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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 11:43
Only lovers left alive

Only lovers left alive m’a été recommandé à plusieurs reprises, et bon, comme j’avais vaguement entendu des rumeurs de vampires, j’ai fini par me laisser tenter. Grand bien m’en a pris, il s’agit d’un des films d’ambiance les plus soignés de 2013, choisissant de placer son intérêt non pas dans son scénario, mais tout ce qu’il y a autour. Un film bancal, mais penchant du bon côté.

L’histoire : Un couple de vampire, séparé depuis plusieurs siècles, se retrouve pendant quelques jours…

Only lovers left alive

Malheureusement pour les amateurs de rebondissements, Only lovers left alive est presque lacunaire question histoire. Tout au plus celle-ci se mettra-t-elle un peu à bouger quand nos amants s’aventureront au dehors du quartier de Detroit où ils ont établis leur repère. Pour aller chercher qui a piraté la musique d’Adam, notre vampire dark funèbre. Waow. Ce qui nous amène au premier point qu’il faut accepter d’office avant d’apprécier le film, il ne raconte rien, et se révèle d’une vacuité assez colossale, car il ne se repose sur rien de connu ou d’entraînant question genre vampirique. Au contraire, il mise tout sur son ambiance, qui souhaite rendre mélancolique au possible. Et cela passe essentiellement par sa bande originale, qui pour le coup a été particulièrement travaillée, associant des musiques d’ambiance orientale avec des rocks psychédéliques en passant par quelques morceaux funèbres… Le mot qui conviendrait sans doute le mieux pour dépeindre le film serait langoureux. On attend en compagnie de ces vampires que le temps passe, et nous avons par là même un goût de l’immortalité, saveur aigre-doux (qui passe par l’évolution du style musical d’Adam, les nombreuses anecdotes qu’échangent les vampires sur le pouvoir de corruption du temps (le théâtre du Michigan)). La romance mise en scène est de toute façon éternelle, mais c’est la condamnation à voir le monde changer qui imprègne nos suceurs de sang, devenus presque pacifiques avec le temps pour gérer leurs appétits. Avec la bande originale, c’est l’esthétique qui est évidemment peaufinée avec grand soin de détail, à l’image des plans circulaires de l’introduction du film, souhaitant immédiatement planter l’ambiance qui nous enveloppera complètement. Si on omet la digression grinçante de la sœur d’Eve, à savoir Ava (seul élément gâchant à dessein l’harmonie), Only Lovers est un sans faute dans son rayon, qui pêche seulement par sa légèreté. On peut facilement établir un parallèle avec les vampires raffinés des Prédateurs de Tony Scott (le seul film vampirique qui misait lui aussi davantage sur l’ambiance, tout en se révélant beaucoup plus conséquent dans son histoire et sa passion amoureuse), qui toutes proportions gardées, est un lointain cousin, qui était aussi allé au bout de son trip. Film atypique et intéressant qu’Only Lovers…, hélas, il eut fallût un peu plus pour pleinement décoller.

2013
de Jim Jarmusch
avec Tom Hiddleston, Tilda Swinton

4,5/6

Only lovers left alive
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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 19:52
Dracula untold

Voir la bande annonce de Dracula untold, c’était déjà sourire au coin des lèvres. On flairait à 100 lieues le plaisir coupable. A l’arrivée en salle, un « Suce moi goulument ! » balancé par une bande de collégiens sécheurs de cours dissuadait de toute prise au sérieux de l’objet. Et pourtant, malgré ses atours de seigneur des anneaux mal fagoté, Dracula untold en a à revendre, insufflant quelques variations à la légende que nous connaissons tous.

L’histoire : Transylvanie. L’armée turc déferle, et fait capituler le pays sans résistance. Pour étancher sa soif, elle réclame un tribut de mille enfants, donc le prince héritier. Dressé au combat, le jeune prince Vlad se distingue par sa cruauté, réussissant à racheter sa liberté par les victoires offertes aux Turcs. Mais alors qu’il reprend les reines de son royaume, l’armée turque réclame un nouveau tribut…

Dracula untold

Avouez que ça en jette ! On croyait, vu la bande annonce, que le film allait durer 20 minutes, et découvrir une certaine richesse scénaristique de ce calibre, ça fait ma foi plaisir. En fait, ce Dracula untold est, à son échelle, une bonne petite surprise. En grande partie pour la discrétion dont il a été l’objet (il n’a été annoncé qu’un mois avant sa sortie), et pour ses modestes ambitions. En effet, la comparaison avec le Dracula de Coppola est inévitable, et le réalisateur semble en avoir conscience (rien qu’à l’apparition du titre, on sent l’hommage). Mais il prend vite ses distances, aussi bien dans l’esthétique que dans les pistes du scénario qu’il développe. Alors que l’armée turque menace la Transylvanie d’une nouvelle invasion, Vlad prend conscience de la présence d’une entité démoniaque rôdant sur ses terres. Mais la réclamation du tribut change la donne. Sa lignée est menacée et son peuple refuse de se soumettre à la requête. Le prince, pourtant soucieux de privilégier la diplomatie (par de régulières offrandes d’argent), se voit obligé de faire face sans armée régulière. Rien de tel qu’une bonne malédiction pour changer la donne. Et c’est là que Dracula untold donne enfin ce qu’il a dans le ventre. Il n’hésite à recourir à de purs artifices bisseux (vision thermique, yeux rouges, combats surdécoupés ou ralentis…) qu’il tente d’allier à un souffle de tragédie fantastique à l’ancienne. Un pur objet de divertissement respectueux de ses racines, mais soucieux de son efficacité. Pour être crédible dans l’héroïc fantasy, il repompe une partie de son esthétique et de sa mécanique sur le seigneur des anneaux. On le voyait déjà dans la bande annonce, alors autant l’encaisser d’office. Ca n’alourdit pas, au contraire. De beaux paysages gothiques, de splendides scènes d’exodes, des batailles rangées de turcs aux yeux bandés pour ne pas voir le monstre qu’ils affrontent (symbolique lourde sur le fanatisme, mais assumée avec un sérieux qui fait passer la chose)… Dracula untold en a à montrer (belle photographie, qui essaye à plusieurs reprises de rendre justice aux décors). Tout comme la découverte du vampire, excellente scène à l’intensité dramatique palpable, et dont le symbolisme humble touche à son but. Malheureusement, Dracula a aussi des côtés sombres. Notamment sur l’exploitation de ses bonnes idées. Ce film a d’évidentes ambitions visuelles. Curieusement, contrairement à nos attentes (la découverte des pouvoirs en accéléré, on ne perd pas de temps), Dracula ne fait pas vraiment de scènes de combo de jeux vidéos dignes d’un Matrix Reloaded. C’est pourtant ce qu’il doit montrer, notamment au cours de la nuit de transformation de Vlad, qui balaie une centaine d’hommes à lui tout seul. Alors le film tente un travelling tournant autour d’une lame, sur laquelle se reflètent des bribes du carnage. Bonne idée visuelle, le résultat est pathétique, on ne voit rien du tout. Et sur de nombreuses idées, intellectuellement bonnes, le résultat se trouve être piteux. La séquence de chute d’Elisabeth, pensée pour avoir l’intensité de celle de Amazing Spiderman 2 (oui, triste comparaison), en devient gênante de par son insistance sur le numérique de ses effets. Le combat contre le général turc et son piège, excellente idée, mais visuellement, résultat inégal, et le jeu des acteurs, pathétique, ruine le potentiel de la scène. Autant le film est cohérent et globalement réussi, autant certains de ses effets sont mal dosés, ou tout simplement ont donné de mauvais résultats, mais c’était trop tard pour changer… C’est relativement dommage quand on remarque que la découverte de la malédiction par la population est bien gérée (la légende prend forme), que la tragédie du prince, bien qu’inférieur en intensité à celle de Coppola (ben ouais, en 10 minutes, il te faisait une fresque gothique esthétique et intense), tente plusieurs choses. Parfois trop vite (le revirement des collègues vampires est intéressant, mais asséné trop abruptement), mais avec honnêteté. Même l’épilogue, transposé dans notre époque (arg !!!), a ce souffle d’honnêteté, qui reste à sa place en gentil hommage. Oui, Luke Evans, bien que limité dans l’expression de ses sentiments, a l’étoffe de Dracula, il en a aussi le physique, et il met à profit les entraînements qu’il a reçu sur le Hobbit. Ca fait en tout cas du bien d’être surpris. Pas non plus admiratif, mais satisfait. Le 6/10 n’était pas loin…

2014
de Gary Shore
avec Luke Evans, Sarah Gadon

3/6

Dracula untold
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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 13:29

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X men reste une saga de qualité, qui a plutôt été correctement initiée par Brian Singer. Le réalisateur du Usual Supect reprend donc les rennes de sa saga, avec un rendez vous d’acteurs au sommet (tout le monde vient rejoindre l’aventure, les vieux de la vieille et les petits nouveaux du préquel), ainsi que quelques nouvelles têtes pour l’occasion. Mais comment un tel blockbuster à casting peut-il réussir à garder cohérence et plaisir tout en gérant ses différents acteurs ? Avec la bonne vieille recette du voyage temporel, empruntée à une autre saga dont la popularité n’est pas à reconsidérer : Terminator.

L’histoire : Dans le futur, une grande partie de la population a été exterminée ainsi que de nombreux mutants par des machines automatisées. Quelques uns forment un noyau de résistance et renvoient dans le passé un messager, afin d’organiser une meilleure défense. Réunissant les derniers survivants mutants, ils renvoient Logan dans les années 70, pour empêcher le lancement du projet de recherche.

 

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Dès la première minute, on se croirait dans Terminator 2. L’esthétique est presque identique (des éclairages violets pour éviter le bleu de Cameron), les scènes d’holocauste se télescopent immédiatement, et les robots en question ont un petit quelque chose de T-1000. Mais dans la mise en scène, tout va bien, les scènes d’action sont bien emballées. J’en viens maintenant au corps principal du film : son scénario. C’est probablement là que se situe ses limites, qui lui permettent quand même d’atteindre un niveau tout à fait décent. Mais avec autant de personnages secondaires, il ne fallait pas s’attendre à plus. Petit imbroglio temporel se focalisant sur un acte déterminant de la lutte contre les mutants (l’assassinat du concepteur des robots par Mystique), Logan doit donc réunir toute la fine équipe afin de la convaincre (elle échappe au contrôle de tout le monde) et faire au mieux pour arranger les choses. Une idée assez large et pas compliquée qui permet surtout de ménager plusieurs grosses scènes d’action, qui ont parfois le bon goût d’être impressionnantes (l’évasion de magneto, enfin une scène où la 3D se justifie pleinement, ou encore l’assaut final avec ce fameux stade volant que nous avions aperçu en bande annonce). Magneto qui se révèle d’ailleurs toujours le personnage le plus intéressant, sauf dans ce final. Le problème, c’est que le scénario l’a toujours incarné comme vecteur d’une idée (depuis le commencement de la saga), celle de combattre les humains coûte que coûte. Ici, les données du problème ont changé, mais pas lui, ce qui le fait basculer d’un coup de la case des méchants visionnaires à celui des méchants bornés. Un petit manque de subtilité dommageable à sa carrure, mais comme on s’en arrête là, pas le temps d’entamer davantage son aura. On ajoute quelques gags à destination des initiés (Logan et les détecteurs de métaux), des personnages toujours bien esquissés. Il est intéressant de noter que pour le personnage du professeur Xavier, Mc Avoy et Stewart parviennent tous les deux à l’interpréter avec charisme, lui donnant des variations émotionnelles plutôt appréciables durant leur temps d’apparition. Fassbender est toujours impeccable (on regrette qu’il n’ait pas eu droit au face à face avec McKellen, et ses détracteurs pourront se calmer, il ne chiale pas dans ce film), et pas besoin de parler de la performance de Jackman. Mystique étant clairement à l’avantage, Jennifer Lawrence donne un peu plus que dans l’opus précédent, sans pour autant briller davantage. J’ai quand même envie de dire bravo à Omar Sy. Bravo, car avec la loooourde promo française qui n’a cessé de le mettre en avant, il faut acclamer les 5 minutes pendant lesquelles il apparaît dans le film. 5 minutes d’action où il a le temps de mourir, à l’image de ce mutant qui s’adaptait dans First Class (et qui était de couleur lui aussi). Omar, bonne chance pour ta carrière de figurant à Hollywood ! Mais ne soyons pas mauvaise langue, ce sont les distributeurs qui ont créé cette attente d'un opportunisme commercial complètement ridicule. Pas grand-chose à ajouter, moins de proximité sentimentale mais des personnages toujours bien définis, le nouveau X men est un divertissement à la hauteur des intentions, sans toutefois surpasser son prédécesseur. On ajoute à cela les petites moqueries sur Nixon (ah la la, quand le film fait toujours la part belle à Kennedy en en faisant un mutant, et qu’on montre Nixon comme un gros lâche…), mais rien qui ne viennent entraver la bonne marche du spectacle. Une grosse machine qui tourne.

 

4/6


2014
de Bryan Singer
avec Hugh Jackman, James McAvoy

 

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 19:08

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On a eu peu d'épouvante gothique ces derniers temps. Conjuring commence à se dater un peu, et comme le genre est relativement peu développé (car le risque est grand pour les oeuvres d'ambiance)... Heureusement, le cinéma underground indépendant british est là pour nous, avec un intéressant Lord of tears, qui se propose de donner corps à une créature nocturne déjà aperçue, mais jamais développée...

L'histoire : un homme reçoit en héritage un manoir, accompagné d’un avertissement le dissuadant de ne jamais y retourner. Mais très vite, d’étranges rêves ainsi qu’une voix caverneuse lui intiment l’ordre de revenir. Cédant à la curiosité, il finit par venir passer quelques jours dans la demeure familiale.

 

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Récit encombré de clichés qui façonnent une ambiance tout simplement merveilleuse. Totalement axée sur un récit fantastique avec un peu plus de frissons qu’à l’époque de Dracula, nous nous retrouvons dans la belle demeure (pas non plus le palace de Wolfman) promise après une jolie mais lente introduction d’une demie-heure (le temps de planter les personnages et les quelques mystères (le traumatisme enfantin, les plumes semées)), en compagnie d’une charmante gardienne qui ne laisse insensible ni le héros, ni le spectateur (de quoi vous montrer que les maillots une pièce sont autrement plus élégants que les bikinis habituellement vantés pendant les périodes estivales). Une introduction en douceur qui prend son temps pour ménager ses éléments (peu nombreux, pas toujours consistants, mais tout à fait dans l’esprit, pas une seule faute de goût) et qui exploite surtout le cadre pour faire avant tout un beau film. Insistant sur la campagne embrumée, les quelques belles pièces et une cave dépouillée, le film parvient sans peine à créer l’ambiance occulte recherchée, qui fait déjà une grande part de la note. Malheureusement, ses limites se devinent assez vite, quand il filme par exemple pendant 5 minutes sa gardienne en robe danser avec grâce tout en s’amusant avec un abat jour, au ralenti. Mine de rien, c’est très long, et quand ce genre de scène a tendance à se reproduire, on soupire devant une durée d’une heure quarante qui aurait facilement pu être réduite à une heure vingt sans qu’on en souffre. Le film cherchant l’équilibre avec un remplissage esthétique et raffiné, le spectateur n’a pas envie d’être mauvais bougre, mais bon, si vous commencez à regarder ce film vers minuit, c’est foutu, vous vous endormez d’ici le milieu, avant toutes les grosses révélations. Des révélations qui d’ailleurs ne créent pas la surprise (une gardienne ultra sexy qui ne porte que des tenues old fashion, on finit par se douter d’un truc, au-delà du simple plaisir nostalgique…), mais qui ne nuisent pas à l’ambiance. D’ailleurs, si on pourrait comparer Lord of Tears à un avatar de Sinister, son boogeyman est complètement réussi, malgré son design incongru, il finit par devenir la présence spectrale omniprésente que l’affiche nous vantait. Et autant prévenir que l’apparition ponctuelle d’un fantôme vous collera une attaque cardiaque de premier ordre. Malheureusement, malgré une ampleur visuelle toujours au top, la fin de la partie manoir sombre dans une démonstration qui s’essouffle assez vite (un fantôme qui fait « bouh ! » pendant une dizaine de minutes, on finit par ne plus avoir peur). Lord of tears plante toutefois une créature crépusculaire dont la genèse fascinante pourrait tout à fait donner lieu à des suites, ce qui fait un peu plus original que les cohortes de sorcières du dernier Paranormal activity. Poids plume dans sa catégorie (modeste budget, acteurs efficaces et plutôt naturels), Lord of tears tient les promesses malgré quelques longueurs, sa facture visuelle venant soutenir l’ambiance attachante de son intrigue. Une curiosité tout à fait recommandable.

 

4/6

 

2013

de Lawrie Brewster

avec David Schofield, Alexandra Hulme, Euan Douglas

 

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Quand on vous disait que vous apprécieriez les maillots une pièce !

 

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 15:44

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Godzilla s’annonçait d’office comme le premier gros film de l’été. Blockbuster massif qu’on attendait comme le messie après le reboot assez médiocre de Rolland Emmerich (à la francophobie plutôt marrante, on n’est pas peu fier d’avoir balancé une vérole de cette taille sur le maître du monde, espérons qu’on fera mieux la prochaine fois). Les trailers impressionnants nous ont tous scotché, et les yeux grands ouvert, on se prépare à en prendre plein la gueule. Hélas, Pacific Rim est déjà passé par là, et c’est bien dur de l’égaler…

L’histoire : en 1999, suite à l’effondrement d’une carrière d’uranium, un gigantesque squelette antédiluvien est découvert, ainsi qu’un organisme vivant incomplet. Une partie semble s’en être détaché et avoir disparu dans l’océan. Quelques mois plus tard, un accident nucléaire a lieu sur une centrale japonaise. Un des ingénieurs, certain de ne pas avoir eu affaire à une catastrophe naturelle, commence à chercher des réponses.

 

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Godzilla 2014 n’est pas ce à quoi on s’attendait. A ce jeu, les bandes annonces ont été plutôt malignes, et ce fait m’incite à apprécier ce blockbuster bien gros. En effet, les plans qui apparaissent dans la bande annonce ont été retouchés pour la promo (des éléments ont été enlevés), afin de ménager quelques surprises pour le spectateur. Ceux qui s’attendaient à seulement Godzilla en auront pour leur argent. Je vais tenter de garder le secret (qui sera spoilé d’ici deux ou trois jours par des chroniqueurs moins scrupuleux), mais le scénario plutôt astucieux ménage quelques effets qui témoignent de la générosité du bestiau, et surtout du retour aux sources qu’il constitue. C’est un vrai film de Kaijus à l’ancienne, avec le Godzilla et l’adversaire à sa mesure, le numérique remplaçant les maquettes et assurant le gigantisme de l’entreprise, en l’auréolant d’un réalisme qui augmente le plaisir des luttes colossales auxquelles nous sommes témoin, à notre échelle. Là où on peut louer le film, c’est qu’il ne cherche jamais à cacher ses monstres, et nous en donne tout le temps à voir. Les séquences à effets spéciaux pullulent, nous comblant largement de ce point de vue. Les longues scènes de remplissages des homologues japonais sont remplacés par une intrigue rythmée, qui avance sans cesse des éléments (les images d’archives servent de générique au film, encore une manière de nous en donner à voir dès le départ) et suit efficacement l’action (le plan des militaires est parfaitement suivi). Il y a toutefois un petit malaise au niveau des personnages. Si celui joué par Bryan Cranston a un charisme immédiat, il est beaucoup trop vite remplacé par son fils, incroyablement fade et nettement moins intéressant. Mais comme il est militaire (Hou ha !), il nous permet une immersion au cœur de l’action, et cela, on l’en remercie. Enfin bon, on s’en fout, quoi. Vu qu’on est là pour les gros monstres et les scènes de démolition. Fort de ce retour à l’ancienne, on accumule les explosions et les grattes ciels effondrés (surtout ne pas penser au 11 septembre), avec des petits enjeux écologiques discrètement éparpillés qui s’intègrent très bien à la trame de l’histoire. Une bonne façon d’attirer l’attention sur des enjeux environnementaux (les sites nucléaires deviennent des cibles privilégiées par les créatures, l’homme se retrouvant considérablement vulnérable sur ces points stratégiques) sans prendre la tête du public. Néanmoins, Godzilla ne surprend jamais. C’est ce qui l’empêche de dépasser Pacific Rim. Malgré une mise en scène qui vise le réalisme (les ambiances sonores et les bruitages sont particulièrement soignés), une fois que la grosse surprise est dévoilée, il n’y a plus grand-chose d’inattendu. Les grosses scènes d’action esquissées dans le trailer y passent toutes, et passé l’excellente introduction (les quarante premières minutes), on commence à voir où les troupes se dirigent et on anticipe les temps forts du reste du film. Sa fluidité reste remarquable (les deux heures passent en un éclair) et sa caractérisation des bestioles témoigne du plaisir de l’équipe à les avoir mis en scène, mais il manque le grain de folie pour faire gonfler le tout. C’est un peu la limite paradoxale que le film a atteint : en voulant rester trop sérieux et à vouloir épater la galerie avec ses visions colossales, le film n’a pas réussi à nous faire aimer ses protagonistes lisses et à nous immerger totalement  dans son récit. Néanmoins, le plaisir est là, et le film de Kaiju à l’ancienne, ça garde une certaine gueule. Peut être de quoi penser à faire une suite…

 

4/6


2014
de Gareth Edwards (II)
avec Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston

 

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 16:23

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Dans la grande famille des aventures fantastiques et du grand divertissement familial, le monument des années 80 est sans conteste Retour vers le futur (en termes d’aura, le seul pouvant rivaliser avec Indiana Jones). Monument cultissime qui fait office à la fois de portrait générationnel et de jeu avec la matière aussi jubilatoire que le voyage dans le temps, le premier opus, arrivant fièrement au beau milieu de la décennie, crée tout simplement l’évènement (contre toute attente, le script ayant poireauté 5 ans avant de voir le jour). Le succès est total, et la fin ouverte, réalisée initialement plus par goût de prolonger l'aventure que pour annoncer une suite officielle, permet de relancer la machine bien des années plus tard (en 89 pour le second, vu le temps de peaufinage de script) en ayant laissé le temps de peaufiner le scénario. Plus d’erreurs possibles, la formule a plu et le champ est libre pour Robert Zemeckis, qui signe là l’œuvre de sa carrière. La suite et conclusion est tournée dans la foulée, concluant sur la décennie à l’aube de 1990, et donnant une tournure nostalgique à l’ensemble de l’œuvre. Œuvre qui rend avant tout hommage à Jules Vernes et à ses explorateurs d’autres dimensions tout en y ajoutant la bienveillance et la chaleur humaine des blockbusters d’antan, et dont l’héritage culte a perduré jusqu’à nos jours (« deux virgule vingt-et-un gigowatts ? »).

 

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Episode 1 : Un modèle dans son genre. Tuner une voiture avec 3 tuyaux et un couvercle de marmite et vous avez l’engin d’exploration le plus classe qui soit dans l’histoire de la science fiction. Mais au-delà du plaisir du divertissement, Retour vers le futur est un portrait générationnel plutôt bien trempé pour sa carrure. L’introduction du présent de 1985 est en cela particulièrement mordante dans son portrait de famille beauf, où le père raté n’a jamais pris son envol et où la mère s’est engagée sans réfléchir et se retrouve coincée dans une vie de famille qui a ruinée son physique et sa motivation. Le quotidien frustrant d’un Marty très rock’n roll dont les aspirations musicales se voient découragées par tout son entourage à l’exception de sa petite amie. Beaucoup d’éléments initiaux (comme ce mépris tacite de Marty pour sa famille et ses parents, qui les a toujours imaginé raté). Arrive alors Doc, le cliché le plus jubilatoire de l’histoire du cinéma, qui n’a besoin que d’une coupe peinée à la dynamite et de deux minutes d’explication balancées à toute vitesse pour nous faire accepter l’improbable machine, ainsi que la source du plutonium nécessaire aux voyages dans le temps. L’accident arrive, et nous voici de retour dans la nostalgie des années 50, avec une reconstitution d’époque et l’amorçage d’une boucle temporelle frisant le paradoxe qu’il faut rétablir. C’est alors que le film se met à faire le choix d’éviter toute précipitation par le moyen bancal de la photographie qui s’efface petit à petit. Un choix étrange qui ne cadre pas vraiment avec la logique de causalité prônée par Doc, mais qui laisse ainsi le temps au spectateur de suivre l’histoire, et à Marty d’éviter de commettre l’inceste. Inceste heureusement évité par une scène de baiser dont l’effet est immédiat, faisant oublier d’un coup toutes les tracasseries qui nous accablaient jusque là. Car la gestion du temps de Retour vers le futur est l’illustration d’une idée, une logique imprègne la saga, dont l’aboutissant ne sera d’ailleurs révélé que dans le troisième opus.

L’autre capital sympathie, c’est l’illustration des parents, qui sont eux aussi opposés aux mêmes choix que Marty à son époque, et dont les destinées semblent vouées à l’échec (un adolescent bourré de complexes malgré son esprit créatif et une naïve s’attachant au plus vite au premier homme passant à sa portée). George McFly (incarné par le génial Crispin Glover) et tous les clichés qu’il traîne doit alors faire face à plus de bêtise que de méchanceté : l’incarnation jubilatoire de Beef Tanen, qui au fil des années incarnera toujours le rival stupide et costaud, lui aussi bien cliché, mais immédiatement attachant dans sa carrure d’épouvantail. Le père coatché par le fils pour séduire la mère, avec l’humour caustique sur le caractère empoté de ce dernier. Pour rendre le tout plus attachant, le film multiplie sans arrêt les clins d’œil et les parallèles entre 1985 et 1955, tout en ménageant le suspense du dernier soir avec un bal où l’action ne cesse de se diversifier, culminant dans la tendue dernière ligne droite, qui laisse le spectateur dans une jubilation tout simplement réjouissante. Fuck l’effet papillon, le futur peut s’améliorer, si on retourne dans le passé pour donner des leçons de ténacité au bon moment. La perfection de la formule est évidente (parfaitement calibrée pour un divertissement de qualité), et la chaleur humaine des protagonistes emporte le morceau pour ce qui restera le meilleur opus de la saga. Tout simplement inoubliable (et histoire de rire un peu, allez jeter un coup d'oeil aux critiques de l'époque sur Wikipedia).

 

5/6


1985
de Robert Zemeckis
avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd

 

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Episode 2 : C’est reparti pour un tour ! Après le manque de plutonium, c’est au tour du paradoxe temporel de venir poser problème à nos héros respectifs. Paradoxe qui se remarque déjà dans l’introduction puisque l’actrice qui incarnait la petite amie de Marty se voit remplacée par une autre (ce qui me fait dire qu’elle a profité de la perte de repère de Marty suite au changement de ses parents pour assassiner la précédente Jennifer et se faire passer pour elle). Commence alors le fantastique voyage vers le futur… et vers les problèmes. Car ce second opus est bel et bien l’épisode faible de la saga, alors qu’il est, ironiquement, celui qui est le plus souvent cité comme le meilleur. A l’image d’un Indiana Jones 2, mais si ce dernier avait le charme nanar de la générosité, ce nouvel opus se livre à un jeu de remplissage habilement dissimulé par ses partis pris. On commence donc avec sa vision d’un futur bancal mais marrant (le moche effet holographique, l’horloge toujours en panne, le cliché du futur coloré type « chantons sous la pluie »), et la mission imposée par Doc pour changer l’avenir de Marty, et plutôt de son fils. A lieu alors un quart d’heure complètement naze, où on nous ressort la séquence de skate du premier à grand renfort de over-board dont le concept marrant sert à camoufler la redite. Néanmoins, le film continue de soigner ses détails pour ne pas faire d’incohérences (aucune d’ailleurs, rajouter Zemeckis à la liste des réalisateurs consciencieux), et embraye assez vite sur son concept de paradoxe temporel, dont la limpidité des explications parvient à convaincre. Nous en chaînons sur un 1985 nanar qu’on ne s’attendait pas vraiment à voir, et à des visions d’horreur (la mère défigurée par la chirurgie et mariée à Tanen) qui font beaucoup dans l’attrait de ce second opus. Puis vient alors le gros morceau de l’épisode, sur lequel j’exprime mes doutes. Tout le parti pris du film consiste alors à reconstituer les éléments du premier film tout en développant une intrigue secondaire parallèle qui ne doit pas interférer. Et question respect, le travail a été vraiment fait aux petits oignons, restituant tous les temps forts tout en s’amusant à rapprocher dangereusement ses deux intrigues parallèles. Virtuosité ? J’en doute un peu pour ma part, le concept permettant surtout de ne pas trop se fouler à créer du suspense tout en faisant croire au spectateur qu’il est intelligent parce qu’il voit des détails soulignés en gras devant lui. Un peu fort, quand même. Certes, l’idée de faire s’entrechoquer deux boucles temporelles était stimulante et il fallait l’exploiter, mais pas dans des proportions aussi évidentes et étalées… La séquence ou Doc de 1985 parle à sa version 1955… Comment la voir autrement que comme une séquence de remplissage vaguement paradoxale ? Si l’épisode du concert parvient effectivement à bien jouer sur le suspense du choc des boucles (c’en est le climax), le dénouement mou (piteuse tentative de récupération de l’almanach) peine à hisser ce film au dessus du stade « épisode-transition », qui sert surtout de passage obligé vers la conclusion-revival de l’esprit Retour vers le futur.

 

3,8/6


1989
de Robert Zemeckis
avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd

 

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Episode 3 : Souvent montré comme le plus faible épisode de la saga, nous avons ici celui qui parvient presque à égaler le premier (plus de surprises, mais une nouvelle gestion bienvenue de l’intrigue). Après les années 50, le voyage historique se paye le luxe d’un retour aux sources en 1885, dans l’ouest des cowboys et des joueurs de country. Tanen revient lui aussi dans la partie (la malédiction de Hill Valley, toujours tenace), et parvient même à acquérir une carrure plus menaçante que la simple brute qu’il incarnait jusqu’ici. C’est aussi le retour au Doc Brown inventeur (hilarante séquence du réfrigérateur). Le film lui ménage d’ailleurs la place d’honneur, car si Marty reste toujours le vecteur d’intégration, le Doc reste l’idole charismatique la plus acclamée, celle qui a fait la légende de Retour vers le futur. C’est avec la tendresse cucul du scénariste qu’on suit l’idylle annoncée entre le scientifique lunatique et l’institutrice éblouie, formant le parfait couple rétro réuni malgré les quiproquos temporels. Le premier film plaçait déjà les sentiments au cœur de l’intrigue, ils sont ici nettement plus développés, plus palpables aussi, jouant à la fois en bien et en mal. A l’ultimatum de la mort du Doc s’ajoute le second (et dernier) défi technique pour faire fonctionner la machine récalcitrante : la panne d’essence. Une bonne idée pour prolonger la nostalgie du far west avec la fameuse attaque du train et un rush final à toute blinde, enfin apte à retrouver l’urgence qui concluait, 5 ans plus tôt, un simple divertissement sans prétentions. Mais c’est l’autre partie de l’intrigue qu’il convient de développer, nous éclairant maintenant sur la vision du temps de Retour vers le futur. Fonctionnant à nouveau sous l’angle de la photographie, l’heure devient peu à l’indécision quand le nom finit par disparaître de la pierre tombale, laissant toujours planer l’ombre de la mort sur nos personnages, et annonçant surtout les conséquences de leurs actes à partir du moment où ils les réalisent. Une vision qui illustre tout simplement tout simplement la pensée du film, magistralement délivrée par un doc Brown facétieux dans tempomotive steam punk : « l’avenir n’est pas écrit ». Une dernière invitation à l’action pour concrétiser ses envies et ses rêves, avant un adieu tonitruant qui conclut avec euphorie la saga jubilatoire. Une légende qui s’achève, continuant toujours de faire office de référence, et vieillissant comme la bonne pellicule, avec ce sourire toujours inévitable que nous colle le tandem Doc/Marty. Un monument inoubliable.

 

4,8/6


1990
de Robert Zemeckis
avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd

 

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 16:50

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Pleine lune est un film de loup garou qui n’a jamais été édité en dvd en France (en revanche, la VHS s’échange encore entre collectionneurs). Une belle injustice quand on voit le premier degré et les ambitions inattendues de cette série B sans prétentions, qui ose innover en plaçant l’intérêt ailleurs que dans la découverte de l’identité du loup garou. Un vrai bol de fraîcheur pour le genre, qui s’offre en prime un lycanthrope de belle carrure.

L’histoire : pendant une expédition en forêt tropicale, un couple de chercheurs est agressé par un animal sauvage. Si la femme meurt dévorée par le monstre, son époux parvient à l’abattre. De retour en Amérique, l’homme découvre qu’il est frappé d’une malédiction lycanthrope.

 

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Ah, merci le scénariste ! Merci d’enfin nous proposer une histoire  qui nous donne direct l’identité du lycanthrope, et qui place son intérêt ailleurs. En l’occurrence, une fois rentré dans son état natal, notre homme vit en hermite, perdu dans une forêt où il tente de vivre ses crises de transformation en faisant le moins de dégâts possibles. Mais les morts s’accumulent, et bientôt, il est contraint de fuir la police, et se réfugie chez sa sœur, mère célibataire d’un petit gamin blond (celui qui joue Denis La Malice ^^ habile carrière, le petit !). Mais leur chien flaire l’entourloupe, et se comporte de plus en plus bizarrement en présence de l’oncle. Une ambition inattendue de traiter l’animal comme un personnage central du récit, impliquant un dressement au poil de la bête, qui s’acquitte de son rôle avec un charisme qui n’a rien à envier au Lassie de notre enfance. L’angoisse n’est plus la menace invisible qui rôde, elle est omniprésente ici. Si le film s’accorde (hélas) une gestion temporelle discutable en resserrant les périodes de pleine lune au montage (les mois ont l’air de s’écouler en 2 ou 3 jours), il va à l’essentiel, en s’offrant déjà les moyens de ses ambitions. Il est d’ailleurs probable que leur loup-garou soit basé sur les travaux de Rob Bottin, tant son impact est efficace (malgré la scène de transformation qui a vieillie, la faute à des morphings pas très jolis qui font datés). Les enjeux sont limpides, l’aspect malédiction est bien rendu, et surtout, le suspense parvient à payer, de même que l’impact émotionnel. Il est rare qu’une série B d’horreur nostalgique (le film fait très années 80) parvienne à émouvoir (d’ailleurs, les clichés sont légion ici, à commencer par le jubilatoire vendeur de porte-à-porte tentant inévitablement d’arnaquer et d’intimider les gens qu’il croise, victime idéale désignée d’office), et Pleine Lune y arrive de temps à autre (le chien emmené à la fourrière, la culpabilité du loup garou), par l’intermédiaire d’une certaine subtilité du traitement des personnages. Après, l’intrigue en elle-même ne l’est pas (les ingrédients sont minimalistes), mais son postulat original lui assure au moins une certaine part de surprise, et quelques petits effets gores minimalistes, appuyant les apparitions impressionnantes du monstre, donnent assez de poids au film pour y prendre un authentique plaisir cinéphile. Le plaisir nostalgique, allié à la découverte méconnue, ce sont les ingrédients parfaits pour la petite soirée fantastique honnête.

 

4/6


1998
de Fredi M. Murer
avec Hanspeter Müller, Lilo Baur

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 07:40

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Nouveau film de Marina de Van. Après un excellent mais boudé Ne te retourne pas, elle honore aujourd’hui une commande dans le registre fantastique, nommée Dark Touch. Petite variation sur le thème de Carrie intégrant digressions oniriques et psychologie infantile, c’est un cru extrêmement élégant, bien soigné pour l’occasion. Mais hélas, Carrie est déjà passée par là…

L’histoire : après la mort inexplicable de ses parents et de son frère (mis en pièces par les meubles de leur maison), une jeune fille est mise en famille d’accueil. Alors qu’elle refuse de s’intégrer, il apparaît qu’elle semble de plus en plus impliquée dans la mort de son entourage.

 

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Dark touch est impeccable, c’est une évidence. Sa photographie soignée, ses effets spéciaux lisses et son sens de l’esthétique en font un des plus élégants projets présentés cette année à Gérardmer. C’est aussi la fraîcheur de son approche du genre qui lui permet de gagner la sympathie du spectateur, en témoignant de l’honnêteté de ses intentions. En effet, gros spoiler nécessaire, puisque le principal sujet du film est la psychologie infantile, et surtout la relation parents/enfants, que le changement de contexte familial fait évoluer, pour en arriver à une splendide conclusion. Ainsi, pendant la première partie du film, la petite fille que nous suivons se trouve être dans une famille étouffante, où la présence des parents est toujours percue avec une connotation inquiétante (le glauque est franchi à plusieurs reprises, notamment au cours des scènes de fin de soirée). L’origine des manifestations surnaturelles demeure elle-même mystérieuse, avant d’être très vite révélée à l’arrivée dans la famille d’accueil, histoire de bien signaler que l’intérêt se trouve ailleurs. En cela, l’enfant monstrueux est bien abordé, puisque ses sentiments évoluent sans cesse, et que son asociabilité met régulièrement ceux qui l’entourent en danger. Une approche honnête qui aurait dû être pris comme le remake de Carrie. Car c’est bien dans ce registre que nous évoluons, hélas sans grandes surprises. Au-delà du beau récit psychologique (plus sensitif que descriptif), peu d’ampleur et pas de surprises dans le fond. Seule la forme ose quelques petites audaces (les morts dues aux meubles, l’acte final), donnant un peu de matière supplémentaire à cet honnête projet, sans qu’il s’inscrive comme une date de 2013…

 

4/6


2012
de Marina De Van
avec Missy Keating, Marcella Plunkett

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 12:45

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Avec Byzantium, Neil Jordan revient au genre vampirique, avec lequel il avait enfanté du mémorable Entretien avec un vampire. Ici, il est soucieux de se démarquer de son précédent travail, tout en gardant le classicisme qu’il affichait dans son approche du mythe. En résulte un spectacle plutôt équilibré et avec sa propre identité, tout en ménageant quelques effets de surprise qui assurent un bon intérêt à cette aventure fantastique.

L’histoire : Clara et Eleanor, mère et fille ayant abandonné leur âme pour des griffes et une vie éternelle, se font passer pour des sœurs en survivant dans la rue. Alors qu’Eleanor ne tue que ceux qui acceptent de mourir après s’être confiée à eux, Clara se prostitue et se nourrit des rebus de la société…

 

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Ce qui est assez intéressant avec Byzantium, c’est le soin qu’il a mis à faire preuve d’un grand classicisme dans sa mise en scène et dans la caractérisation de ses personnages. Ses approches sont claires, l’arrivée des thématiques concernant chacune de nos vampires limpides (besoin de se confier pour l’une, nécessité de se cacher pour l’autre), et l’esthétique très différente de celle d’Entretien avec un vampire. A la reconstitution d’époque se substitue une esthétique très géométrique, très axée sur la symétrie (affirmant le classicisme aussi dans la forme), et une recherche esthétique assez variée question couleur. Une certaine hétérogénéité des différents lieux parcourus (le byzantium, la fête foraine, la promenade, le sanctuaire…) assure le dépaysement, et les nombreux détails que le film se plaît à souligner façonnent un univers dont on découvre les codes, qui s’assimilent sans incohérences. Les vampires n’ont plus de crocs, mais un pouce griffu mortel, et la morsure des buveurs de sang est mortelle pour l’homme lambda. Beaucoup de détails (concernant l’organisation des vampires notamment) et une gestion intéressante du passé de nos héroïnes (narrés par des flashs backs habilement mêlés au récit via des transitions bien étudiées (nouvelle preuve d’une certaine virtuosité de la réalisation)) confèrent de solides qualités qui font le ciment du film, qui trouve un bon équilibre entre le récit de vie de la famille et leur fuite dans le présent. Autre point positif, le film développe tous ce qui s’offre à lui. Les aspirations d’Eleanor à se livrer qui la conduisent à s’attacher à un adolescent torturé et chétif, et le passé de la mère qui lui impose le jeu de mensonge qu’elle mène continuellement et la fuite sans cesse reprise. Sans laisser d’espace, il développe tout d’une traite, et se digère donc comme un projet unique. Enfin, l’ambiance de certaines séquences (l’île du sanctuaire, quasi lovecraftienne, le clinquant des néons côtoyant le glauque de la nuit…) achève de donner de l’ampleur au fantastique, qui joue finalement assez bien sur la surprise et l’imprévisibilité de l’évolution du récit. En somme, c’est le récit classique qui est naturellement original, sans esbrouffe.

Le véritable point négatif de Byzantium, c’est que nous ne nous sentirons jamais très près de nos protagonistes. Nous sommes en mesure de les comprendre, de saisir leurs motivations et donc de « compatir », mais cela n’ira jamais au-delà. Le classicisme a ici le prix d’une certaine désincarnation, une froideur qui implique beaucoup moins (surtout après une (re)découverte comme Morse), avec ce que ça implique. Néanmoins, la rareté de ce genre de projet dans le cinéma actuel et l’échec commercial totalement injuste qui a suivi sa sortie incitent à noter l’effort, et à apprécier les honnêtes qualités d’un film qui a le potentiel d’un petit classique du genre.

 

4,8/6


2012
de Neil Jordan
avec Saoirse Ronan, Gemma Arterton

 

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 12:32

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Morse est un petit film, sorti en 2010 avec un buz très favorable au vu des prix remportés à Gérardmer. Adapté d’un best seller répondant au nom de Laisse moi entrer (titre que reprendra littéralement le remake américain), le film a la particularité de s’attaquer au mythe vampirique sous un angle très respectueux des traditions, en y ajoutant le luxe d’une mise en scène avec des enfants (les personnages principaux étant des gamins de 12 ans). Ce qui était un pari risqué se transforme alors en l’un des films les plus attachants sur le genre vampirique.

L’histoire : Oskar, 12 ans, voit arriver dans son voisinage Eli, jeune enfant accompagné d’un vieil homme. Alors qu’il remplit son temps libre en collectionnant les faits divers policiers et en essuyant les bizutages de ses camarades, il remarque le comportement étrange de sa voisine, avec qui il commence à se rapprocher.

 

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AVERTISSEMENT : CETTE CHRONIQUE SE CONSTRUIT SUR LE POSTULAT QUE LE LECTEUR A DEJA VU LE FILM. SPOILER INSIDE, DONC...

 

Morse n’est pas un film parfait. Il souffre même d’un syndrome d’adaptation ciné assez facilement identifiable, vu qu’il y a fréquemment des scènes qui ont du mal à fonctionner, où le spectacle a l’air de partir dans une direction puis en fait non, ou alors il manque des clefs au spectateur pour qu’il comprenne pleinement ce qui est en train de se passer. D’où cette impression que si le film a gardé la trame principale, il pioche à droite et à gauche des détails sensés enrichir le récit, mais qu’il ne pousse pas jusqu’à leur terme. Morse a du mal à faire éclore certains aspects (l’un des meilleurs exemple doit être l’évolution de la relation entre Oskar et son père, qui passe d’un coup d’heureuses parties de glisse sur glace à des soirées silencieuses où un inconnu rejoint la table et où le dialogue s’interrompt devant un Oskar mortifié : on n’a aucun éléments pour comprendre, seulement le ressenti, juste, mais dans l’incompréhension). C’est la même chose concernant la fameuse nature de Eli (ou plutôt le genre, pour être plus direct, qui semble alimenter une petite polémique qui n’a pas lieu d’être : seul le plan de la mutilation, fugace, l’illustre, et aucune explication quant à l’origine n’est formulée (il a fallu que j’aille lire des articles sur le livre pour apprendre pourquoi Eli est dans cet état)). Le film a balancé un ou deux détails, et ignore complètement le reste (aussi, la connotation gentiment homo n’a pas vraiment lieu d’être, l’ambiguité des phrases « si je n’étais pas une petite fille… » impliquant davantage sa nature vampirique avérée (et source du drame) que son homosexualité). Le film aurait pu développer, mais il a choisi de rester trouble, et n’a finalement pas exploité grand-chose. Mais si il se révèle hésitant dans les pistes à développer autour de son axe principal, la spontanéité des sentiments humains qu’il capte emporte tout. Mieux encore, il évite tous les pièges qui risquaient de miner son déroulement. Abandonnant la sexualité (récurrente chez les vampires, elle est ici évacuée en un dialogue sur le fait de sortir ensemble, qui de part son innocence, la place immédiatement hors contexte) pour lui privilégier le sentiment pur, limitant la violence physique au strict minimum (pas de gore, à l’exception d’un bras et d’une tête en flou arrière plan), respectant à la lettre les codes du genre vampirique sans se rendre lourd, Morse est une merveille de modernisation du mythe vampirique. Et sa soif d’absolu dans la relation qu’il capte entre une victime rageuse et une créature meurtrière est d’une spontanéité qui touche immédiatement. On doit énormément aux deux acteurs enfants, tous deux excellents dans leur interprétation, et dont le rapprochement touche immédiatement le spectateur. Rarement le genre vampirique sera allé aussi loin dans l’intimité, aussi loin dans la sensibilité (et moins dans la sensualité, comme le fit si bien le délicieux Les prédateurs), trouvant dans le fantastique un absolu que tous les romantiques auront rêvé d’atteindre. Devant une telle soif de sentiments, la morale est immédiatement balayée, le quotidien s’estompe, seule compte la présence de l’autre. Enchaînant avec un rythme rapide ses différentes séquences clefs (l’histoire se résume ici à une ou deux petites semaines), le film fait constamment évoluer la relation, sans jamais en perdre la proximité. Dans ce quasi sans faute, seule la scène du pacte de sang fait tâche, trop frontale pour vraiment convaincre. Il aurait fallu davantage développer cette facette chez Oskar. Si son attirance pour la violence est parfaitement justifiée (victime des brimades incessantes de sa classe, ses envies de vengeances sont parfaitement captées et mises en scènes (la scène de l’arbre, tout le monde a vécu cela en se défoulant sur un objet), le mécanisme de violence est limpide), l’envie de vouloir blesser son amour fait un peu désordre. Le film s’accorde une certaine dose de cruauté enfantine (l’entrée dans l’appartement sans permission), mais cette scène sera toujours de trop. Reste que sur le reste, le film trouve un très juste équilibre, dans sa narration, sa manière de filmer et sa mise en scène. Malgré un final pas vraiment réaliste (partir sur les routes à 12 ans, vraiment ?), l’empathie sentimentale suscitée par le film emporte tout avec elle, et le cœur de spectateur avec, palpitant et brûlant. Malgré ses imperfections, probablement un des meilleurs représentants de son espèce…

 

5,3/6


2008
de Tomas Alfredson
avec Kåre Hedebrant, Lina Leandersson

 

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