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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 21:41
Hidalgo

Le cinéma de David Lean a marqué l’histoire, et fait toujours figure de modèle aujourd’hui. Prometheus lui rend un timide et inattendu hommage, mais on a oublié qu’en 2004, sorti dans une certaine indifférence, Hidalgo, réalisé par un certain Joe Johnston, lui rendait le plus beau tribut qu’on pouvait lui faire Un splendide hommage et un quasi exercice de style, qui tente d’allier la grâce du cinéma à l’ancienne avec les avantages des effets spéciaux numériques.

L’histoire : au XIXème siècle, Hopkins, américain d’origine apache, assiste au massacre de son ancien village à Wounded Knee. Des années plus tard, abattu par l’alcool, il reçoit l’invitation d’un Cheikh pour participer à une course de 5000 kms dans le désert, mettant à l’épreuve la renommée de son cheval.

Hidalgo

Vraiment, je n’avais pas ressenti de joie aussi grande devant un film d’aventure depuis bien longtemps. Une fois passée la surprise de retrouver un style à l’ancienne complètement délaissé aujourd’hui (énormément de fondus entre les scènes qui laissent apprécier la beauté des paysages), on n’est pas vraiment surpris de voir que Joe Johston s’efface complètement derrière l’hommage qu’il rend à David Lean, dont on mesure l’étendue quand il dévoile les sublimes plans désertiques qui feront l’essentiel du décor. Hidalgo, c’est la résurrection de David Lean, le retour de l’aventure des grands espaces, où l’humain est remis en avant, et où le caractère intrinsèquement bon, moral et classique donne immédiatement une bouffée d’air. Joe Johnston, qui réalisera plus tard le très classe Wolfman et l’épatant Captain America, était un choix logique et tout à fait honorable, surtout quand on constate qu’il pousse l’hommage jusqu’à mettre Omar Sharif dans l’un des rôles principaux, où il s’attèle à la tâche avec un réel plaisir qu’on sent à chaque instant. Le vintage dans toute sa noblesse. Car si le film a des points faibles (qu’on abordera plus tard), le scénario a suffisamment été peaufiné pour mettre en valeur les enjeux libertaires du récit, non pas sous l’angle du triomphalisme américain (on se doute déjà en commençant le film que la victoire d’un héros aussi cow boy est inévitable), mais davantage sur celui du triomphe de la volonté, et de l’émancipation égalitaire. Au niveau humain, Hopkins est un demi indien qui s’est inséré dans la société américaine, tout en constatant le génocide d’un peuple dont sa mère était originaire. Quand il chevauche, c’est l’emblème de sa tribu d’origine qu’il arbore. Sous son aile, il recueille un enfant esclave qu’il traite peu à peu d’égal à égal. Quant au Cheikh, les enjeux concernent sa fille unique, qu’il méprise au grand jour pour respecter les convenances, tout en lui autorisant en cachette des activités interdites. Briser les conventions et le mariage à dot, telles sont les objectifs du côté oriental. Mais en parallèle des enjeux humains, il y a le niveau animal. Le mustang de Hopkins est considérablement personnifié, son caractère étant régulièrement mis en avant et ses efforts sans cesse soulignés. Et pour rejoindre les enjeux humains, les thématiques qui l’impliquent sont celui de la race. Dans un milieu aussi exigeant que la course hippique, le concept de race et de pureté revient toujours chez les adversaires, essentiellement sous un angle méprisant en face du mustang, race batarde par essence. La participation d’Hopkins et de sa monture, c’est la volonté contre la pureté du sang, combat noble par essence et plutôt bien introduit par le film. Enfin, les péripéties fleurent bon le film d’aventure à l’ancienne, sans avoir besoin d’effets pyrotechniques ou de cascades impressionnantes. Où que l’on regarde, la direction artistique a été soignée, et si l’ampleur ne sera jamais à l’égal d’un Lawrence d’Arabie, revoir des scènes avec de nombreux figurants fait plaisir.

On en vient maintenant aux défauts. Tous mineurs, mais assez nombreux. On commence par le principal : le scénario. Régulièrement, des anachronismes s’insèrent dans le récit, parfois de façon un peu trop voyante pour que le plaisir n’en pâtisse. Je pense à la scène de pseudo-castration de Viggo Mortensen, bien trop développée et cabotine pour convaincre. On peut comprendre qu’on rajoute des détails pour étoffer la fresque peinte par le film, mais un peu de retenue ne fait pas de mal non plus. De la retenue, on aurait également aimé en avoir aussi sur le numérique. Pour l’essentiel du film, il passe très bien, et demeure souvent invisible (ce qui était capital pour réussir le pari de l’hommage à l’ancienne). Mais il agresse l’œil lors de plusieurs séquences, où les fonds verts sautent aux yeux (le voyage sur l’atlantique, la poursuite sur les toits de la ville) ou les inserts numériques (léopards) pas mal incrustés, mais voyants. Le genre de détails pas grave, mais qui déçoit après la beauté naturelle des paysages et des plans de cavaliers. C’est quand il veut être impressionnant qu’Hidalgo se met en difficulté, parfois au-delà du raisonnable. Mais malgré ces petites déconvenues, le résultat tient du spectacle honnête, qui veut retourner à cette grande ampleur de l’aventure à l’ancienne où l’on voyage aux côté du héros. Loin du cynisme, de l’esbroufe et de la débauche de moyens, Hidalgo est un retour premier degré à l’aventure familiale, qui mérite largement d’être revu à la hausse.

2004
de Joe Johnston
avec Viggo Mortensen, Omar Sharif

4,5/6

Hidalgo
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Published by voracinephile - dans Aventure
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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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