe ? Tu as réussis à le refaire ? Crash ne s’arrête jamais, il y ajoute même une dimension homosexuelle manifeste (avec un pilote de reconstitution de crash automobile), parce que c’est cohérent avec son discours sur l’envie insatiable de retrouver un peu l’énergie que tous ont ressenti en frôlant la mort. Ce flirt ultime qui ne parlera qu’à ceux qui l’ont vécu, et qu’on cherche à nouveau à approcher parce qu’il s’agissait d’une séquence clef dans sa vie… Le film se métamorphose sans cesse, n’a visiblement aucune idée en tête, avance en aveugle, emporté par son élan. Il mute même en une espèce de thriller à la highwaymen pendant quelques séquences, quand l’individu trouble (le pilote) se met à vouloir provoquer des accidents en harcelant Catherine. Il n’y a pas de logique humaine dans Crash, c’est le fil des désirs et des instincts (la peur joue aussi, à de multiples reprises, d’ailleurs elle est sans doute l’initiatrice de ce cocktail détonant faisant toute la saveur du crash). La fin n’est qu’une sortie vite engagée, une bretelle de sortie rejointe au dernier moment, quittant l’autoroute de jouissance sur laquelle sont restés tous les autres. Pas expédiée pour autant (un air de déjà vu, mais il fallait que Catherine le vive pour générer un équilibre, une fusion (sexuelle encore) qui réintensifie leur relation. Dans les faits, on n’a pas bougé d’un poil, dans le mental, la ballade à 200 à l’heure a laissé un grisant souvenir de vertige. Crash, c’est finalement du Cronenberg à l’ancienne, qui en montre moins pour suggérer bien plus.

4,7/6

Crash
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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 20:21
Chérie, je t'aime beaucoup, regarde ce que je t'ai offert pour ton cadeau d'anniv !

Chérie, je t'aime beaucoup, regarde ce que je t'ai offert pour ton cadeau d'anniv !

Annabelle est typiquement le genre de film qui me donne envie de tuer. Envie de tuer les abrutis d’adolescents qui se ruent en masse dans la salle pour se prouver qu’il peuvent voir un film sans ambiance, envie de tuer le réalisateur pour avoir produit un truc aussi plat, envie de tuer les producteurs qui sont prêts à valider n’importe quoi pour faire du fric, envie de tuer la caissière qui ose vendre des places pour ça, envie de tuer les gérants de Gaumont Pathé pour sortir un truc pareil…

L’histoire : Avant conjuring, il y avait… Mirabelle !

Cours, Rosemarie ! Cours !

Cours, Rosemarie ! Cours !

Vraiment, être pris pour des cons à ce point, fallait oser. Il est incroyable de voir un tel plagiat de nos jours, balancé comme une œuvre originale, et qui connaît un succès aussi illégitime. Une véritable saloperie dans les règles de l’art, qui chie sur le cinéphile pour taper dans l’adolescent. Annabelle, c’est Rosemary’s baby. Tout le temps. A chaque minute. Sans la moindre ambiance. Dans l’original, certes, ça pouvait parfois prêter à la somnolence, mais le malaise finissait par devenir authentique, diffus, impalpable (c’était aussi l’absence de menace évidente qui finissait par nous faire tout suspecter). Ici, croyez bien qu’on vous avertira bien quand il faut crier par une bande son tonitruante, un jump scare attendu ou un effet horrifique bien défini (l’inutile bond en arrière devant la cuisinière en feu, visible dans la bande annonce, qui ne fera peur à personne, exploité depuis des années par Paranormal activity). Aucune ambiance, rien de rien (la caméra filme la chambre d’enfant avec un carillon en espérant créer un malaise, alors que rien ne s’installe, parce qu’il n’y a rien à voir. Là où ça devient grave, c’est que le film s’inspire aussi de la vie de Roman Polanski (ou plutôt de Sharon Tate) en faisant intervenir une secte à la Charles Manson, qui va se charger de posséder la poupée d’une façon bien nanarde (Chucky n’était pas loin). Les meurtres, ça pouvait aller, mais le rituel lourdement mis en scène… A partir de là, on se tape des cris de femme enceinte, les plaintes d’un mari qui n’est jamais là quand il faut, mais qui repart toujours au boulot le lendemain, les encouragements de la négresse de service qui s’y connaît en occulte, mais non, elle est gentille et se suicide pour sauver les blancs à la fin (bon sang de boire, on est en 2014 et on voit encore un truc pareil ?)… Bon, ne soyons pas trop vache, il doit y avoir une ou deux séquences dans le lot (soit environ 4 minutes) qui valent le coup. Un plan en contrejour de poupée avec un visage démoniaque, le jump scare de la gamine remplacée par la furie (spoilée en bande annonce, donc inefficace), un landau pompé sur l’affiche de Rosemary’s baby…), mais sinon, tout le reste est mauvais. Quand un film vous fout une scène avec des gamins qui font un dessin gore prémonitoire avec un camion, c’est déjà nul, quand ces mêmes enfants disparaissent par la suite du récit, c’est pathétique, et quand la scène en question se révèle être un gros fail, c’est du foutage de gueule authentique. Une heure trente de rien, de promesses non tenues, d’idées foutues à la poubelle, de non prise de risque… Un constat déplorable pour ce qui sera l’un des plus mauvais films d’horreur de l’année. Seul petit épisode comique, le prêtre qui veut faire une photo de Mia avec son bébé posé sur ses genoux avec un grand sourire, on flaire un pédophile latent.

2014
de John R. Leonetti
avec Annabelle Wallis, Ward Horton

1/6

"Laisse moi prendre ton bébé en photo, salope !" Une vision très juste et naturaliste du pédophile à soutane...

"Laisse moi prendre ton bébé en photo, salope !" Une vision très juste et naturaliste du pédophile à soutane...

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 20:21
Gone girl

Avec Gone Girl, Fincher renoue avec le thriller démonstratif et totalement divertissant. Loin de tout zodiac interminable, il propose une situation simple, d’abord ambigüe, puis qui choisit de tout retourner au tiers du parcours pour donner dans un registre autrement plus stimulant. Depuis Panic Room, on n’avait pas été aussi enthousiaste.

L’histoire : Au bout de 5 ans de mariage, Amy et Nick ne passent presque plus de temps ensemble. Mais le jour de leur anniversaire de mariage, Amy disparaît. Le FBI est bientôt sur l’affaire, mais plusieurs détails semblent indiquer une mise en scène.

Gone girl

Total divertissement que nous propose Fincher aujourd’hui, et qui marque sans doute un retour aux bons titres de sa filmographie (bien plus de relief que ses derniers travaux). Si la durée de deux heures et demie n’est pas sans rappeler un certain Prisoners, Gone Girl parvient à tenir la distance grâce à de purs artifices de divertissement. C’est en faisant muter son histoire, en dévoilant régulièrement ses partis pris et en développant de façon efficace ses arguments qu’il parvient à relancer l’intérêt, à densifier ses personnages, à relancer le suspense. La bande annonce n’annonçait que le premier tiers du film. Aussi se déroule-t-il en trois actes, chacun ayant ses mécanismes de fonctionnement. Dans le premier, nous sommes dans l’ambigüité, et l’essentiel de l’intérêt est retenu par le jeu de piste laissé par Amy, qui mène les enquêteurs à son journal intime (qui entrecoupe fréquemment le récit pour augmenter le malaise sur la vie de couple) et Nick vers sa potence, lui faisant accumuler les motifs de condamnation sur son passage. Le second est entamé par un twist monumental, et s’axe clairement sur des jeux de manipulation. Nick, descendu par l’opinion public, engage une bataille médiatique pour améliorer son image et soutenir sa vision des faits, tandis qu’Amy, dont le plan capote, se retrouve à improviser. En découle un savant jeu de dominos, assez imprévisible, et surtout conclu par une scène gorrissime qui, ma foi, devrait laisser un beau souvenir chez les cinéphiles. On grimpe sans arrêt dans les artifices de manipulation, et là, climax. Qui s’ouvre avec un humour assumé (l’insulte murmurée lors des retrouvailles) sur le trois acte, bref (une petite demi-heure), mais intense. C’est à ce moment là qu’on prend conscience qu’il s’agirait presque d’un remake de Basic Instinct, avec un Paul Verhoeven de la grande époque derrière les commandes. Bon discours sur la manipulation psychologique et personnage féminin massif, on a là une renaissance inattendue, et totalement jouissive. Quand on voit le dernier effort (assez pathétique) du hollandais, voir Gone Girl écrase le modèle. Vraiment, joli coup de la part de Fincher, sans doute pour l’un des films les plus marquants de l’année.

2014
de David Fincher
avec Ben Affleck, Rosamund Pike

5/6

Gone girl
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