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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 23:18
Les nouveaux sauvages

Petite production espagnole bénéficiant d'un buzz critique (quand on affiche le nom d'Almodovar sur l'affiche, ça aide), les nouveaux sauvages est la petite production qui défraye la chronique, se faisant sa petite niche avant la sortie de Taken 3 et du TV film oscarisable the imitation game. Une petite sortie discrète pour un film dont la modestie et les qualités se révèlent taper dans les tensions sociales avec une certaine justesse qui joue la carte de la fraîcheur.

L'histoire : 6 petits sketchs de plus en plus développés, axés sur les tensions du contexte et les pétages de câble des protagonistes.

Les nouveaux sauvages

Objectivement, les nouveaux sauvages est un bon petit film, qui a eu l'idée brillante de taper dans les codes sociaux que j'apprécie, puisqu'il s'intéresse à des mécanismes de violence et de frustration en changeant régulièrement le cadre, le ton et les personnages. C'est sa certaine légèreté globale de ton qui est d'abord privilégiée via sa première histoire, une vengeance froide, calculée et méthodique, dont l'issue a indéniablement quelque chose de jubilatoire. Et chaque petite histoire d'y aller avec une ironie plus ou moins revendiquée, n'hésitant jamais à changer de registre quand cela se révèle original ou approprié. Le second sketch doit être le plus violent, traité avec un second degré minimal (les interventions du type "un poison périmé, c'est plus ou c'est moins dangereux ?"), avec un sacré malaise à la clé, immédiat contrepied à la vengeance parfaite du pré générique. Pas forcément utile ou jubilatoire, mais bon contrepoint à la surprise de l'introduction, et démonstration manifeste de l'intensité du ton que le film peut adopter. La troisième est ma préférée avec la dernière, s'appuyant sur un climat à la Hitcher et fonctionnant sur les banales incivilités au volant. Un postulat partant d'une situation banale qui dégénère avec une gradation bien dosée, avec un humour noir d'une violence jubilatoire. On voit un affrontement en direct à coups de clé à molette et d'extincteurs avec un rire régulier et une plongée dans le glauque vraiment bien dosée. Cette histoire sera d'ailleurs surement celle qui marquera le plus les spectateurs. L'histoire suivante suit un artificier qui suite à une contravention, se voit pris dans les enfers de l'administration pénale qui enchaîne les amendes avec une logique là encore bien gradée. Car le nerf de cette histoire, c'est bien sûr d'appliquer des pénalités cumulées en incitant au calme (respect des civilités imposé...). Avec, là encore, cette conclusion jubilatoire qui a le bon goût de se terminer sur une note légère, peu réaliste, mais qui au moins retrouve un peu de légèreté. S'en suit le segment sérieux du film, la violence n'est pas représentée, seul les impacts seront à l'écran. La classique situation du maquillage d'une affaire criminelle, où chacun y cherche son intérêt, et dont les règles dépendent essentiellement de celui qui pose les conditions. Pas virtuose, mais suffisamment bien détaillé pour se livrer à un portrait bien sec de mécanismes de corruption. Et enfin, la dernière histoire, probablement la plus développée, qui salit une grande fête de mariage et le fait culminer dans l'anéantissement des illusions à un niveau virtuose. Départ classique avec tromperie éventée, puis basculement psychologique dans la surenchère de rabaissement mutuel, qui donne le vertige de par sa plongée sans borne dans les coups bas. Les rapports de force entre mari et mariée changeant sans cesse alors pour s'accumuler dans un final qui plonge aussi les invités dans la tourmente. Alors, après la spirale, le film désamorce. Essentiellement pour s'assurer la légèreté de ton qu'il voulait employer, et pour ménager une issue à la fatalité qu'il se plaisait à souligner (la femme trompée finit par ne plus camoufler ses prétentions vénales une fois qu'elle se sent en position de force). C'est Gone girl en condensé, mais en moins machiavélique. Résultat, on est un peu hésitant, entre la satisfaction de voir les banalités d'une union éclatée par les griefs personnels (tel un mélancolia hystérique) et l'issue gentillette qui atténue grandement la férocité du propos. A trop vouloir être gentil, le film finit un peu par brosser dans le sens du poil le spectateur, préférant finalement le calme au pétage de câble total.

2015
de Damián Szifron
avec Ricardo Darín, Oscar Martinez

Les nouveaux sauvages
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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 11:47

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Un coup de foudre au cinéma est toujours quelque chose d’appréciable. Tous les adjectifs mélioratifs s’y appliquent, et quant aux défauts, on les aime quand même, car ils cadrent tout à fait avec l’optique de l’œuvre, ses obsessions et le parcours qu’il veut tracer. The Lovely Bones, malgré sa beauté, ne parvenait pas pleinement à prendre son envol, car, tout en s’évertuant à garder le lien entre le fantôme de la gamine et sa famille, une moitié du film restait consacrée à la traque du psychopathe. Du suspense qui déplaçait l’intérêt de l’intrigue. Avec Au-delà de nos rêves, on a Lovelly Bones… puissance 10. Une synthèse incroyable avec un univers à la Terry Gilliam qui va transcender une génération de fans de kitsch.

L’histoire : En Suisse, Chris et Annie se rencontrent, et décident de fonder une famille. Quatorze ans plus tard, leurs enfants meurent dans un accident de voiture. Après quatre années de deuil et de reprise en main de leur vie, Chris est percuté par une voiture et meurt à l’hôpital. Son âme erre alors parmi ses anciennes connaissances, avant d’explorer l’autre monde…

 

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Avant tout, Au-delà de nos rêves est un choc visuel kitsch. Peut être pas à l’égal de la transe d’un Enter the Void, mais d’un épanouissement total et d’une générosité sans borne dans le kitsch, qui repousse les limites de son univers à chaque minute qui passent. Il règne dans ce film le plus grand vent d’imagination et de grandiloquence qu’il m’ait été donné d’apprécier, depuis le Baron de Munchausen découvert quand j’avais 13 ans. Ce film est un des plus ambitieux dans son domaine (rendez vous compte que plus des 2/3 du film se passent dans l’autre monde), et il ne s’y attaque pas en voulant donner une cohérence à sa vision. Des films comme L’échelle de Jacob ou Enter the Void, donnant une vision de la mort, ont une idée en tête, suivent un plan de route, et se veulent vécus comme une authentique expérience. Au-delà de nos rêves n’est pas dans cette optique. Il traite le monde des morts comme un territoire vierge à explorer, où l’imaginaire de son créateur se trouve affranchi de toute contrainte (comme le dit le compagnon de route de Chris, « La pensée est réelle, le physique n’est qu’illusion. »). Ce qui en fait la boîte à imagination la plus incroyable jamais réalisée. Un univers en perpétuelle mutation, au potentiel infini, dont les décors somptueux ne cessent de changer, d’offrir un horizon encore plus lointain… Hélas, sur le plan des effets spéciaux, une telle ambition a des limites. Ainsi, certaines incrustations sont parfois réalisées à la va-vite, et on devine facilement le fond vert derrière les acteurs. Mais une telle générosité, une telle soif d’imaginaire (et une telle générosité dans le domaine) mérite déjà de donner au film une note maximale. D’ailleurs, le film a l’audace également de se créer des enfers pour les suicidés et les psychotiques, soit les gens qui se torturent moralement pendant leur vie, et après leur mort, sans pour autant virer sur le glauquissime d’une Echelle de Jacob (le film reste tout public, mais parvient, par l’intermédiaire de symboles bien choisis, à laisser entrevoir un côté sombre bien présent). Epoustouflant et éblouissant sont les adjectifs qui, techniquement, désignent le film.

 

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Vient maintenant le registre sentimental. Le parti-pris du film est sa principale faiblesse, celle qui revient dans presque toutes les critiques mitigées qui l’ont jugé durement. Je pense que l’approche des sentiments et émotions éprouvées par les personnages n’ont pas été crées pour servir un but, un message. On pourrait croire qu’au-delà de nos rêves cherche à donner un message positif sur la vie, la mort, la famille… Mais non. A la manière des flashs back de la vie de famille qui mettent en valeur telle ou telle émotion, Au-delà de nos rêves se vit simplement comme un grand huit émotionnel. Un manège qui varie régulièrement les états de ses personnages, passant de désespoir à joie, de bonté à désespoir, de rage à mélancolie, sans chercher à donner un sens à tout cela. A tel moment, le film a envie de vivre telle émotion, et choisit de l’illustrer comme il le veut (ce qui explique le côté décousu et bordélique de sa trame et de son montage). Mais ce n’est pas un film schizophrène ou psychopathe pour autant. Car si Au-delà de nos rêves vire à la cacophonie d’émotions, il les vit toutes avec une spontanéité, une sincérité, une sensibilité pensée pour laisser le spectateur frémissant, plongé dans le maelstrom de ces âmes sœurs éloignées, mais proches de cœurs, dont tous les reliefs émotionnels sont retranscrits avec une affinité rare. Alors soit, il passe par des états dépressifs pour terminer sur un happy end irréaliste (un échappatoire par la réincarnation complètement hors de propos), le mélange sentimental est telle qu’il peut être catalogué comme une bouillie naïve, mais quiconque aura envie de vivre le film le fera avec d’autant plus d’intensité que la ballade émotionnelle fera de détours, dans une intrigue tout bonnement imprévisible.

 

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Ce qui nous amène à l’ultime paragraphe de ma chronique, peut être le véritable moteur du coup de foudre : Robin Williams. De tous les acteurs de mon enfance, Robin a été celui qui m’aura le plus marqué et influencé, de toute ma jeunesse. Fan inflexible de Jumanji, et l’ayant apprécié dans plusieurs films familiaux, Robin a été un véritable référent dans mon système de valeur de jeunesse. Et avec le temps, j’avais pris de la distance, m’étais éloigné de ce Robin aux vannes lourdes, et pas toujours employé dans de bons films. Flubber et Camping Car m’avaient définitivement convaincu de tourner la page, en gardant un petit souvenir nostalgique pour le Robin de mon enfance, capable de jouer bien, et de prendre de la profondeur dans le drame (le classique Cercle des poètes disparus). Insomnia avait beau être prometteur, les récents Nuits aux musées et leurs facéties numériques m’avaient définitivement fait oublier les surprises. Et avec Au-delà des rêves, l’ancien Robin, le grand Robin, la bonté incarnée dont chaque intervention est une bouffée de châleur humaine, est revenu pendant deux heures. Un bonheur inespéré, pour l’une de ses meilleures performances en prime, où il laisse éclater sa palette émotionnelles dans des scènes dont l’intensité varie entre le bouleversement total et l’euphorie jubilatoire. Le come back, disparu depuis mes 10 ans, qui vient frapper sans prévenir et qui a gardé le meilleur après toutes ces années. La présence qui a immédiatement amorcé le bouleversement, et qui fait basculer en un visionnage Au-delà des rêves dans la catégorie des films les plus précieux de ma collection.

 

6/6


1998
de Vincent Ward
avec Robin Williams, Max von Sydow

 

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 16:37

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Il existe un monument de peur enfantine oublié, aussi sincère dans les intentions que Michael Bay avec Transformers 2 et aussi fin qu’un Massacre à la tronçonneuse 3D dans l’utilisation des effets de peur, qui a probablement fait se planquer tous les mômes derrière les fauteuils pendant les années 90. Il s’agit de la saga Chair de poule. Couverture inoubliable nous ressortant les clichés les plus éculés du fantastique discount, Chair de poule est une saga unilatérale rédigée par R. L. Stine, américain ayant compris que les frissons bon marché font bien vendre dans les rayons jeunesse (et qu’il forme ainsi des émules, mes premiers essais littéraires allaient dans ce sens, et un de ses concurrents a remporté le prix du meilleur livre d’horreur pour enfant de ma collec : Panique à la cantine). Pendant les années 90, le phénomène prend une ampleur monstre ! On se les arrache en librairie à chaque nouvelle parution, les cours de récré en sont truffées, on en trouve même jusque dans les cadeaux des menus enfants des fast food. Dans de telles conditions, il est normal qu’une série télé soit mis en branle dans la sainte mère patrie du dollar, et qu’elle vienne abreuver les millions de futurs consommateurs d’épisodes faisant frissonner, mais pas trop (et entrecoupés de coupure pub pour relâcher la pression et faire acheter des Snickers® ou la dernière voiture télécommandée Hot Wheels®). Et ils avaient du pognon pour faire ça ? Bien sûr que non ! Pourquoi on leur aurait donné du pognon si c’est pour les gosses ?

L’histoire : des adaptations plus ou moins fidèles des écrits de R.L. Stine, parfois présentés par ce dernier en personne, qui s’humilie (et touche son chèque) en assurant la filiation entre son travail d’écrivain convenu mais prolifique et ces…trucs qui servent d’épisode.

 

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On a fait péter le budget sur cette scène : on a acheté Paint !

 

Ah, il n’y avait que le revisionnage de ces vieux épisodes de chair de poule qui pouvait provoquer de pareilles sensations. Toute l’ivresse d’une époque enfermée dans un écrin aussi surdimensionné, aussi malade, aussi décomplexé… La série, par un manque de budget intégral, réussit d’une façon virtuose à cumuler toutes les imperfections du style de Stine (prénoms américanisants avec un accent français parfait, coup de stress nanars de fin de chapitre, blagues pas drôles et une morale complètement neuneu sur l’Amour plus fort que tout) en les subjuguant avec tout l’amateurisme de la confection de la série. Les acteurs sont intégralement mauvais, quel que soit l’épisode que l’on commence. Les effets spéciaux tiennent avec des bouts de ficelle (on les voit parfois d’ailleurs), la musique est si appuyée qu’on en vient à rire, et le cadreur s’amuse à pencher la caméra presque à chaque fois qu’un procédé horrifique est mis en scène. En fait, comment Chair de Poule s’y prend pour faire peur, mais pas trop ? C’est en caricaturant tous les procédés du genre horrifique. Tout y est excessif, surjoué, appuyé tellement fort qu’il en devient presque inoffensif (d’autant plus que toute violence est évacuée du récit (pas de sang) et que la menace est souvent en hors champ, ou réduite au néant par un procédé frauduleux (je pense par exemple à l’épisode « La colo de tous les dangers », où une espèce de grosse bête tape sur la porte pendant que les enfants se cachent sous les couvertures. Puis silence, gros plan de la poignée qui commence à tourner, on a peur… Coupure pub, puis re la poignée qui retourne, et là un chef de colo entre en disant « Mais qu’est-ce qui fait tout ce boucan ? »). Et c’est constamment ce genre de procédé qui est ressorti, amplifié, exagéré, quelles que soient les thématiques abordées par l’épisode en question.

 

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Le pantin maléfique, autre grand classique de la saga...

 

Celui du masque hanté, le pilote de la saga (présenté par Stine qui spoile déjà la fin en disant que l’amour triomphe de tout), est à ce titre une merveille dans son genre, un parfait coup d’envoi du programme. Une gamine sursaute dès qu’on lui une blague, et Steevie et Andrew en profitent bien en la faisant passer pour une peureuse devant toute sa classe. Bien résolue à leur rendre la monnaie de leurs pièces, elle se rend dans la boutique la plus mal famée de son village (cherchez bien, y en a toujours une) pour y trouver un masque vraiment effrayant. Le vendeur terrifiant lui demande pourquoi. « Parce que… je… je veux faire peur à toute la classe qui se moque de moi ! » « Aaah… Tu veux… te VENGER ! » . A chair de Poule, on aime bien mettre les petits plats dans les grands ! Et une fois le masque hanté volé, le vieux, plutôt que de poursuivre la gamine, décide de fermer purement et simplement la boutique… Mais c’est génial, des réactions aussi illogiques ! Et quand le masque est enfin mis en place (avec l’utilisation abusive du plan à la Halloween avec les trous du masque), notre gamine se livre à de la délinquance juvénile en écrasant les citrouilles des voisins, en faisant peur aux petits enfants et en lançant des insultes (mais attention, comme la censure ne laisse pas passer la vulgarité, on a droit à du « vous êtes laids comme des vers de terre ! Ha ha ha ! » « Noooon ! Tu es méchante ! »). Elle a le diable au corps, cette petite, ce sont là les sentiers de la perdition ! Et c’est toujours cet excès qui fait finalement le charme de la saga, quelque soit l’épisode entamé. Peu importe le ratage de l’ensemble, l’esprit est là, et malgré le commercial on parvient à y trouver son compte (surtout que dans le registre du nanar, la série a de sérieuses prédispositions…). Un dernier mot sur un de mes épisodes préférés : sang de monstre. Il s’agit d’une version enfantine du Blob de Chuck Russel, mais avec 1000 dollars de budget. Résultat : même Beware The Blob est plus impressionnant ! La créature, un chewing gum vert, est complètement ratée et provoque des éclats de rire à chaque apparition tant les incrustations numériques à la windows movie maker peinent à avoir une quelconque cohérence. Quant aux enfants, ils tentent de planquer la chose qui grandit sans arrêt à une mamie psychotique qui semble incapable de faire dans la finesse. Mais le mieux, c’est quand une méchante sorcière fait sont apparition. On se croirait tout droit revenu à l’époque d’Ed Wood ! Costume ringard, effets spéciaux monstrueux, on s’étoufferait avec nos tartines de nutella®. Et la suite, qui se déroule dans un avion, met les bouchées doubles ! Aspiration par la cuvette des toilettes, invasion de la soute à bagage (en faisant trembler l’avion, provoquant l’inquiétude du pilote) et aspiration complète de l’équipage sauf de nos gamins (sans doute parce qu’ils sont plus petits que les adultes). Et pour vaincre le monstre, ils lui lancent des plateaux repas afin qu’il fasse une indigestion… Mais what ? Et on vous promet un rebondissement à tomber par terre, avec tout le monde qui finit sain et sauf. On termine sur le dénouement du sketch « Sous sol interdit » (autre référence incontournable de Chair de Poule, mes préférés sont Terreur sous l’évier, sang de monstre et Les vers contre-attaquent), où notre héroïne, après mainte péripéties, se penche sur un pot de bégonias pour les arroser, alors que ces dernières se mettent à lui parler… Et pour tout trucage, la fleur s’agite un peu. On imagine sans peine l’accessoiriste avançant légèrement sa main en hors champ pour agiter chaque fleur prenant la parole. C’est sur ce genre de bricolage que Chair de poule parvient à bâtir son capital sympathie, à la fois par un sens de la débrouille obligatoire vu la faiblesse du budget (l’épisode qui tiendra le plus la route sera La tour de la terreur et sa reconstitution d’époque kitch (avec des bâtiments avec des lampes électriques qu’on voit par les fenêtres…)) et par la nanardise de l’ensemble, dont la naïveté crasse finirait presque par nous convaincre de l’honnêteté de l’initiative première. Un monument de nostalgie…

 

3/6


1995
avec Laura Vandervoort

 

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Mon Dieu ! La momie ! Elle est vivante !!

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 13:37

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God Bless America est un petit film indépendant sorti sans faire trop de vagues (quelques chroniques ça et là sur internet), malgré sa vocation pour le coup polémique et provoc. Il faut dire que les projets visant à traiter de problèmes de société par la force des armes sont souvent décriés, alors, quand le film vise à pointer du doigt la médiocrité du quotidien en prônant son éradication…

L’histoire : Frank, cinquantenaire, constate impuissant la déliquescence morale de la société qui l’entoure. Suite à un licenciement abusif et apprenant qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau, il décide de consacrer les derniers jours de sa vie à épurer l’amérique des individus merdiques qui la peuplent…

 

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Voici pour le coup un film incroyablement stimulant pour le cinéphile que je suis, usant d’un incroyable mauvais goût à des fins moralisateurs au dernier degré. Le genre de posture impossible à tenir sérieusement, mais à laquelle le film insuffle un sérieux jubilatoire, en osant asséner directement qu’il y a toute une part de la société composée d’individus médiocres qui ne cessent de tirer tout le monde vers le bas. Des cons qui créent des cons et qui tirent les autres avec eux en les rabaissant à leur niveau. Oser planter cela comme base de réflexion, c’est quand même insulter une bonne part de l’humanité entière (quoique le film se focalise plutôt sur la culture américaine, les similarités avec la vie européenne sont nombreuses), et ce n’est que le début. Quand le héros qu’on présente nous fait part des l’introduction de ses envies de meurtre, et qu’il explose un bébé au fusil de chasse direct, on peut dire qu’on rentre tout de suite dans le bain, qui plus est avec une pêche jubilatoire. Car la film l’a bien compris, il faut jouer avec les nerfs du spectateur pour pouvoir l’entraîner dans ses vues. Le premier quart du film pose surtout une société indubitablement médiocre, que ce soit dans les médias, l’éducation, les hobbies et les gens. Que ce soient les programmes de divertissements débiles ou les présentateurs d’info qui vomissent leurs conneries réacs en ignorant de quoi ils parlent tout en insultant leurs détracteurs, la société décrite telle quelle n’offre aucune alternative. Frank y est piégé, et s’y maintient par son travail et sa femme divorcée, qui a obtenue la garde de sa fille pourrie gâtée. Le climat ambiant est donc insupportable (en étant un poil exagéré, mais tout ce à quoi il touche se vérifie au quotidien, comme la culture du buzz, la moquerie comme sport national…), et les différents affronts qui sont fait à Franck, en plus de lui donner raison, servent surtout à rompre les derniers liens qui l’entravaient dans le bourbier main stream (viré pour harcèlement après avoir offert des fleurs à la réceptionniste, et mis au courant de son état médical par un docteur plus préoccupé par sa voiture que par la décence envers ses patients). Passé cette étape commence une sorte de road trip psychopathique au cours duquel il assassine tous les individus lui semblant médiocres, en commençant par les icônes de la télé qui lui ont gâché toutes ses soirées. C’est probablement en cela que le film est jubilatoire : sous couvert de rétablir une certaine décence et moralité, il agresse tous les symboles de la médiocrité que nous voyons au quotidien, en soutenant droit dans les yeux que ça améliore le monde. On voit direct où ça coince moralement, et pourtant, l’adhérence est totale. D’ailleurs, le personnage de Roxanne, qui rejoint Frank dans sa virée puritaine, symbolise parfaitement cette adhésion à la cause, qui touche à la fois des sujets forts (les présentateurs qui imposent leur point de vue surréaliste sans estimer l’impact de leur discours) que sur des détails communs (le type garé sur 2 places de parking). Le film souffre par moment de baisse de rythme, surtout quand il s’attarde sur la personnalité de nos deux protagonistes (je pense au passage dans le magasin de vêtement et à la halte culture dans le motel). Si il est indéniable que certaines références culturelles font plaisir, une réflexion plus globale sur ce qui définit la culture aurait été bienvenue, plutôt que de léser tout ce qui reste dans l’ombre. Néanmoins, avec un final aussi percutant que la prise en otage d’un plateau télé et de l’exécution sommaire de bon nombre d’individus y étant présents, God Bless America a tout le potentiel nécessaire pour marquer méchamment son public, et surtout attirer son attention sur quelques réflexions sociétales et les aberrations qui en découlent (Steven, le véritable déchet humain du film). Osé car sans recul sur son message et ses insultes, mais sincère et plutôt bien écrit, God Bless America est un essai engagé et salutaire pour le cinéma d’auteur. Mais bon, entre ça ou un Les profs, on voit vite quelles tendances apparaîssent.

 

5/6


2011
de Bobcat Goldthwait
avec Joel Murray, Tara Lynne Barr

 

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 12:21

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Nouveau road movie avec le film culte Thelma & Louise. Tourné par un Ridley Scott alors en état de grâce, le film mise tout sur un duo d’actrice rayonnant (Geena Davis et Suzan Sarandon) pour donner dans la comédie aux lisières du drame, mais jamais décidé à sombrer dans la tristesse. Animé d’une énergie qui n’a d’égal que l’enthousiasme communiqué au spectateur, Thelma & Louise est bien le chef d’œuvre que sa réputation laisse entendre.

L’histoire : Thelma et Louise, des amies possédant chacune leur petite vie (Thlema est mariée à un fieffé connard, Louise est en couple et travaille dans un cofee shop), partent passer un week end à la montagne. En chemin, Thelma est agressée par un violeur, que Louise abat. Commence alors une cavale vers la frontière mexicaine.

 

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La force de Thelma & Louise tient évidemment dans son duo d’actrice, magnifique composition de portraits féminins, chacune possédant ses subtilités. Geena Davis  joue la plus jeune des deux, un brin excentrique et insouciante au quotidien (d’où une pêche d’enfer et une certaine hésitation devant le pessimisme de certaines situation) ; Suzan campe la plus âgée, beaucoup plu pragmatique et femme d’expérience, qui n’a perdu ni son sourire ni son humour. Un parfait couple d’amies pour traverser ce film qui demeure un beau portrait de femmes, souvent confrontées à des hommes aux caractères… variables. Si on ne se contente de pas plus de deux portraits féminins (exception faite de la caissière du bar), ce sont les personnages masculins qui défilent, pour le meilleur et surtout le pire. Michael Madsen et Harvey Keitel campent clairement les bons, ceux qui en ont encore quelque chose à foutre, et qui, par amour ou par respect, veulent encore aider nos personnages dans le destin vers lequel elles s’orientent. Madsen, en compagnon de Louise, trouve ici un de ses rôles les plus attachants, jouant habilement sur la violence pouvant émaner de son personnage pour exprimer la rage de sentir que l’être aimé s’éloigne. Keitel est lui plutôt dans une optique de limiter les dégâts, l’addition ne cessant de s’accroître au fur et à mesure que progresse le film. Film qui parvient d’ailleurs à enfreindre les lois avec jubilation, au cours de séquences cultes qui déclenchent souvent l’hilarité. Thelma & Louise est indéniablement une comédie culte, dans la façon qu’elle a de railler la misogynie avec une effronterie jubilatoire, et de laisser tous les hommes (toutes les forces de police sont des hommes) sur le carreau. Impossible de ne pas mentionner le mari de Thelma, parfaite incarnation du beauf suffisant qui déclenche l’hilarité à chaque fois qu’il apparaît à l’écran tant il se ridiculise à chaque intervention. A toutes les étapes de l’histoire, il baisse encore davantage dans notre estime, avec un point culminant pour le coup de téléphone (« Salut Thelma ! » avec Thelma qui raccroche immédiatement), où il passe pour un abrutit devant les policiers et la gente féminine. Merveilleux ! Et ses petits ricanements de chieur né déclencheront aussi leur dose de fou rire. S’attachant donc à montrer une force masculine figée de surprise devant des femmes lambda qui se transforment en quelques jours en meurtrières en fuite, Thelma & Louise avance sans s’arrêter avec un sentiment de liberté totale, une euphorie qui jusqu’au dénouement refuse de mourir, préférant terminer en feu d’artifice ce qui aurait pu devenir cruellement plombant. Petit oubli, Brad Pitt vient y jouer un rôle secondaire d’ordure à belle gueule qui vient apporter sa pierre à la description du genre masculin. Vivifiant d’un bout à l’autre, ce cru de Ridley Scott, plus sobre qu’à l’accoutumée, est un monument dans la filmographie de son auteur et se doit d’être visionné.

 

5,5/6


1991
de Ridley Scott
avec Susan Sarandon, Geena Davis

 

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 18:19

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Dead and breakfast est un film culte totalement ignoré par la communauté du genre, et pour, ce n’est pas faute d’avoir tourné dans divers festivals. La raison de cet échec est simple, même si Dead and Breakfast a au moins pour lui d’être sorti peu après Shaun of the dead (donc avec une toute petite chance), il est ruiné par l’ensemble de ses caractéristiques. Script, réalisation, humour, chansons… tout est à jeter.

L’histoire : un groupe de potes perdus sur une route de campagne s’arrêtent dans un petit village de rednecks et rencontrent un vagabond possédant une étrange boîte.

 

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Vu que la bande annonce nous promettait quand même des zombies qui dancent, on était en droit de craindre le pire. Et tel un oracle prophétique, c’est effectivement le pire qui se produit sur notre écran innocent, souillé bientôt par des passages de country plus mauvais les uns que les autres et subissant un humour lourdingue pour des trucages visiblement fauchés. Aucun budget visiblement sur Dead and Breakfast, mais bon, ils n’en n’avaient pas beaucoup non plus sur Bad Taste, qu’ils se sont dit. Mais si Bad Taste est à moitié raté (franchement, aucun rapport avec Braindead ou les feebles), il a au moins la générosité pour lui. Dead and Breakfast, lui, n’a même pas l’audace d’essayer du nouveau. Il y a vaguement une tentative de débrouille avec les fusils fabriqués main, mais sinon, c’est nada. Et on se retrouve alors avec des abrutis qui parlent, qui parlent, qui parlent… C’est Eaux sauvages sans la bêtise du premier degré, puisque c’est outrancièrement volontaire ici. Rien à faire, le film aura beau essayer d’enchaîner les morts et de mettre en valeur cette étrange histoire de boîte qui ressuscite les morts, on s’en fout, on s’emmerde, et surtout on ne rit pas. Ou alors façon navet, du genre quand on voit Vin Diesel combattre deux ninjas avec une serpillère (ceux qui ont vu le film en question se taperont la tête sur la table pour chasser ce mauvais souvenir). Dead and Breakfast est l’authentique film culte tellement prétentieux qu’il finit par être méprisé par son public, qui a décidément autre chose à faire que de voir des zombies chanter de la country. Malgré quelques situations nanardes, on s’ennuie ferme, et le générique arrive comme une libération salvatrice. Bon sang, plus jamais !

 

0/6


2004
de Matthew Leutwyler
avec Ever Carradine, Portia de Rossi

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 12:54

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Chillerama est un plaisir nostalgique particulièrement salvateur puisqu’il s’attaque à tout un pan de culture cinéphile qui touchera plus ou moins le public (à savoir les nanars monstrueux). Pour ma part, il avait toute mon attention, et si le spectacle commence avec des idées de toute beauté, l’ensemble peine peu à peu à se renouveler.

L’histoire : Dans un drive in, alors qu’une invasion de zombie commence à atteindre le parking de projection, une soirée grindhouse propose un vaste programme de cinéma d’exploitation.

 

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Chillerama est un hommage ultra généreux à l’esprit des drive in, en proposant sous forme de film à sketch un programme de deux heures qui varie les plaisirs et les influences avec un sens de la démesure tout à fait approprié aux ambitions. Monstre géant, zombie, détournement d’icones (Frankenstein surtout), tout y passe dans Chillerama, pour un spectacle certes réjouissant mais qui peine à tenir sur la longueur. Malheureusement, il semble que si on parle d’hommage grindhouse aujourd’hui, le sexe semble l’élément le plus redondant dans les thèmes qui sont abordés (présent pratiquement dans tout le film, à l’exception du troisième segment). Et les blagues qui tournent en dessous de la ceinture, ça fait rire 5 minutes, mais on ne peut décidément pas espérer passer à la postérité en tapant toujours dans ce registre. C’est probablement la faiblesse de Chillerama, qui derrière son hommage revendiqué aux péloches horrifiques allant des années 30 jusqu’au années 80 (il y a même un hommage scatophile à John Waters), peine à maîtriser la vulgarité de son humour, tournant beaucoup autour de paupaul. Le premier segment, Wadzilla, est probablement le meilleur. Avec son histoire de spermatozoïde mutant, nous avons droit à un remake du Blob en mode sperme assez… grossier, mais qui respecte bien l’univers très série B auquel il s’attaque (avec des effets spéciaux calamiteux pour le monstre géant, dommage de ne pas avoir été plus professionnel). Mon coup de cœur de la sélection. Le segment suivant, I was a teenage werebear, est un hommage gay aux films des années 50 sur la plage avec des passages en mode comédie musicale. Hommage très gay, puisqu’entre les attirances de notre héros envers les blousons de cuir et le design très queers des ours garou (vous voyez comment ils sont habillés dans la boite hard d’Irréversible ?), on perçoit immédiatement les clins d’œil que le film lance. Avec ce gros mélange de genre intriguant et finalement pas indigeste (c’est nanar comme prévu, et globalement, la vulgarité baisse un peu), c’est un petit moment de what the fuck plaisant, quoiqu’un peu long. Le troisième, the diary of Anne Franckenstein, est un hommage à Mel Brooks assez réjouissant dans l’idée, et probablement le meilleur segment objectivement en termes d’hommage. Mais l’hommage va plutôt vers Mel Brooks que vers le Frankenstein susnommé. Il faut par là comprendre que l’humour est vraiment celui de Mel Brooks, un truc qui oscille entre le lourdingue et l’absurde en osant tout, que ce soit bon ou mauvais. Ainsi, nous avons Hitler qui se lance dans la fabrication de l’arme absolue ! Une créature faite de bout de corps de juifs reconstitués qui finit par tout casser, dévastant les décors en carton plâtre comme dans Spaceballs. Bel hommage, mais comme chez Mel, dès qu’on n’adhère plus, c’est un ennui pesant qui s’installe. Le dernier est un hommage pour le moins fécal, qui joue avec du caca. On pensait déjà qu’on était tombé au plus bas avec Wadzilla, mais là, on passe sous la barre des – de 7 ans. Vulgaire et finalement pas très drôle, c’est l’épic fail du film. L’histoire qui relie les segments, une invasion de zombie violeurs (Gang Bang ! pour ceux qui connaissent ^^), est sympathique pour certains de ses personnages, mais au final, on ne s’intéresse plus vraiment à ce qu’il se passe, l’humour se faisant plus rare ou plus sommaire (les zombies sodomisent tout ce qui leur tombe sous la main, alors, si vous n'êtes pas lassé au bout de deux minutes...). Dommage que cette baisse de rythme soit ressentie à la fin du film, le spectacle avait matière au départ à rassembler les nostalgiques. Hommage honnête, mais loin d’être irréprochable.

 

3,6/6


2011
de Adam Green, Joe Lynch, Adam Rifkin, Tim Sullivan, Bear McCreary
avec Adam Rifkin, Sarah Mutch

 

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Un film à peine gay friendly...

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 15:21

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Avec Magnolia, on donne dans le chef d’œuvre total, le cinéma pur en termes de sentiments, parfait équilibre entre portrait authentique et fantasme virtuose, offrant des tranches de vie dans ce qu’elles ont de plus touchant. Doté d’une narration merveilleuse (bien qu’elle ait parfois tendance à fragmenter les séquences fortes), ce mastodonte de 3 heures est une véritable déclaration d’amour au grand cinéma, quitte à larguer une bonne partie du public au passage, peu habitué à suivre 7 personnes à la fois (comme un certain Cloud Atlas).

L’histoire : Croyez-vous aux coïncidences ?

 

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Il est assez merveilleux de voir que Magnolia est une sorte d’OFNI du drame, et de part l’étendue des portraits qu’il dresse, une sorte d’illustration de la vie en général, comme le sous entendait l’introduction très axée sur des coïncidences tellement fortes qu’elles en deviennent suspectes… Ces coïncidences, dans les portraits qui forment le film, interviennent essentiellement sous la forme de « connexions » fugaces entre les différents personnages, le temps de regarder au même moment un show télévisé, ou de chanter sur une même musique passant à la radio (la plus belle séquence du film, très cinématographique, et d’une pertinence qui donne les larmes aux yeux). Pourtant, les personnages, plutôt éclatés à la base, se répartissent dans environ deux groupes. Il y a celui de la famille (avec le père mourant, la belle mère dépressive, l’infirmier de garde et le fils révolté) et celui du show télévisé, avec un ancien gagnant au bout du rouleau, un gamin savant et son père tyrannique, le présentateur à l’agonie, sa femme et sa fille junkie. L’électron libre du film est en quelque sorte le policier, qui suit son histoire en rencontrant plusieurs personnages différents. Autant dire qu’avec autant de personnages différents, avec autant d’enjeux personnels et de problèmes personnels, Magnolia est un film impossible à résumer. Il se vit, complètement, soignant chacun de ses personnages et collant au plus près de ses réactions, de leurs sensations. La diversité permet ici de s’identifier à certains, ou d’en apprécier d’autre pour l’état d’esprit qu’il illustre (personne n’est pareil). Autant dire que le film regorge de performances d’acteurs, avec un casting tout simplement éblouissant. A titre personnel, mes personnages préférés sont Eddie et Jack. Eddie pour l’intégralité de son caractère, maladroit, enfantin dans sa conception des rapports humains, mais d’une sincérité frappante et d’un soupçon d’éloquence qui sort heureusement au bon moment (la conversation de bar, où il alterne entre amertume et désir de s’affirmer enfin). William H. Macy le campe avec un talent magnifique (et l’ironie qui entoure son personnage est réjouissante, notamment pour l’appareil dentaire). Jack, le personnage de Tom Cruise, est quant à lui magistral dans son exploitation sommaire des angoisses masculines naturelles, à savoir l’autre sexe. Sa vision ultra machiste est un régal de testostérone primaire qui réaffirme son mépris de la gente féminine à chaque nouvelle intervention. On comprend immédiatement où veut en venir ce portrait, à savoir comment un tel personnage a pu se façonner, et frapper évidemment là où le bas blesse. Autant dire que nous tenons là peut être la meilleure performance de Tom Cruise en terme d’intensité dramatique, autant dans sa dégaine de prédateur que dans son chamboulement intérieur. Un personnage de cette trempe, c’est rare dans une carrière, et ici, la performance est inoubliable. En termes d’intensité émotionnelle, on pourra aussi relever la romance entre le flic solitaire et la junkie dépressive, une merveille de sincérité qui culmine avec la scène du repas dont la sincérité est éblouissante (encore une fois, décidément, c’est un film à regarder avec des lunettes de soleil). Parfaite combinaison de ce qui fait la force du grand cinéma (avec un peu d’humour en prime, et une bande originale parfaite), Magnolia (dont on se demande encore d’où vient le titre) est un chef d’œuvre intégral, que la virtuosité n’étouffe jamais (à condition évidemment de pouvoir la supporter).  A l’exception de quelques scènes intenses qui sont découpées et qui perdent un peu en intensité (notamment pendant le face à face entre Jack et son père, coupée par soucis de ménager le rythme des autres histoires), c’est un pavé magistral, un OFNI éblouissant qui ne cherche pas l’épate philosophico-visuelle, mais bien l’authenticité des portraits. On en reste rêveur…

 

6/6


1999
de Paul Thomas Anderson
avec Tom Cruise, Melinda Dillon

 

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 23:07

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Petit film culte avec Cashback de Sean Ellis. Adapté d’un court métrage, ce film peut se vanter d’avoir obtenu une petite réputation assez sympathique, dans la mesure où il mixe ses ingrédients de comédie romantique avec une petite poésie flirtant avec le fantastique. Elargissant sans cesse ses perspectives en rajoutant des personnages qui font passer le film dans la catégorie citée, Cashback est une agréable surprise, à plusieurs niveaux.

L’histoire : Un étudiant aux beaux arts, après une rupture douloureuse, devient brutalement insomniaque. Afin d’occuper son nouveau temps libre, il se fait engager dans le service de nuit d’un supermarché.

 

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Cashback crée immédiatement la surprise dans sa légèreté de ton, qui cadre somme toute bien avec le contexte d’étudiant en art. Il refuse toujours de se laisser aller au désespoir, donnant aux épisodes dramatiques des relents comiques pour ne pas perdre la légèreté de la narration. En résulte un certain côté inoffensif, mais léger, agréable en tout cas pour le spectateur. Mais il se démarque d’un cinéma étudiant à la Greg Araki dans l’exposition des sentiments de ses protagonistes. Essentiellement de son étudiant d’ailleurs, dont on partage la mélancolie post rupture d’une façon plutôt légère. C’est alors que le film se lance dans un éloge de la beauté féminine plutôt atypique, puisque pour nous vanter les courbes, il les expose avec un manque de pudeur pour le moins détonnant. Pendant une dizaine de minutes, les corps nus de femmes défilent, notre étudiant pouvant stopper le temps, et déshabillant les clientes du supermarché pour en faire des dessins. Scène what the fuck complètement amorale, mais l’éloge d’un voyeurisme guidé par l’art, c’est un trait d’audace plutôt osé, et un moment « autre » dans les comédies romantiques habituelles. C’est alors que le film se contente un peu d’être culte, en développant sa galerie de personnages un peu fou, à l’aide de gags de bon ton qui font sourire, mais qui ont le bon goût de ne pas lasser. Peut être une petite lourdeur dans l’impudeur féminine et avec l’ami de notre étudiant (gros relou qui passe son temps à se manger des râteaux), mais rien de très préjudiciable à l’ensemble. La plus belle scène du film reste probablement l’attendue scène où la demoiselle du film, amoureuse de notre étudiant, le voit fricotter avec une autre demoiselle. Outre le cliché de la scène, le film parvient à remarquablement rebondir en arrêtant le temps, le pouvoir se révélant ici inutile, laissant le héros mélancolique, ayant perdue la confiance de son amie en quelques secondes. Une scène d’habitude de quelques secondes qui s’étend sur plusieurs minutes, parvenant intelligemment à faire ressortir les sentiments d’habitude balisés. Une fin gentillette, où tout le monde est heureux, vient conclure. Au final, devant l’excellente facture technique et la bonne humeur de l’ensemble du film, Cashback est un petit film culte sympathique, qui ne déclenchera pas d’adhésion massive, mais que ses petites bonnes idées vont sortir du lot. Une sympathique découverte, sans aller beaucoup plus loin…

 

4/6


2006
de Sean Ellis
avec Sean Biggerstaff, Emilia Fox

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 20:04

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Il y a un certain temps que je recherchais Une histoire vraie de David Lynch. Ce film, issu d’une collaboration avec Disney (what ?), m’était promis comme un cru à part dans sa filmographie, quelque chose de bien plus calme et posé qu’à l’accoutumé. Si c’est en effet le cas, on voit clairement des petites touches de Lynch qui arrivent ça et là, au service d’une histoire sereine qui fait clairement plaisir à voir.

L’histoire : Alvin Straight, apprenant que son frère vient d’avoir une attaque cardiaque, décide de traverser deux états pour aller le retrouver. Victime de plusieurs problèmes de santé l’empêchant de conduire une voiture, il décide de partir sur sa tondeuse à gazon.

 

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Autant dire tout de suite qu’Une histoire vraie a été un coup de cœur quand je l’ai découvert. Pour le coup, il s’agit d’un intéressant investissement de Disney, puisque c’est effectivement un bon film pour la famille, et un bon film américain. C’est un film qui respire la bienveillance, qui traite de la vieillesse avec réalisme, mais sans amertume. Comme souvent dans le cinéma de David Lynch, Une histoire vraie, après son intro plantant les personnages avec un humour poli, vire vite au road movie traversé de rencontres (c’est la principale touche Lynchienne avec la récurrence des lignes dans les paysages (la route, les champs…)). Mais loin des folies d’un Sailor and Lula, il pose des personnages simples, prévenants, authentiques en somme. Le monde n’est pas hostile, il est même accueillant, hospitalier, prévenant… En fait, la seule touche de noirceur, en dehors de l’état de santé dû à la vieillesse et du destin tragique de la fille d’Alvin, consiste en l’évocation de la guerre (conversation chargée d’émotion, et qui évite d’ailleurs le manichéisme du patriotisme américain avec l’anecdote d’Alvin, bouleversante. Voyageant à la vitesse d’un escargot au milieu de magnifiques paysages américains (un vrai film qui respire), Alvin progresse vers son but, et se contente souvent de répondre à ceux qui engagent la conversation, intrigués par l’incongruité de son mode de déplacement. Débarrassé de toute expérimentation (inutile au vu du sujet), le film développe son message, faisant l’éloge d’une vie simple, apaisée, en bref, la parfaite petite vie à la campagne et le regard lucide mais bienveillant sur la vie. Aucun méchant à l’écran, des personnalités américaines clichées et crédibles, ce film fait le portrait d’une amérique rurale apaisée (limite canadienne ^^), ce qui constitue son principal argument de film pour la famille. Une paisible évasion d’une heure quarante-cinq.

 

5/6


1999
de David Lynch
avec Richard Farnsworth, Sissy Spacek

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