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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 11:34
Fury

Depuis Sabotage, je me méfie de David Ayer comme la peste. Sa vision réaliste des héros a tendance à clairement me scandaliser, puisqu’ils sont tous des pourris ou des psychopathes notoires, dont les portraits sont plus ou moins nuancés. Avec Fury, autant dire qu’il met les bouchées doubles !

L’histoire : périple de l’équipage d’un blindé américain pendant les derniers jours du troisième Reich, avec à son bord une jeune recrue.

Fury

Je sais que je déteste ce film, mais je ne sais pas si je dois en tenir compte dans sa note, ou si cela le rend au contraire plus efficace. Je ne sais plus si à ce stade, c’est le cynisme dont je parlais avec Sabotage, ou si c’est de la clairvoyance. Tous les personnages de Fury sont des ordures. Tous sont haïssables. Il n’y a que le jeune dactylo enrôlé à la va-vite comme co-pilote qui soit tolérable, quelques temps du moins, avant que sa transformation en barbare ne soit achevée. Car c’est bien là que le film m’horrifie, dans sa volonté de réalisme, il en devient presque une justification de la barbarie en temps de guerre. C’est un peu à l’image de cette scène d’ouverture, où un officier allemand est attaqué par Brad Pitt qui le désarçonne avant de lui envoyer plusieurs coups de couteau dans l’œil, puis d’enlever la bride du cheval et de le laisser partir (genre il l’a libéré), avant de lancer la punchline « Il est tombé de haut ! ». C’est du Inglorious Basterds sans laisser la parole aux nazis. Et c’est cela pendant toute la durée du film. Où qu’on regarde, les troupes alliées commettent pillages, tueries aveugles, actes de barbarie… Sa vision expéditive est réaliste (car on se doute que pendant les combats, on se souciait d’autre chose que les civils, et ce patriotisme exacerbé ressorti tout le film à l’encontre des allemands (on ne dit plus tuer des nazis, mais des allemands) montre que d’un certain côté, le film en a conscience), la violence est payante (les soldats allemands brûlés au phosphore que les alliés regardent mourir en se bidonnant).

Incontestablement, le film a conscience de suivre des barbares qui se cachent sous différents masques (celui des circonstances notamment, c’est la guerre putain !). Il leur offre même une rédemption au cours du final, avec ce dernier acte sans replis qui constitue un « sacrifice glorieux » (pendant lequel ils sont responsables de la mort de plusieurs centaines d’hommes) qui vient salir la notion d’héroïsme avec un réalisme bien clinquant. C’est ainsi que le film arrive à me faire douter. Mais le doute n’évacue pas les détails, surtout concernant l’initiation de la jeune recrue, posté à une mitrailleuse. Première embuscade, il est responsable de la perte d’un blindé. C’est dur, mais c’est justifié. Première escale après un combat contre canons, il est forcé devant ses camarades de tuer un soldat allemand s’étant rendu. Et comme il ne cède ni aux coups ni aux humiliations, il est maîtrisé, on lui colle le flingue dans la main et on le fait appuyer avant de lui balancer quelques coups. Eblouissante première étape pour devenir un héros, la barbarie le rabaisse à son niveau avant de lui dire « regarde on est pareil ! ». La seconde, c’est quand il abrège le supplice au phosphore des allemands en les mitraillant un bon coup (initiative qu’on lui reproche), et c’est à partir de là qu’il se transforme véritablement. Déjà en avouant un certain plaisir à tuer alors qu’il n’en avait visiblement aucun, ensuite en participant aux pillages des villages pour se procurer bouffe et satisfaction. Oh, dans les formes, le scénario arrive presque à faire passer cela pour de la courtoisie (et on admet qu’en comparaison du reste, les manières du commandant et du jeunot sont plutôt courtoises). Mais dans la perspective où la jeune fille du foyer qu’ils occupent allait de toute façon être utilisée, elle choisit clairement la moins pire des options. Il n’y a pas de romantisme de guerre ici, surtout quand débarque les rapaces compagnons d’arme (contraints au silence par le capitaine non pas pour leur barbarie, mais parce qu’ils lui gâchent le plaisir). Et puis finalement l’idéalisme est mort, et notre jeunot dézingue de l’allemand par paquets de dix. Il finit même par être épargné, opportunité qu’il exploite pour se préparer à tuer d’autres allemands. Un véritable héros, comme on lui dira en pré-générique de fin.

David Ayer a cette approche désillusionnée, mais je ne suis pas sûr qu’elle apporte vraiment quelque chose. Certes, l’occasion n’avait pas encore été tentée à ce point, et le film se justifie par différents moyens « les idéaux sont pacifiques, l’histoire est violente. » Oui, il est vrai que les barbares ont plus influencés l’histoire que les idéalistes. Mais perd-t-on forcément son âme à la guerre et cède-t-on aussi irrémédiablement aux facilités de la barbarie ? Quand on reproche continuellement aux allemands de poursuivre le combat (de façon désespérée, toute la population est mobilisée) et qu’on refuse de se rendre lors d’une attaque nazie en tirant dès que possible sur la moindre tête qui s’approche, excusez moi de trouver la contradiction un peu forte. De ce que montre le film, on pourrait même être du côté des nazis, acculés sur leurs propres terres, assaillis de toute part par des hordes barbares désorganisées et intenables, alors qu’eux avancent au pas, chantent, espèrent un monde meilleur en se battant. Le film montre même un nazi qui épargne un américain. Mais l’uniforme nazi est l’uniforme nazi, et les balles pleuvent, avec cette petite astuce des balles traçantes, qui permet de faire des combats à la star wars avec des tanks en pleine seconde guerre mondiale (l’effet est particulièrement tape-à-l’œil, mais soit… Les geeks apprécieront). Le tout passerait quand même mieux si ils arrêtaient de dire qu’ils sont le bon camp. Bref, Fury, je n’ai pas aimé et c’est un peu confus. J’ai en tout cas retrouvé toutes les caractéristiques de son cinéma, protagonistes vulgaires qui parlent de leurs anecdotes de cul en allant au combat, « tu penses qu’hitler se ferait baiser pour du chocolat ? », violence amorale bien percutante… Il reprend bien son style sans changer d’une virgule, hélas pas pour le meilleur. Il apprend toutefois à mieux se camoufler, assez pour susciter le doute. A-t-on le droit de juger les héros ? L’important est la participation au conflit ou les motivations ? La barbarie est-elle inéluctable ? Et dans mon cas, un film rendant hommage à des comportements révoltants mérite-t-il une mauvaise note ?

2014
de David Ayer
avec Brad Pitt, Shia LaBeouf

2.5/6

Fury
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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 14:21
Jarhead

Jarhead est la petite contribution de Sam Mendes à l’édifice de la guerre au cinéma. La guerre moderne en tout cas, celle du Koweit en l’occurrence, qui lui donne l’opportunité à la fois de rendre hommage (les nombreuses allusions à Apocalypse now), mais aussi de s’autoriser à des visions dantesques, trouvant une esthétique troublante dans des scènes de dévastation. Un essai qui vaut largement le détour.

L’histoire : un GI, Anthony, intègre l’unité des Snipers. Alors que son entraînement touche à sa fin, il est appelé avec son unité pour participer à la guerre du Koweit. Mais une fois sur place, il découvre que le conflit n’est pas encore ouvert et qu’ils doivent attendre que la situation politique évolue.

Jarhead

Jarhead est assez commun dans son approche de l’armée américaine. Des rites de bizutage tribaux aux insultes du sergent-chef, rien qui ne dépayse depuis Full Métal Jacket. La modernité est bien là (de l’uniforme aux caractères, un joli balayage, qui se paye le luxe d’un soldat cynique plutôt lucide sur la politique des USA vis-à-vis du pétrole, mais qui se fait rapidement écraser par ses camarades), mais c’est sans grandes surprises que le début se met en place. Bonne immersion, mais intérêt discutable. Et finalement, le problème de Jarhead se fait de plus en plus visible, une chose cruelle car son sujet est aussi son point faible : le désœuvrement et l’inutilité d’un tel déploiement de force, qui sonne comme un gaspillage de ressources humaines incroyable. C’est le apocalypse now pernicieux, le pétage de câble introverti, l’effondrement sur soit plutôt que devant la barbarie. Jarhead, c’est deux heures de vide et d’impuissance, divisé entre les éloges du patriotisme (le discours d’accueil des soldats, la projection de la scène de bataille d’Apocalypse now…) et le vide, qui met tout le monde à cran et fait ressortir les failles de chacun. Si l’action met les hommes sous pression et les focalise sur des objectifs simples, l’attente du combat les laisse sans repères. Plutôt axé masturbation et discussions philo, les bidasses se murgent, font des exercices, quelques missions d’entraînement et ils tuent le temps comme ils le peuvent. Les snipers, unité d’élite capitale dans les tirs de précisions, se révèle l’un des outils les moins utilisés du conflit, mettant Anthony et ses camarades dans l’étrange climat de l’attente pour tuer. Le sujet est là, il est excellent, mais il manque aussi de relief. L’autodestruction par le vide, c’est un drame réel, et c’est aussi facilement résumé, alors que le processus prend beaucoup de temps à s’installer. Le film essaye de combler l’ennui par une foule de détails inscrits dans l’univers des GI (le nettoyage des chiottes au pétrole), mais difficile de conserver l’attention du spectateur (car il n’y a pas l’implication sentimentale des Noces rebelles). Mais la séquences des puits de pétroles emporte tout. Bienvenue sur une autre planète. Le monde est mort, les brasiers sont partout, des colonnes de flammes illuminent les cieux, et les fumées créent des nuages que le soleil ne percera jamais. C’est Crematoria dans le désert, avec pluie de pétrole, univers hostile et apparitions fantasmagoriques (le cheval couvert de pétrole, une créature digne d’un film fantastique). Ces 10 minutes marqueront à vie, et sont peut être l’une des séquences les plus marquantes du cinéma de guerre de la décennie. Mais comme pour tout voyage, il y a un retour. L’occasion d’une dernière frustration par le vide, et un retour au pays médusé, la névrose ne venant plus des horreurs observées mais de l’absence de participation. Un sujet costaud donnant hélas un résultat un peu banal, malgré ses incroyables moments de cinéma.

2005
de Sam Mendes
avec Jake Gyllenhaal, Scott MacDonald

4/6

Jarhead
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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 17:55

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Avec We were soldiers, on a le plaisir de reprendre du service militaire aux côté du charismatique Mel Gibson, qui nous entraîne ici pour une tranche de Viet Nam qu’on est pas prêt d’oublier. D’une violence très portée sur l’action (ça défouraille pendant tout le film), qui suit le premier combat entre les forces américaines et viet-cong, We were soldiers élabore une galerie de personnage plutôt touchante, et en tout cas suffisamment élaborée et charismatique pour qu’on s’attache à ces GI’s.

L’histoire : Peu après la débâcle de l’armée française au Viet Nam, les forces américaines décident d’une intervention armée pour empêcher les forces communistes de s’emparer du pays.

 

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L’introduction du film fait toutefois sourire, puisque les forces françaises parlent un mauvais français avec un accent américain des plus déplacés. Et quand on regarde le film en VF, on a donc les forces américaines qui parlent un français impeccable sans accents (Philippe Nahon assure même la voix de l’un d’entre eux). Mais passons. On se rappellera de We were soldiers essentiellement pour ses portraits de personnages, tous assez touchants. Le premier d’entre eux est bien évidemment Mel Gibson, qui endosse ici l’uniforme d’un colonel sensé gérer l’offensive, et tentant de mener ses hommes en les escortant sur le champ de bataille et en leur regonflant toujours le moral. Catho au sens du devoir inébranlable, le personnage, même affichant un patriotisme exacerbé ("la vallée de l'ombre de la Mort..."), est attachant, usant intelligemment de son charisme pour faire apparaître ses valeurs morales tout en casant des répliques patriotiques qui viennent faire « bien » (« Et Seigneur, à propos de nos ennemis… Oubliez leurs prières païennes et aidez nous à botter le cul de ces petits salopards. Amen. » Et vive Reagan !). Les soldats, dans leurs doutes ou leurs statuts de futurs pères, sont autant d’âmes incertaines qu’il faut rassurer et motiver dans les circonstances actuelles. Le film en profite aussi pour développer les caractères des femmes de soldats, dont le quotidien moins mouvementé mais tout aussi angoissant révèle un autre visage de la guerre. Celle de Mel Gibson est bien évidemment celle que l’on va suivre, mais c’est un caractère féminin fort auquel on adhère franchement, sa logique très sentimentale se révélant finalement très payante dans ce contexte difficile. Enfin, c’est probablement le personnage du reporter militaire qui marquera le spectateur, ayant spécialement choisi sa fonction pour tenter de comprendre la guerre et de la faire comprendre aux Américains, alors que sa famille s’était jusqu’à lors cantonnée à s’y battre. On notera l’excellent dialogue à propos de ses aïeux et ses réactions quand l’enfer se déchaîne autour d’eux. On sent que le réalisateur est visiblement très inspiré par Apocalypse Now, ce qui se ressent notamment dans son approche très pessimiste de la situation, les américains se prenant visiblement une tannée (ajustant mal leurs tirs, ne parvenant pas à avancer, assiégés par des forces ennemies largement supérieures en nombre lançant des assauts incessants). Ce qui vaudra quelques séquences chocs, notamment sur les ravages du napalm ou d’une grenade incendiaire. Du lourd pour un film qui entend s’attaquer avec sérieux à son portrait d’une Amérique mal préparée à la violence du conflit (sans atteindre les performances du chef d’œuvre de Coppola, les acteurs retranscrivent sobrement l’état de choc). Par soucis d’objectivité, le film montrera quelques prises de vue du commandement viet-cong et des mouvements de troupes viet-namiennes (mais ça reste très mineur, l’essentiel étant fixé sur les américains). Finalement, la galerie des portraits est achevée sur un ton plutôt sobre, quand même un peu trop patriotique pour le Mel qui a survécut et qui veut rendre hommage à ses hommes tombés sur le front (l’hommage finale est sincère, plutôt respectable bien que trop martial dans son patriotisme (les trompettes, ah, les trompettes…)). Un sympathique film de guerre donc, qui parvient à rendre attachant ses personnages malgré son patriotisme un peu trop collant.

 

3.8/6


2002
de Randall Wallace
avec Mel Gibson, Madeleine Stowe

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 17:50

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Quatrième film de Terrance Malick (qui s'était éclipsé un certain temps), La ligne rouge retrace les débuts de la guerre du Pacifique avec l’attaque de Guadalcanal, île du Pacifique tenue par les japonais. L’occasion pour le réalisateur d’imposer gentiment son style en le diluant dans des scènes de guerre réalistes, parfaite introduction pour ce poète catho qui mélange les genres avec une douceur rare, loin de tout bourrinage inutile.

L’histoire : Le parcours de différents soldats recrutés dans l’armée américaine qui vont participer au débarquement sur Guadalcanal.

 

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Très grand film de guerre que cette ligne rouge, puisque dès le départ, en plus de nous offrir des portraits de personnages touchants et des réflexions philosophiques pertinentes (la très belle introduction s’interrogeant sur l’agressivité de la Nature, des différentes espèces, parfait point de départ pour déboucher sur la guerre), il nous montre immédiatement qu’il a réunit un casting d’exception. Caviezel, Penn, Clooney, Harrelson, Travolta, Leto… Des tas de trognes connues que nous allons accompagner au front, et dont le destin sera parfois tragique. Chacun maîtrisant à la perfection sont personnage, l’identification à différents caractères se fait facilement, chacun pouvant trouver dans les caractères qui lui sont présenté des pensées dans lesquelles il peut se reconnaître (l’effet sera encore plus frappant avec The Tree of life, mais aussi plus ciblé). Penn a la carrure de l’officier désillusionné, terre à terre qui ressent l’humanité qui l’entoure sans pouvoir l’exprimer de son côté (il ne laisse entrevoir qu’une façade abrupte, guidée par l’instinct de survie et l’expérience du terrain), Caviezel est plutôt l’enfant de la nature, désertant plusieurs fois l’armée pour passer quelques temps avec les insulaires des environs, dont il partage le quotidien avec une joie de vivre communicative (et pourtant, si il a du mal à comprendre la guerre, il y prend part avec le sourire, tentant d’aider ses camarades (ça doit transparaître, mais autant l’écrire : il est le personnage auquel je m’identifie ici). Au fur et à mesure que les personnages défilent, le film développe ses thématiques, ne cherchant visiblement pas à pourrir l’armée (les portraits des officiers sont régulièrement touchants,  la discipline est parfois injuste, les enjeux sont lourds (le général décide de sacrifier ses hommes dans une attaque de front pour impressionner l’état major qui surveille la manœuvre) et l’incertitude ronge le moral des hommes (touchante scène de prière du capitaine qui espère pouvoir faire les bons choix pendant la bataille, puis qui décide de désobéir aux ordres pour épargner ses soldats). Long (2h47), le film se permet régulièrement de faire des pauses entre les différentes manœuvres militaires, essentiellement pour laisser aux hommes le temps d’exprimer ce qu’ils ressentent et de s’interroger sur leur parcours. Toujours avec une pudeur et une déférence qui font plaisir (aucun plan dénudé pour la romance entre un dégradé et sa femme), le classicisme de la mise en scène flattant l’œil et nous guidant dans la douceur vers les réflexions qu’il tente de mettre en place. Rarement un film aura été aussi doux avec son audience (à l’exception des combats qui distillent une peur certaine, tout est posé), preuve de sa volonté d’imposer un style réflexif, poétique. D’autant plus subtil que si le côté catho ressort par moments (on sent qu’il y a quelque chose derrière la Nature, les hommes prient parfois en voix off…), il sert surtout à planter les angoisses ou les interrogations des recrues qui avancent dans la jungle. Tourné dans des décors naturels superbes et plantant des personnalités charismatiques, La ligne Rouge se révèle être un OFNI du film de guerre, dont on sent immédiatement l’importance dans le monde du septième art (rare sont les films à avoir atteint cette profondeur). Tout simplement indispensable.

 

5.5/6

 

1998
de Terrence Malick
avec Sean Penn, Jim Caviezel

 

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 16:07

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La résistance française est un sujet qui a inspiré pas mal de cinéaste, intéressés par l'angle qu'ils pourraient choisir pour illustrer l'héroïsme. Melville a contribué à cette catégorie du film de guerre avec L'armée des Ombres, retraçant le parcours d'un résistant : Luc Gerbier.

L'histoire : 1942, Philippe Gerbier est un résistant arrêté par la police française et en attente de transfert à l'antenne locale de la Gestapo. Au cours de ce dernier, il parvient à s'évader, règle la liquidation de son mouchard et se relance dans la création d'un réseau de résistance.

 

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L'armée des ombres est un film sans victoire, sombre, à la photographie grise. Toutes les couleurs éclatantes semblent avoir quitté la pellicule alors que les nazis paradent sur les champs Elysées. C'est dans ce contexte que Philippe Gerbier (Lino Ventura) tente de résister. Et la résistance n'est pas aisée. Le film se détache immédiatement de toute visée patriotique avec le meurtre glacial de la "balance" de Philippe, étranglé dans une maison délabrée. L'humanité ressort (c'est leur premier meurtre, leur inexpérience rend le moment encore plus grave), mais la besogne est faite. Nos personnages se dispersent alors pour continuer à oeuvrer pour la grande cause. On suivra donc les parcours de plusieurs résistants, qui permettront de développer plusieurs moments de suspense (les contrôles multiples par exemple) et la mission d'évacuation d'anglais accompagnés de Luc Jardie, une figure de la résistance. Vu l'issue de cette mission, on peut que c'est un des rares moments de réussite de nos résistants, appuyés par la population locale, qui coordonnent une évacuation en sous marin dans les calanques près de Marseille. Mais alors que Philippe Gerbier est parvenu à Londres et goûte à une vie meilleure, un membre de son réseau tombe à Lyon. Voulant assurer une opération d'évacuation, Philippe réclame un parachutage et parvient à retrouver d'anciens contacts pour préparer un plan d'évasion. C'est à partir de là que le film devient très pessimiste, et s'attache à décrire la forte pression qui pèse sur les résistants. Nous aurons par exemple le cas de Jean François, qui se livrera à la gestapo pour prévenir leur camarade de l'imminence d'un plan d'évasion... qui échouera en dernière minute pour raisons médicales (il est impossible de déplacer le suspect, agonisant). Un dénouement très cruel avec nos personnages, surtout avec Mathilde (Simone Signoret), véritable incarnation de volonté humaine au service de la résistance. Puis Philippe est repris bêtement, au cours d'une rafle surprise. Et alors qu'il sent la fin venir, le film multiplie les plans de silence, filmant d'autres condamnés anonymes, dont nous ne sauront rien, si ce n'est qu'ils vont mourir. Les dernières réflexions de Philippe avant que les nazis ne fassent feu sont d'ailleurs d'une remarquable profondeur, recherchant à rester fort, jusqu'à l'ultime seconde où tout se dissipe et où la peur prime. Mais l'ultime péripétie sera de loin la plus cruelle, car se centrant sur l'exécution de Mathilde, ayant parlé devant les menaces faites à sa fille. Un épisode ô combien cruel, qui laisse un goût amer devant une personne héroïque qui ne mérite clairement pas son sort. Le film enfonce le clou avec un épilogue gris, nous rapportant que tous les personnages du film furent pris et exécutés  dans les mois qui suivirent. Ce refus de conclure sur une note d'espoir, de cerner toute la souffrance qu'ont pu endurer les résistants, rend leur combat d'autant plus poignant qu'il s'écarte complètement de toute ambition divertissante (pas d'action, pas d'humour), confrontant des hommes à une forces qui les fait progressivement disparaître (les fameuses ombres du titre), sans qu'ils puissent s'autoriser la moindre faiblesse. Une vision très sobre et réaliste de la résistance, qui se révèle aussi puissante que subtile (aucun patriotisme hexagonal n'est affiché).

 

6/6

 

1969
de Jean-Pierre Melville
avec Lino Ventura, Simone Signoret

 

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 07:12

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Avec K 19, on touche à un film de guerre très intéressant puisqu’il ne donne pas dans les combats ou les affrontements directs entre sous marins comme avait pu le faire A la poursuite d’Octobre rouge. On est dans une lutte entre l’homme et la machine, dans un dilemme constant et atroce, dont les enjeux dépassent clairement tous les hommes que nous serons amené à côtoyer. Aussi, vu la quantité de talents qui sont rassemblés, n’est-il pas bizarre de penser que nous tenons là un des meilleurs films de guerre des années 2000.

L’histoire : En 1961, le K 19 est le nouveau né de la flotte sous marine soviétique. Un instrument de dissuasion nucléaire de premier plan. Afin d’user le plus rapidement possible de son pouvoir dissuasif, le Kremlin décide de le mettre en mer en ignorant les multiples avaries dont souffre le vaisseau encore en construction.

 

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On tient ici un excellent travail travail d’équipe. Si aucun acteur n’y trouve ici son meilleur rôle (même si Peter Sarsgaard  trouve ici une de ses meilleures performances), on tient là un film qui a très bien saisi tous les enjeux de la guerre froide, et qui a l’intelligence de se focaliser sur un fait historique russe et de nous changer de la vision américaine traditionnelle. Ici, il s’agit de faire figure d’instrument de frappe nucléaire de premier plan. Tout en cernant les problèmes de gestion d’équipage (on pointe un manque d’expérience ou d’écoute chez certains membres d’équipage) et les prédispositions de la crise avenir (les fréquentes avaries). La première moitié du film se concentre sur la mise à l’eau du sous marin (le patriotisme russe est servi sans complaisance, il fait clairement office de contexte) et son premier exercice, mené à toute allure par un Harrison Ford à l’exigence insatiable (il pousse littéralement l’équipage à bout en lançant sans arrêt des exercices). En tant que chef des hommes, Liam Neeson est clairement celui qui a le plus de charisme, nuançant les paroles du capitaine et appelant l’équipage à obéir. Il est l’incarnation même du sens du devoir dans l’armée, parvenant à canaliser l’énergie de ses hommes et les décisions du capitaine (même si parfois il frôle l’insubordination, dommage de ces excès aient tendance à apparaître car rompant avec les rapports habituels). Ainsi, pendant la crise le passage où il rappelle au capitaine son devoir avec l’équipage n’entre pas en contradiction comme on pouvait le croire avec la condamnation de la mutinerie contre le capitaine. Il y a toujours un respect pour la hiérarchie même si il faut gueuler plus fort pour se faire entendre. Cette intégrité, très militaire et cohérente (elle évite le mouvement de panique inhérent à ce genre d’évènement) s’écarte beaucoup des portraits négatifs de l’armée, et tend à rejoindre la voie du devoir pour laquelle on sent ici un certain respect. La situation est pour ainsi dire catastrophique au milieu du film. En touchant à une hantise héritée d’Hiroshima et plus récemment de Fukushima, le film met immédiatement une pression extrême sur les épaules de nos personnages. D’un côté un équipage inquiet et en danger, de l’autre la possibilité d’un accident nucléaire pouvant passer pour une déclaration de guerre. Dans ce contexte, où seul les officiers possèdent les bonnes informations et mentent à l’équipage pour les préserver de la panique (les mensonges sont cruels avec les irradiés), c’est Vadim Radtchenko (Peter Sarsgaard) qui devient le personnage le plus intéressant. Il joue ici le rôle de l’ingénieur responsable du réacteur nucléaire, le seul qui soit en mesure de donner des informations sur la gravité de la situation. C’est aussi celui chez qui va naître un sens du devoir incroyable. Il est le seul qui soit au courant des risques concernant les radiations. Aussi, qui pourrait le blâmer quand il constate l’étendue des dégâts sur les membres d’équipage envoyés pour réparer le réacteur et qu’il se retrouve paralysé par la peur ? Et pendant toute la suite du film, passant du temps auprès des irradiés et méditant sur sa peur, il prépare son sacrifice. L’échange d’une croix pendant cette transformation pourrait passer pour un anachronisme (les religions étant mal vues par le Parti), mais la religion catho étant celle qui prône le plus fortement le sacrifice, on y voit un catalyseur moral finalement adapté et parfaitement efficace. Ainsi, c’est un sacrifice complet, en connaissance de cause et sans espoir de gloire (mis à part l’équipage, l’affaire étant étouffée, l’ingénieur mourra dans la souffrance et dans l’anonymat), marque d’un courage poignant et rare pour qui le film témoigne d’un profond respect (la douleur et les séquelles de l’acte semblent tout simplement insupportables). Soignant parfaitement sa reconstitution d’époque, jouant très bien sur le climat d’une vie d’équipage et sur la peur viscérale des radiations, K 19 est un hymne engagé sur le devoir, qui formule d'un côté un jugement sec du Parti communiste (le commandement fait la sourde oreille sur d’évidents problèmes techniques, il nomme des débutants à des postes clefs…), et de l'autre respecte ses hommes et leur rend hommage avec un profond respect. Un petit chef d’œuvre en somme.

 

5/6

 

2002
de Kathryn Bigelow
avec Harrison Ford, Liam Neeson

 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 11:16

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Requiem pour un massacre est un film russe sur la seconde guerre mondiale, ou plutôt sur les premières incursions allemandes en Russie, le tout vécu par un enfant ayant à peine la douzaine, recruté de force par l’armée russe et qui part à la guerre le cœur vaillant, sans vraiment s’attendre à ce qu’on sait inévitable. La qualité du film tient surtout en sa mise en scène incroyable, parvenant à créer une atmosphère hallucinante (portée par une musique particulièrement réussie), qui parvient à être une illustration particulièrement forte de la « déshumanisation » provoquée par la guerre.

L’histoire : Un jeune russe est enrôlé d’office dans l’armée rouge, avant d’être affecté à l’entretien du camp de repli des troupes, malgré son désir de partir au combat. Sa position est alors pilonnée par l’artillerie allemande, notre jeune paysan décide de retourner voir sa famille, non loin de leur position.

 

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Requiem pour un massacre impressionne beaucoup pour son approche frontale de la guerre, approche rendue particulièrement immersive par l’utilisation d’une musique complétant parfaitement l’ambiance des faits relatés, et par l’approche très réaliste des faits qui nous sont exposés. Requiem pour un massacre est un film qui se ressent, osant parfois donner dans l’expérimental (la séquence où notre protagoniste tire sur une photo d’Hitler, pendant que quantité de films d’époques passent à l’envers, reconstruisant les ruines provoquées par l’extension du IIIème Reich). Du début du film (commençant sur une tranchée héritée de la première guerre mondiale) jusqu’à la fin, on partage le quotidien de notre enfant-protagoniste, approche qui nous propulse directement à ses côtés. Du bain dans une bassine posée sur le feu à la photo de troupe, tout transpire le vécu. Et le film n’en fait jamais trop, il se contente d’illustrer des faits, banals pendant la seconde guerre mondiale (Oradour sur glane, mémorial national où le temps s’est arrêté), mais éprouvants quand leur souvenir est évoqué, et davantage quand ils sont mis en scène. Si le film n’insiste jamais sur le sanglant de la guerre, les simples plans où il montre la violence des évènements (un simple regard jeté par-dessus une épaule pour entrevoir un village entier fusillé derrière une ferme) suffisent à choquer le spectateur, qui se retrouve en plein enfer, sans toutefois la folie furieuse qui imprégnait Apocalyspe now. Il ne reste que la population, tétanisée, témoin malgré elle de la folie du conflit et de la barbarie nazie, victime déboussolée par la tournure que prend ce conflit. En témoigne la scène au milieu des tourbières, où la population survit en mangeant des racines, en état de choc, pendant que les mourants agonisent. Si le film souffre parfois d’un petit temps mort ou deux (je pense à la mission de recherche de nourriture, qui s’éternise un peu avant que nos soldats trouvent enfin une vache), le film va sans arrêt de l’avant, menant son protagoniste (et la fille qui finit par l’accompagner) dans diverses situations, depuis ce mitraillage de la plaine (où nos soldats rampent littéralement sous les feux de l’ennemi) jusqu’à cette scène traumatisante d’un nouveau village massacré, nos personnages faisant ici partie de la population rassemblée dans les granges. Scène d’autant plus traumatisante que nos protagonistes s’en sortent non pas en survivant à l’horreur, mais parce que les nazis les épargnent, l’une pour satisfaire les soldats d’un camion (aucune scène ne l’illustre, il suffit de voir l’état dans lequel elle revient au camp), et l’autre pour être humilié et servir de témoin du massacre des races inférieures. La dessus arrivera la conclusion, magnifiquement mise en scène, où des renforts de l’armées rouge parviennent à faire prisonnier plusieurs des membres des forces nazies organisant les bûchers publiques, et où nous assistons à un résumé du tribunal de Nuremberg, où les officiers ne cessent de se renvoyer la responsabilité des massacres et que les hauts gradés demandent la clémence pour leur âge et parce qu’ils n’ont jamais tué personne. Une scène sidérante, qui devient horriblement pathétique quand les russes proposent aux nazis de s’entretuer en promettant de laisser les survivants partir, et que ces derniers n’hésitent alors pas un instant à asperger d’essence leurs frères d’armes. Arrive alors la scène expérimentale du film, vrai point d’orgue qui parvient à évacuer la violence accumulée pendant le film en mettant en scène la recul du nazisme et la reconstructions des pays européens si Hitler avait été supprimée. Un film puissant, qui doit énormément à son acteur principal, un jeune ado dont la transformation physique est particulièrement frappante pendant le film. Probablement le meilleur jamais réalisé sur la seconde guerre mondiale, jamais tenté par l’action et toujours focalisé sur le parcours de ses personnages. Traumatisant.

 

6/6

 

1984
de Elem Klimov
avec Alexei Kravtchenko, Olga Mironova

 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 12:54

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On retourne à la guerre avec Apocalypse now, réalisé par Francis Ford Coppola et qui demeure chez pas mal de cinéphile l’expérience la plus traumatisante de la guerre du Viet Nam, pour la folie complète qui gagne la pellicule au fur et à mesure que le bateau remonte le fleuve et que nous nous rapprochons avec Willard du commandant Kurtz, ultime étape du voyage. L’air de la chambre est étouffant, l’alcool manque, le ventilateur bourdonne, Willard se ramollit, le film commence depuis 5 minutes que la folie commence déjà à s’installer.

L’histoire : le lieutenant Willard se voit confier une mission d’assassinat où il doit mettre un terme au commandement du colonel Kurtz, un brillant militaire dont les méthodes sont maintenant jugées malsaines par la hierarchie. Accusé de meurtre, il a passé la frontière du Viel Nam et s'est réfugié au Cambodge, où il continue d’exercer son commandement.

 

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L’illustration de la folie commençant dès les premières minutes (avec Willard, saoul, mimant un corps à corps dans sa chambre d’hôtel qu’il saccagera), il est logique de suivre un film qui fera tout pour mettre en avant ce côté « blasé » du héros, que le Viet Nam a déjà en partie brisé (il ne sent chez lui ni au Viet Nam, ni pendant son unique perm en Amérique) et qui semble souvent dans un état second. D’ailleurs, la remise de sa mission, respectant une mise en scène classique pour un film de guerre, se fait en quelque sorte en sourdine, notre héros voyant ses supérieurs parler, mais semblant déconnecté de ce présent finalement résumé à l’hallucinante mission qu’on lui demande : tuer un militaire accusé de meurtre en pleine guerre du Viet Nam. Et continuellement pendant le film, la folie va peu à peu gagner la totalité de l’histoire. On commence avec des bleus, avec des américains triomphants qui effectuent régulièrement des raids sur les côtes avec des hélicos surarmés et des recrues motivées. La folie se note ici surtout par des détails, des éléments facilement identifiables qui provoquent d’énormes décalages avec la situation que nous sommes en train de suivre. La chevauchée des Walkyries diffusée en pleine attaque d’un village tenu par le viet cong, la réelle motivation du chef pour l’attaque d’un des postes contrôlant l’embouchure du fleuve à remonter (les vagues de la plage permettraient de faire du surf de qualité), l’humanité semble ici feinte dans l’aide apportée aux populations civiles touchées par le conflit armé, et les barbecues du soir viennent provoquer l’effet inverse à celui recherché. C’est le premier stade de folie du conflit : cette absurdité constante dans ces conflits armés qui ne viennent jamais changer quoi que ce soit à la situation. Et à partir de ce stade de folie, nous commençons notre remontée du fleuve qui va nous emmener bien plus loin qu’on ne pouvait le penser. Le soleil tape, les hommes suent, et Willard découvre le dossier sur le commandant Kurtz qui l’obsède de plus en plus, le personnage semblant à toute épreuve dans le domaine militaire, et ayant pourtant chuté apparemment plus bas que terre. C’est lorsqu’on découvre quelle est la logique du général que l’on progresse encore un peu dans la folie, ce dernier effectuant un rapport sur les conflits armés, où ses conclusions sont de supprimer les permissions et tous les privilèges des soldats sensés « atténuer » le mal du pays et l’horreur des combats, qui ne font que pousser les recrues vers la folie. Il prône le sacrifice complet de peu d’hommes qui permettraient d’épargner énormément de bleus sur le terrain. La folie continue alors que le bateau continue de passer les check point (une soirée play mate qui tourne mal, un pont qui change de mains chaque nuit entre Viet Cong et Americains, où les soldats se jettent dans le fleuve pour tenter de s’accrocher à la coque et s’éloigner de l’enfer de fumée et de lumière que l’on voit en mode surréaliste, alourdi par une musique plutôt costaude. Toutefois, nous avons une petite halte dans notre parcours démentiel avec cette escale dans la plantation française, où nous retournons au premier stade de folie, mais sous forme de dialogue. Au cours du repas, tout le monde a développé sa vision de la guerre du Viet Nam, et chacun tente de l’imposer au cours d’un cacophonie qui finira par diviser toute l’assemblée. Un bref retour à la lucidité qui brise un peu la continuité de la folie qu’on suivait depuis le début du film, mais qui se révèle vraiment intéressant pour les personnages mis en scène et leurs opinions, qui ajoutent parfois à l’absurdité du conflit (les initiatieurs du Viet-Cong… sont les américains qui voulaient abolir les colonies à l’échelle mondiale). Puis on reprend le cours du fleuve avec son lot de feu, de fumée et de sueur, jusqu’au final qui bascule complètement dans le surréalisme avec l’omniprésence de cadavres dans tous les plans, d’autels sanglants où sont entreposées des têtes, de fidèles qui s’apparentent aussi bien aux membres d’une secte qu’à des militaires. Le récit devient alors contemplatif, irréel, alternant les silences, les instants de lucidité et les minutes de folie dans un déchaînement visuel agressif et fascinant, le temps semblant se suspendre à l’arrivée dans le camp du colonel Kurtz, qui refuse d’être jugé par ce qu’il juge une hypocrisie et un mensonge. Un vrai déluge de folie qui atteint sévèrement le mental de Willard, qui finalement exécutera sa mission machinalement, sans la moindre pensée. Il devient alors fascinant de comparer la scène finale du film, qui fait furieusement écho à la conclusion de Conan the Barbarian (John Milius étant intervenu dans l’écriture du script, on ne sera pas surpris), où notre protagoniste tue son « maître » devant la foule de ses adorateurs qui assistent à la scène sans s’attaquer au meurtrier. Un dénouement puissant, qui se clôt sur une note incroyablement pessimiste (tranchant avec Conan), le point le plus éloigné du fleuve ayant été atteint. Inutile de revenir sur les énormes problèmes de tournage du film (où pas mal de personnes ont cru devenir folles elles aussi), Apocalyspe Now est un film qui a incontestablement demandé beaucoup d’efforts à tout le monde, et qui finalement peut s’affirmer comme l’un des films de guerre les plus hallucinants avec Full Metal Jacket.

 

6/6

 

1979
de Francis Ford Coppola
avec Martin Sheen, Marlon Brando

 

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 13:31

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La chute du faucon noir a déclenché des réactions plutôt diverses à sa sortie, décrié pour être une campagne de pub pour l’US Army ou loué pour son illustration intense du combat urbain. Avec la réalisation ultra compétente de Ridley Scott, le spectacle a une belle intensité, se révèle assurément immersif dans ses scènes d’action, mais les concessions qu’il fait à l’armée sont elles aussi assez énormes, ce qui a du mal à passer en dehors des états units (grrr l’impérialisme ricain !). Toutefois, le film évite de sombrer dans la caricature avec son illustration de l’anti-américanisme ambiant dans la population qui vient apporter un peu de matière à cette peinture réaliste et engagée du droit d’ingérence (bien que sur l’aspect politique, le film soit assez flou).

L’histoire : 1993, en Somalie, une mission de capture du général Aidid, responsable d’un génocide. L’armée américaine est repérée dès son départ et s’embourbe dans le centre ville de la capitale, prise sous le feu de miliciens lourdement armés.

 

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Black Hawk down, c’est avant tout 40 minutes d’introduction. 40 minutes où, après un timide survol en hélico d’un vol de nourriture avec pertes civiles, on se cloître dans la base en attendant la mission. Là, on nous propose de multiples portraits de soldats qui vont être amenés à se battre. On a un dessinateur pour enfants, un idéaliste, un bleu d’à peine 18 ans, bref avec une telle variété de caractères, surement que le spectateur va s’y reconnaître… C’est bien ici que réside la « maladresse » du film, ce dernier recherchant dans cette introduction l’immersion  par l’identification à des caractères qui peuvent apparaître sympathique, mais qui ne seront jamais vu comme des individus, tous appartenant au clan des marines Ouh-Ha. Cette tentative d’ouverture de la notion d’ « armée américaine » foire, le spectateur ne pouvant pas s’imaginer à la place des personnages qu’il voit à moins d’être déjà militaire. Et cette partie dure bien 30 minutes. Un peu longuet donc, vu que les tentatives de dramatisation individuelle ne servent pas à grand-chose. Alors qu’on commençait vraiment à avoir peur pour la suite (la pub pour l’armée, on la sent vraiment pendant cette demi-heure, où les soldats s’entraident, échangent leurs gentilles opinions humanitaires…), les combats arrivent, et là, c’est la résurrection. Jusqu’à la fin du film, ça canarde dans tous les sens, l’armée américaine s’enlise dans une guérilla urbaine des plus meurtrière, des barrages lourdement armés apparaissant à chaque coin de rue et les forces se trouvant complètement divisées et dépassées par le nombre de somaliens furibards. La formule proposée est alors un poil répétitive (on avance, on sécurise, on avance, on sécurise…), mais l’action à l’instantanée passe bien, l’action est plutôt lisible et l’atmosphère du combat est bien là. Assurément, l’intensité du film et sa bonne capacité d’immersion viennent de là : un rythme qui ne desserre pas les dents pendant une heure vingt, qui nous fait suivre de façon assez lisible la progression de différents groupes de soldats. Au point de vue logistique, l’analyse des techniques de l’armée est bonne, d’autant plus que cette notion de bourbier joue à plusieurs reprises contre les troupes qui se sont aventurés dans un cauchemar de logistique. Par ailleurs, le film traite la population somalienne d’une manière intéressante, puisqu’il la montre carrément engagée contre les troupes américaines, allant prendre les armes sur les corps des soldats pour continuer la bataille contre l’envahisseur blanc. Un fait qui pourrait facilement être décrié comme caricatural, mais qui reste parfaitement logique dans un climat d’anti-américanisme d’un pays sous ingérence. Ce message sera d’ailleurs réitéré par le personnage du trafiquant d’arme arrêté en introduction qui rit de l’interventionnisme américain, déclarant qu’une intervention militaire ne changera jamais les choses, et arrivera encore moins à imposer la démocratie. Des affirmations auxquelles le général en place se gardera bien de répondre, mais qui seront finalement confirmées par les faits historiques : les troupes américaines seront promptement retirées de Somalie une fois les blessés rapatriés. Finalement, le film délivre-t-il un message. Si il le fait, ce dernier est clairement ambigue, illustrant d’un côté une armée patriote et de l’autre une population hostile (la séquence particulièrement humiliante des civils qui rient de l’escouade américaine retournant à la base la queue entre les jambes), dressant un portrait ultra disciplinaire de l’armée et pourtant donnant des pistes pour décrier ses interventions (l’introduction parle d’un génocide à arrêter, et la conclusion nous parle de retrait des troupes, de 1000 somaliens abattus et de 19 GI’s morts au champ d’honneur). C’est ce qui alourdit quelque peu cette guérilla bien gérée, un peu prétexte à la débauche de moyens de l’armée américaine (ce déploiement est impressionnant), mais résolument réaliste et dressant un portrait très patriotique de l’armée. Pour ma part, je le considère comme un film d’action bien mené qui hésite constamment à choisir entre un camp ou un autre, mais qui ne veut surtout pas être catalogué dans l’un des deux. Si sur le plan de la politique, c’est complètement foiré, la débâcle est assez organisée pour nous tenir en haleine jusqu’au dénouement. Un film certes utile si il est utilisé comme modèle d’exposition dans les casernes de l’armée, mais qui peinera toujours à convaincre chez les civils, l’action ne permettant pas d’oublier quelques détails un peu lourds (« le monde répond : l’armée américaine envoie des troupes… » heu, non, l’ONU envoit des troupes et les américains envoient encore plus de troupes, nuance…). En bref, les zones d’ombre sont nombreuses, mais l’action est bien suivie.

 

3.5/6


2001
de Ridley Scott
avec Josh Hartnett, Ewan McGregor

 

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 20:27

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Un seul film de guerre, sur un blog respectable, est une injustice qui ne saurait perdurer. Tellement de titres se bousculent déjà dans ma tête qu’on va commencer par d’honnêtes représentants avant de s’attaquer aux mastodontes du genre. Commençons par Guerreros, un long métrage espagnol assez intéressant, puisqu’il décide de se focaliser sur une escouade du KFOR en mission pendant la guerre du Kosovo. L’unité qu’on suit est composée d’espagnols, mais elle est appuyée par des français. Les enjeux du film sont essentiellement humains, le film se focalisant moins sur les combats que sur ses différents soldats, qui ne parlent pas tous la même langue, mais qui vont vivre un cauchemar en plein territoire ennemi.

L’histoire : Un détachement de soldats du KFOR est envoyé remettre en route une centrale électrique. Ils croisent à proximité de cette dernière des troupes rebelles serbes qui leur refusent le passage. Ils tentent de passer en force, mais la manœuvre foire et seuls quelques soldats parviennent à s’échapper.

 


Le film choisit d'attaquer son sujet en se concentrant sur le caractère de Vidal, jeune recrue de l'armée espagnole. Son engagement dans l'armée devait lui permettre d'aider les populations civiles, et il se retrouve à reconstruire des bâtiments avec ses camarades. On pourra juger de sa volonté dans sa tentative aveugle d'aller seul au secours d'un homme se faisant exécuter par la mafia locale. Arrive enfin la mission : remettre en marche un générateur électrique non loin de la frontière serbe, en plein milieu de la zone d'ombre (zone géographique instable militairement). La mission dégénère, et une demi douzaine de soldats se retrouvent alors en pleine nature, entourés d'ennemis et isolés de leu base de commandement. Après s'être concertés, ils décident de tenter de rejoindre la ville la plus proche. C'est alors que commence leur périple, qui va peu à peu éprouver leurs limites. Un script bateau, mais le film mise énormément sur son ambiance. Résultat : le ressentit émotionnel des soldats est parfaitement exposé, tant par les points de vue de caméra restant au plus près des recrues que par les ambiances musicales plutôt lourdes et parfaitement adaptées au sujet. Ainsi, on assiste à une régression progressive de l'état mental des soldats, qui recule à chaque nouvelle épreuve. D'abord un champ de mine, puis une capture aux portes mêmes de la ville... La peur des soldats est palpable, d'autant plus qu'ils sont dans une zone où les chances d'être secourus sont relativement faibles. Si la seconde moitié du film était un film d'escarmouche très humain, la seconde est assez étonnante, puisque l'on suit l'évasion de 4 de nos recrues, qui se mettent immédiatement en mode "survie" (la différence de langue s'estompe, laissant place à l'instinct). Et cette partie du film impressionne, tant la force de ses images a de quoi figer le spectateur. Tétanisant devient le mot adéquat, nos soldats qui le matin précédents discutaient encore de manière civilisée tuent un villageois pour des sandwichs, sont mis en fosse avec des corps... Je suis déjà allé trop loin dans le spoiler, mais la force des images parvient avec peu de choses à fasciner. Il convient de saluer à la juste valeur les interprétions fabuleuses des acteurs, qui se donnent véritablement à fond dans ce film pourtant modeste, mais qui accumule les qualités avec une honnêteté qui force le respect. Action limpide, éclairage parfait, unité de langues (espagnol, anglais, serbe... on s'y croirait)... Un gros travail d'équipe, qui paye indubitablement au vu d'un résultat aussi inespéré. Tout simplement remarquable !

 

5/6


2001
de Daniel Calparsoro
avec Eduardo Noriega, Jordi Vilches

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