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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 14:22
All Night long II : atrocity

Avec All night long, on tient une saga underground japonaise ultra-violente dont l’aura pourrait être comparée à celle des fameux Guinea pig. Elle se rapproche en tout cas de l’esprit du premier, dans ce qu’elle a de plus voyeuriste et malsain, focalisée sur la mise en scène d’histoires perverses à base d’ultra violence physique et psychologique. Si le premier assure sa mission sans grand génie, le second est celui qui possède la réputation la plus sulfureuse. Histoire d’aller au vif du sujet, commençons par ce que la saga a de meilleur à offrir.

L’histoire : un geek asocial (pléonasme) est harcelé et régulièrement battu par une bande de jeunes désoeuvrés, dirigés par un leader particulièrement attaché à lui, tout en laissant libre cour à un amour pervers…

All Night long II : atrocity

L’intérêt de ce petit film (une heure vingt, sans rapport avec les autres opus de la saga) réside moins dans son ultra violence physique que dans son climat psychologique. Particulièrement avec le personnage du méchant, qui ne peut s’empêcher de torturer inévitablement toutes les personnes auxquelles il s’attache, la psychopathie manifeste de ce dernier lui faisant mépriser le monde entier. En cela, son portrait est particulièrement abouti, jusqu’à l’excès quand on voit que sa bande le suit toujours alors qu’il a torturé l’un d’entre eux. Beau, lunatique et parfaitement ambigu d’un bout à l’autre du film, il est le genre de méchant qu’on affectionne immédiatement, car il jouera la carte de son caractère jusqu’au bout. Vient maintenant le côté troublant du film (qui me fait hésiter sur le ressenti global plutôt bon que j’ai éprouvé). Ce film est un film homosexuel. Mais au dernier degré. Souvent, dans le cinéma, les homosexuels sont des victimes plus ou moins coriaces dans le cinéma d’horreur (seule petite exception anecdotique : le nanar Hellbent). Ou à la rigueur, un psychopathe jaloux ou possessif (l’excellent Talentueux Mr Ripley). Mais ici, c’est l’ensemble du film qui est la tribune de psychopathes homosexuels déviants. La quasi intégralité des protagonistes sont masculins, et dès les 5 premières minutes, le grand nombre de comportements ambigus ou explicites ne trompe pas sur les tendances en cours. Notre personnage principal est introduit d’office comme un jouet victime (en bonne partie consentant), racketté et battus par les brutes pendant que l’apollon sadique contemple la scène avant d’y ajouter sa contribution mêlée d’avances. Le malaise introduit est total, d’une puissance comparable à celle de l’épisode 0 d’Ichi the killer. C’est sur la vision des femmes que le film m’a en revanche beaucoup heurté, et dont les intentions me semblent douteuses. Ces dernières sont humiliées sur toute la longueur du film. Mais une véritable humiliation, une dégradation totale et sans borne, de la Femme en général. Une adolescente violée transformée en chienne d’appartement, totalement consentante, et encourageant les pulsions vicieuses des hommes alentours, une autre qui n’a absolument aucune contenance, qui se défend en poussant de pathétiques gémissements inoffensifs, et qui une fois droguée se livre avec complaisance aux perversions du groupe d’ado. Dans chaque détail, le film fait l’apologie de la femme objet, inconsistante en dehors de ses organes sexuels (« si vous n’aviez pas ce trou, vous seriez totalement inutiles ») et réduite en bas de l’échelle du respect social. Autant d’acharnement a de quoi semer le doute, et braquer sans doute une bonne partie des spectateurs, même dans l’extrême, à son encontre. Cependant, ce viol moral soutient particulièrement bien cet étrange climat qui imprègne le film, qui consomme le malaise jusqu’au bout, conservant cette atmosphère gay délétère jusqu’à son paroxysme dans la demeure du chef, dont plusieurs scènes ultra violentes bien réfléchies permettent de pousser au maximum les déviances de chacun. Hélas, le film capote quand il cède à la boucherie, s’embourbant dans le classique pétage de câble sans queue ni tête qui fuit à défaut de conclure (cette phrase, « c’est demain la rentrée ! », n’ouvre sur rien). Mais malgré cette déconvenue, l’atmosphère qui imprègne ce film, particulièrement jusqu’auboutiste (notre geek affiche lui aussi des pulsions sadiques, parfois avec une virtuosité malsaine assez frappante), procure le malaise promis par la réputation. Une horreur ultime dans un univers ultra masculin, misogyne et partiellement ambigu.

1955

de Katsuya Matsumura

avec Masashi Endô, Ryôka Yuzuki, Masahito Takahashi

4,5/6

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 12:38
Carcinoma

Nouveau cru de A. Doran (légalement, c'est son premier film, mais son style étant identique à plusieurs films disponibles et critiqués sur ce blog, on peut raisonnablement faire des rapprochements) qui passe à portée de mes yeux, d’une certaine rareté puisqu’il n’est pas encore commercialisé et que j’ai la chance d’avoir des contacts possédant une copie du film offerte par le réalisateur. Il est intéressant de noter que le style de Doran a tendance à se peaufiner techniquement, sans que son style soit changé le moins du monde. Toujours amateur de gros plan, de cadre façon cinéma à l’ancienne et d’expérimentations symboliques à base d’animaux, on se retrouve plongé dans son style étrange, particulièrement marqué ici.

L’histoire : un homme catholique, marié et travaillant dans le traitement des déchets commence à souffrir d’épouvantables maux de ventre. Les douleurs lancinantes finissent par lui provoquer des démangeaisons répétées, et initiant une addiction à l’auto-mutilation.

CarcinomaCarcinoma

On tient ici un sacré morceau question film extrême, puisque la pâte raffinée de Doran se met au service d’une histoire qui culminera dans le glauque à un point rarement atteint. Ici, pas de prise de conscience universelle, le récit se centre essentiellement sur une auto-destruction particulièrement gratinée. Ayant vu le film en VO allemande non sous-titrée, j’aurais un peu de mal à entrer dans les détails. Mais visuellement, nombre de symboles sont clairement visibles, et forment des thématiques claires, qui se développent avec une certaine cohérence. Le métier de l’homme lui fait côtoyer les ordures. Et cette proximité avec le sale s’intensifie au fur et à mesure du développement de l'histoire. Par une plus grande présence des déchets à l'écran, mais aussi parce que le personnage en devient un. Une pestilence qui se déclenche par des excès scatophiles en totale contradiction avec le cadre raffiné que Doran s'évertue à dresser. Pourquoi ce sabordage par l'excrémentiel ? La théorie veut que Doran s'attache à rabaisser l'humanité à ce qu'elle a de plus trivial (une clef qui me manquait pour la compréhension de Cannibal et de Melancholie der Engel, le scato y ayant là aussi une part), je la trouve ici enrichie d'un contexte d'auto-digestion, prélude à la déchéance progressive (divine, semble nous dire Doran, avec la présence marquée d'un prêtre durant les 20 premières minutes). Et une fois les agressions scatophiles engagées, les maux de ventres entraînent chez notre homme une série de démangeaison, pendant laquelle les grattages à répétition entraînent l'apparition de plaies. Et une fois cette dernière initiée commence cette étrange addiction, qui consiste à gratter sans arrêt la plaie, à l'élargir, dans une satisfaction masochiste proche d'une paraphilie. Et une fois que les plaies sont ouvertes, c'est la course à la souffrance et la surenchère dans le glauque. Une plaie qui s'élargit sans cesse, toujours en état de suppuration, développant bientôt une gangrène toujours plus douloureuse. Arrive la scène un peu gratuite des gays SM avec une séquence de fouettage à en rivaliser avec la Passion du christ, puis s'amorce la dernière partie du film, l'anéantissement promis, filmé comme une grand-messe et une transcendance, la douleur, le dégueulasse et la libération s'entremêlant pour former une délivrance au sens obscur, mais indubitablement marquante. Dans cette lignée, les symboles animaliers, essentiellement axés sur des serpents, trouvent leur pertinence dans les quelques séquences de constriction de leurs proies, leur agonie étant copieusement répartie et disséminée dans le film, histoire de marquer chaque étape de l'évolution de cette plaie divine. Symboliquement, le film est plutôt clair, et techniquement, c'est un travail quasi irréprochable au vu de son petit budget (seul l'abus d'usage des gros plans peut lasser, mais ils sont globalement très soignés dans le cadrage et l'esthétique). Le souci, c'est que c'est un film réussi qui n'a pas vraiment de fond. Il ne traite pas d'un mal concret, ni se révèle subversif sur l'esprit humain. C'est une petite poésie trash sans grande immersion sentimentale, malgré son illustration aiguë de la douleur. Néanmoins, il se suit plutôt bien, et ses séquences extrêmes sont suffisamment efficaces pour remuer les tripes, à défaut de leur parler. C'est une œuvre qui existe pour son ambiance et son trip, qui voltige sans filet en mettant en scène un petit conte trash sans double fond, avec le Doran' style. Rien de marquant, sinon la force de ses séquences extrêmes.

2014

de A. Doran

avec Thomas Goersch, Marie Dehl, Curd Berger

3/6

Ah, j'ai oublié de préciser, plusieurs animaux sont tués pendant le tournage, pour nourir les serpents et symboliser l'agonie...Ah, j'ai oublié de préciser, plusieurs animaux sont tués pendant le tournage, pour nourir les serpents et symboliser l'agonie...

Ah, j'ai oublié de préciser, plusieurs animaux sont tués pendant le tournage, pour nourir les serpents et symboliser l'agonie...

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 14:00
Jimmy ScreamerClauz, la réévaluation

Suite à beaucoup de discussions, de plaisanteries vulgaires et d’interrogations personnelles, voici que vient le temps d’une réévaluation de Jimmy ScreamerClauz et de son œuvre. Il apparaît en effet qu’une fois la baffe digérée, Jimmy ne soit pas aussi glauque que ça, ou plutôt que son glauque n’a pas beaucoup d’emprise, pour peu qu’on ait un minimum de culture dans le malsain et le déviant. Histoire d’appuyer mon propos, j’ai revu le dvd de Where the dead go to die avec les commentaires audios de Jimmy, et c’est finalement assez amusant de l’entendre délirer sur sa création, puisqu’il y avoue, sur le ton de la farce, n’avoir jamais tenté d’y délivrer une œuvre construite. Chacun de ses segments a été réalisé indépendamment de l’autre, seul l’ordre chronologique de parution justifie la redondance de certains éléments. Il apparaît surtout que malgré son ton résolument sérieux, Where the dead go to die est un condensé d’humour trash typique de son auteur, qui mixe un globi-boulga de références personnelles (extra terrestres, symboles sataniques, mais aussi Lassie avec le désormais culte Labby (sodomise moi sur un cadavre putrescent)), en souhaitant faire régulièrement des orgies de mauvais goût qui le font régulièrement partir en fou-rire. Curieusement, Where the dead semble finalement être une comédie ratée, où la déconnection de son auteur a créé les passages les plus traumatisants de son œuvre (enfin, à l’époque, Jimmy a depuis fait bien pire dans ses clips, qui surpassent en violence l’ensemble de Where the dead). A cet autisme se rajoute une fièvre créatrice folle alliée à une paradoxale réduction de ses thématiques. Quoiqu’il entame, on sait déjà qu’on retournera à des visions organiques entremêlant insectes, vagins, fœtus avortés, asticots et saillies brutales, avec des combinaisons plus ou moins difformes d’animaux et d’humains. Mais malgré cette réduction, chaque vision de Jimmy parvient à trouver de nouveaux monstres, de nouveaux cauchemars, dont l’agressivité excessive heurte toujours puissamment le spectateur.

Jimmy ScreamerClauz, la réévaluation

Jimmy reconnaît être un artiste médiocre. Il admet être nul en dessin, et être une vraie bille en modélisation 3D, ce qui explique les graphismes hideux de ses œuvres. Mais parce qu’il doit se vider la tête pour continuer à vivre, il accouche œuvre sur œuvre, en les avortant parfois sans se retourner car d’autres sont déjà en cours de maturation. Jimmy est polymorphe, il fait de la musique speedcore absolument abjecte, de la peinture, du coloriage mêlant crayon de couleur et extraits de magazines porno, et au cours de where the dead, on voit clairement l’évolution de ses techniques. Ce foisonnement donne au moins à Jimmy la carrure d’un artiste. Il n’obtient pas de résultat dépassant le stade du brouillon, mais il n’a pas la patience d’attendre deux ans pour faire un film. Tout doit sortir, au plus vite. On tient un artiste esclave de sa création, qui à défaut de lui rendre justice, produira avec foisonnement jusqu’à la fin. En cela, il mérite peut être une reconnaissance, après bien sûr son titre d’artiste le plus choquant d’Amérique.

Toutefois, la troisième partie de Where the dead a tendance à me hanter. Pour une raison assez simple, son protagoniste principal. Contrairement aux deux premières histoires qui n’installaient aucun lien sentimental susceptible de provoquer la sympathie du spectateur, la troisième met en scène un authentique freak, dans un quotidien glauque. La déformation physique (hommage revendiqué à Basket case) et le climat familial qu’il traverse sont insupportables et ont tendance à provoquer une immédiate compassion. Et ce rapprochement se trouve davantage renforcé quand commence cette amitié avec sa voisine, de son âge. Mais Jimmy ne tient pas compte de l’affection du spectateur, et salit volontairement et copieusement ce qui s’est installé avec l’introduction de pornographie infantile, incluant peu à peu la participation active de notre protagoniste dont on se sentait si proche. Si Jimmy est sans limite, il n’a pas non plus de respect pour ses créations et pour avoir une démarche construite. Il se fout des attentes, celle qu’il crée sont accidentelles, et chaque personnage génère un chaos, plus ou moins perturbant selon les tabous qu’il agresse. Toutefois, si le statut de personnage en 3D permettait juridiquement de laisser passer les visions dérangées de son auteur, la pornographie infantile qui m’avait révulsée n’est pas directe (la suggestion n’a en revanche aucune ambiguité, on sait parfaitement ce qu’on est en train de voir), preuve quand même que la 3D a quelques limites question juridiction.

Jimmy et ses films

Jimmy et ses films

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 11:55

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affiche-theorie-de-la-religion-2032.jpg

 

Georges Bataille est l’auteur de philo underground le plus cité par les artistes du milieu (toute discipline confondue, en littérature, cinéma, art performance…). Si tu n’as pas lu Georges Bataille, tu as la peste intellectuelle mainstream conformiste, et une bonne partie du genre ne t’est pas accessible, pauvre consumériste enclavé par les ornières que t’a posé la Société et l’Education. Je parodie avec cynisme, mais le consensus anticonformiste est là. Et il convient d’ajouter qu’il s’agit d’un des auteurs dont les adaptations sont difficiles, voire impossibles (essayez d’adapter un bouquin de philo, sans faire un cours). Mais certains s’y attaquent avec plus ou moins de talent. Me concernant, je me réfère à la performance de l’artiste Ron Athey, qui s’était peigné jusqu’au sang devant deux miroirs avant de se fister, dans une évocation aux écrits de Bataille dont je n’ai toujours pas saisi le contenu. Aujourd’hui, nous verrons deux adaptations ciné.

 

 

Story of the eye : Pour juger de la pertinence de l’adaptation, j’ai survolé rapidement le livre en question (une soixantaine de pages), qui me semble être un petit roman axé sur le voyeurisme et sur les connotations sexuelles qu’il implique, en faisant le parti pris de raconter l’histoire à la première personne histoire de mieux immerger le spectateur et lui faire partager les expériences/impressions de son personnage. J’en viens maintenant au film. Concrètement, que recèle-t-il ? Une introduction vantant les qualités de Georges Bataille pendant une scène d’accouchement sans rapport (enfin si, évidemment, puisqu'il s'agit ici d'accoucher d'une oeuvre), un spectacle des folies bergères, un porno gay de 20 minutes, un porno lesbien de 15 minutes, quelques scènes d’actrices déambulant dans un décor décrépis, un plan à 3 de 10 minutes, puis 10 minutes d’écrans noirs avec de la musique et des bruits. Analysons cela maintenant. Sans doute que le décalage entre le discours nonsensique sur George Bataille et l’accouchement filmé est la mise au monde d’une adaptation fidèle à l’esprit d’origine. Que la mise en scène de fantasmes sexuels homo est une mise en abîme de nos propres désirs refoulés, dont l’aspect onirique serait suggéré par les éclairages fantasmagoriques dignes d’un Dario Argento… Que le discours sur le voyeurisme est meilleur si il n’est pas analysé développé, mais simplement mis en scène comme un porno classique. Et même que l’absence d’image pendant la fin du film serait une destruction de l’œil, et que l’absence d’image viserait à nous faire ressentir la frustration d’être privé de ce sens si capital pour le plaisir du voyeurisme. En l’occurrence, la frustration, c’est surtout d’avoir regardé cette connerie jusqu’au bout. Sincèrement, rarement j’aurai vu un porno gay aussi mal camouflé derrière une étiquette pseudo intellectualisante (même Bruce Labruce fait mieux). Si techniquement, le résultat n’est pas dégueulasse et se révèle plutôt esthétique (comme bon nombre de porno disposant d’un minimum de moyens), le vide total de contenu se ressent à chaque minute. On espère que le spectateur s’attendait au moins à un porno, car en demander plus serait s’exposer à une cruelle déception. Ce n’est pas nouveau, cet usage de la pornographie, elle fait partie intégrante des thématiques de Georges Bataille (le second film traite d’ailleurs exclusivement de ce thème). Mais oser la filmer aussi platement en prétendant adapter un essai philosophique, c’est démontrer qu’on a une couille dans le cerveau, ou qu’on considère les amateurs d’undergrounds comme des bonimenteurs libidineux, qui ne peuvent assumer la médiocrité de leurs fantasmes sans une dose de crème intellectualisante. Tu la sens, mon épaisse semence artistique que je te gicle au visage ? Clairement, à moins d’avoir envie d’un porno homo, on peut clairement passer son chemin.

 

0,7/6


2004

de Andrew Repasky McElhinney

avec Melissa Elizabeth Forgione, Querelle Haynes, Kevin Mitchell Martin

 

george-batailles-story-of-the-eye.jpg

 

Théorie de la religion : Voilà un essai plus consistant qui a le mérite d’avoir au moins un concept. En s’ouvrant sur des images de pornographie devant laquelle un acteur musculeux se masturbe, le film enchaine sur les sévices ininterrompus subis par une poupée dans un sous sol, jusqu’à ce que l’homme s’effondre, épuisé, repu au milieu du chaos de sa cave. Eclairages à la guirlande formant une voûte étoilée, capharnaüm indescriptible encombrant la pièce, l’homme foule au pied ce qu’il possède pour satisfaire ses pulsions, à savoir profiter au maximum de la poupée. Le concept est simple. Le film n’est rien d’autre qu’une extrapolation radicale du concept de pornographie. Au lieu de prendre une actrice, la condition de l’objet soumis au désir est réduite au stade de la chose, avec cette poupée inanimée, conciliante malgré elle. Les préliminaires, puis la consommation, et enfin la dégradation par le démembrement et les attaques répétitives et variées de l’homme, qui emploie tous les outils de son kit de bricolage pour refaire la gueule à cette poupée. Intellectuellement, on peut comprendre la démarche. Mais impossible d’adhérer au film sur sa forme. Pourtant réduit au format d’une heure huit minutes (franchement, vu le nombre d’accélérés, le réal aurait pu faire durer beaucoup plus longtemps), le film apparaît tout simplement interminable. Les premiers gros plans de l’introduction, tout sauf maîtrisés, cèdent à des plans séquences en camescope tournant dans un décor vide, où l’absence de partis pris artistiques un peu évolués ou même de style tentent d’être maquillés en « dépouillement ». C’est laid, dégueulasse, indigne d’un film amateur, et ces tares visuelles sont sensées être un style underground… Sans doute pour coller à l’esthétique dégueu des pornos tournés à la va vite. Mais quand on torche autant ses partis pris esthétique sur la longueur totale du film, on se sent vite irrité par la suffisance méprisable de ce laissé aller. Ce n’est pas en filmant le vide qu’on peut prétendre faire une ambiance. Ni justifier une aussi indécente prolongation d’une idée facilement résumable en 5 minutes. Je comprends la démarche de pousser les rapports de force dominant pervers/chose soumise, mais si aucun élément ne vient justifier la durée d’une heure, je pense qu’on peut dire qu’on se prend un peu trop le chou dans les cercles de lecture de Bataille. Surtout que ce film a la réputation d’être une de ses meilleures adaptations. En l’état, le réalisateur est déjà conscient de la logique de sa démarche, et sa mention de l’organisation du tournage comme d’un jeu malsain (son acteur qui se défoule, se branle et démembre une poupée) ajoute une certaine honnêteté aux ambitions de base. Il n’empêche que le résultat n’a rien de sympathique, et qu’il est désagréable dans le mauvais sens du terme. Seul l’intelligence de son auteur et ses partis pris visibles (facilement accessibles au spectateur) empêchent de le traiter avec autant de facilité que son prédécesseur. Reste que ce bon vieux Georges Bataille doit bien se retourner dans sa tombe avec tous ces jeunots qui tentent d’intellectualiser leurs pulsions avec ses écrits.

 

 

1,2/6

 

2010

de Frederick Maheux

 

 

Avec ce lien, une critique partisante du film, bien rédigée et assez bien développée

 

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 16:50

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INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS

Contenu explicite ! Hémoglobine, nazis et boissons fraîches !

 

Murder set pieces est un film qui va au bout, tout au bout. Belle petite référence du film extrême, il est sorti en France dans une version amputée d’une trentaine de minutes (ce qui, pour un film trash, est rédhibitoire). Pour ma part, j’avais vite vu et classé ce film dans les navets prétendus chocs qui se révélaient finalement bien fades, c’est dire combien j’étais passé à côté de ce qu’est réellement Murder set Pieces. Avec des saillies de violence proches de l’intolérable et des ambiances ultra travaillées, on a l’impression d’être réellement devant l’adaptation officieuse de la violence d'Amercian Psycho dans un monde proche d'un Maniac du Lustig.

L’histoire : un psychopathe tue des femmes au hasard, en prenant régulièrement des photos de ses méfaits. Alors qu’il tente de se faire accepter par une mère célibataire et leur fille, il continue à rechercher l’assouvissement de ses pulsions de meurtre.

 

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Ah ! Pic d'audiance et regain d'attention...

 

Alors, on va prévenir tout de suite, il s’agit d’un des films de psychopathes les plus glauques qu’il m’ait été possible de voir. Si la version non censurée de Seed est introuvable (et qu’elle risque de le rester encore un bon bout de temps), on est ici au niveau d’un Maniac, ou d’un Henry portrait d’un serial killer. Toutefois, à l’inverse de ses glorieux modèles, Murder set pieces délaisse complètement la psychologie (au point de se réfugier dans un prétexte quasi nanar pour l’explication des origines du phénomène : un grand père nazi). Il ne s’y intéresse tout simplement pas, puisque c’est l’ambiance qu’il vise. Et à ce jeu, le film a réussi à marquer un très grand coup. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle j’adhère au film, totalement gratuit question violence. Alternant les ambiances des différentes mises à mort (aucune n’est pareille, la plupart sont muettes, cherchant dans les éclairages et l’accompagnement musical des images un impact que rares ont réussi à trouver). Et la surenchère de violence pendant les scènes de tortures de femmes… C’est en cela que le film se révèle être la meilleure adaptation de American Psycho, les sévices infligés ici sont tout à fait dans l’univers de Patrick Bateman. Le psychopathe en partage d’ailleurs le cynisme, hurlant ses imprécations en allemand pendant les séquences à l’impact étourdissant. Murder Set Pieces est répertorié comme un slasher extrême, mais il n’en a pas le caractère « bon enfant » habituellement apprécié. Il ne suit pas de codes, il n’est pas là pour divertir avec quelques arguments commerciaux à base de violence modeste. Ces arguments sont dynamités par sa soif de violence et d’extrême, tout en conservant les obsessions fétichistes du slasher (le psychopathe est icônique) et son catalogue de mises à mort. Mais la surenchère est poussée tellement loin (dans les sévices, mais aussi dans la claque immorale) que le spectateur est littéralement frappé de plein fouet. C’est le choc du retour à l’exploitation viscérale, inattendu et barbare. Moralement, c’est insupportable (rien que la scène, relativement peu démonstrative, où le tueur tient entre ses mains ensanglantées un gamin de 2 ans qui hurle à la mort, mis en face du cadavre éventré de sa mère, c’est un point de rupture mentale). Mais le film a réussi à passer le cap de l’inadmissible avec une ambiance curieusement très cinéphile, et une esthétique forte. Les hallucinations oniriques sont un régal pour les yeux (elles jouent elles aussi la carte de l’exploitation), les éclairages dignes d’un Eventreur de New York soulignant parfaitement la nature d'exploitation du filon. Et quand le film ne prend même plus la peine d’épargner les enfants, l’horreur achève de consumer les dernières illusions de sympathie. On n’aime pas Murder set Pieces, il va trop loin. Mais il emmène avec lui le Slasher dans des terrains si intenses, si éloignés des commandes habituelles qu’il en devient une référence moderne. Sans la psychologie, il manque toutefois d’atouts pour convaincre les moralistes frileux (et ce n’est pas son scénario bateau qui va faire mieux). Mais son sérieux, radical, et sa rage impitoyable dans le gore craspec frappent fort, et juste. Inacceptable réussite.

 

4/6


2004
de Nick Palumbo
avec Sven Garrett, Cerina Vincent


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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 15:23

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Le cinéma de Sono Sion est soutenu par une solide réputation, qui ne cesse de grandir à chacun de ses projets. N’ayant jusqu’ici jamais visionné un seul de ses travaux, il fallait trouver un point de départ, qui s’est révélé être Cold Fish. Arborant une affiche digne des Chiens de Paille, le projet se révèle être une sacré claque, non dénuée d’humour, mais féroce dans ses saillies d’ultra-violence…

L’histoire : un vendeur de poissons d’aquarium vit dans une famille banale. Quand sa fille vole dans un grand magasin, un riche éleveur de poisson prend sa défense, et l’invite à devenir son partenaire commercial sur une affaire d’importation d’une espèce rare.

 

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Cold Fish, avec son postulat on ne peut plus banal, est passionnant à bien des niveaux. Parvenant à trouver une esthétique magnifique au milieu des aquariums qui font toujours rêver quand on passe dans les rayons, trouvant un petit parallèle social au cours des séquences d’alimentation des bestioles, Cold Fish est un film féroce sur les relations sociales à plusieurs niveaux, essentiellement dans le cadre de la famille et du travail. En façonnant un protagoniste banal et sans consistance, le film parvient à capter toutes les concessions qu’il fait devant la générosité obscène de son bienfaiteur, chef d’entreprise agressif et extraverti qui ne renonce jamais à ses objectifs. En parvenant à fixer la honte de recevoir une aide évidente et peu discrète, puis le renoncement personnel à ses propres principes pour « honorer la dette », le film parvient intelligemment à parler d’exploitation sociale. C’est alors que le film bascule dans l’ultra-violence, lors de l’exécution d’un des investisseurs dans l’importation d’un poisson exotique rare. Avec une scène de débitage du cadavre suffisamment démonstrative, on commence à comprendre dans quoi on a mis les pieds. Le film prend alors une tournure bien sombre, puisque la passivité de notre héros entraîne des réactions de plus en plus agressives de la part de son employeur. C’est un film de pétage de câble à retardement, typique des Chiens de Paille donc, en suivant toutefois un parcours différent. A ce jeu, le film s’offre plusieurs séquences de cinéma, comme un tabassage de notre personnage principale avec remise en cause de virilité, les conversations cyniques du patron et de sa femme pendant qu’ils débitent les corps… Un menu costaud qui culmine en apothéose de violence comme on n’en attendait pas. Par rapport au modèle de Peckinpah, on peut toutefois noter l’usage d’un humour discret qui sert remarquablement bien la narration, en rajoutant une petite dose de cruauté dans les séquences où il apparaît (c’est souvent au cours des séquences violentes, où l’excès de la mise en scène vient introduire un décalage comique qui tranche avec le sérieux radical de la situation). Hors de question de spoiler la fin, elle conclut avec sérieux ce solide projet cinématographique. En y rajoutant une ambiance glauque à souhait (un quotidien constamment étouffant) et une photographie éblouissante (bon sang, tous ces poissons…), Cold Fish a tous les arguments pour convaincre les cinéphiles de bon goût, et se range dans une catégorie entre l’œuvre de Peckinpah et Visitor Q (j’insiste, Mike pétait un câble, mais ne faisait que développer à l’excès les relations à la violence de ses protagonistes). Une sacrée claque qui donne envie d’en découvrir bien davantage dans le cinéma de Sono Sion.

 

5/6


2010
de Sion Sono
avec Mitsuru Fukikoshi, Denden

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 17:34

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On le sait, l’ultraviolence est un petit sel qui intervient ponctuellement au cinéma, et spécialement dans le style underground, qui aime la transgression. Chaque pays a ses artistes engagés et ses petits accès de nervosité (dans notre patrie, nous pourrions citer Seul contre tous). C’est au tour de l’Espagne de tenter de se démarquer sur le terrain avec Kidnapped, en faisant des choix unilatéralement axés sur l’efficacité et le réalisme sec. Un angle d’approche percutant qui ne débouche que sur un vide condamnant définitivement son cas.

L’histoire : Une famille emménage dans sa nouvelle maison. La nuit venue, ils sont brutalement agressés par 3 hommes masqués qui veulent leur dérober leurs richesses. Commence alors une rapide descente aux enfers.

 

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C’est typiquement le genre de film extrême dont je n’ai rien à faire. Le plus frustrant est probablement d’y avoir cru, tant les promesses de réalisme extrême annonçaient la bérésina à venir, mais bon, il est malhonnête de juger sans avoir vu  (qui serait assez ingrat pour prédire qu’un I frankenstein soit une merde, dans un autre registre ?). Le film mise donc intégralement sur l’efficacité, et sur rien d’autre. C’est un angle d’attaque plutôt bon, car il permet une vigueur de mise en scène et vise l’implication frontale du spectateur par les baffes à répétition. Pour un genre aussi rebattu que le Home Invasion, seuls comptent l’efficacité et les performances d’acteurs. Pourtant, avec ces deux qualités, Kidnapped se casse la gueule en beauté, et malgré sa courte durée de 85 minutes, parvient à ennuyer le spectateur au bout de 40. A cela, une seule raison : l’implication du spectateur est impossible. Car l’insipidité totale des protagonistes, l’absence de la moindre trace de charisme en eux ou en les bourreaux, condamne le spectateur à assister, dans l’impuissance, au déchaînement de violence sans pouvoir y changer quoi que ce soit, et sans pouvoir s’imaginer à la place de ces victimes hurlantes et salement malmenées par des psychopathes notoires qui commencent par menacer et ligoter pour ensuite tuer, violer et torturer nos punching ball humains sans qu’ils puissent y changer la moindre chose. Les films inéluctables, oui, ça peut avoir un intérêt (tout le monde semble citer Irréversible pour faire la comparaison), mais quand la violence ne débouche sur rien, qu’on nous balance un viol gratuit, un pétage de rotule en full frontal, un poignardage sommaire, et là le générique de fin, excusez moi de me sentir quelque peu floué ! Apologie du vide, fait divers glauque sans le moindre intérêt (aucun dialogue, aucune psychologie, aucune forme de divertissement (Mother’s day était efficace, fin et bien écrit, mais assumait son côté divertissant, hors de propos ici) ni de réflexion, c’est une sorte de variante de Poughkeepsie tapes ou d’un August Underground, avec autant d’utilité et d’efficacité. Un Funny Games, malgré son parti pris polémique vis-à-vis de la violence, avait un but derrière l’étalage de tuerie gratuite. Un American nightmare avait un contexte social à développer et de vrais idées polémiques. Evidemment que dans la vraie vie, ce genre de violence n'a pas plus de sens et se révèle tout aussi gratuit. Mais à quoi bon l'étaler alors, si les rubriques faits divers s'en chargent déjà si bien ? Ici, les statuts de victimes sont définis dès l’introduction, et malgré un petit rebondissement aux deux tiers (un espoir vite conclu), ne bougera pas beaucoup (la palme quand les victimes laissent à plusieurs reprises les bourreaux leur arracher les armes des mains pour en reprendre une couche). A ce rythme là, on est presque dans La maison au fond du parc. Certes, le film noie le poisson avec une caméra à l’épaule musclée et lisible, et plusieurs séquences Depalmiennes où l’écran, divisé en 2, suit simultanément deux scènes différentes (avec la tragique erreur de filmer deux moments de tension en même temps, ce qui fait que le spectateur ne sait plus où focaliser son attention). En fait, la fin représente bien l’état d’esprit du film (je ne la spoilerai pas malgré l’envie), montrant combien on se foutait de toute façon de l’issue, le nihilisme tentant de se substituer à l’absence totale du moindre propos, qu’il soit sociologique ou psychologique. Une famille insipide et une brochette de sadiques en mode réaliste et en roue libre, si on enlève le fun pour ne le remplacer par rien (on est dans un voyeurisme ultra complaisant qui adore filmer les actrices en train de beugler et les bourreaux les tripoter avec leurs gants en cuir), on voit vite dans quelle case ranger un objet aussi racoleur. Irréversible cherchait la métaphysique aussi, et voulait transcender son pitch minimaliste, alors que Kidnapped l’exploite bassement sans le moindre intérêt intellectuel autre que pousser à bout les acteurs. Potentiel gâché, sans surprises…

 

0,3/6


2010
de Miguel Angel Vivas
avec Fernando Cayo, Manuela Vellés

 

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 12:55

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Lars von Trier, provocateur de premier ordre et grand demandeur de la performance d’acteur, revient en force avec un appareil incongru, un étrange objet comportemental qui se propose de faire, à l’ancienne, le récit d’une vie de femme nymphomane. Ce sujet sulfureux, ajouté au bannissement de la communauté bienpensante cannoise suite à une provocation de trop, et on obtient un film sorti sans promotion (mais quand même sorti) dans une version censurée dont la moyenne de fréquentation est de 8 personnes par salle (et encore, pendant la séance où j’étais, une est partie en cours de film). Et tout cela a pour résultat d’accoucher du premier grand film de l’année.

L’histoire : depuis son enfance jusqu’à ses 20 premières années, une femme raconte quels épisodes ont jalonné sa vie et son approche du sexe.

 

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Nymphomaniac est typiquement le genre de film un peu provoc qui sait ce qui est bon, et qui à sa beauté classique très formelle (contemplative) sait doser performance d’acteur, scène choc et art d’exposer les subtilités comportementales de chacun des personnages qu’il met en scène. Commencer par un écran noir accompagné d’un son liquide, puis ouvrir la pellicule sur du Rammstein soutenant des images à la force contemplative vivifiante, et vous avez déjà une merveilleuse idée du potentiel détonant du cocktail. Et ce n’est que pur introduction formelle, le film déborde quant à lui de symboles, de thématiques et de pistes psychologiques si variées, et si cohérentes, que le film tient toutes ses promesses, tout en se révélant surprenant pour ses choix avisés. Jamais enfermé dans une lecture manichéenne (la narratrice se décrit comme une souillure corrompue, son auditeur se distingue comme un soutien empathique et bienveillant), il aborde avec simplicité, humour et franchise, différentes étapes de l’apprentissage amoureux de Joe. Sous l’angle de la sensibilité pendant la jeunesse (les étranges sensations que procurent les frottements des zones érogènes, la fascination pour la nature inculquée par le père (très belle figure de père d’ailleurs, loin de toute figure oedipienne parasitant leur relation)), puis peu à peu sous l’angle de la découverte provoc de l’adolescence. Un dépucelage avec Shia Labeouf dans un rôle délicieusement à contre-emploi (il joue un homme faible à l’opposé de la véritable virilité, essayant désespérément d’acquérir la carrure qu’il n’aura jamais) qui amorce bien les jeux de saute-mouton qui feront par la suite l’essentiel du programme. La métaphore avec la pêche pourra sembler lourde (on ne cesse d’y revenir pendant tout le chapitre), elle est pourtant parfaitement appropriée, dans sa signification autant que pour les multiples éléments qui la composent, et qui trouvent un sens à chacune des étapes du parcours de notre adolescente. Passons le détail des chapitres, chacun se trouve chargé d’un contenu incroyablement riche, ainsi que d’une esthétique propre (le chapitre 4, intégralement en noir et blanc). Les aspirations changeantes de notre héros la conduisent vers le blasphème en guerre contre l’Amour (« il existe un crime de sexe, les crimes d’amour sont innombrables. »), la faiblesse feinte pour exciter la lubricité, les attentes des hommes et leur comportement en face de la provocation… Autant de sujets cohérents que le film traite avec une virtuosité souvent palpable, et édifiante sur de pareils sujets sociétaux. Question performance d’acteurs, on retiendra surtout le caméo de Uma Thurman en mère de famille cocufiée par notre héroïne, qui s’incruste dans l’appartement de Joe et se livre à une scène de ménage éprouvante, avec la hargne de la famille détruite par autant de libertinage gratuit. Une sacré scène qui résume les remords et dilemmes moraux habitant le personnage de la nymphomane, que le film se plaît peu à peu à redéfinir. La nymphomane n’est plus la femme fatale insatiable qu’on s’attendait à trouver, mais plutôt la somme de différentes expériences sexuelles, cumulant les caractères d’hommes pour former l’harmonie recherchée. Un discours finalement plutôt limpide (finalement, c’est un parcours de vie lisible et ordonné), que l’ultime rebondissement jette sur un nouveau terrain, augurant du meilleur pour une seconde partie qu’on espère au moins à l’égale de ce grand feu d’artifice d’ouverture. 2014 commence du bon pied !

 

5,2/6


2013
de Lars von Trier
avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård

 

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 16:02

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Il semble que Pougkeepsie tapes soit un sacré morceau du cinéma underground, et pour cause, c’est l’un des found footages qui se révèle être vraiment efficace dans toute la façon dont il se présence. Enorme travail de bricolage qui s’articule comme un « Faites entrer l’accusé », il déballe sans cesse détails sordides et interviews pour donner corps à son histoire, parvenant assez facilement à flouter la barrière entre l’œuvre de fiction et le fait divers sordide. Cela lui donne-t-il un intérêt pour autant ?

L’histoire : Pougkeepsie tapes relate les méfaits d’un psychopathe ayant pour habitude de filmer les sévices qu’il inflige à ses victimes avant d’envoyer ses vidéos à la police locale.

 

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La formule est si simple, si limpide qu’il est étonnant que personne n’ait exploité le filon avant Pougkeepsie tapes (enfin, dans une certaine mesure, Guinea Pig l’a fait, et Snuf 102 en serait une version uncut). Entièrement bâti comme un reportage télé enregistré sur le câble, le film narre donc les exactions d’un psychopathe inventé de toutes pièces, et s’aborde comme une émission de vulgarisation d’affaires criminelles. La procédure de description permise par le moyen est exploitée au maximum, le réalisateur use de tous les moyens à sa disposition pour enrichir l’objet, gonfler de détails l’enquête, étoffer les preuves… Il a aussi l’intelligence de recourrir à une multitude d’interviews, utilisant un nombre assez conséquents de figurants qui, interviewés pendant seulement quelques minutes chacun, forment le microcosme habituel des cellules d’enquêtes sur les psychopathes (agents du FBI, porfilers, police locale, témoins impuissants, avocats, juges… toutes les instances y passent). Et bien sûr les vidéos en elles montrant le psychopathe en action, variant les ambiances et les plaisirs (grimé d’un masque vénitien et d’une cape noire pour le jeu de soumission qu’il entame avec la seule rescapée des carnages, ou revêtu d’une combinaison de risque chimique pour du débitage à la hache…), sans que le spectateur n’y voit grand-chose… (quelques détails gores, surtout les cris des participants…). On trouve quelques os à ronger dans Pougkeepsie, qui avec son réalisme, tire des conclusions logiques sur les différents meurtres mis en scènes, et suit donc la logique classique de la police pour trouver l’identité du tueur. Il y a aussi la dénonciation de la peine de mort, peut être la plus féroce du film (un individu accusé, puis exécuté avant que ne reprennent les meurtres, le scandale ayant été étouffé par le 11 septembre). Mais tous ces « points » sont là aussi des détails, des trucs qui sont là pour donner un peu de matière, mais qui ne seront pas développés au-delà. Il en est de même lors de l’interview de la seule victime ayant survécue à son enlèvement. Oui, l’actrice est authentique, mais à quoi sert son intervention, qui n’apporte rien au débat ? Elle ouvre une porte sur quelque chose, et alors ? C’est finalement là qu’on touche le point faible de Pougkeepsie Tapes : il n’a aucun fond. Il est si concentré sur sa reconstitution méticuleuse des faits et de l’affaire qu’il en oublie d’avoir une vision, de dire quelque chose, en bref de se démarquer des faits divers quotidiens qu’il imite, certes avec talent, mais sans les dépasser. Au final, vaudrait-il mieux regarder un fait divers en direct, ou une imitation de fait divers en se dédouanant parce que « c’est du cinéma », mais c’est si fidèle à la réalité que cela reviendrait à la regarder dans un miroir… Pougkeepsie n’est qu’un fait divers non réel, qui cumule beaucoup de choses réelles, sans faire avancer en quoi que ce soit le spectateur. Dans le genre, autant lire Faits divers Criminels, revue que je conseille grandement aux amateurs de trash (des montages photos moches comme pas permis, des comparaisons audacieuses « la fillette, parvenue à éteindre le feu qui la consumait, ressemble maintenant à un kébab à point… », une vision nuancée de la vie…).

 

1,1/6


2007
de John Erick Dowdle
avec Stacy Chbosky, Ben Messmer

 

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 14:39

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Dès 1938, l’Allemagne nazie relance sa production cinématographique sous la direction de Goebbels, ministre nazi de la culture et de la propagande (et accessoirement cerveau logistique d’Hitler, en l’aidant considérablement à matérialiser et à propager ses idées). Plusieurs productions illustrant (et justifiant) l’idéologie nazie sont donc tournés. Si des films comme Le triomphe de la Liberté tiennent plutôt du documentaire partisan (fonctionnant moins sur l’antisémitisme que sur un patriotisme fort, affirmé et revendiqué), un film comme Le juif Süss met quant à lui les pieds dans le plat et illustre avec froideur l’établissement d’une solution finale et la vision des juifs sous l’angle antisémite, tout en gardant une certaine retenue dans l’acheminement, signe de propagande subtile cherchant à persuader plutôt qu’asséner platement.

L’histoire : au XVIIIème siècle, dans la ville de Stuttgart, le duc de Wurtempberg, désireux de financer de grands travaux dans son intérêt, contacte le juif Süss Oppenheimer afin d’effectuer un emprunt. Ce dernier lui promet de le couvrir d’or à condition de le laisser s’établir en ville, ainsi qu’à d’autres membres de sa communauté.

 

Film propagandiste au premier degré, Le juif Süss cultive néanmoins une certaine sobriété dans sa mise en scène, souhaitant s’affirmer avant tout comme un film plutôt qu’un objet idéologique. Souvent, dans les films récents mettant en scène de la propagande, cette dernière est si caricaturale qu’elle s’auto-détruit (en quelque sorte, il suffit d’avoir un peu d’ironie pour la tourner immédiatement en ridicule). Or ici, ce n’est pas le cas. Si les juifs représentés ici sont naturellement en tenue traditionnelle, ressemblent à des vieillards poussiéreux à l’échine courbée, ils n’ont rien du cabotinage qui fait nos méchants d’aujourd’hui. Les principaux juifs mis en scène (Süss, son secrétaire Lévy, le rabbin Loew) apparaissent comme cupides, séniles et obsédés sexuels, et c’est le sérieux total de l’ensemble du film qui est finalement le plus dérangeant dans l’établissement de l’idéologie. Par la corruption et le prêt usurier, les juifs parviennent donc à s’introduire dans la société, et partant de là, corrompent ce qui les entourent. A commencer par les femmes, qui tombent toutes en pamoison devant les collections de bijoux que la juiverie exhibe à de nombreuses reprises, avant de s’arroger la gestion des péages de la ville en taxant davantage les habitants. Le lien entre les juifs et l’argent semble être le fer de lance du film, permettant aux juifs d’accéder à toutes les institutions visées. A la fois pour exploiter la populace mais aussi pour s’implanter. L’antisémitisme passe ici par la vision d’un peuple juif apatride, qui survit en s’implantant de ville en ville à la recherche d’une terre promise, sans considération pour ceux qui y sont déjà établis, mais soucieux de s’implanter dans le calme, en évitant le soulèvement populaire. Ce dernier aura ici lieu après le suicide de Dorothea, fille du conseiller des états violée par le vil Süss. Guidée par le fiancé de Dorothea, le peuple met à jour une tentative de coup d’état (une armée de mercenaire commandée par Süss). L’instigateur est arrêté, privé du soutien des gens de pouvoir. A lieu alors le procès du Juif Süss, qu’il serait intéressant de comparer à l’ambigu final de M le maudit, qui dénonçait déjà la montée du nazisme en Allemagne à l’époque. Il est troublant de voir les mêmes mécanismes utilisés ici à des fins complètement opposés, Süss cherchant à apitoyer ses concitoyens pour s’épargner une sentence que l’ensemble de la communauté considère comme juste (illustration d’une idéologie complètement assimilée par la population). Plutôt que de montrer une foule haineuse, Goebbels insiste pendant le tournage pour que les figurants restent relativement calmes durant les scènes à gros moyens, donnant ainsi à l’épuration juive un côté lucide et logique, la population ne réagissant pas sur le coup de la haine. L’exécution du juif Süss, pendu en place publique devant une foule grave, se déroule dans un silence palpable, chacun semblant conscient de la gravité de la situation, mais convaincu de se résoudre ici à un mal nécessaire. S’achevant avec la promulgation d’un édit renvoyant les juifs hors de la ville, le film enfonce le dernier clou idéologique, achevant sa vision antisémite avec une conviction absolue. Le juif Süss est connu pour être le film antisémite le plus "abouti" produit pendant le 3ème Reich, et bénéficia d’un certain succès à sa sortie, essentiellement en Allemagne. En France, ce fût moins le cas, le film raflant un peu plus d’une centaine de millier d’entrées, suscitant diverses réactions comme des manifestations contre l’idéologie du film ou quelques violences antisémites à la suite des projections. Pendant l’après guerre, le film est interdit en Europe, et s’exile finalement au moyen orient, où il est utilisé dans le cadre d’une propagande anti-sioniste. Le réalisateur allemand Viet Harlan, qui avait contribué à l’élaboration du script et à l’entière réalisation du film (sous la direction très présente de Goebbels) passe devant un tribunal de dénazification en 1948, où il se justifie en déclarant que les nazis contrôlaient son travail. Il sera finalement lavé de tout soupçon et recommencera à tourner en 1950.

 

1940

de Viet Harlan

 

En cherchant des images du films sur internet, je ne peux m'empêcher de mettre en lien un blog partisan du film, car bon, pas de raisons qu'il n'y ait que ses détracteurs qui parlent. On rappellera juste que chacun est responsable de ce qu'il publie sur le net...

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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