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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 17:32
Un français

Un français est un film que j'attendais un peu anxieux, le côté skin head facho pouvant très facilement devenir une dispense d'argumentaire pour charger à bloc le front national en insistant bien sur la corde sentimentale sans jamais se donner la peine de fournir un argumentaire politique construit. Forcément, le film s'y engouffre volontiers, mais il tente l'immersion avec une certaine efficacité qui recèle quelques points notables. A tel point qu'on se demande un peu pourquoi la sortie en salles de ce film a été si timide...

Un français

Marko, c'est le nazi au blouson de cuir qui trouve dans son extrémisme une mouvance pour exprimer sa bestialité. Le film le met en scène d'une façon complètement exagérée (on commence avec trois agressions consécutives pendant la même journée, dont celle d'un bar), mais avec un premier degré qui en impose. Le film est cru et sec à ce niveau là, sa gestion de la violence correspond exactement à la réalité, avec une utilisation régulière de plans séquences qui fonctionnent particulièrement bien. Et si notre nazillon se remet petit à petit dans le "droit" chemin, c'est avant tout par saturation totale du milieu qui l'entoure. Après un mort et deux autres tentatives de meurtre (toujours perpétrées sur des skin, ces derniers étant plus à l'aise dans la simple bastonnade), il sature du manque d'ouverture et de discernement de l'intégralité de son entourage, aveuglés par leurs opinions politiques unilatéralement tournées vers la xénophobie et l'islamophobie (et un brin d'antisémitisme qui vient toujours se rajouter par dessus). Mais la démarche lui coûte, perdant sa compagne (particulièrement agaçante) et la garde de sa fille, et cultivant petit à petit une attitude de non violent qui le rend logiquement assez sympathique. Un cogneur qui prend sur lui même quand toutes les raisons sont là pour taper, ça plaît car c'est la Force. A ce titre, il me paraît important de relever les performances d'acteurs (on suit le personnage sur une trentaine d'années), qui ont toutes la franchise de l'incarnation, et dont le jeu ne faiblit pas une minute. C'est la principale qualité du film qui lui donne un cachet d'immersion rare aujourd'hui dans le cinéma hexagonal. Le film prend place toutefois dans un contexte intimement lié avec le Front National, et sur ce terrain, le film a une démarche toujours descriptive, implicitement orientée qu'il faut aussi décrypter.

Le FN est toujours vu par l'angle des skin head, l'association est constante tout au long du film, et la bestialité des skins (qui ont les mêmes attitudes agressives entre eux (quand ils ne sont pas de la même bande)) n'est jamais mise à distance des opinions politiques. C'est le trajet de Jean Michel Keyrol (appelé affectueusement "Braguette" dans le film, un surnom qui prend tout son sens quand il se fait flinguer le service trois pièces et qu'il continue de défendre la haine avec ses mots et en se radicalisant) qui l'incarne avec le plus de clarté. Vociférant toujours sa haine des étrangers, de l'Islam et par extension des juifs (ce rejet est complètement parachuté au milieu du discours, mais cela va avec, c'est dans la logique), il milite toujours davantage, commençant son ascension dans le parti avec quelques petits séminaires privés (interdits dans des lieux publics), jusqu'à repasser pour un flash spécial de distribution de soupe au cochon, service assuré par des skin head blouson noir bien remontés qui hurlent des chants patriotiques toutes les deux minutes et intimident tous les SDF qui s'approchent de leur installation. Ce qui m'a frappé au cours du visionnage, c'est l'absence de distance faite entre les skin head blouson noir et les petits vieux embourgeoisés. Ils sont d'ailleurs toujours dans l'émerveillement béat devant les interventions, mais quand il s'agit de toujours détourner les infos du JT, ça y va de bon cœur, en prenant toujours le parti des blancs ayant participé à la dernière rixe ou au dernier tabassage.
Le bilan est fait avec l'apparition de flash télé sur la manif pour tous, en montrant son ex et sa fille dans les rangs du quatrième cortège, des "catholiques intégristes désignés persona non grata" en référence à la présence de membres de Civitas dans les rangs, ainsi que plusieurs groupes extrêmistes (sentimentalement, la scène fonctionne une nouvelle fois). Entre temps, on aura vu la séquence marseillaise, chantée par des militants du FN pour célébrer le courage des auteurs de l'homicide (par noyade) de Brahim Brouaram en 95 suivie d'une autre marseillaise chantée par une foule métissée devant la coupe du monde de 98. Cherchez la bonne.

Nombre d'autres détails du film tendent à souligner cette absence de distance. Ce n'est pas un handicap quand on se focalise sur l'histoire du personnage principal, puisque son attitude est alors cohérente dans un tel milieu. Son parcours est sentimentalement logique, et on peut y sentir de la sincérité, dans l'écriture jusque dans l'interprétation. Mais tenter de faire du film un étendard politique serait une erreur. On pourrait alors entrer dans de longs débats sur cette "Haine" que tout le monde a dans la bouche et qui est finalement si difficile à décrire sans tomber dans la caricature. J'ai moi même commencé des ébauches avant de laisser tomber, car cela devient trop bancal. L'opposition au FN est totale, mais le film se réclamant opposé à la Haine, le rapprochement se fait (implicitement) et par des artifices qui sautent parfois trop aux yeux pendant plusieurs scènes. Un point clé qui a clairement réprimé mon enthousiasme, malgré l'immersion dans le milieu skin head qui parvient à capter une certaine authenticité. Malgré la recherche d'apaisement, je ne sais pas si ce film parviendra à incarner son idéal (risquant de blesser clairement les sympathisants d'extrême droite qui élaborent des raisonnement construits et qui surtout restent non violents). L'ambition était toutefois là, avec de puissants partis pris qui payent nettement dans la forme.

5/10

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 11:02
Du buzz facile (donc je ne me gêne pas pour doper la fréquentation de mon blog !)

Du buzz facile (donc je ne me gêne pas pour doper la fréquentation de mon blog !)

Très attendu depuis Enter the Void, Gaspar Noé réalise enfin le projet qu'il avait voulu tourner avec Cassel et Belucci et nous livre Love, avec un casting inconnu et une affiche provoc. On juge dès lors de la réaction des cinéphiles : une grande hésitation, à la fois pour voir le nouveau Noé mais aussi parce qu'on sent que la provoc facile sur le sexe, c'est pas forcément le meilleur gage de qualité... Voulez vous qu'on reparle de Nymph()maniac ?

Love

Gaspar refait à nouveau un peu de polémique, et le spectateur pourra tout de même dcouvrir son film dans les salles malgré le petit jonglage avec les interdictions. Après toutes les analyses qui ont été faites de l'objet, on se contentera d'aller à l'essentiel. Noé pose ses conditions avec la scène d'ouverture, porno et gratuite. Elle crée le pacte avec nous, et si on la supporte, on verra tout ce qui se développe par la suite. Histoire bateau d'amour puis de haine vécue en différé par souvenir dans une situation sans échappatoire, nous sommes projeté dans le film via le protagoniste masculin, parfaite incarnation du mâle hétéro qui fonctionne de façon unilatérale avec son front ou sa ceinture. Le sexe accompagne l'évolution sentimentale de la relation, magnifiquement filmé et très bien coordonné avec les musiques. Au fil du long métrage se dégage un certain pessimisme dans les relations amoureuses, un peu caché derrière la spontanéité des personnages (la chronologie, éclatée par le montage, essaye sur la fin de revenir à quelque chose de positif avec les grands moments d'intimités initiant la relation amoureuse). Hélas, les dialogues rallongent parfois beaucoup des scènes sans leur apporter grand chose.

Au rayon provoc, Noé se laisse toutefois aller à de petites fautes de goûts comme l'éjac en 3D (avec du sperme numérique pour doper la quantité). L'auto-citation souvent décriée (Murphy veut faire du cinéma à la Noé, son fils s'appelle Gaspar, la galerie Noé...) est complètement annulée par la façon dont le réalisateur traite ses ingrédients, pointant les grosses contradictions de son protagoniste masculin et donnant une image complètement fausse du directeur de la galerie (on avait cru reconnaitre Gaspar affublé d'une perruque pour jouer au bobo prétentieux), qui désamorcent les accusations souvent revenues.

La facture technique est jolie, les cadrages très soignés, parvenant assez bien à souligner chaque émotion, malgré la proximité qui rend souvent l'arrière plan flou. La photographie est clairement pour beaucoup dans la réussite esthétique, qui achève de lisser la forme de Love et de le rendre appréciable. Avec un peu moins de relief que ses précédents travaux (après Enter the void, on sent une certaine humilité dans la forme), Love est un travail honnête, bien emballé mais parfois un peu trop "espacé" entre les séquences fortes qui marqueront le spectateur.

6/10

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 10:11
Party Monster

Party Monster est un biopic punk assez maousse pour ses excès et le faste du phénomène qu'il représente. Avec un Macaulay Culkin qui brise son image et un Seth Green en roue libre, l'orgie de glamour vendue par l'affiche en fait un rendez vous de freaks gay friendly qui se donne un côté punk qui en fait un rival assez redoutable de Spring Breakers. Excès et crise existentielle au menu.

L'histoire : Michael débarque à New York sans moyens ni logement, avec la ferme intention de s'implanter dans le monde de la nuit. Formé par James, un jeune homosexuel excentrique financé par ses parents, il parvient à gagner la confiance d'un directeur de boîte de le laisser organiser des soirées.

Party Monster

Véritable plongée punk dans l'univers des boîtes de nuit, Party Monster a dans l'idée de faire à la fois une oeuvre générationnelle, un biopic fantasmé et un film punk. Punk sur les questions de la drogue et de brûler la chandelle par les deux bouts. Car c'est finalement cet aspect qui est fascinant. Cette persistance dans la superficialité et l'irresponsabilité, en promouvant une attitude sans concession, autodestructrice, qui mène cependant à une gloire instantanée. Le buzz de la nuit, une admiration dans la fièvre de la dance. Michael a déjà cette idée en tête, sans pour autant connaître les modes du glamour. Pour toute famille, une mère ultra laxiste qui accepte les frasques de son fils et participe aux soirées qu'il organise (jubilatoire séquence où elle raconte sa première prise de drogue à la télévision), et l'assurance de vouloir faire ses preuves. Et toujours ce matérialisme qui se manifeste dans toutes ses relations sociales. Séduisant son petit copain à coups de tickets conso, en concurrence chic avec James à chacune des soirées, c'est une surenchère constante dans la frivolité, et dans le cynisme quand les conséquences en sont évoquées. Car la fête répond à une ivresse instantanée et ne doit souffrir d'aucune limite. Les followers qui déménagent pour venir aux fêtes de new york et finissent à la rue, les descentes de police pour chopper du camé... Le film capte à la fois la vacuité du concept et son potentiel magnétique, avec même quelques bonnes séquences de cinéma (la commande au fast food, la fameuse "money, success, fame, glamour" bien qu'avortée) qui font preuve de l'empathie nécessaire pour capter l'euphorie. Et les errances des personnages dont le matérialisme s'exprime à chaque instant. La formule d'excès et de débauche est classique, sans surprise, fonctionnelle sans en mettre plein la vue. Le jeu d'acteur a en revanche visé dans la bonne catégorie, à savoir la référence décalée. Seth Green tape pile dans ce registre, et la performance de Macauley en totale roue libre (son costumier devait être mort de rire à chaque essai). Et pour les hard core, on mentionnera Marilyn Manson dans le rôle d'un travelo dégueulasse camé jusqu'aux yeux. Un petit moyen de doper le buzz logique sur ce film, qui surpasse largement Spring Breakers sur le terrain de la fête qui dégénère. On regrette simplement de ne pas avoir passé davantage de temps dans le hype et la surenchère, et c'est là qu'on devine la limitation des moyens du film (d'autant plus que la photographie n'a pas le côté saturé qu'il aurait fallu privilégier). Reste un bon petit drame, qui consacre la superficialité et lui offre toute la place qu'elle pouvait prendre.

2003
de Fenton Bailey, Randy Barbato
avec Seth Green, Macaulay Culkin

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 10:19
Wall street 2 : l'argent ne dort jamais

Une petite irrégularité me force à traiter une suite avant son prédécesseur (qui d'ailleurs le surpassait), avec la promesse de rattraper la bévue très vite. Il s'agit de la saga Wall Street d'Oliver Stone. Courageux et plutôt habile dans les années 80, assez opportuniste en revenant en 2010, j'étais plutôt agacé en commençant la séance. Et par de petites touches, le film commence à remporter mon adhésion, puis mon intérêt. Jusqu'à la révélation du final.

L'histoire : alors que Gecco sort de prison pour ses frasques bancaires, sa fille coule des jours heureux à New York, en couple avec un trader protégeant les intérêts d'une filiale développant des énergies propres. Mais sa compagnie bancaire subit bientôt un OPA qui la dissout totalement et entraîne le suicide de son directeur.

Wall street 2 : l'argent ne dort jamais

Oliver Stone est un cinéaste que j'ai toujours apprécié dans les années pré-2000. Bons films, engagements politiques courageux, volonté de décrypter les systèmes et mécanismes, il est l'équivalent de Scorcese, parfois frileux (le timide JFK), mais toujours avec cette authenticité nécessaire pour immerger son public. Son premier Wall Street avait bon goût lui aussi, la foi candide découvrant peu à peu les impacts des manipulations bancaires sur les côtes en bourses. Wall Street, l'argent ne dort jamais, reprend sur ces bases, en considérant déjà que nous avons des bases en économie, ce qui nous fait plaisir car on se sent déjà en confiance. Et c'est par sa science de la transition et de l'usage du langage cinématographique que Wall Street 2 a réussi à me convaincre. Un travelling en rotation en plein centre ville s'élevant vers la cime des grattes ciels soulignant le merveilleux pouvoir de croissance. Des enfants jouant dans un parc à faire des bulles. L'argent qui s'interpose dans le couple... Les images sont claires, bien dosées, le cinéma à l'ancienne qui cherche encore à être intelligent sans avoir à beaucoup parler. Et le charisme trompeur de Gecco, toujours campé par le splendide Michael Douglas qui n'a rien perdu de son petit sourire carnassier, peaufinant son image de repenti pour mieux manipuler le monde qui l'entoure. En cela, Wall Street 2 pose largement des bases intéressantes. Le problème, c'est un peu cette histoire de vengeance bancaire. Après une petite qui tournait au cauchemar dans le premier, nous en avons une grosse, certes plaisante pour l'adversaire en titre (Josh Browlin en requin sec et intraitable), mais qui s'étend bien trop pour être honnête. Etaler serait un verbe plus approprié. Et au final, ça parle beaucoup mais ça bouge peu. Alors, on prend notre mal en patience. Et ça commence à redevenir intéressant sur la fin, quand certains petits masques volent. Et là, la chute. La purge totale. Le happy end. Oliver Stone fait un happy end sur la bourse. En fait, ils sont humains ces banquiers. Un peu vaches entre eux pour rafler quelques centaines de millions, mais rappelez leur quelles sont les valeurs de la famille, et leur coeur se remet à battre. Autant, je ne suis pas contre une humanisation (vu combien on s'est évertué à représenter le corps de métier comme de la merde), autant un truc pareil, c'est se foutre de la gueule du monde. Je comprends dès lors pourquoi le film s'est fait pourrir et trône avec une simple moyenne malgré sa construction virtuose. Mais bon, Oliver s'est grillé avec World Trade Center. Depuis, peut-on espérer autre chose que quelques reflets de ses anciens talents ? Alexandre avait au moins l'ambition de pousser la fresque historique dans de nouvelles directions, aussi moches soient-elles (les scènes de bataille, les décors numériques...). Wall street 2 n'est donc pas très utile, mais plutôt agréable à suivre. Seules ses 5 dernières minutes lui valent la damnation éternelle.

2010
de Oliver Stone
avec Michael Douglas, Shia LaBeouf

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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 00:30
Stanford, l'expérience et son remakeStanford, l'expérience et son remake

L'expérience est un petit film allemand, qui se propose de remettre au goût du jour une petite expérience sociologique menée en 1971 : l'expérience de Stanford. D'une durée initiale de 12 jours, prévue pour étudier les comportements de cobayes humains en environnement carcéral et sur les conditions de déshumanisation, elle fût interrompue au bout de 6, suite à une perte de contrôle de l'équipe scientifique qui suivait les comportements et la multiplication des mauvais traitements qui s'y déroulait. Un évènement intéressant, mais également largement controversé et contesté par la suite. Voyons comment cela est remis en scène.

L'histoire : une vingtaine de cobaye sont recrutés par la médecine militaire pour mener une expérience sociologique en milieu carcéral sur le stress. Les rôles sont répartis aléatoirement et les gardiens ont pour consigne de faire appliquer un règlement sans avoir recours à la violence physique.

Pour les faits, consulter le lien suivant : http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Stanford

Stanford, l'expérience et son remake

Bon, on le savait dès le départ que ça allait dégénérer. Alors, virons les passages où le film fait du remplissage (l'introduction, tout ce qui précède le début de l'expérience, avec notamment la sous intrigue bidon du journaliste infiltré) pour se focaliser sur les véritables arguments du film. A notre époque, il lance donc une expérience sociologique, sur la base qu'aucune expérience de ce genre n'a déjà été faite. Et comme on s'y attend, on assiste très vite à des dérives, des maltraitances et des comportements sadiques. C'est maintenant sur leur apparition qu'on peut disserter et débattre. L'expérience initiale était réalisée avec des étudiants, la version 2.0 préfère des adultes consentants, la plupart étant motivés par l'argent. Lors de mon premier visionnage, j'avais été globalement convaincu, mais des manifestations de sadisme me semblaient expédiées, malvenues, gratuites. Comment distinguer dès lors le reproduit du fantasmé. Déjà en marquant une énorme scission aux deux-tiers du film, qui passe une ligne qui n'aurait pas dû être franchie (et qui d'ailleurs ne le fût pas pendant l'expérience). Cette ligne est celle de la structure extérieure. Je vais détailler la façon dont j'envisage les comportements sociaux intra-muros (le film semble plutôt fidèle aux faits dans ce registre), mais très vite, l'expérience dégénère et les scénaristes poussent alors un mécanisme de remise en question de la moindre moralité (cette connerie du "c'est un test en fait, donc on peut y aller, notre but reste de maîtriser la situation") qui finit par les faire attaquer directement les scientifiques en charge de l'expérience et à les soumettre à des traitements encore plus violents (et allez qu'on a une tentative de viol des bonnes familles, et vas-y qu'on a de la torture manifeste...). Là, le film pète un câble et dépasse les bornes, même si cet aboutissement suit une logique bien entamée, elle se permet des facilités qui ne passent pas.

Cependant, jusqu'à ce basculement, la gestion des mécanismes sociaux n'est pas mal réussie. Elle joue d'ailleurs intelligemment sur les initiatives des gardiens pour reprendre le contrôle en s'assurant l'obéissance par l'humiliation et un usage modéré de la force, l'atteinte à la dignité sans avoir encore recours à la torture. A l'exception de la facilité de la séquence d'humiliation du héros (tiens, un peu d'urine), la description concorde avec ce qui a été observé au cours de l'expérience de Stanford. Et d'ailleurs, les petites défiances des cobayes prisonniers vis à vis des gardiens avec l'apparition d'une révolte dès le deuxième jour montre aussi la responsabilité des cobayes dans l'escalade vers la violence. C'est là que peut commencer un débat sur la validité de l'expérience, ses conclusions étant nettes et claires (le film oublie d'ailleurs une technique assez intéressante des gardiens pour casser les révoltes, à savoir d'accorder à certaines cellules des privilèges pour suggérer l'idée de la présence de balances, et créer ainsi des conflits entre détenus pour enlever tout esprit de révolte (donnant un résultat proche de ce que Blindness montre, en rappelant que je n'avais pas supporté)).

Le scientifique ayant dirigé l'expérience en a tiré la conclusion de l'existence de l'effet Lucifer, qui en soumettant des cobayes lambda dans un système de stress pousse à adopter des comportements violents et préjudiciables au groupe. Mais cette hypothèse est contestée, et notamment par des observations qui me semblent judicieuses, notamment sur l'incitation du facteur aléatoire. La tendance manifeste à vouloir déshumaniser toutes les composantes humaines de cette expérience annihile déjà le facteur moral, les personnes se confortant alors dans leur rôle (cela transparaît un peu dans l'insistance des gardiens à vouloir habiter leur personnage) et en faisant fi de toute considération extérieures à une demande de résultat sans protocole. Par les lacunes des conditions de l'expérience, celle ci incite déjà à violer des fondamentaux sociaux, renforcée par l'absence de la moindre formation ou encadrement minimale du personnel (la principale différence avec les systèmes carcéraux pris pour modèle) livre finalement des individus totalement inexpérimentés avec une obligation de soumettre un groupe d'autres personnes sans moyens de pression autre que la force physique ou le matraquage psychologique. La soumission d'un groupe d'individu lambda serait consentant dans la mesure de leur morale (c'est la façon naturelle dont fonctionne un esprit non condamné en justice). Et c'est aussi le cas ici, ils n'ont simplement aucun objet à disposition pour assurer leur défense. Ce n'était clairement pas le but, et les conditions arbitraires ajoutent davantage de pression. Pour ce qui est de l'étude de cobayes humains en situation de stress, le film propose des mécanismes plutôt fonctionnels, les moindres soupçons de défiance étant immédiatement réprimés par les gardiens au fur et à mesure que progresse l'expérience. Le coup des bouteilles de lait est un exemple absurde, mais démonstratif de cette tendance. De même que les mouvements de groupe, grandement influencés par des personnalités leaders et beaucoup de suiveurs, une conception de l'humanité qui m'a convaincu à plusieurs reprises, ont aussi des comportements à nuancer (les tendances au sadisme notamment, les conclusions de Stanford étant assez troublantes sur ce point). Au final, si les petits mécanismes de L'expérience sont intéressants et fidèles au matériau d'origine, il se plante sur ses amplifications et peut sembler maladroit sur plusieurs points (notamment sur l'abolition totale de toute forme de morale ou de limite au nom de l'expérience). Et apporte quelques éléments pour alimenter un débat sur les conclusions à tirer de cette expérience, sans toutefois transposer ses conclusions sur un modèle carcéral réel.

2001
de Oliver Hirschbiegel
avec Moritz Bleibtreu, Christian Berkel

Stanford, l'expérience et son remake

Au moins, j'aurai fait tout Stanford en peu de temps. L'idée d'un remake pouvait être effectivement une bonne piste au vu des faiblesses du film allemand, beaucoup trop expéditif quand il brodait en dépassant le cadre de l'expérience, la démonstration surpassant dès lors logique et réalisme. Ici, le traitement est un peu différent, mais aussi plus tenu, un peu plus lisse, et ce n'est finalement pas un mal sous certains aspects. Le problème, c'est surtout Hollywood qui fait de la psychologie, de la finesse à coups de hache... A l'image toujours de cette mauvaise séquence des images subliminales de violence qui ne sert à rien, sinon paraphraser l'inévitable...

Le début d'expérience est identique, sans intrigues secondaires, sinon la petite aventure du héros pacifiste avec une hippie mal coiffée qui sent bon la bière. Ce qui fait plaisir, c'est aussi de voir Whitaker dans le rôle d'un catho humaniste qui se retrouve dans l'uniforme d'un gardien, et sent peu à peu des pulsions sadiques l'animer (et là, hollywood se montre un peu trash, mais trop justement, le personnage basculant trop vite dans une mécanique de sadisme déguisé (le coup de l'érection après la reprise en main musclée de la situation)). On soupire également quand le queutard de service dans le rôle du gardien se voit demander par un scientifique si il est gay alors qu'il parle depuis le début du film de bouffer de la touffe. Et là jaillit une homosexualité inavouée qui le pousse à abuser de son autorité sur un jeune cobaye à moustache... Rah, c'est téléphoné ! Pas logique, téléphoné, souligné, encadré ! La seule bonne chose qu'on peut en retirer par généralisation, ce sont les initiatives individuelles qui minent le travail du groupe sensé instaurer l'ordre. Mais abordons la dynamique de l'ensemble du film. Les rapports dans les deux groupes sont moins effusifs, plus contrôlés. C'est presque théâtral là où L'expérience était plus réalité filmée (l'abandon du style caméra à l'épaule y est aussi pour quelque chose). Mais ce contrôle est finalement salutaire à la mécanique psychologique, puisqu'il introduit une notion de dosage dans la violence. Aussi, les gardiens savent en connaissance de cause qu'ils vont employer des méthodes humiliantes et psychologiquement violentes, mais ils le font avec cette notion d'escalade contrôlée de la violence, insistant moins sur la notion de rôle à jouer que sur le fait de contrôler la situation de la meilleure façon possible. D'ailleurs, ce sont eux qui incitent au calme et recommandent à chacun de se conformer aux règles de vie pendant la durée de l'expérience afin que chacun puisse toucher pépère son salaire. Et c'est là que la responsabilité des prisonniers augmente d'un cran. Le film montre au moins deux meneurs refusant par simple esprit de défiance de se plier à l'autorité des gardiens. La logique de cassage se pose d'elle même. D'ailleurs, une pression supplémentaire est faite sur les gardiens, ces derniers devant réagir aux situations problématiques dans la demie-heure qui suit les évènements. En rajoutant, comme menace ultime, le non paiement de l'ensemble d'un groupe (prisonnier ou gardien) si ce dernier outrepasse ses commandements. Plus que jamais, les gardiens sont sous pression et dans une position défavorable car ayant une plus grande responsabilité. Donc a lieu la séquence copié collé de l'humiliation à la pisse. Dans ce cadre, elle est logique. Mais entre les deux, le détail du prisonnier malade se révèle être un grave problème de cohérence dans le script. Le diabétique est tout simplement inapte à suivre l'expérience sans traitement, or les gardiens n'ont aucun moyen de contacter les scientifiques ni d'avoir du secours médical (chose impensable en prison). La marche vers la violence est plus progressive, mais le contexte merde gravement, rendant déjà l'expérience complètement immorale et illogique (puisque la violence n'émerge pas simplement des comportements du groupe, elle est de toute façon générée par le système de contrainte, qui perd son caractère aléatoire pour tendre à l'incitation directe à la violence. Maltraitance évidente et obstination peu logique de la part des gardiens. Et là, tout s'est effondré.

Néanmoins, le film continue avec son petit dosage de la violence. Les scientifiques brillent par leur absence, on se demande bien ce qu'ils foutent alors qu'on assiste de façon évidente à des traitements de plus en plus violents et que l'état du diabétique s'aggrave de jours en jours. En d'autres termes, ils sont illogiques et le contexte même de pression disparaît, puisqu'ils sont mystifiés au point d'être physiquement absents des lieux. Mais les gardiens s'obstinent. Whitaker avec sa gaule sadique qui finit par le rendre nanar (toileeeette !), glouglou dans les toilettes alors que le héros a déjà enduré la pisse, et qui lui fait avoir une crise de confiance en soit, ça chie dans la colle. Alors qu'un mécanisme intéressant se met en place avec la dégradation d'un gardien au rang de prisonnier, le montage part en couille et sombre dans le ridicule avec une grosse voix off trafiquée. Les gardiens tapent dans le tas sur une musique électro dark, Whitaker parle d'une ampoule comme il parlait de Dieu... Les 5 dernières minutes et la nouvelle émeute redeviennent enfin logiques, mais toutes les dernières étapes pour y arriver relèvent du foutage de gueule. Et d'ailleurs, l'espèce de final où tout le monde retrouve une sorte de dignité grave, genre nous sommes tous des victimes en fait, elle ne fonctionne pas. Après une rixe comme ce qui venait de se passer, on ne retrouve pas en si peu de temps une dignité. Pas ainsi en tout cas. Démonstration manifeste que l'homme devient violent quand on l'y pousse, The experiment partait mieux pour finir plus bas que son prédécesseur, la faute à un gros problème de gestion psychologique malgré les ambitions. Fort malheureusement pour lui, quand un film rate ce qui fait l'essentiel de son message et de son intérêt, on s'accordera pour conclure que c'est pas vraiment la joie. Il paraît qu'Elija Woods a plaqué le tournage après quelques jours... De la clairvoyance, il en aura eu encore plus en participant au Maniac d'Alexandre Aja...

2010
de Paul Scheuring
avec Adrien Brody, Forest Whitaker

Stanford, l'expérience et son remake
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 13:22
Les damnés

Les Damnés marque le début de carrière dans le cinéma grand public italien de Helmut Berger, sous la direction du fastueux réalisateur Luchino Visconti. C’est essentiellement pour Helmut Berger que j’ai découvert le film, sa performance dans Salon Kitty m’ayant marqué. Ici, les oripeaux nazis reviennent à la charge, sous l’angle d’une tragédie familiale qui avait tous les ingrédients pour marquer le spectateur.

L’histoire : Alors que famille gérant une compagnie d’aciérie allemande se réunit, l’annonce de l’incendie du Reichtag est faite. Devant le changement de cap politique du pays, la famille, qui avait toujours répartis ses membres pour le meilleur équilibre possible, doit revoir ses positions vis-à-vis du national socialisme. Commence alors un jeu de luttes intestines.

Les damnés

Les damnés est un film fleuve de deux heures trente, un gros morceau de cinéma sur la trajectoire d’une famille que les aspirations personnelles et la pression politique consume peu à peu alors que le parti national socialiste affirme son autorité. Son univers est passionnant, car le microcosme familial, strictement composé de personnages de la haute société allemande, compile différents maillons et différentes pensées. Dans la situation d’exposition, le paternel fait office de médiation, tentant de faire cohabiter tout le monde pour le mieux. Il y a l’actuel patron des aciéries, beau-frère farouchement opposé au national-socialisme, le frère engagé comme commandant dans les sections d’assaut, le fils opportuniste sans étiquette et sa femme (qui écrase immédiatement n’importe quelle Cameron Diaz avec une facilité déconcertante), et le cadet efféminé inconstant, qui ne semble jamais entrer dans les jeux de pouvoir. Et leurs enfants. Un grand tableau humain, dont la longueur peut parfois faire perdre certains repères, mais dont les trajectoires sont simples. Le but initial étant de garantir aux aciéries une certaine indépendance, tout en se faisant bien voir du parti politique actuellement en vigueur. Un vrai game of thrones où la raison dicte d’abord les attitudes, bientôt remplacées par les querelles et les trajectoires personnelles. Pour ses opinions politiques, le beau frère est vite destiné, et bientôt menacé. Il fuit alors sans sa femme et ses enfants, abandonnant ces derniers qui se retrouvent vite prisonniers des institutions. Et très vite, on s’aperçoit que le timide cousin installé en milieu de table, faisant partie de l’élite des SS, est celui qui se révèle le plus adroit au jeu du pouvoir. C’est finalement le pouvoir de l’opportuniste, l’habileté à exalter les passions du moment et à retourner des opinions dans une direction bien précises, quitte à faire des alliances avec plusieurs camps pour tous les diriger sur tel ou tel objectif. C’est moins les théories raciales que l’opportunisme qui est dénoncé ici, avec une férocité qui impressionne (je pense à la réunion de famille finale, véritable parodie de l’ouverture). Tout en joignant quelques repères temporels (l’assassinat des chefs des SA pendant la nuit des longs couteaux) pour assurer à l’histoire une évolution et une cohérence sur ses deux heures et demie. Qui sont le principal défaut du film. Ce dernier est parfois trop long, et rajoute des arcs dont on aurait pu se passer (je pense surtout au personnage interprété par Helmut, dont on suit le quotidien pendant plusieurs séquences en appartement avec une gamine voisine). Il aurait été facile de condenser, quitte à perdre en nuance sans porter atteinte au propos. Les personnages étant nombreux, je n’en rajouterai pas plus sur les trajectoires de chacun. On note toutefois qu'une petite touche de fantasme a été distillée ça et là, avec le numéro de travesti d'Helmut (assez incongru) et la fête des SA, au cours de laquelle la moitié des troupes finit par revêtir les habits des hôtesses présentes pour la soirée. Une façon de souligner une perte de repères de la société, ou simple liberté de mise en scène ? Malgré sa longueur, Les damnés est une habile fresque historique, retranscrivant plutôt finement les dilemmes politiques pendant la montée de la dictature nazie.

1969
de Luchino Visconti
avec Dirk Bogarde, Ingrid Thulin

4,5/6

Les damnés
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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 13:19
Happiness

Happiness est un véritable rayon de soleil. Après 5 minutes de film, je savais déjà que ce serait au moins un 5/6. Mon attachement n’a cessé de se confirmer, et finalement, même si la conclusion bâcle un peu, c’est un colossal moment de cinéma. A quelques détails près, nous aurions eu une version trash de Magnolia, avec autant de puissance.

L’histoire : Une famille. Le père veut la séparation avec sa femme alors qu’ils ont dépassé la soixantaine. Les trois filles sont adultes. Joy cherche l’homme idéal en enchaînant les ruptures. Trish est mariée à un psychologue aux pulsions pédophiles. Helen, auteur à succès, ne parviens plus à écrire, et ne prête pas attention à son voisin amoureux d’elle…

Happiness

Dans le genre drame social, on en prend pour une bonne tranche. Mais c’est cela qui est merveilleux. En plus des performances d’acteurs, c’est la virtuosité de l’écriture du script qui permet de transcender toutes ces scènes de ménage, de développer chacun des personnages avec une empathie et une proximité dont l’efficacité rend tout simplement béat. L’étiquette de film sur la vie n’est jamais volée, les émotions sont constamment mises en avant, et heurtent avec fracas le spectateur, qui aura largement matière à se sentir en proximité, dans les errances les plus atroces comme dans les rapprochements apaisants. Si les personnages finissent par pratiquement tous se rencontrer les uns les autres, chacun a sa trajectoire personnelle, influencée par ses propres recherches et ses révélations personnelles. Et a ce jeu, le film est plein de ressources. C’est magnolia, sans la bonté intrinsèque et diffuse. Il est plutôt axé sur les peines et le désespoir de ses personnages, qui se débattent dans leur vie contre leurs craintes les plus tenaces, qui triomphent ou qui échouent. Avec une large disposition à verser dans le trash. C’est un peu ce point qui a au final freiné mon empathie, ce trash paralysant la proximité qui a tendance à s’installer. Pour le reste, Happiness est un vrai grand huit émotionnel, où chaque acteur trouve le ton juste sans éclipser ses pairs. A ce jeu, Philip Seymour Hoffman sera surement celui dont on se rappellera le plus. Célibataire quarantenaire au physique ingrat constamment méprisé pour l’ennui qu’il dégage (virtuose scène chez son psychanalyste qui se fait littéralement chier en l’écoutant), il aime secrètement sa voisine de palier, Helen, et ne parvenant jamais à l’aborder, il comble ses frustrations en appelant des femmes au hasard dans l’annuaire pour déverser sur elles ses fantasmes sexuels. Trash, mais vraiment touchant, surtout quand il s’aliène à ses pratiques et ne remarque pas sa voisine d’en face qui sent sa solitude et désire se rapprocher de lui. Un premier visage de la solitude, qu’Happiness décrira avec de nombreux exemples (le parcours de Joy, la mère de famille, qui se retrouve rejetée par son mari à 60 ans et doit refaire sa vie). L’alternance de désespoir et de chaleur humaine est d’une efficacité exemplaire, limpide sur les comportements humains et ses petites leçons de vie. La seule histoire qui contraste dans le lot (la plus trash) est celle de Trish, mariée au docteur Maplewood. Pour l’illustration de la solitude, on constate vite que Trish meuble sa pensée avec les multiples occupations du quotidien, jaugeant tout avec sa légèreté qu’elle tourne en délicatesse. Réaction classique en face de la froideur de son mari. Qui est décrit comme un sociopathe notoire (la scène du rêve), peut être homosexuel latent, et qui exprime surtout des tendances pédophiles. C’est ici que le film m’a pris à revers. Dans les drames que j’ai privilégiés jusqu’à présent sur le thème de la pédophilie, l’acharnement de la société à la diaboliser (en punissant parfois davantage que des meurtres) plaidait pour prendre du recul et ne pas faire preuve d’hypocrisie sous le coup de l’émotion. Ici, c’est un postulat complètement inversé qui est à l’œuvre, à savoir un père de famille de deux garçons qui se met à exprimer sa pédophilie (via notamment des conversations d’éducation sexuelle qui donnent dans les détails glauques, mais bon, il faut bien que quelqu’un en parle, et ce n’est pas à l’école de le faire). C’est la séquence pendant laquelle un ami de son fils vient passer la soirée en famille que le trash culmine. Quand le docteur drogue toute sa famille et l’invité afin de pouvoir en profiter tranquillement. Si le film fait preuve d’humour (le gamin refuse de manger les ingrédients drogués, et le docteur panique en lui proposant un tas de truc à manger ou à boire), la notion de prédateur sexuel et le malaise de la situation grimpent au niveau de Mysterious skin. Pas moins. La progression de cette histoire est d’une logique implacable, malheureusement, sa conclusion, claquant la porte au nez de son protagoniste, déçoit. D’ailleurs, la réunion de famille n’est pas vraiment une conclusion, juste une séquence de clôture qui se contente de clore, sans virtuosité ici, les destins de nos personnages. Peut être un peu trop trash et moins radieux que Magnolia, Happiness se consomme néanmoins avec l’intensité nécessaire à un drame mémorable. Une révélation.

1997
de Todd Solondz
avec Jane Adams, Jon Lovitz

5,5/6

Happiness
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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 20:39
Lunes de fiel
Lunes de fiel

Heureuse coincidence, j'ai découvert Lunes de fiel de Polanski le lendemain du nouvel an, découvrant avec une aimable surprise une histoire taillée pour offrir un début d'année fracassant. Il devient presque lassant de constater à quel point Polanski peut partir dans des thématiques intéressantes, ou à défaut taillées pour me plaire. Indéniablement, La vénus à la fourrure était un remake, l'original affichant déjà un certain jusqu'auboutisme dans son étude de caractère.

L'histoire : Nigel et Fiona forment un couple tradi embarqués pour une croisière faisant le tour du monde. Alors que Nigel commence à s'ennuyer à bord, il est charmé par la troublante Mimi. Désireux de la revoir, il fait alors la connaissance de son mari Oscar, qui désire lui confier son histoire.

C'est évidemment à un exercice assez jubilatoire que se livre Roman Polanski, puisqu'il traite de comportements sexuels déviants radicaux en en retirant le trash (toutes les pratiques ne sont qu'évoquées, au mieux décrites par Oscar), mais en conservant les relations de pouvoirs et les sentiments de chacun des protagonistes. Rarement des comportements qu'on trouverait immédiatement maladifs n'auront semblés si logiques et si bien retranscris (seul l'épisode de la découverte du goût pour le SM est un peu expédiée, c'est justement à ce niveau que La vénus à la fourrure se révèlera beaucoup plus subtil). Lunes de fiel n'est jamais aussi bon que quand il suit la vie de couple d'Oscar et Mimi, relation qui commence d'ailleurs par la domination de Paul, même quand il se livre au jeu du soumis et qu'il dicte avec impétuosité les sévices qu'il veut se voir infliger. Mais la lassitude succédant à la passion, une nouvelle forme de torture vient s'inscrire dans leur relation. Torture morale et frustrations quotidiennes, une banalisation de la violence psychologique assez révoltante question maltraitance. Et la relation garde alors toute son intensité, mais en basculant sur le terrain de l'humiliation de l'autre. Une dégradation progressive, qui culmine dans la cruauté avec le sort d'Oscar une fois handicapé, et totalement dépendant d'une aide extérieure. Qui cultive dès lors son isolement et ne perd jamais une occasion de le rabaisser. C'est à la fois révoltant et totalement fascinant, car on s'aventure sur un terrain psychologique déviant avec une intensité totale, une progression constante, jusqu'au grand final, la fête de fin d'année, qui fait culminer les vexations et exploser les frustrations. Lunes de fiel, c'est tous les visages déformés de l'amour, l'exultation de la jalousie, la prédominance des désirs immédiats sur le sens qu'on donne à sa vie sentimentale. Mais c'est en partie frustrant. Car si le film cultive l'art de la frustration subtile, il délaisse la finesse pour se complaire dans la vulgarité de la mise en scène (c'est fonctionnel, mais pas particulièrement virtuose, voir même assez banal à plusieurs reprises). Le revirement saphique de Fiona était annoncé, mais sa consommation fait hausser le sourcil (vraiment, un simple "elle pourrait tenter tout le monde" en parlant de Mimi suffisait à annoncer l'évènement ?). La seule raison qui nous fasse accepter ce revirement, c'est la mine piteuse de Nigel, moqué par un Oscar castré dans son fauteuil et assistant à son échec (son piètre "mais j'ai écouté votre histoire !" est une merveille de frustration quasi enfantine) doublée de la trahison de sa moitié. Polanski n'a jamais été aussi efficace pour se moquer de l'orgueil masculin et son insatiable désir charnel, dont la décadence est ici consacrée, en plein milieu d'une fête en totale débauche (bagarres, vomissures, ivresse indécente, le cadre est dégueulasse, sans avoir un charme particulier). La sortie en uppercut tente d'ouvrir sur un potentiel remède à la structuration du couple : les enfants. On s'y attendait un peu depuis un dialogue abordant le sujet en milieu de film, mais ici, le clou est planté. Ne reste plus qu'un moyen de dompter ses noirs désirs, et tout sera parfait. Et frustrant pour cette privation de la noirceur sur l'incapacité du désir à perdurer. Lunes de fiel reste néanmoins une sacré pièce de collection au rayon drame psychologique, et une certaine efficacité de ses portraits lui offre l'assurance de bien vieillir. Si la Vénus fustigera l'homme intellectuel en le rabaissant à l'enveloppe de la chair, le culte des promesses d'extases foulées au pied par la maîtresse sadique était un premier visage que Polanski aura esquissé non sans reproches, mais avec cohérence.

1992
de Roman Polanski
avec Peter Coyote, Hugh Grant

4,5/6

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 12:14
La confusion des genres

La confusion des genres est un film typiquement français dans la forme, puisqu’il s’agit d’un drame psychologique qui s’attache à dépeindre cette incertitude moderne liée à l’amour. Comme il s’agit d’un sentiment dont les critères varient entre chaque individus, il ne peut plus être rattaché à un type de relation en particulier. Homo ou hétéro, chacun prend où il cherche, où il trouve aussi, avec de cruels dilemmes à la clef.

L’histoire : Alain, quarantenaire, est avocat. Ses errances sentimentales parasitent continuellement sa vie, débordant dans son travail et dans ses relations multiples...

La confusion des genres

Assez gros film que cette confusion des genres, qui avec ses nombreux personnages secondaires s’amuse à nouer et dénouer sans arrêt des relations pour en saisir chaque aspect. Notre protagoniste, avocat au barreau de la défense, entretient donc deux relations, une avec sa collègue de travail, platonique et tendue, mais qui a des chances de perdurer via la perspective du mariage. L’autre avec un jeune étudiant totalement amoureux de lui. Et voilà qu’il est placé sur une affaire avec un trentenaire récemment emprisonné qui le fait littéralement fondre sur place. Sur ce terreau, chaque relation est suivie avec attention. C’est essentiellement le doute qui transparaît dans chacune. L’assurance d’être amoureux n’existe plus. Elle s’est évaporée dans la modernité, chacun écoutant davantage ses sentiments, qui sont tout aussi volatils et éphémères. Plus personne ne tient à se contraindre, fuir le malheur et la tristesse restent une priorité. Mais lorsqu’il faut faire des gestes d’engagement, pour montrer qu’on s’investit dans la relation, comment fait-on ? C’est cet aspect particulier du film qui a surtout attiré mon attention, puisqu’il change selon chaque relation entretenue. Avec de pures séquences de cinéma à la clef (la célébration du mariage où notre protagoniste déclare ne pas aimer sa promise, et qui se laisse convaincre par l’assistance de le faire tout de même, l’étrange ballet à trois dans la salle de parloir…). Une relation de raison avec la femme (stabilité, fonder une famille), une relation d’assurance avec l’étudiant (se savoir aimé et succomber, se laisser aimer), et une relation d’amour active avec le prisonnier, qui lui n’en a évidemment rien à foutre, et qu’il exploite pour se faire rendre des services (en l’occurrence, obtenir une visite de la femme sur qui il a flashé, qui elle se moque de son sort). La confusion des genres est cruelle, avec discernement puisqu’elle expose des maux d’amour réels. Un ballet constant de flirt et de sur-place, où chacun aimerait que les choses restent pareilles, qu’on puisse enfin s’adapter et trouver un équilibre. Mais à l’image de la vie, les sentiments changent eux aussi sans cesse. Alors on laisse tomber tout lien social en suivant simplement ses envies, ou on se pose des contraintes qui créeront des cohésions, tout en détruisant des opportunités. Maudits choix, qui doivent être fondés sur des éléments aussi intangibles et instables que les sentiments. Où les preuves d’aujourd’hui sont réfutées le lendemain…

2000
de Ilan Duran Cohen
avec Pascal Greggory, Nathalie Richard

4.9/6

La confusion des genres
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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 14:21
Evil (aka Ondskan)

Un film qui s'intitule Evil, je ne pouvais tout simplement pas passer à côté. Mais plutôt que de se livrer à une dissertation classique sur l'essence du mal (une alternative à Hannibal Lecter, donc), le film choisit de se livrer à une étude naturaliste de petits mécanismes de violence, exagérés mais plutôt bien mis en scène pour respecter une logique de rapports humains.

L'histoire : Erik est un élève à problèmes, qui défoule sur ses camarades les coups que lui distribue son beau-père tyrannique. Dernière alternative à la maison de redressement, il est inscrit à l'internat d'une école privée allemande.

Evil (aka Ondskan)

Il est assez intéressant d'analyser Evil, car il s'agit d'une bonne application de principes simples sur des mécanismes de violence, ici dans le cas où elle est employée sans retombées par une autorité qui s'est auto-promue gardienne de l'ordre et qui se sert de sa position pour rabaisser les autres ou les plier à ses caprices. Notamment en établissant des codes qu'elle ne respecte pas. A ce jeu, l'autorité du beau père est un exemple aussi extrême que limpide, qui pose en peu de temps son postulat. Erik s'y soumet par égard pour sa mère, qui feint l'ignorance devant les mauvais traitements perpétrés sur son fils. La situation se perpétue alors dans sa nouvelle école, par l'intermédiaire des bizutages imposés par les dernières années aux nouveaux, qui doivent accomplir des corvées de nettoyage et se soumettre aux humiliations de leurs aînés. Il y a également d'autres petits mécanismes de violence (le camarade d’Erik notamment, dont le physique ingrat et les origines polonaises se voient moquées en cours de biologie par un professeur aux théories vaguement raciales), mais c'est essentiellement l'abandon de l'autorité par les adultes qui occupe la grande majorité du film, ayant alors permis l'accaparation du pouvoir par une élite qui l'emploie à excès, tout en se donnant une façade démocratique (le conseil des punitions, tenu par les sixièmes années qui défendent tous les mêmes intérêts et donnent des décisions à l'unanimité). Le film en prend largement conscience, et comme l'injustice rythme le quotidien, les aspirations violentes d’Erik reviennent rapidement. Néanmoins, le film conserve et observe une règle frustrante : violenter un sixième année est passible d'exclusion définitive. Gandhi avec sa théorie de la révolution non violente nous est donc cité, mais nos personnages vont se livrer à un jeu un peu plus pervers, à la violence psychologique, la plus raffinée (la violence physique étant ici réduite à voir Erik encaisser les coups sans céder, donc stimulant l'imagination des 6ème année pour le faire plier). Succession de coup bas, affront en public, coup dans le dos, et bientôt représailles sur les connaissances, le film ne ménage pas sa gradation, avec une représentation radicale et une belle acuité des rapports de force établis par la violence de chaque situation. On penserait presque à Miike sans la folie et l'ironie. Mais si la perception de la violence est vraiment bonne, le film finit par traîner en longueur. Le script s'encombre d'une bluette romantique assez inutile qui parasite le récit, pour n'apporter finalement pas grand-chose (certes, une lettre à motif d'exclusion, mais soyons sérieux, c'est la remise en cause de l'autorité de "l'élite" qui fait la fierté de l'école qui motive ce rejet, n'importe quelle broutille ou document monté aurait fait l'affaire). De même, la progression dans l'échelle de violence se ralentit parfois beaucoup trop, en tentant alors de combler par quelques dialogues entre personnages dont on aurait pu se passer. Malgré cela, les performances des acteurs sont parfaitement efficaces, et par son dépouillement d'effets, le réalisme de la reconstitution d'époque donne un joli cachet à cette étude comportementale, efficace et évidente dans son déroulement. Avec une jolie description de l'amitié sous la douleur.

2003
de Mikael Hafstrom
avec Andreas Wilson, Henrik Lundström

4,5/6

Evil (aka Ondskan)
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