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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 15:27

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Avec Ultimate game, Neveldine et Taylor sortent de leur saga régressive Crank (la série d'action la plus énervée et la plus indigeste jamais vue sur grand écran, sorte de Besson sauce GTA lubrifié au kérosène) pour se concentrer sur un projet un peu plus sérieux, mais tout aussi fendard. Bombardé comme un film de SF/action subversif, le film se ramasse un petit tollé, et finit par s'aplatir mollement sous des critiques acides venant de toutes parts. Cependant, le film est à sauver. Si, car le duo de scénaristes/réalisateurs a plus d'une qualité, et qu'il serait dommage de condamner une oeuvre qui y va un peu trop fort, en délaissant l'intelligence pour faire parler les muscles.

L'histoire : futur proche, les nouveaux sont de manipuler des humains dans deux arènes différentes : Society (sorte de sims grandeur nature) ou Slayers (combats à morts dans de gigantesques ruines).

 

http://media.paperblog.fr/i/218/2189510/ultimate-game-L-1.jpeg


Certes, on ne pourra jamais parler de subversion avec un film qui tire de tellement loin qu'on le voit venir avec un pas tonitruand. Oooh ! Contrôler les humains, c'est mal ? Naaan ! Bref, on passe sur cette morale neuneu pour en venir à l'essence même du film. Un bon gros défouloir. Ce film donne à nouveau dans l'action frénétique, limite imbuvable (les travelling de fou imposés par la caméra, alliés à un montage survolté, sont redoutables pour les nerfs), mais qui parvient toujours à créer un certain potentiel de jubilation. Et chose étrange, malgré sa joie de faire tout péter, il ne prend jamais de distances avec la violence, résumant bien les contradictions qu'un tel projet impliquerait (les scènes de combats sont toujours des boucheries). On rajoute à ça des idées totalement barjes (boire de la vodka pour aller la pisser dans réservoir et faire démarrer une voiture, c'est juste parfait) et on obtient un projet qui met toujours en avant son potentiel jouissif, tout en conservant toujours un premier degré avec son histoire (les séquences dans Society mettent parfois mal à l'aise). Les acteurs dans tout ça sont de vrais monolythes, on ne change pas la politique de Neveldine/Taylor. Butler tabasse tout ce qui se met dans son chemin, sa femme est la victime éternelle... A vrai dire, la surprise vient surtout du génial Michael C. Hall, étonnamment à l'aise dans la peau du méchant magna de l'informatique, et faisant au final un maître du monde tout à fait convaincant au vu de ses ambitions démesurées. Assumant, comme un certain Rollerball, son côté beauf à souhait, Ultimate game fait sourire, divertit et s'offre un rythme qui ne débande pas pendant une heure trente. Avec une image plutôt soignée malgré les tremblottements de caméra et quelques concepts amusants, c'est l'actionner tape à l'oeil généreux comme on les aime, avec certainement moins d'intelligence qu'un Nolan, mais avec un punch qui ne laissera personne mécontent.

 

4/6

2009
de Mark Neveldine, Brian Taylor
avec Gerard Butler, Amber Valletta

 

http://media.zoom-cinema.fr/photos/11261/photo-du-film-ultimate-game-4.jpg

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 15:17

http://images.fan-de-cinema.com/affiches/action/rollerball,2.jpg

 

John Mc Tiernan, c'est un réalisateur aimé. Adulé pour ses travaux (il cumule un nombre de succès incroyables pour sa carrière, et ses échecs commerciaux deviennent cultes avec le temps). Jusqu'à ses démêlés avec la justice et l'interruption impromptue de son métier jusqu'à nouvel ordre. Désolant. Mais auparavant, Mac Tiernan a en quelque sorte coupé les ponts avec Rollerball, un nanar d'action si outrancier qu'il s'est fait immédiatement détesté par les fans du réalisateur. C'était sans connaître la galère qu'a connu le film, et peut être sans reconnaître les buts poursuivis par l'un des réalisateurs d'action les plus généreux des années 90.

L'histoire : En 2005, le rollerball est un sport violent réalisé en asie et retransmis partout dans le monde. Une école de violence qui sélectionne les meilleurs casse-cou de part le monde et les broie par son système de fonctionnement.

 

http://image.toutlecine.com/photos/r/o/l/rollerball-2001-15-g.jpg


Autant le dire tout de suite : cet article risque de se faire vilipender par la communauté, parce que je trouve tout simplement que le public passe à côté du Rollerball vu par Mac Tiernan. Certes, ce n'est pas évident au premier regard. Tout simplement parce que le tournage s'est fait dans des conditions extrêmes (une partie des décors a brûlé pendant le tournage, et John se fâchera vraiment avec les studio, qui interviendront sans cesse dans la post production. L'atroce montage auquel nous avons droit aujourd'hui est en grande partie dû à ces messieurs, qui n'ont véritablement rien capté à l'essence du Rollerball. Ils mettent l'accent sur la violence, en exploitant le filon que le film était sensé à l'origine dénoncer. Belle preuve d'incompétence artistique. Et pourtant, malgré leur travail monumental de salopage d'une oeuvre, on voit encore les belles idées de Mc Tiernan : dénoncer un monde absurde de surconsommation, de sur-stimulation et de bêtise monumentale. Rien que le casting met la puce à l'oreille : c'est pire qu'une production Besson ! Avec un Jean Reno totalement vaseux en méchant russe marchant sur tout le monde, un jeune trouduc en guise de héros et LL J Cool en second rôle, on voit tout de suite où veut en venir Mc Tiernan. Ce film est un film subversif 100 % beauf, qui prend la classe sociale qu'elle vise à son niveau, et qui la parodie au premier degré. C'est un divertissement beauf, comme le sport illustré (très beauf, avec ses armures et ses joueurs digne du catch) et comme le public visé par les studios en produisant ce film. C'était une vraie claque que les studio ont tenté d'amortir, et qui maintenant gît au fond des bacs dvd. Mc Tiernan n'en a clairement rien à foutre des scènes d'action de ce film. Si il cadre encore comme il peut les matchs de Rollerball (qui se déroulent en pilotage automatique), il se branle carrément de la tentative d'évasion de nos héros, filmée en caméra de nuit. Non mais vous vous rendez comte ? Une image verte dégueulasse comme tournée avec un camescope amateur ! Pour une scène majeure du film. On n'en a rien à br*nler de l'action dans ce film, c'est uniquement le beauf qui reste, et qui transpire comme un boeuf. Depuis les sponsors omni-présent jusqu'au style de vie décadent des joueurs, c'est un crachat énorme, un mollard envoyé à la gueule du public, un peu comme cette dernière séquence où les joueurs quittent le terrain et partent dans le public, en tabassant quelques supporters au passage. Rollerball a été salopé par tout le monde, et pourtant, il contenait un message beaucoup plus intelligent qu'il n'en avait l'air. Je doute qu'il soit encore possible d'espérer un director's cut, mais le résultat risquerait fort de nous surprendre. Quoi qu'il en soit, Rollerball en l'état reste une merde, un block buster racoleur et vain, qui contient un deuxième film bien plus corrosif que l'étron que nous contemplons de nos jours. Mammuth développe des idées similaires, et pourtant on ne vient pas lui taper sur la gueule en hurlant au navet. Une hargne sauvage envers la populace que de très rares personnes cherchent à défendre (un journaliste de ciné, S. M., m'a convaincu), et qui le mérite amplement.

 

3/6

2001
de John McTiernan
avec Chris Klein, Jean Reno

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 15:01

Los-Angeles-2013.jpg

 

New York 1997 s’est taillé une solide réputation culte depuis sa sortie en 1981. Sorte de Mad Max tourné dans les rues d’une ville réellement en ruine après le passage d’un cyclone, l’univers violent qu’il dépeignait et le politiquement incorrect de son histoire (le gros bras d’honneur au gouvernement du dernier acte est mémorable), les studios ont gentiment envisagé une suite. Mais ce n’est que 15 ans plus tard qu’elle verra le jour, sous la forme d’un Los Angeles 2013. Malheureusement, il connaîtra un sort funeste. En effet, sort la même année le monstre (à tous les sens du terme) Independance day. Rencontrant un succès public notable, Los Angeles 2013 est laissé pour compte, guère sauvé par Paramount qui investit ses ronds dans Mission Impossible et par ses effets spéciaux bâclé par la société BVVE (qui dépose son bilan en pleine post prod). Vraiment, le film est bouclé dans des conditions proches du cataclysme. Et quand on voit le résultat à l’écran, on constate que même vite torché, le travail de Carpenter a encore une gueule phénoménale.

L’histoire : Snake Plissken, de nouveau arrêté par le gouvernement, est chargé d’aller récupérer une boîte noire, tombée entre les mains de terroristes réfugiés sur l’île de Los Angeles, ville carcérale servant de dépotoir humain à la nouvelle Amérique libre.

 

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Et Paf ! Apellez moi Snake, et tout le tremblement, voilà que ça recommence comme en 97 ! Avec Los Angeles 2013, Carpenter signe en quelque sorte une suite qui tient presque du remake tant les situations auxquelles Plissken est confronté rappelle la trame de son prédécesseur. Avec un président de nouveau pourri jusqu’à l’os, un univers punk ultra violent et quelques épreuves de ci de là (d’un combat sur un ring à New York, on passe à un match de basket dans un stade), Snake revit un voyage dans la veine du premier opus. Mais en bigger than life. Avec des tonnes de gadgets, un arsenal impressionnant et une générosité bien propre à Carpenter, cette nouvelle aventure s’avère tout simplement ultra réjouissante, ne dosant jamais ses effets pour offrir du jamais vu, ou du jamais osé (la course poursuite où Snake course une bagnole en surfant sur un canal). Avec un casting plutôt réjouissant (un Steve Bruscemi qui en fait des brouettes, une Pam Grier doublée par un mec…), Carpenter se livre d’abord à une parodie d’Hollywood (l’hôpital de chirurgie esthétique) en tirant à boulets rouges sur la soi disant Amérique pure (« Pas de drogues, pas d’alcool, pas de sexe, pas de flingues, pas de tabac, pas d’injures, pas d’étrangers. » « Une terre de liberté ! » « Exactement ! »). Les années 90 dans toute leur splendeur, qui s’appuient sur le héros ultra charismatique Snake Plissken, campé par un Kurt Russell qu’on a rarement vu aussi attachant. Trainant son cuir usé et son cynisme acquis à la longue (c’est un vétéran, un vrai), le public ne peut qu’apprécier Snake et ses méthodes bourrines, le personnage étant au final le seul à ne pas se satisfaire de la situation, et à regretter combien le monde s’est barré en couille. D’où un final atomique, supplantant largement celui de son modèle. Certes, le film joue sans filet, et nombre de spectateurs pourront décrocher en trouvant certains rebondissements ridicules. Mais ce bras d’honneur fait au monde tout entier, dans un pur élan de destruction rétablissant l’équilibre, a des airs de brûlots politiques comme on n’en voit très rarement. L’humanité toute entière revenant à la case départ, ayant l’opportunité de recommencer tout ça main dans la main ou de recommencer l’Histoire comme elle s’est déroulée. Mine de rien, derrière ces plaisirs nostalgiques, il y a des messages anarchistes qui feraient presque rêver… Un film maudit dans la carrière de Carpenter, mais qu’on aurait bien tort d’oublier.

 

5/6

1996
de John Carpenter
avec Kurt Russell, Peter Fonda

 

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 10:15

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Quand La rafle est sortie au ciné, le succès a été au rendez-vous. Près de trois millions d’entrées, c’est une manne sur laquelle on ne crache pas. Il a fallu attendre la sortie dvd pour commencer à voir un débat se créer. On y voyait une tentative d’éclaircir la réalité (honteuse) de la rafle des juifs organisés par les forces françaises, ou un film franchouillard tentant de faire larmoyer les chaumières avec du tragique facile. Ce qui est un peu gênant, ce sont les propos qu’a tenu la réalisatrice en face des critiques, sous entendant un rapprochement entre ses détracteurs et les nazis (mais attention, comme elle n’a pas dit nazi, elle peut lancer un procès pour diffamation). Mais n’oublions pas que si Lars Von Trier a été expulsé du dernier festival de Cannes, son Mélancholia a séduit pas mal de monde. Tentons d’être objectifs et analysons l’œuvre.

L’histoire : 1940, la plus grosse moitié de la France est occupée par les allemands. Hitler réclame 100 000 juifs à la France. Une partie de la hiérarchie fait ce qu’elle peut pour ralentir la commande, mais les pressions militaires se faisant plus présentes, l’ordre est lancé pour le 16 juillet.

 

http://www.gaumont.fr/files/oeuvrea/0007164/0007164_gal_005_med.jpg


Saluons la tentative assez ambitieuse du film d’illustrer une partie sombre de notre histoire : la participation française à la déportation et à la solution finale (sous la menace, mais pas que). Il en fallait une bonne paire pour se lancer sur ce sujet. Le problème, c’est que ces enjeux qui promettaient du costaud (on commençait en plus sous l’angle attendrissant des enfants, qui aurait pu transcender les ambitions…) se faisaient peu à peu plus appuyés. Et patatrac, le film se grille en faisant du mélo. Oui, le mélo émouvoit. Surtout quand il donne des images fortes à son public. Or ici, des images fortes, il y en aura beaucoup trop. La caméra s’aventure dans plusieurs famille pour filmer les réactions des occupants, une gosse se défenestre dans une cour bondée, la foule hurle, supplie, une gamine tente un pathétique « je ne suis pas une vermine ! »… La caméra tente d’illustrer le déchirement chez tous les juifs qu’elle suit, alors qu’une image ou deux auraient amplement suffi. Le film ne cherche plus à retranscrire une situation, mais à émouvoir. Pourquoi explorer cette voie, tous les spectateurs (je l’espère) étant déjà du bon côté de la morale. Très vite, le film devient totalement inoffensif, en filmant tout simplement des personnages trop doués de bonnes intentions. Et les méchants, ce sont tous des collabos. Un tel manichéisme enraye quelque peu le mécanisme d’une reconstitution d’époque cohérente. Ainsi, on retrouve Gad Elmaleh en juif confiant dans la France qui ne s’alarmera jamais de la situation, ou alors trop tard. On sent qu’on veut nous faire prendre le personnage en pitié, sans nous laisser le faire par nous même. Pendant ce temps, Jean Reno joue les bons médecins et fraternise avec les juifs pendant que des pompiers abreuvent les foules avec les lances à eau du bâtiment. Pour en revenir au débat du film, une question se pose : peut-on critiquer les procédés d’un film qui essaye d’illustrer une tragédie humaine ? Réponse : oui. On a le droit de trouver assez vaine la tentative de rajouter une couche à la détention des juifs par un tabassage gratuit au milieu des femmes et des enfants, administré avec un jeu si théâtral qu’il vient à en manquer de naturel. Histoire de bien marquer le trait des méchants détenteurs. C’est qu’ils ont l’air d’y prendre leur pied, ces salauds ! Regardez comme ils les malmènent ! Non, vraiment non, certains excès du film tirent trop vers le bas le drame qu’on essaye de nous faire vivre. Et là-dessus, Mélanie Laurent (une actrice qui me fait montrer les crocs) qui tire sa petite leçon de l’histoire. Avant un fondu et un hommage aux parisiens ayant caché bon nombre de juifs pendant la rafle. Ah, l’hommage était dédié aux parisiens qui cachaient les juifs ? J’avais sans doute mal analysé le film. Mais en regardant d’un peu plus loin, c’est vrai que beaucoup de membres du casting ont tenté d’améliorer les conditions de détentions des juifs pendant leur détention. En tout cas, les buts du film ne sont pas clairs, et c’est probablement ce qui lui a valu ce sévère retour de collier. Film raté mais reconstitution d’époque plutôt soignée, La rafle déçoit car ne tenant pas ses promesses. C’est dommage, pour un film qui aurait pu donner un grand drame national.

 

2/6

 

2009
de Rose Bosch
avec Mélanie Laurent, Jean Reno

 

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 10:08

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Avec Le droit du plus fort, Fassbinder s’attaque à un sujet ardu. Pouvant d’abord passer pour une histoire d’amour homosexuelle, le film s’oriente bientôt sur la haine viscérale des classes sociales, et tout simplement sur les calculs de mauvaise foi d’individus peu scrupuleux qui abusent de leur situation. Une histoire forte, trash, avec un sens de la mise en scène qui rappellerait presque le réalisme d’un certain Michael Haneke.

L’histoire :  Franz Biberkopf , un garçon homosexuel, vient de gagner une grosse somme à la loterie. Heureux et plein aux as, il décide de fréquenter un bar homo huppé, et s’éprend d’un jeune cadre, appartenant à la haute bourgeoisie. Apprenant sa bonne fortune, le jeune cadre l’introduit dans son cercle d’amis.

 

http://www.cinemotions.com/scripts/vignettes/photo_w300.php?id_image=21401


Dans cette œuvre, l’homosexualité n’est pas le thème principal du film. C’est ici seulement un contexte, pour confronter des personnalités masculines bien déterminées : le jeune gars honnête, qui croit se voir pousser des ailes avec 500 000 marks qui lui tombent sur les bras, et le jeune cadre propre sur lui, qui vit ses petites histoires de sexe hygiénique avec ses potes et qui voit en Franz (surnommé Fox) un oiseau à plumer. Et c’est bien ça qui est malheureux, car le spectateur se rendra vite compte que les sous entendus que n’arrête pas d’employer le cadre cachent une terrible réalité. Peu à peu, sous prétexte de l’introduire dans la vie homosexuelle de bon ton, le cadre fait manger à  tout son capital, l’exploitant avec une mauvaise foi tellement gerbante qu’elle n’en rendra la fin que plus dure. Fox, amoureux, ne se rendra d’abord compte de rien, et en offrant de magnifiques cadeaux à l’amour de sa vie, accélère peu à peu sa déchéance. Ce ne seront pas les avertissements qui manqueront, passant notamment par une sœur insupportable, mais perçant immédiatement le jeu des bourgeois à la première (et unique) soirée où elle sera invitée. Cruel, le film le sera de plus en plus, en filmant platement ;; qui fait peu à peu faillite, et auquel tous ses prétendus amis finissent par tourner le dos. Avec un dernier plan séquence où ;; se fait dépouiller par une bande de gosses sous les yeux de ses anciens amis bourgeois, le film résume parfaitement son propos social, ultra ségrégationniste, où richesse et pauvreté sont séparés par une loi viscérale, instinctive, où le plus fort bouffe le plus faible avant d’en recracher les os. Rarement vu aussi sec depuis Seul contre tous.

 

4.5/6

 

1974
de Rainer Werner Fassbinder
avec Rainer Werner Fassbinder, Karlheinz Böhm

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 13:47

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Tinto Brass est un réalisateur qui aime choquer, et qui n’a jamais caché son goût pour l’érotisme, qui revient régulièrement dans ses films (le mémorable Caligula). Avec Salon Kitty, le réalisateur se lance sur une pente glissante, puisqu’il touche à la fois au nazisme et à la sexualité. La dernière fois que j’ai chroniqué un tel mélange, c’était pour Ilsa la louve SS (article indispensable à lire dans l’irremplaçable catégorie « Mauvais goût »). Le bon goût semble d’ore et déjà exclu, mais Tinto se révèle au final plus subtil dans ses intentions, et délivre une peinture plutôt étrange du Salon Kitty.

L’histoire : Pendant la seconde guerre mondiale, le Salon Kitty, l’un des bordels les plus renommés de Berlin, voit toutes ses prostituées arrêtées et son adresse délocalisée dans une autre ville. Kitty, la tenancière, doit donc former une vingtaine de femmes attachées au National-socialisme, utilisées comme espionnes par les troupes SS.

 

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Avec un pitch pareil, on est parti pour avoir du mauvais goût. Et ça commence direct, en filmant des nazis nus en pleine séance d’exercices sportifs. Le réalisateur décide de nous exposer le nazisme sous son interprétation raciale la plus primaire : l’apparence physique et la condition sportive. Le nazi est un nazi physique, dépensant ses forces avec ses muscles et pas avec sa tête. Arrive alors le projet d’un commandant SS afin de s’assurer de la loyauté de ses troupes : fonder un bordel avec uniquement des femmes aryennes engagées dans la politique nazie, et s’en servir comme agentes d’espionnage au sein même des troupes allemandes les fréquentant. Les séances d’entrainement de nos recrues s’en donneront à cœur joie dans les images fortes (quarante femmes nues faisant le salut hitlérien, une orgie sur fond de musique classique allemande bien clinquante…), valsant avec le mauvais goût en s’égarant presque dans le voyeurisme (si il est dénoncé par les officiers contemplant la scène champagne en main, le réalisateur ne se prive pas pour l’utiliser). Commence enfin l’intrigue dans le bordel, où les filles ont pour mission de faire des rapports sur leurs amants sans en avertir la patronne, et sans savoir qu’elles sont enregistrées. Ainsi, le film ira de fait en fait, montrant d’abord une première dénonciation dans un rapport, puis faisant un portrait grotesque de la hiérarchie militaire nazie (un général portant des sous vêtements féminins sous l’uniforme…) Bref, le bon goût semble parti très loin, mais le film tentant toujours de rester sérieux (et tentant d’impliquer le spectateur avec l’histoire d’amour de la principale prostituée du film, et de son issue tragique), on peut lui accorder le bénéfice du doute, où en tout cas une intégrité artistique. En faisant notamment intervenir régulièrement un nazi, aussi pervers dans ses fantasmes que dans sa pensée, le film s’autorise quelques dissertations sur le pouvoir qui interpellent le spectateur (pour peu que celui-ci prête l’oreille aux dialogues plutôt qu’à l’image, où le nazi tente d’imposer à chaque fois sa domination en humiliant sa partenaire. Enfin, on notera que Tinto Brass possède une certaine fascination pour le monde du bordel, à l’ambiance si décalée avec les réalités habituelles de la guerre. C’est une société à part, ambigüe, fonctionnant entièrement sur le registre du fantasme, devenant vraiment un paradis pour les soldats qui viennent y passer leur permission. Avec plusieurs spectacles filmés intégralement, Salon Kitty nous plonge encore plus dans le doute, les intentions du réalisateur étant difficiles à cerner (même si la conclusion trop rapide montrant que l’ambition finit par détruire le pouvoir qu’elle engendrait). Etrange, jusqu’auboutiste et provoquant, Salon Kitty est une peinture totalement en décalage avec ce qu’on est habitué à voir, et demande par conséquent à être vu pour au moins se faire un avis. Nazisploitation ou fresque sensuelle tentant de réfléchir ? A vous d’y répondre, mais moi, mon opinion est faite.

 

4/6

 

1976
de Tinto Brass
avec Ingrid Thulin, Helmut Berger

 

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"Mauvais goût ou mise en scène intellectuelle et provocante ?"

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 13:43

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Joe Dante n’est plus à présenter. Digne artisan de l’écurie Spielberg (en témoigne un Gremlins maintenant entré dans la légende), le bonhomme a toujours œuvré pour un cinéma distrayant, plutôt abouti question effets spéciaux (il a bossé à plusieurs reprises avec le génie Rob Bottin), et toujours assez original. Aussi, alors que Super 8 a fait parler de lui, j’ai découvert un petit film oublié du réalisateur, dans lequel souffle un tel vent de nostalgie qu’il m’est devenu impossible de ne pas en parler dans une chronique. Découvrez Explorers, petit film méconnu, mais follement enthousiasmant.

L’histoire : une bande de trois garçons parvient à mettre au point une machine générant un champ de force, permettant de se déplacer dans l’espace sans subir les contraintes physiques connues.

 

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Bienvenue dans le monde d’Explorers, celui des années 80. Ca sent bon les goonies et Stand by me, toute la magie de l’enfance américaine et de ses clichés est là. Tous les méchants portent des blousons de cuir, nos gentils portent tous des rôles attitrés : le rêveur, le casse cou (qui veut allumer à peu près tout le monde) et le scientifique (le plus « too much » de la bande, parlant dans un jargon scientifique difficilement compréhensible et dont la famille est composée à 80% de personnalités décalées). Notre bande rêve d’aller plus loin que leur vie de banlieue dans leur petite ville. Et paf, ils font un rêve commun où ils fabriquent une machine fabricant une bulle d’énergie étanche, qu’ils peuvent déplacer à l’aide d’un ordinateur. En gros, ils peuvent voler comme bon leur semble. Et c’est parti ! En nous refaisant Tron au cours des rêves de gosses, Dante met la barre assez haut (le film est gourmand en effets spéciaux, pas tous réussis), et réussit à provoquer notre enthousiasme, le film fonctionnant étonnament bien sur un plan nostalgique. Ca faisait longtemps qu’on n’avait plus rêvé de voler sans aucune limite. Et quand on voit les excès que Dante se permet, on est aux anges. Installant d’abord un contexte « vieille SF » (les grands titres des années 50 y passent), Joe se livre à une parodie du genre au cours d’une séquence dans un drive in, où nos bambins détruiront par maladresse la moitié d’un bâtiment avec leur vaisseau. Autant d’irresponsabilité, ça fait plaisir dans un tel registre. Mais peu à peu, l’intrigue évolue, les enfants étant peu à peu gagnés par la certitude que leurs rêves sont envoyés par des extra terrestres (des bugs d’ordinateurs les font régulièrement dévier de leur vol, tentant de les entraîner vers l’espace). Ils décident donc d’en avoir le cœur net et de partir dans le cosmos découvrir ceux qui émettent ces rêves. Et c’est là que le film trébuche. Pourtant, les idées sont là : la théorie que développe le film, où les extra terrestres apprennent de nous en récupérant nos ondes TV, est loin d’être idiote, et informe assez efficacement les extra terrestres sur notre race (encore heureux qu’ils se contentent de ne montrer qu’un épisode de Godzilla, un simple JT serait accablant). Mais plutôt que de chercher à devenir intelligent, les extra terrestres se contentent simplement de réciter à toute allure des bouts de shows télévisés pour parler à nos gosses, ce qui fait exploser de rire à la première minute (le « Quoi de neuf, docteur ? » est magnifique), et saoule pendant les 15 qui suivent. Malgré un trip intelligent (l’identité des extra-terrestres révélée est une jolie mise en abîme), la partie dans l’espace est une sévère déception, notamment parce que le vaisseau est une sorte de parc à thème où les gosses se perdent avant de se retrouver, ce qui n’a servi à rien à part gagner du temps. Avec une fin onirique qui a mal vieillie (les incrustations ont pris un coup de vieux), le film se termine sur une note plutôt sympathique, la nostalgie reprenant le dessus et laissant au final un avis positif, bien que les angles auraient dû être arrondis pour la séquence spatiale. Maquillages de Rob Bottin tout à fait à la hauteur et musique de Goldsmith de circonstance, Explorers est un petit film méconnu, pourtant assez enthousiasmant et suffisamment fou pour séduire le public des grands enfants que nous sommes. Du bonheur.

 

4/6


1985
de Joe Dante
avec River Phoenix, Ethan Hawke

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 13:37

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Quatre heures du matin, USA, 1986. Ca y est. La troisième guerre mondiale est lancée. La frappe préventive des Etats Unit partira d’ici cinquante minutes. La riposte tombera d’ici une heure trente. Les chefs d’états prennent leurs avions, suivis par les subalternes. Quelques autorités tentent encore de garder l’information secrète, mais les fuites civiles commencent à apparaître. Un technicien voulant joindre son père tombe par hasard sur une cabine téléphonique dans un comté voisin. Un quidam décroche. Commence alors la fin du monde, sur Miracle Mile.

L’histoire : Un musicien recontre l’amour de sa vie, mais rate son rendez-vous nocture suite à une panne de courant. Seul dans le café où il avait rendez-vous, il prend alors un mystérieux appel, lui annonçant que le compte à rebours est lancé, et que les premiers missiles partiront d’ici cinquante minutes.

 

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Difficile de faire plus parano comme scénario. L’holocauste nucléaire, comme ça, en un coup de fil. Le film se révèle hautement perturbant pour la spontanéité des réactions de ses protagonistes. On a affaire à une expérience sociologique des plus crédibles, chaque personnage ayant sa propre réaction, et son propre chemin. Tout commence par le déni de la nouvelle, c’est classique. Mais il y a dans le bar une femme dont le copain est en relation avec des hommes de pouvoirs, qui sont actuellement tous en déplacement, à cette heure même, vers l’hémisphère sud. La paranoïa gagne peu à peu les membres du bar, qui se mettent tous à prendre des directions parallèles. Certains se précipitent vers leur voiture pour aller chercher leurs proches, d’autres entassent les biens de première nécessité qui sont sur place dans un camion, et partent en direction de l’aéroport. Chaque personnage est intéressant, et est vecteur d’intégration du spectateur au drame qui est en train d’arriver. La caméra choisit de se focaliser sur le sort du musicien, qui veut à tout prix chercher sa conquête avant de partir. Il abandonne le groupe avant de voler une voiture et de revenir sur ses pas pour chercher la malheureuse. Mais personne n’étant au courant de l’affaire, il se retrouve bientôt en cavale, et tous ceux à qui il explique la situation finiront tôt ou tard par partir de leur côté, désireux de prévenir leurs proches. C’est une perpétuelle bousculade, contagieuse, qui se propage dans la ville, bientôt relayée par les médias, et qui gagne l’Amérique toute entière. C’est en filmant une rue dévastée par la panique que le spectateur prend conscience de la gravité de la situation, aucun missile nucléaire ne s’étant encore abattu sur le pays. La civilisation a déjà foutu le camp avant le moindre Boum. Et si c’était faux. Et si tout n’était au final qu’un banal canular à la H G Wells ? La civilisation, crevant de trouille, s’effondrant d’elle-même sans point de retour, dévastée par les démons qu’elle s’est elle-même créée. Les acteurs sont particulièrement impliqués dans leurs rôles, et le grand nombre de personnages facilite considérablement l’identification du spectateur à un personnage, tôt où tard. L’étude psychologique est assez fine pour faire ressortir nombre de détails comportementaux, d’impressions qui sonnent juste dans un contexte apocalyptique. Malgré quelques facilités (un type devient complètement marteau en une quinzaine de minutes), l’efficacité de la mise en scène, sa démarche presque documentaire et son sérieux inébranlable (pas une once d’ironie, un anéantissement pur et simple des perspectives d’avenirs de nos héros) se concluant par un final inattendu, qui touche, et qui une fois le générique atteint, aura suffisamment secoué son public pour qu’il en parle, voire qu’il s’y prépare. Y a-t-il tant de films qui flanquent une frousse réelle ?

 

6/6 (c’est trop bien noté, mais il me tient vraiment à cœur)

1989
de Steve De Jarnatt
avec Anthony Edwards, Mare Winningham

 

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 13:35

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Pour un premier long métrage, le choix du huis clos est certes plus économique (et plus facile à gérer), mais il demande aussi une efficacité de mise en scène et de tournage que tout le monde n’a pas. Ca a marché pour Saw. Mais devant un pitch comme celui de Los Angeles, alerte maximum, on est dubitatifs. Comment faire un spectacle captivant avec des quidams barricadés dans leurs maisons ?

L’histoire : un matin dans Los Angeles, trois bombes explosent, répandant dans une large zone des cendres que les médias ne tardent pas à qualifier de toxiques. Un quidam apprenant la nouvelle cherche à aller récupérer sa femme partie en centre ville, avant de retourner se confiner dans sa maison.

 

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Ouh la la… Mais le budget est famélique ! A quoi va-t-on avoir droit ? Et bien, tout simplement à un huis réussi. Dans des conditions certes modestes, mais réussi. Ici, c’est d’un point de vue psychologique que nous nous intéressons à nos personnages, que l’on va suivre au cours d’une sorte de manuel de survie en situation de crise. Par l’approche d’un civil, Chris Gorak rend son film assez universel, et réussi avec peu de moyens à créer un état de panique en banlieue, avant de virer sur une atmosphère « 11 septembre » (la pluie de cendre et la menace incontrôlable qu’elle représente). Toutes les rues vers le centre de la ville étant bloquées, notre personnage retournera chez lui, acceptera un passant pour l’aider à confiner sa maison (boucher chaque anfractuosité avec des sacs plastiques). A l’aide de flashs radio plus catastrophiques les uns que les autres, le réalisateur parvient à créer l’ambiance voulue, terreau propice à dramatiser chaque prise de décision de nos personnages. La femme finit par revenir, couvertes de cendres nocives. On la laisse entrer ? On la laisse crever sur le paillasson ? N’hésitant pas à filmer quelques situations cruelles dans ce genre, le film suit le parcours émotionnel de nos héros, et bizarrement on y croit. Les acteurs sont suffisamment impliqués pour faire illusion, et ainsi charger les scènes d’une aura dramatique qui fera mouche jusqu’à un final assez pessimiste, et qui sans être bien original surprendra par sa simplicité (car tout à fait logique). Seule ombre au tableau : le film est trop long. Une heure trente, avec un milieu qui s’étend parfois un peu trop en dialogues entre la femme à l’extérieur et son mari à l’intérieur. Bien dommage que le rythme faiblisse à quelques moments, mais l’ambiance reste suffisamment oppressante pour conserver notre attention. De la part d’un film dont on n’attendait rien, c’est suffisamment engagent pour lui prêter l’attention qu’il mérite. Pour un peu, on jurerait tenir là le nouveau Romero de l’époque de La nuit des fous vivants (à une échelle plus réduite). Recommandable, et parfait pour s’interroger sur des situations de crises plus réalistes qu’une invasion de zombies (dans des cas pareils, se fier au guide de survie en territoire zombie de Max Brooks).

 

4.5/6

 

2005
de Chris Gorak
avec Mary McCormack, Rory Cochrane
 
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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 13:17

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Etienne Chaviliez frappe de nouveau après le mémorable La vie est un long fleuve tranquille, avec une nouvelle comédie tout aussi grinçante : Le bonheur est dans le pré. Toujours sous couvert de l’humour, le réalisateur s’arrange à nouveau pour faire la critique de classes sociales avec un enthousiasme véritablement communicatif. Avec un humour décapant et des acteurs sincères, nous voici en face d’une excellente comédie, qui derrière ses airs comiques développe un propos social cohérent, et qui ne se révèlera pas au final inquisiteur.

L’histoire : Francis vit un quotidien merdique, tiraillé entre une usine interrompue par une grève et une famille froide et antipathique. Seule consolation : son chien et son meilleur ami Gérard, beauf au grand cœur. Un soir, une émission de télé change rarement son quotidien.

 

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Les ingrédients de départ sont typiquement français : avec un contexte social, cependant plus atypique que d’habitude. En effet, notre personnage principal est un patron pris en otage par ses employées, qui font grève sans tenir compte des impératifs commerciaux qui l’assaillent. Cependant, Chaviliez n’ira jamais plus loin, préférant se concentrer sur la critique de la bourgeoisie, avec les portraits inquisiteurs de sa femme Nicole et de sa fille Geneviève, détestables dès la première minute. La comédie leur devra beaucoup, le portrait suffisant à lui seul à créer le comique acide auquel Etienne semble avoir pris goût (et nous aussi d’ailleurs). Mais la situation change vite quand au cours d’une soirée, une émission enquêtant sur des personnes disparues publie une photo lui ressemblant étrangement, et disant le disparu mari d’une autre femme. A la maison, c’est le scandale, et Francis commence sérieusement à envisager d’aller retrouver cette famille tombée du ciel. Délaissant peu à peu le propos social, le film prône peu à peu un retour aux sources agricoles, ici montrée comme la solution pour mener une existence simple, paisible et saine. Le bougre n’a pas tort, et le débat se posera toujours là. Mais sans tirer de conclusions, Etienne met en balance son protagoniste entre les deux milieux, qui finissent au final par se rejoindre dans une gentillesse bon enfant qui contentera tout le monde. A noter toutefois une fin un peu hors sujet, qui justifie le prétexte du film plutôt que de continuer sur les gags de classes qu’on aimait tant. On retiendra du film quelques dialogues savoureux (Eddy Mitchell est irrésistible en bon vivant vulgaire et franc du collier, et ses engueulades avec Nicole font tout simplement rire aux larmes tant le spectateur éprouve de l’empathie pour le personnage). Un peu franchouillard sur les bords, mais honnête sur la longueur, le film réjouit, sans toutefois prétendre à un statut plus glorieux que celui de la bonne comédie. La facture technique est télévisuelle, la musique simple. Mais les acteurs, illustrant parfaitement les caractères sans jamais forcer le trait, font la différence, et épatent par leur spontanéité. Un excellent moment, qui n’éclipsera pas l’excellent La vie est un long fleuve tranquille.

 

4.5/6

 

1995
de Etienne Chatiliez
avec Michel Serrault, Eddy Mitchell

 

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