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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 17:35
White god

Ah la la... White god, ça partait bien pourtant... Une belle affiche, une série B animale tournée en vraie avec une révolte canine... Il y avait de quoi enthousiasmer n'importe quel cinéphile ! Puis on lit les détails du synopsis et on tombe sur "une loi qui interdit les croisements de race parmis les chiens"... Et ça commence à sentir bien mauvais comme la dénonciation galvaudée du nazisme des bonnes familles. On commence alors à y aller à reculons. Et ça n'a pas loupé, c'est la purge auteurisante qu'on flairait à 20 bornes.

White god

Presque tout est mauvais dans White God. Seul le dressage des animaux laisse à penser que le boulot a correctement été fait, ainsi que l'idée de filmer tous les animaux et de se livrer à un authentique film animalier muet. Le reste oscille entre l'ennui et la lourdeur, tant ce film accumule les situations affligeantes (deus ex machina avec le petit chien qui sauve notre clébard à de bien trop nombreuses reprises), le symboles vides (le clochard qui se met à torturer le chien qu'il veut adopter), les dénonciations de comptoirs (combats de chiens, l'humain il est méchant),une technique pauvre (caméra à l'épaule qui filme parfois très mal les mouvements). C'est pathétique dans son inefficacité, car White God croit que parce qu'il adopte le point de vue d'un animal, il peut se permettre une naïveté de ton. Mais cette naïveté s'exprime toujours de façon soulignée, sans la moindre spontanéité (genre les gars de la SPA qui arrivent au ralenti avec une musique de suspense en filmant bien les collets). Babe, le cochon dans la ville réussissait à nous intégrer dans la communauté d'animaux, et quand les méchants gardes de la SPA venaient virer les squatteurs, là il y avait spontanéité et émotion. Ici, le film montre constamment du vide. A la rigueur, quand le chien montre les crocs, quelque chose passe. Mais sinon, tout le reste est incroyablement terne. Il suffit de regarder la séquence de séparation pour se rendre compte combien personne ne s'investit dans ce film : la gamine qui voit son chien se faire distancer par la voiture tente à peine d'ouvrir la portière en répétant à son père de s'arrêter, puis regarde platement le chien s'éloigner. Une larme coule, mais vu son visage, elle vient d'être déposée par la maquilleuse. White god n'est pas sincère une minute. Alors, si c'est en plus pour dénoncer le nazisme, vous parlez d'un film digne d'intérêt !

Parlons en de cette dénonciation ! La loi qui impose les critères raciaux des chiens n'est pas justifiée une seule fois (alors que c'est toujours le contexte qui permet de comprendre une loi, ici un contexte de crise économique poussé à un paroxysme) ! Une haine irrationnelle, mais c'est toujours par là que ça commence ! Alors tout le monde se met à traiter les chiens comme des boulets ! Comme certaines minoritééés ! On les abandonne dans la rue et là, des patrouilles omniprésentes les récupèrent pour les parquer dans des camps ! Ils auraient dû leur mettre des brassards rouges pour que ce soit plus clair... Et pendant ce temps, la jeune maîtresse du chien, toute gentille et contrainte de devoir abandonner son ami, doit jouer dans un orchestre contraignant avec un professeur très antipathique qui l'humilie en public en lui disant bien combien l'ordre c'est important... Pitiééééé ! Au milieu, le film fait n'importe quoi, car il faut faire de la symbolique pour qu'on croit que c'est sérieux. Ils nous foutent donc le coup du clochard nazi (le comportement du chien est complètement aberrant pendant cette scène, mais on n'est plus à ça près), l'entraînement du chien pour les combats (parce qu'un cliché facile et payant ne se refuse pas) et son évasion façon je cours sur une musique vivante, ses petits tours de passe passe avec le petit compagnon chien tout crasseux... Et enfin, la grande rébellion des chiens. On ne dira pas que les scènes où l'on voit cette horde de canidés déferler ne sont pas impressionnantes, mais elles n'ont aucune ampleur sérieuse. Ils suffit de regarder les figurants humains dans le flot, qui font semblant de tomber, d'avoir peur. Comme si vous voyiez trois chiens courir à côté de vous, alors vous renversez votre caddie de supermarché en hurlant "c'est l'anarchiiiiie !". C'est complètement illogique et vide de sens ! Et voilà que les forces spéciales de police arrivent et tirent dans la meute de chiens en mode répression sanguinaire...

Je passe sur la scène finale qui n'a absolument aucun sens (à part mettre du beaume au coeur, genre un peu de douceur peut calmer la tempête, sans la moindre nuance ou subtilité dans le sens, et d'ailleurs, c'était quoi cette tempête ? C'était quoi le message ?), pour finalement retenir le caractère absolument vague de ce film, qui ne sert finalement qu'à dénoncer la loi absurde qui crée cette situation (elle a été réellement promulgée en Hongrie en 2011, dans un contexte de crise visant à renflouer les caisses de l'Etat, les critères raciaux ont toutefois fait jaser beaucoup, les races non hongroises étant taxées, et les races "dangereuses" davantage que les autres) et qui filme ses animaux avec moins d'empathie que La belle et le clochard 2 (et j'insiste, je parle bien de la suite pourrave qu'a fait disney, qui avait au moins la sincérité du cahier des charges dans sa confrontation bourgeoisie / peuple de la rue). Un film allégorique qui peut bien remercier cette loi pour lui donner le seul contenu dénonciateur plausible (sinon, aucun lien avec le réel, on aurait aimé aussi qu'on parle des abandons massifs en Roumanie et en Ukraine qui ont suscité une recrudescence de hordes de chiens errants, suite aux abandons liés à la crise économique), avec son parti pris audacieux et ses beaux plans de chiens, bien dressés.

2/10

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 17:09
Les rencontres d'après minuit

La bande annonce pue le mauvais goût et la prétention. L'affiche est d'un minimalisme laid. Ce sont autant de mauvaises raisons qui ont contribué à laisser Les rencontres d'après minuit au bord de la route des cinéphiles, puisqu'il s'agit avant tout d'une pépite visuelle. Objet cinématographique calibré pour passer ou casser (l'artificialité des dialogues et du jeu d'acteur va faire très vite le tri dans les spectateurs), Les rencontres d'après minuit promet le sexe, mais va davantage pencher vers l'étude des désirs, par le biais de chacun de ses protagonistes...

Véritable surprise que ce petit film sorti de nulle part, sorte de fusion improbable entre le cinéma de Catherine Breillat et d'un Xavier Dolan à maturité. Film théâtral qui oublie les prénoms pour n'appeler ses personnages que par leur représentation (leur caractère souvent : le couple, la gouvernante, l'étalon...) et par leurs façons d'interagir les uns sur les autres. Volontier verbeux, toujours ancré dans le ressenti, on évoque le passé (l'étalon fasciné par son membre, l'histoire du couple romancée par une intriguante pièce au registre antique), on flirte dans le présent, et au final, on se projette dans l'avenir. La partouze tarde, mais les tatonnements sont entamés dès le départ, fréquemment entrecoupés de pures séances d'onirisme qui, loin de brouiller les repères, offrent surtout de magnifiques visuels constamment tournés vers le fantasme. Les rencontres d'après minuit aborde différents visages du désir, il n'en brime aucun, même si celui de la Chienne est considérablement frustré au cours de l'aventure (sans être vraiment jeune, elle en a l'impatience, et une petite arrogance nécessaire à exciter ceux qui l'entourent). Mais le film a le bon goût d'entrecouper les diverses réflexions par de régulières pauses musicales (plus ou moins dynamiques, toujours envoûtantes grace à la contribution électrisante de M83). Film posé mais actif, il avance toujours dans l'expression des désirs, rompant régulièrement avec la logique et la cohérence pour mieux suivre les fantasmes. Il s'aventure même (un court instant) dans le registre fantastique avec un nouveau visiteur inattendu qui débouchera sur une conclusion inattendue, surement un peu étrange car délaissant le terrain du fantasme complètement (plus aucune dimension sexuelle), mais qui a le bon goût de garder un peu d'énergie pour faire décoller le spectateur une dernière fois avant le générique. Petite splendeur visuelle aimant disserter sur les attirances diverses de ses personnages (Eric Cantona surprend dans son rôle), les rencontres d'après minuit est le petit OFNI charmant qui surprend, donne un visage complètement intellectualisé du sexe (l'inverse d'un Noé, avec pourtant cette obsession du visuel) avec le bon goût nécessaire pour faire passer le mauvais (le caméo de Béatrice Dalle, ouch !). Electrisant.

8/10

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 13:21
Adrénaline

Adrénaline. Le film qui porte déjà bien un nom à attirer l'attention du bisseux endurci. Ce projet, qui ne paye pas de mine, vient tout droit de la France, en plein dans les années 90, et se veut être un film à sketchs horrifique et humoristique, compilant plusieurs courts métrages. Autant dire qu'il était un véritable OFNI dans le paysage à l'époque, et qu'il a plutôt bien vieilli, puisque ses histoires fonctionnent encore, à quelques lourdeurs près.

Plusieurs petites histoires de quelques minutes chacune, très variées, en osant donner dans un surréalisme assez déroutant.

Adrénaline

Véritable petite perle que cet Adrénaline, qui joue surtout sur l'effet de surprise en balançant son spectateur dans un monde grotesque, parfois proche de la réalité, pour mieux s'en moquer dans une chute absurde. Mais si le film porte bien son nom, c'est parce que plusieurs de ses segments jouent sur la peur ou le suspense, assez efficacement pour que malgré la pauvreté des effets spéciaux, l'effet soit efficace. On peut parler de cette séquence cauchemardesque où une femme voit le plafond de son appartement baisser peu à peu en écrasant les meubles et en bloquant les portes, à la conclusion percutante. Ou encore ce quidam inconnu qui se retrouve dans un labyrinthe glauque, devant passer de multiples pièges pour avancer, qui devient un précurseur de saw bien plus démonstratif en termes de gore que l'effort de James Wan...). Et le film déborde de segments aux tons différents, toujours avec des idées burlesques qui assurent un ton léger, sans pour autant dissiper l'étrangeté de l'ensemble. L'univers du film est fascinant, car chaque réalisateur apporte ses idées, tout en conservant une cohérence de ton. Vu l'amateurisme de certains passages, il est évident que tous n'ont pas eu les mêmes moyens, que quelques figurants bénévoles ont prêté assistance par moments, aboutissant à ce projet fendard qui réussit haut la main là où nombre de films à sketchs échouent. Et en plus de cette cohérence, les partis pris sont suffisamment originaux pour assurer le dépaysement, avec un humour qui sait rester plutôt léger. Seul la séquence de la mamie, trop grinçante à mon goût, vient gâcher le gentil esprit qui anime ce film. Mais devant des histoires comme un gardien de parking harcelé par des caméras, ou un couple de beaufs aux prises avec leur télévision possédée, le film vaut le détour. Chaque postulat va vers quelque chose de nouveau, et l’usage cartoonesque du gore, parfois extrêmement violent (une tête boxée en plan séquence dont les tuméfactions ne cessent de s’amplifier, un torture porn en full frontal où une victime ne cesse de demander plus de sévices à son bourreau qui sort la belle tronçonneuse…), contribue à donner cette touche particulière à l’humour du film, finalement plus innocent et spirituel que les effets qu’il exploite. Plein d’inventivité et imprévisible, Adrénaline est une de ces pépites oubliées du cinéma français qu’il FAUT redécouvrir de toute urgence, au moins pour relativiser sur le sort du cinéma de genres en France. Oui, c’est toujours possible de l'enrichir avec sa passion, on peut même séduire son public en prenant autant de risques.

1989
de Anita Assal, John Hudson, Philippe Dorison, Jean-Marie Maddeddu, Yann Piquer
avec Clémentine Célarié, Alain Aithnard

4,5/6

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 20:29
Crash

Avec Crash, David Cronenberg s’est fait hué à Cannes. Aujourd’hui, on semble s’être détourné de son cinéma (maps to the stars, qui a fait l’effort d’y être allé ?), mais il y avait déjà dans ce film un certain retour vers une réalité matérielle, à laquelle se mêlait des fantasmes humains en perpétuelle relance. Car c’est finalement là-dessus que par Crash, une course effrénée vers l’assouvissement du désir.

L’histoire : James et Catherine forment un couple sexuellement actif et émotionnellement passif. Après un accident de voiture, James, choqué par son expérience, commence à s’interroger sur l’évènement qu’il a vécu, et l’étrange sensation sexuelle qu’il a ressenti.

Crash

C’est sans doute ici le film le plus sexuel de Cronenberg. Le sexe occupe au moins la moitié du film, que ce soit quand il est représenté que dans les dialogues où il est évoqué. C’était le terrain de débat basique, logique, pour développer un discours sur le fantasme. C’est d’autant plus amusant que Cronenberg s’amuse d’office à détruire une attente en organisant la première saillie de James dans un hangar d’avions, mais que le crash en question a lieu dans une voiture quelques minutes plus tard, et qu’on ne remettra plus jamais les pieds dans un appareil aérien. Planer et monter au septième ciel, c’est pas le but ici. Et pourtant si, mais à la sauce cronenberg. Parce qu’il réussit, d’une façon complètement folle, à y introduire ses thématiques d’homme modifié (béquilles, prothèses, rails de remise en place des os… l’humain réparé) et de transcendance de la chair, ici par l’exploration de fantasmes qui galopent sans arrêts. Avant le crash (l’instant libérant toute l’énergie accumulée dans une apothéose destructrice), c’est la course, la montée en puissance. Et le film, toujours bâti sur la sexualité, se met à explorer tous les terrains qui s’ouvrent autour. Paraphilie, fétichisme automobile, ivresse de la vitesse, attrait pour les mutilations et scarifications, envie d’aller plus loin, plus fort, d’avoir de nouvelles sensations. Qu’est-ce que ça te fais ? Tu as été en transe ? Tu as réussis à le refaire ? Crash ne s’arrête jamais, il y ajoute même une dimension homosexuelle manifeste (avec un pilote de reconstitution de crash automobile), parce que c’est cohérent avec son discours sur l’envie insatiable de retrouver un peu l’énergie que tous ont ressenti en frôlant la mort. Ce flirt ultime qui ne parlera qu’à ceux qui l’ont vécu, et qu’on cherche à nouveau à approcher parce qu’il s’agissait d’une séquence clef dans sa vie… Le film se métamorphose sans cesse, n’a visiblement aucune idée en tête, avance en aveugle, emporté par son élan. Il mute même en une espèce de thriller à la highwaymen pendant quelques séquences, quand l’individu trouble (le pilote) se met à vouloir provoquer des accidents en harcelant Catherine. Il n’y a pas de logique humaine dans Crash, c’est le fil des désirs et des instincts (la peur joue aussi, à de multiples reprises, d’ailleurs elle est sans doute l’initiatrice de ce cocktail détonant faisant toute la saveur du crash). La fin n’est qu’une sortie vite engagée, une bretelle de sortie rejointe au dernier moment, quittant l’autoroute de jouissance sur laquelle sont restés tous les autres. Pas expédiée pour autant (un air de déjà vu, mais il fallait que Catherine le vive pour générer un équilibre, une fusion (sexuelle encore) qui réintensifie leur relation. Dans les faits, on n’a pas bougé d’un poil, dans le mental, la ballade à 200 à l’heure a laissé un grisant souvenir de vertige. Crash, c’est finalement du Cronenberg à l’ancienne, qui en montre moins pour suggérer bien plus.

4,7/6

Crash
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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 13:19
Let the punition fit the child

Let the punition fit the child

Attention, cet article contient des photographies explicites et ne devrait pas être vu par des mineurs sans l'accord de leur tuteur légal. Pour les agrandir, cliquez dessus.

Maria Beatty est une réalisatrice qui a œuvré toute sa vie dans le cinéma lesbien à tendance underground. Dans le genre masturbation cérébrale, on pensait que ça serait difficile de faire pire. Pourtant, au fur et à mesure de ses différents travaux, la réalisatrice fait toujours preuve d’une recherche esthétique explorant différents terrains (noir et blanc, esthétique punk agressive, variations d’ambiances (allant du bondage chinois aux roads movie en mode cow boy…)), et surtout en s’assumant pleinement comme des pornos lesbiens réalisés pour le plaisir esthétique (en plus, évidemment, de mettre en scène le plaisir/désir des « actrices » en action). Le résultat est assez... variable, puisque chaque moyen métrage porno (dont les durées varient entre 20 et 50 minutes) explore un nouveau terrain esthétique.

Ecstasy in Berlin

Ecstasy in Berlin

Si on doit faire un tri dans les moyens métrages de Maria Beatty, on peut déjà séparer le noir et blanc de la couleur. Le noir et blanc a beaucoup inspiré la réalisatrice, car elle adore mettre en scène son fétichisme dans des contextes rétro (the elegant spanking ou Ecstasy in Berlin). Car si ces films sont traités ici, c’est surtout pour l’angle esthétique (et pas pour la pornographie, allons allons ! Quel homme succomberait au cliché des lesbiennes ?). C’est donc avec un grand soin de l’ambiance et du cadre qu’elle a réalisé chacun de ses travaux, qui partent tous dans des directions artistiques imprévisibles. Avec toutefois un goût prononcé pour le cinéma allemand. Mon avis personnel est que le noir et blanc a donné les meilleurs films de Beatty, dont le meilleur (et le plus connu) se révèle être The black glove. Intemporel, surréaliste et d’un fétichisme extrêmement travaillé (le contraste du N&B poussé au maximum) en font un véritable OFNI, un objet graphique ultra sensoriel pas toujours de très bon goût (le gode en métal, arhem…, la bougie phallique et la séquence cire), mais d’une pureté graphique qui fait immédiatement mouche. Let the punishement fit the child (littéralement : « laissez l’enfant choisir sa punition », totalement sadique et d’un raffinement certain) et Ecstasy in Berlin (un peu trop prononcé sur le léchage de botte en cuir, mais habité par une splendide vision dans les dernières minutes) suivent le classement question qualité graphique, et. Un dernier travail en N&B, Ladies of the night, tente de partir dans le fantastique vampirique, c’est hélas un échec, la timidité de son esthétique et de ses visions le faisant paraître bien fade au regard de ses prédécesseurs.

Photos 1 & 2 : the black glove, 3 : let the punition fit the child, 4 & 5 : Ecstasy in BerlinPhotos 1 & 2 : the black glove, 3 : let the punition fit the child, 4 & 5 : Ecstasy in BerlinPhotos 1 & 2 : the black glove, 3 : let the punition fit the child, 4 & 5 : Ecstasy in Berlin
Photos 1 & 2 : the black glove, 3 : let the punition fit the child, 4 & 5 : Ecstasy in BerlinPhotos 1 & 2 : the black glove, 3 : let the punition fit the child, 4 & 5 : Ecstasy in Berlin

Photos 1 & 2 : the black glove, 3 : let the punition fit the child, 4 & 5 : Ecstasy in Berlin

Dans la couleur, c’est là que Maria Beatty a fait le plus preuve d’originalité, en cherchant vraiment dans tous les styles. Hélas, c’est dans cette catégorie que les résultats sont les plus aléatoires, et en fonction des goûts de chacun, beaucoup seront rejetés. Histoire de clarifier mon angle de jugement, je m’aligne sur The black glove, à savoir un fétichisme exacerbé, une esthétique évidente (un peu expérimentale), une ambiance forte et une sexualité tolérable (c’est purement subjectif, je justifierai ce critère par « une intensité sexuelle adaptée à l’esthétique et au contexte, qui n’agresse pas l’œil au détriment de la recherche esthétique). C’est sans doute un peu vain de ma part de vouloir « borner » la sexualité d’un porno lesbien, mais comme je m’y confronte sous un angle esthétique… Histoire d’illustrer mon propos, on commence avec mon préféré de la catégorie « couleur » : Lust (le bien nommé). C’est une esthétique jaune aux couleurs ultra saturées, dont le caractère fauché fait davantage écho aux VHS des vidéos clubs plutôt qu’à la froideur esthétique de ses précédents travaux. Néanmoins, la chaleur qui se dégage de la pellicule est bien là. Question saphisme, ça y va avec quelques fessées, sur fond de musique affreuse qui se révèle être le principal handicap de cet essai. Silken sleeves arrive juste après (un de ses travaux les plus connus également), rendant hommage aux productions japonaises accros au bondage. Même si je préfère La maison des sévices de Takashi Miike, les couleurs chatoyantes et le modeste fétichisme des cordes donne un certain intérêt à ce travail (je précise que ces deux films sont muets). Enfin, The seven deadly sins (qui pour peu qu’on ait de l’humour, peut recevoir une gentille moyenne (quelques beaux plans, et le ridicule nanar de la soubrette en tablier d’appartement se faisant dominer par une maîtresse de maison très attachée à sa cravache…)). Pour le reste, c’est là que mon dernier critère en dévalue beaucoup. Certains, comme Sex Mannequin (très belle intro) ou Strap on Motel (beau rendu des éclairages des néons) partent d’une bonne idée, mais s’abandonnent à une sexualité bien trop frontale et directe pour prétendre à une recherche artistique. Bon, on sait à quoi on s’expose en regardant un porno lesbien, mais l’étiquette de la maîtrise artistique ne peut guère être avancée ici (oui, la photographie est jolie, mais les détails anatomiques m’intéressent moins que l’ambiance autour). D’autre enfin, comme The Boiler room ou Skateboard kink freak, sont de simples porno lesbien, très underground dans leur approche (complètement SM pour le premier, punk chez le second), mais focalisés sur le sexe et non sur l’ambiance. Au rayon des fantasmes, je préfère laisser chacun chercher ce qui l’intéresse, et dans mon cas, la recherche d’esthétique exotique s’arrête à un certain stade de pudeur. Un petit débroussaillement sur les terres du fétichisme raffiné et du porno lesbien, c’est quand même autrement plus stimulant que la prochaine adaptation de 50 nuances de grey…

Photo 1 : Sex manniquin, 2 & 3 : Lust
Photo 1 : Sex manniquin, 2 & 3 : LustPhoto 1 : Sex manniquin, 2 & 3 : Lust

Photo 1 : Sex manniquin, 2 & 3 : Lust

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 10:03
L'étrange couleur des larmes de ton corps

L’étrange couleur des larmes de ton corps nous était promis (et vendu) comme un giallo psychologique un brin expérimental, misant à fond sur l’expérimentation visuelle et nous immergeant à fond dans son trip. Les critiques mitigées devant les premières projections confirmaient à la fois les espérances et les craintes qu’on pouvait redouter d’un tel projet, et quelques soit le chemin pris, la frustration semble être la seule issue.

L’histoire : un homme rentre d’un voyage d’affaire et constate la disparition de sa femme. Alors qu’il la cherche, il découvre plusieurs faits étranges ayant eu lieu dans l’hôtel où il réside.

L'étrange couleur des larmes de ton corps

Film labyrinthique nous ramenant toujours à son centre, miroir multiple qui multiplie la même image, L’étrange couleur des larmes de ton corps et un tourbillon circulaire qui ne trompera plus personne passé la seconde vision. Dans la mesure où l’on s’attendait à une œuvre psychologique (l’ambition avec Amer était évidente et atteinte), toute l’attention du spectateur sera focalisée sur la recherche de la clef du récit qui nous ouvrira la porte des merveilles et nous permettre d’apprécier pleinement le spectacle, en sachant tout en profitant à 100% du récit. Ben non. L’étrange couleur est un exercice de style intelligent qui échoue complètement, et qui ne peut compter que sur l’indulgence du cinéphile pour recevoir des compensations (essentiellement pour sa technique, flamboyante, et une certaine cohérence dans son organisation). Sinon, tout ce film n’est que vanité. Une compilation d’effets de styles ininterrompue qui n’aura pour principal effet que d’attiser l’agacement du spectateur, se mordant sans arrêt la queue dans un exercice autocentré qui se révèle aussi fourni que stérile. Quand le spectateur n’a pas encore la moindre idée d’une piste d’interprétation, il se heurte à un mur constant, car le film ne fait pas d’effort d’ouverture et joue sur la redondance de certains éléments avec une insistance qui contribue encore davantage à son isolement (appartement fermé de l’intérieur, redondance interminable de la scène de sonnette, plans régulièrement circulaires…). Et quand le mystère est dévoilé… il tient en une phrase. Plus que la frustration d’être dans l’impasse, la frustration de se rendre compte d’autant d’efforts développés pour si peu. Et la prise de conscience de la stérilité du projet, voué à illustrer sans fin une idée résumable en une minute.

SPOILER : on ne va pas tourner autour du pot, la seule explication au film, c’est que le personnage principal, absolument seul pendant tout le film, est l’assassin. Les procédés le centrant au cœur de l’attention sont si démonstratifs qu’ils agaçent, il tue des femmes qu’il nomme toutes Laura (sa femme Edwige disparaît peu à peu complètement), et se révèle si confus dans son quotidien extérieur (métier vague, répétitions confuses, sentiments à côté de la plaque…), qu’il devient impossible de passer à côté. Chaque plan a été conçu pour illustrer le concept, tout en restant dans une logique de séquences dont l’esthétique est toujours poussée au maximum.

FIN DES SPOILERS

Mais même en se contentant d’un niveau esthétique, le film finit par devenir lassant dans son usage abusif de procédés ultra lourd graphiquement, qu’il utilise sans arrêt et sans la moindre notion de dosage. Les réalisateurs sont tellement obnubilés par leur envie de giallo bigger than life qu’ils en oublient d’avoir une histoire à raconter, et que l’abus de procédés visuels conduit aussi à un rejet, passé l’esbroufe visuelle. L’excès atteint un tel degré de kitsch que la beauté recherchée se noie, et nous étouffe (les ¾ des split screens sont complètement inutiles, les séquences noir & blanc saccadées… dont le tiers sont floues ou sombres). Surabondance d’effet et script lacunaire, voilà ce qui creuse la tombe de L’étrange couleur. A cette image, l’usage de la musique est complètement dans cette logique, parfois massacrée par un montage beaucoup trop abrupt (la scène des interphones, insupportable), ou entrecoupée de bruitages tonitruants), participant là aussi à cette impression de dégoût qui n’avait jamais été entrevu dans Amer. Au regard de ces énormes défauts, les maigres moments de bravoure du film (admirable séquence de suspense auditif pour la séquence de la chambre, intéressante parenthèses hors sujet de l’inspecteur…) passent tous au second plan, tant l’effondrement de la formule trahit les volontés initiales du projet. Sitôt créé, le giallo psychologique n’a déjà plus rien à offrir, sinon une auto-citation ultra-stylisée qui ne pourra assurer sa durée que dans la redondance. Une sacré déception dans son genre, mais dire qu’on est surpris serait un peu se mentir. Si « O is for Orgasm » avait consacré cette sensibilité visuelle optimale sur 5 minutes, la voir étalée sur une heure quarante, en plus de contribuer à endormir le spectateur (régulièrement réveillé par les bruitages assourdissants (seul replis pour rappeler au spectateur de garder les yeux sur les images)), renforce son impression de foutage de gueule. Si L’étrange couleur n’oublie jamais le langage des images, il a oublié qu’un film devait aussi enrichir un genre plutôt que de le paraphraser stérilement.

1,5/6

L'étrange couleur des larmes de ton corpsL'étrange couleur des larmes de ton corps
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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 09:50

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Under the skin est actuellement la petite curiosité dans les salles, puisque c’est un film contemplatif, qui ne donne pas d’explications à ses trips visuels, et qui surtout raconte l’histoire d’une extra terrestre venue sur terre pour absorber les hommes au cours d’accouplements métaphysiques. Sur les ingrédients, mon cinéma par essence. Dans les faits, malgré une adhésion évidente à la plastique… La mutante c’était pas si mal en fait…

L’histoire : des lumières dans le ciel, une femme qui apparaît, qui part en chasse avant d’errer en ville…

 

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La redondance de ce film est sans doute ce qui pèse le plus dans le contre à l’issue de la découverte. D’autres films sur les chasseurs de l’autre sexe (Maniac particulièrement) avaient eux aussi affaire à cette redondance, mais ils parvenaient à la dépasser en étoffant la psychologie de leur personnage, ou en modifiant les circonstances de l’évènement… Ici, les apports ne seront que visuels, la structure est toujours radicalement identique. Et assez vite, on se rend compte que les expérimentations visuelles (magnifiques) sensées être livrées à l’interprétation du spectateur pour éluder le gros budget ou les révélations trop radicales (le local de coopulation, projection psychique ou carrément intérieur de vaisseau spacial alien ?) vont toutes de soi et qu’elles n’offriront rien au spectateur. Under the skin n’est pas vraiment un film métaphorique, bien qu’il en prenne la forme et les atours, c’est juste un film particulièrement froid qui suit son personnage jusqu’à la fin (une des meilleures scènes du film). En fait, si quelques séquences inattendues ont le potentiel pour marquer la rétine (l’étrange ballet de peau flottante notamment, le film a bien exploité sa thématique de la peau, sous laquelle l’alien se cache), l’ensemble du film ne va pas chercher très loin, se contentant de soigner sa facture esthétique, et parvenant à créer une ambiance froide plutôt appréciable. Un peu comme l’était Beyond the black Rainbow, à cela près que BTBR avait un script incompréhensible qui avançait et qui faisait appel à davantage de sentiments. Dans under the skin, seul la petite incartade amoureuse à mi-parcours semble enfin exploiter le registre, avant de s’expédier vite fait et de revenir au rythme d’abattage, parce qu’on crève la dalle chez les extra terrestres. Reste néanmoins une récréation d’intello plutôt sympathique, particulièrement aguicheuse.

 

3,9/6


2013
de Jonathan Glazer
avec Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams

 

Undertheskin-6.jpg

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 13:27

dvd-l-ange-patrick-bokanowski.jpg

 

Retour de l’underground expérimental sur le blog ! Certains cinéphiles éclairés connaissent peut être Patrick Bokanowski, réalisateur de films expérimentaux (La femme qui se poudre doit être son plus connu). Inutile de chercher le moindre sens dans ses œuvres, quintessence de l’expérimental technique qui joue avec de nombreuses caractéristiques de la pellicule, pour livrer des énigmes envoutantes. L’ange, long métrage tourné en 1982, se voit donc comme une authentique expérience sensorielle.

L’histoire : un couloir, une pièce, une poupée pendue au plafond, un individu masqué s’exerçant au sabre, puis des gens…

 

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Il faut sans doute avoir un léger grain de folie pour chercher à apprécier l’œuvre de Bokanowski tant cette dernière se révèle dure (éprouvante) à suivre, surtout sur la longueur. Durant les premières minutes du film, nous verrons un sabreur  maltraiter une poupée dans une pièce vide et sombre. Il n’y aura rien de plus. Ce qui fait la particularité de l’Ange, c’est le montage totalement expérimental. Bokanowski varie régulièrement les plans de son mystérieux bretteur, et s’amuse beaucoup avec en salle de montage. Ralentissement des actions, découpage stroboscopique, variations lumineuses, gros plans accélérés, superposition de plusieurs plans… Un véritable catalogue de procédés visuels datant de la grande époque de la pellicule, qui vise une contemplation longue d’une action banale répétée à l’infinie, dont la répétition, selon les techniques, laisse parfois apparaître des plans d’une beauté troublante. Bokanowski va au-delà de tout message. Comme sur sa femme qui se poudre, après l’épanouissement visuel (encore faut-il aimer l’esthétique expérimentale), c’est l’ambiance particulière qui façonne l’impression du spectateur. Accompagné ici d’un simple violoncelle qui semble lui aussi expérimenter en live sa partition, le spectateur a l’impression d’assister à une scène étrange. Une sorte de torture porn sous acide dont la répétition des mauvais traitements viserait à rendre folle la victime (ici, une poupée). Que l’absence de vie rend éternelle, et constamment à la merci du vil épéiste masqué, plus proche d’un leatherface que du masque de fer… Puis de nouveaux personnages apparaissent, et le film se met alors à suivre une foule de nouveaux protagonistes, tous masqués d’argile. C’est alors une véritable société que se met à filmer Bokanowski, des scènes quotidiennes toujours soumises à la folie visuelle de son auteur, qui trouve dans le contexte du XVIIIème une ambiance vraiment particulière, à cheval sur la reconstitution historique et l’expérimentation visuelle (avec une séquence comme la reconstitution d’une expérience optique avec les instruments de l’époque et la fièvre visuelle de l’auteur). Il y a une impression de steam punk par endroits, sans les détails techno-mécaniques qui font la marque incontestable du genre. Incontestablement, l’Ange est une œuvre qui ne cesse d’évoluer, avec, ponctuellement, cette fascination pour les silhouettes (les plans en extérieur) qui apparaissait dans La femme qui se poudre. Bokanowski fait de l’expérimental gratuit, mais il expérimente en prenant soin de varier régulièrement ses plans, et d’enrichir toujours son univers esthétique par de nouvelles séquences (celle du pichet, la toilette, la bibliothèque…) qui pose pendant quelques minutes une réelle ambiance. Une pure œuvre d’esthète, sans énigme, dont chaque image pourrait être un tableau.

 

5/6


1982
de Patrick Bokanowski
avec Maurice Baquet, Jean-Marie Bon

 

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 09:58

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Avec Mirrormask, nous avons un magnifique exemple de ce qu’est l’inverse de Au-delà de nos rêves. C’est même en dessous d’un Imaginaerum (fresque complètement figée et anti-divertissante, mais à l’esthétique soignée malgré l’usage du numérique), car il n’y a même plus cette esthétique léchée qui faisait le charme visuel du film de Nightwish. Tout est laid, difforme, inhumain… Le parfait exemple du rêve d’enfant imaginé par un adulte incapable de trouver une atmosphère…

L’histoire : Helena, jeune jongleuse de 15 ans, travaille dans un cirque avec ses parents. Alors que sa mère est hospitalisée, la jeune fille réagit mal à la situation avec son père. Un soir, alors qu’elle se promène dans son immeuble, elle se retrouve propulser dans un monde fantasmagorique où une reine noire corrompt tout à l’aide d’une substance noire tentaculaire.

 

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Bon, le pitch est gentiment intriguant. Mais le film est inhumain, intégralement. Si quelques secondes du film font vaguement illusion (un regard de la mère sur son lit d’hôpital, un regard de tristesse d’Helena pendant que son père gâche un moment important au téléphone…), l’intégralité des sentiments des acteurs échoue à émouvoir, et donc à faire pénétrer le spectateur dans l’univers dévoilé. Les enjeux sont d’une telle insipidité, les personnages sont tellement clichés et les situations tellement convenues que Mirrormask en devient un supplice de patience. Et ce mal n’est pas nouveau, c’est le parfait exemple du trip foiré, tellement léger et mal pensé qu’il en rate absolument tout, de son esthétique à ses thématiques. Rien n’est authentique, tout sent le toc, comme si la légèreté de l’ensemble était sensée être divertissante. On passe au visuel, qui se révèle être un choc… dans le mauvais sens du terme. L’univers de mirrormask est incroyablement laid, dans son intégralité. Même Kaena, essai assez moyen de notre hexagone, le surpasse. Il y a toutefois une explication à cela : l’ensemble du budget est de 4 millions de dollars. Réussir à créer un monde fantastique pour 4 millions, faut pas s’étonner de voir des animations aussi laides et des séquences aussi gênantes devant les fonds verts. Malgré quelques décors léchés, les personnages numériques sont très laids (les singes-oiseaux…) et on n’est finalement pas très étonné du manque d’inspiration (une bibliothèque où les livres volent, waow ! Une méchante reine noire et une gentille reine blanche, merde !) de l’ensemble. Malgré l’alibi de son maigre budget, rien n’excuse la platitude de Mirrormask, jusque dans sa structure, qui s’apparente au Silent Hill tout public du pauvre. Même si Silent Hill était peu efficace en termes d’implications émotionnelle, la beauté de ses décors et de ses ambiances torturées le rendait fascinant. Avec Mirrormask, en plus d’une quête dont on se fout, on cherche donc les indices qui mènent au masque, en traversant un tas de lieux un peu sombres mais pas trop, des trucs urbains un peu rouillés, mais pas trop glauques pour ne pas effrayer les plus jeunes. Il ne ressort rien de ces ambiances, qui ne prennent tout simplement pas. On ajoute à cela un jeu d’acteur relativement peu impliqué, des visions à la limite du non sens (l’héroïne, corrompue par la reine noire, se transforme en gothique lolita avec des lentilles) et un rythme si mou (les fans du deus ex machina de Hunger games aimeront, il y en a tout le temps ici) qu’entre le sommeil et la lassitude, le sort de Mirrormask est définitivement scellé. Dave McKean a bradé son rêve pour 4 millions, ne parvenant à en tirer qu’une fresque moche et sans âme, qui ne s’attire notre indulgence que pour ses ambitions gargantuesques et le résultat obtenu par rapport au budget (l’équipe technique a indéniablement tenté de sauver le projet). Un gros gâchis…

 

1/6


2005
de Dave McKean
avec Stephanie Leonidas, Gina McKee

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 19:39

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Nouvelle variation déviante d’Alice au Pays des merveilles, Valérie et sa semaine de merveille est un rejeton fortement inspiré par Lewis Caroll, mais avec des visées beaucoup moins innocentes. On le sait, il est tentant de chercher les explications psychologiques dans les songes, et par conséquent, les variations d’Alice insistent souvent sur l’apprentissage et la maturation de la gamine. Lemora allait plus loin en se livrant à un discours sur la tentation du monde extérieur, et Valérie saute, lui, complètement le pas en traitant sans détour de l’éveil sexuel d’une jeune fille par l’intermédiaire de visions fantasmées…

L’histoire : Valérie, 13 ans, vient d’avoir ses premières règles. Cloisonnée chez une grand-mère dévote, elle se replie dans un monde de fantasmes en plein épanouissement…

 

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Ce genre de projet met immédiatement le spectateur en face d’un petit dilemme. Les objets cinéphiles fantasmés possèdent souvent un sous texte sexuel (chez Argento, certaines séquences sont éloquentes, le français Amer joue intelligemment dessus également…), et un contexte graphique flamboyant, outrancièrement baroque ou magnifiquement kitch. Ils sont dans l’excès (avec évidemment une certaine dose de voyeurisme). Or, avec Valérie, nous sommes exclusivement dans ce contexte. C’est du voyeurisme sexuel intellectualisé (atténué par la stylisation, dirons-nous) de l’éveil d’une gamine de 13 ans. Sans morale finale ni repères pour tenter de rationaliser la chose. Dans ces circonstances, le spectateur pourra donc se sentir légèrement gêné par la pellicule, pour diverses raisons (le film s’attarde régulièrement sur les ébats des paysans et courtisans vivant dans le village où se situe la maison de Valérie, il y a la séquence trouble de la grand-mère révélant une nature maso en se faisant fouetter de plaisir par le prêtre de passage, une séquence de saphisme avec une autre jeune vierge de la paroisse…). Bref, le film ne se refuse rien, et si il garde toujours une certaine tenue artistique, il n’hésite pas à se lancer dans des séquences complètement voyeuristes dont l’intérêt dramatique n’est pas certain. En fait, le film se révèle aussi troublant qu’un Maladolescenza, en toutefois plus camouflé (et par conséquent aussi en plus dérangeant) par l’interface du conte qu’il utilise, se livrant en quelque sorte à une relecture pour « pervers » des initiations enfantines des jeunes vierges au jeu de l’Amour… Mais si la visée sème le doute et le trouble chez le spectateur, le film est irréprochable. Chaque scène est magnifique, les ambiances sont parfaitement maîtrisées, et les pérégrinations de Valérie au milieu d’une nature en plein épanouissement (printemps, été, hivers, toutes les saisons s’entremêlent) et dans les lieux les plus sombres (caves gothiques, greniers bourrés de rouages, bibliothèque flamboyante…) ne cessent de combler le spectateur avide de fantasmes picturaux. Incontestablement, le film réussit son pari d’offrir un univers complètement fantasmé, dont le kitch assumé et les foisonnements symboliques se révèlent être les ingrédients classiques et efficaces à l’élaboration d’un pur objet cinéphile. Rien que pour ses splendides tableaux, le film mérite d’être vu deux fois. Toutefois, l’avertissement moral prévaut : le réalisateur a une idée derrière la tête qu’il n’explicite pas, et l’étrange sensation de sentir un sous texte « pédophile » dilué dans le vernis du conte laisse un goût étrange post visionnage. Il devient alors difficile de revendiquer pleinement son goût pour le film, aussi merveilleux soit-il. Une caractéristique rare qui ajoute à sa carrure de curiosité cinématographique étrange.

 

4,5/6


1970
de Jaromil Jires
avec Jan Klusak, Jaroslava Schallerova

 

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