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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 18:20

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Cosmopolis ! Le dernier Cronenberg en date s’annonçait pour le moins sulfureux, au vu de sa tête d’affiche (Pattinson dans un Cronenberg, voilà qui a de quoi faire fantasmer) et de son script pour le moins déroutant. Une sorte de trader qui traverse une ville qui peu à peu cède à l’anarchie. On sent venir une critique virulante du système boursier, avec la touche Cronenberg en plus (l’aspect sexuel du film par exemple). Avec une esthétique hype dévoilée dans les bandes annonces, le tout avait le potentiel pour devenir une œuvre chiante ou une démonstration de savoir faire revenant sur les traces des premiers amours du réalisateur. Le constat : c’est une œuvre chiante.

L’histoire : un trader veut traverser une ville (le monde) pour aller se faire faire une coupe de cheveux. Pendant ce temps se succèdent dans la voiture ses employés qui lui apportent peu à peu de mauvaises nouvelles sur le Yen, une monnaie en train de s’effondrer en ébranlant les fondations de l’entreprise gérée par le trader.

 

http://i.ytimg.com/vi/DMQ3JPJmFpo/0.jpg

 

Vraiment, on savait que Cronenberg s’éloignait de ses fondamentaux. Ses trois derniers films ont suscités des débats sur leur nouvelle forme, sur la psychologie qu’ils abordaient… Mais ici, si on voit les symboles que Cronenberg utilise et les messages qu’il veut faire passer, le tout est d’une lourdeur qui fait soupirer bien des fois quand on découvre le film. C’est simple : l’argent perd de plus en plus de sa signification, il représentait quelque chose, mais à force d’être calculé, de spéculer, de taxer des taux d’intérêts… il en a perdu toute valeur (le dialogue absurde faisant du rat une monnaie d’échange, puis on retrouvera bien des fois le symbole du rat). Les agences bancaires perdent peu à peu la notion du temps. Elles veulent détruire le passé et bouffer le présent (cette insistance sur les échelles de temps qui ne cessent de rétrécir, passant à la micro-seconde, à la nanoseconde…) pour étudier l’argent scientifiquement, en faire quelque chose d’ultra prévisible afin de savoir comment gagner plus. La perception du temps (et de l’argent) a changée, et le film insiste lourdement sur cette mutation au cours d’un dialogue passionnant d’une dizaine de minutes. Et au fur et à mesure que la crise financière se fait plus nette, la cité qui entoure la voiture se dégrade, les bâtiments tombent en ruine, les anarchistes envahissent les rues… Les agences bancaires qu’on voyait par les vitres deviennent des banlieues crasseuses… La voiture, monde etriqué et déconnecté du réel, avançant dans un monde en plein effondrement. Et le film tape aussi sur la notion d’originalité, montrant que ce n’est pas le premier individu découvrant quelque chose qui est original, mais quand un individu découvre une chose par lui-même. Et le film de faire intervenir différents personnages  qui jouent chacun leur rôle (la femme du trader qui pourrait être une métaphore des gouvernements mettant leurs caisses au service des banques, le garde du corps à la montre bling-bling comme un organisme dépendant de la survie des banques..), jusqu’au salon de coiffure où d’anciens chauffeur de voiture parleront du passé sous un angle nostalgique. Mais le final, c’est le Trader en face d’un homme insignifiant qui veut le tuer. Une occasion pour Cronenberg de confronter un citoyen lambda (ici, un employé qui avait été révulsé par l’omniprésence des chiffres, qui tenaient à prédire toutes les anomalies, à modéliser chaque mouvement monétaire). C’est ainsi que nous sera enfin délivré le message du film : la modélisation, la symétrie, n’est pas la bonne manière d’appréhender l’argent, c’est dans son imperfection, dans ses brutales sautes d’humeur qu’il faudrait se plonger. Cronenberg n’est pas à court d’idées, ça saute aux yeux. D’autant plus que les acteurs ont l’air d’y croire et jouent leur rôle à fond. Mais rarement sa réalisation aura été aussi pompeuse, aussi lourde et pesante à suivre. Les dialogues sont un véritable casse tête, un truc qui oblige à réfléchir énormément pour en tirer la substantifique moelle. Mais ils jouent beaucoup sur l’absurde (à l’image du système bancaire qui s’éloigne de plus en plus de la raison), et par conséquent, dans la même conversation, les protagonistes changent toutes les minutes de sujet de discussion, ce qui ne favorise vraiment pas la compréhension des messages du film. Et cela s’étale sur toute la durée. Jusqu’à la fin, où en guise de final, on aura droit à un dialogue qui part dans tout les sens sans faire exploser le contenu du film (on penserait au final de Videodrome, mais sans le côté anarchiste ; un pétard mouillé), dont on retiendra simplement que le gars a posé ses chiottes au dessus d’un trou et que sa merde part à l’étage du dessous sans qu’il s’en soucie… Cronenberg veut remettre à leur place les « victimes » de la crise, mais le tout se retrouve noyer dans des discours verbeux complexifiés à l’absurde, qui alourdissent constamment le film plus qu’ils ne le servent. Clairement, ce nouveau cru de Cronenberg sent le pétard mouillé, le faux brûlot, étouffé par son intelligence qui intellectualise trop le propos (la chair consiste ici simplement en un toucher rectal révélant l’imperfection de la prostate du Pattinson : un moment comique assez étrange qui déssert le propos, le comique nous éloignant de la valeur de l’exemple). Bien dommage d’avoir dépensé un billet pour le découvrir…

 

1.7/6

 

2012
de David Cronenberg
avec Robert Pattinson, Juliette Binoche

 

http://static1.purepeople.com/articles/5/98/93/5/@/830982-image-du-film-cosmopolis-637x0-1.jpg

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 11:10

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Nouveau film what the fuck pas encore sorti mais qui restera de toute façon inaperçu et méconnu, Beyond the black rainbow, qu’on traduirait linéairement par Derrière l’arc en ciel noir. Mais qu’est ce que ça veut dire un titre pareil. Rien du tout, le rapport avec l’arc en ciel dans ce film étant très lointain, et l’objet lui-même étant à des lieues de nos attentes, devenant presque un aboutissement dans le genre qu’il illustre, dans ses bons comme dans ses mauvais aspects.

L’histoire : un laboratoire effectue des recherches sur une cobaye étrange, pendant qu’elle prétend pouvoir offrir la paix intérieure à ceux qui le désirent.

 

http://bostonunderground.org/wordpress/wp-content/uploads/2012/04/beyond-the-black-rainbow.jpg

 

Voici un objet aussi beau qu’impénétrable, à la narration si figée, si contemplative qu’il est impossible pour le spectateur d’avancer dans le récit. Attaquons le film directement sur son principal défaut : l’absence de rythme. Imaginez que vous regardez matrix, mais que tout le film est au ralenti. Toutes les scènes d’actions. Tous les dialogues. Tout est figé. Comment le supporter plus de 20 minutes ? Et bien avec Beyond the black rainbow, c’est immédiatement ce constat qui s’impose. Le public va attendre une heure quarante un moment déclencheur, et il va voir le générique de fin en se demandant si le film a commencé à un moment. La narration ne décolle jamais, les dialogues, théâtraux, sont soporifiques comme pas possible (certes, c’est voulu, le film tournant autour de l’apaisement de l’être humain), ce qui devient très lourd après une demi-heure. A titre d’exemple, je me suis endormi trois fois devant. Et ce n’était pas de la somnolence ou de la fatigue. Ce film fait dormir. On rajoute à ça un scénario incompréhensible (je me demande encore d’où sort le personnage du tueur génétiquement modifié) qui fait évoluer des personnages dont nous ignorons tout et dont nous ne pénètrerons jamais la pensée, et on a une idée de la déconnection notoire entre le film et son public. Mais malgré ces handicaps lourds (les fans du film se compteront sur les doigts d’une main), une sorte de grâce de tous les instants opère. Visuellement, le film est une merveille. Une beauté qui recycle tous les codes visuels du cinéma de science fiction des années 70, à un point tel qu’on croirait avoir affaire réellement à un film de l’époque en copie restaurée. Les décors, minimalistes, sont superbes, les effets d’éclairages léchés comme pas permis, les acteurs ont des physiques magnifiquement choisis… Bref, c’est une sorte de vintage SF 70’s sorti de nulle part, aussi fascinant visuellement qu’impénétrable en termes de thématiques. La seule question qu’on peut se poser à la fin du film, c’est « T’as compris quelque chose, toi ? ». Mais encore une fois, le délice visuel dans lequel le film nous enveloppe est un atout-charme de poids. C’est là qu’on constate à quel point le film est abouti : c’est un délire de SF à la plastique parfaite, mais qui ne peut pas un instant inclure son public dans une thématique compréhensible. Panos Cosmatos a une personnalité artistique, c’est indéniable, maintenant, il va falloir faire un gros travail de compréhension et d’élaboration d’un scénario…

 

Visionner la bande annonce (une tuerie qui résume finalement bien le film)

 

3.5/6 (la note est très sévère au vu des qualités visuels, mais quand même, c’est chiant pendant une heure quarante)

 

2010
de Panos Cosmatos
avec Eva Allan, Michael Rogers

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 20:03

http://www.cinaff.com/affiches/baxter%2003.jpg

 

Schizophrenia était le premier film de psychopathe à utiliser la voix off pour laisser parler son personnage principal, et ainsi nous donner un aperçu de sa pensée (le résultat était assez perturbant, osant même faire de l’humour noir en pleine scène de meurtre). Seul contre tous a recyclé le phénomène en conférant à cette voix off un punch, un mordant, aussi acide qu’engagé, voué à déverser la haine d’une existence sur la société qui entoure notre personnage de boucher, touchant parfois avec justesse certaines vérités, mais allant si loin dans ses débordements moraux qu’il finissait par s’aliéner tout le monde. Aujourd’hui, on parle de Baxter, qui utilise à nouveau une voix off agressive pour faire parler un chien dont nous allons suivre la vie.

L’histoire : Baxter est un petit chien méchant, acheté par une vieille dame pour égayer ses journées. Baxter est de plus en plus excédé par le comportement de sa maîtresse, qui pue littéralement la peur.

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRMLaJ8Odf1ebmf1G6jig26uQyXZ-vOHJQdmXtSZZF1wrEzRY-iZ4Eb_isLuQ

 

Baxter est une petite truculence de notre cinéma hexagonal, puisqu’en plus d'être la gueulante annonçant 10 ans à l'avance Seul contre Tous, il se permet un radical détournement des codes du film animalier, où notre chien, personnage principal du film, est ici une bestiole dominée par l’instinct qui va peu à peu haïr chacun de ses différents maîtres. On commence d’abord avec une vieille dame qui confine Baxter à l’intérieur de la maison, ne lui autorisant que très peu de sorties. Elle a des manies qui contredisent sans arrêt les instincts de Baxter. En bref, elle lui tape sur les nerfs avec ses manies de vieille, d’autant plus que la peur ne quitte jamais son quotidien, la vieillesse apportant son lot d’amertume et de lamentations. Une sorte de développement de la partie en hospice qu’on voyait dans Seul contre tous. La situation s’éternise (même le spectateur pourra trouver qu’elle traîne un peu) jusqu’à ce que Baxter, excédé, précipite sa maîtresse dans les escaliers et s’échappe de la maison. Il trouve alors refuge chez un couple du voisinage, en train de s’installer dans une nouvelle maison. Cette vie le satisfait pendant un temps, mais bientôt, le couple a un bébé, à qui on accorde beaucoup plus d’attention qu’à Baxter. L’instinct de ce dernier ne tarde pas à reprendre le dessus et il planifie bientôt de pousser le môme dans un bassin récemment construit. Sans développer plus loin cette partie, Baxter part finalement chercher un nouveau maître, et tombe alors sur un gosse du voisinage, qui s’est construit un bunker sur un chantier et qui est fan d’Adolf Hitler. Avec un chien, il se sent maintenant comme son idole, et on suit son quotidien pendant quelques temps. Alors que le garçon se rapproche d’une gamine de son âge, Baxter fornique avec la chienne de cette dernière (par pur instinct, comme le précisera la voix off), ce qui donne naissance à une portée de plusieurs chiots, qui finiront adoptés par le gosse tyrannique, qui se mettra à torturer les animaux ainsi que Baxter. Le film tient du jamais vu dans sa manière de traiter l’animal au centre du récit, puisqu’il se propose carrément d’étudier la psychologie d’un chien plutôt guidé par ses instincts que par son affectif (ce qui le rapproche considérablement des humains). Toutefois, si Seul contre tous avait un rythme pêchu qui faisait sans arrêt avancer l’histoire (mais les long plan où rien de très consistant n’apparaît), Baxter est moins rythmé, plus contenu, et par conséquent, le récit faiblit parfois, sans pour autant perdre de vue la pensée de son clebs. Reste que ce détournement du film animalier représente un mini OFNI, un film de personnage qui illustre des comportements humains sans cesse confrontés avec une pensée animale, pensée qui passera finalement par la voix off du dernier personnage à l’écran, faisant le lien avec le discours de Baxter, mais à l’échelle humaine. Indispensable et pourtant méconnu, mais surprenant pour ce qu’il propose !

 

5/6

 

1988
de Jérôme Boivin
avec Lise Delamare, Jean Mercure

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRHwq4IaD5rND3Ex4fhx8Biwcl5fLJQ_IJjlo0R6XnePRgd8AAni_LpR76j

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 15:32

http://img10.hostingpics.net/pics/363709visionsofsuffering20063zb2.jpg

 

Pour les rares qui se demandaient comment allait Andrey Iskanov (relativement peu connu malgré son costaud (mais trop long) Philosophy of a Knife), le bonhomme continue sa carrière sur les voies qu’il s’est ouvert, à savoir le cinéma expérimental versant régulièrement dans l’horreur crasse et dans le trash. Avec une filmo aussi sulfureuse, il nous rappelle presque un Jörg Buttgereit. Son nouveau film, c’est Visions of suffering, et ça vous met la tête à l’envers avec des séquences parfois incompréhensibles et pour le moins déroutantes.

L’histoire : plusieurs personnes, hantées par leurs cauchemars, voient leur quotidien partir en vrille.

 

http://lovingmovies.free.fr/photos/v/visionsofsuffering03.JPG


Et partir en vrille, le mot est faible. C’est simple, même en l’ayant vu en entier, j’ai difficilement compris quoi que ce soit. Mais un peu comme dans Philosophy of a Knife (qui avait certes vocation à raviver la mémoire historique des spectateurs et à rendre hommage aux victimes), Iskanov se lance dans différents concepts à propos du cauchemar, puis bel et bien du bad trip. On commence déjà par un ouverture cauchemardesque dans les bois glaciaux d’une campagne du nord, où nous découvrirons pour la première fois dans une zone marécageuse des espèces de grosses tiques, une créature qui reviendra tout au long du film. On se focalisera essentiellement sur 3 personnages. Le premier est un jeune adulte qui vit sa vie sociale par téléphone, et qui voit ce dernier se détraquer peu à peu, des voix étranges commençant à l’appeler pour l’inciter au meurtre (donc, c’est un huis clos ultra-étouffant), pendant des types étranges ressemblant comme deux gouttes d’eau aux Etrangers de Dark City assiègent son appartement. On se focalisera aussi sur un prêtre, par lequel on apprendra que nos cauchemars sont un reflet de la réalité que nous ne voulons pas voir, et que ces cauchemars sont aussi des tentatives de démons pour s’emparer de notre corps (et dans ce cas, les tiques pourraient bien représenter les pensées parasites qui s’attaqueraient aux corps de nos héros). Le prêtre partira alors dans une soirée punk ( ?) pour se prendre un shoot ( ??) et pour avoir la mort la plus WTF qu’on ait pu voir dans un film expérimental (un petit canon en papier toilette lui tire dans les jambes, ce qui le fait tomber et s’empaler sur une lame de faux tenue par une des créatures de son cauchemar). Clairement, ce n’est pas la cohérence qui mène l’œuvre d’Iskanov. Il n’en a clairement rien à foutre, d’avoir une histoire (ce qui contraste lourdement avec POAK qui lui cherchait vraiment à s’ancrer dans une réalité historique). Ce sont des ambiances qu’il cherche à mettre en scène, et si certaines souffrent d’effets spéciaux approximatifs, certains relèvent du psychédélisme total, absorbant le spectateur dans un maelstrom de rythme et d’ambiance stroboscopique colorée qui hypnotisent sur une durée plus ou moins longue. La musique est ici bien 50% du film, donnant le ton de chaque passage et conservant ces ambiances inquiétantes qui avaient énormément contribué au « charme » de POAK. Si clairement certains passages du film sont incompréhensibles, certains valent le détour, relevant de la pure expérimentation visuelle et auditive. Reste une œuvre assez difficile d’accès (le cinéma expérimental, on ne va pas vous mentir, c’est très prise de tête), mais qui par une certaine recherche esthétique arrive à saisir de belles images dans son océan de bad trips cauchemardesques.

 

5/6

2006

de Andrey Iskanov

avec Andrey Iskanov, Igor Anikin

 

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 13:26

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La bible a été illustrée mainte et mainte fois au cinéma, notamment pour la vie de Jésus. Cette dernière a inspirée des dizaines de films, et de nos jours, certains continuent de nous donner leur version des faits (La passion du Christ, sur lequel je reviendrai plus tard). Toutefois, ce sont les variations par rapport à la bible qui font tout le sel d’une adaptation ciné. Aussi, Jesus Christ Superstar est tout simplement un régal de mise en abîme, osant afficher le christ comme le premier hippie de la terre, chantant du Rock’n roll pour prêcher et souffrant sa passion sur un rythme endiablé. Tout simplement merveilleux, tant cette adaptation (un peu trop libre pour les bonnes mœurs) se révèle atypique en parlant de notre pote Jésus.

L’histoire : relisez le nouveau testament !

 

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La volonté de ce film d’être totalement fou transpire dès les premières minutes où l’on voit carrément un groupe de hippie arriver en van en plein milieu du désert, déposant les accessoires de tournages (et d’un certain côté nous préparant à la passion, la croix étant descendue du toit). Mais très vite, l’histoire se lance, et nous découvrons Jésus au milieu d’une foule de gens en train de les instruire (et pas vraiment de la convertir, le film cherchant plus à montrer Jésus comme un sage que comme un religieux). Le christ, c’est un jeune au visage doux et aux cheveux longs jusqu’aux épaules (déjà hippie sur bon nombre de représentations donc), qui tente de communiquer aux gens qui l’entourent sa philosophie peace and love que nous connaissons tous : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. Le tout sur le son endiablé des guitares électriques et avec une voix péchue qui convient bien au ton rock’n roll de l’histoire. Ainsi, il devient très drôle de redécouvrir des passages de la bible que nous connaissons (la prostituée que Jésus sauve de la lapidation, la trahison de Judas…), ces derniers étant joués sur un tout nouveau mode : celui de l’intensité rock où le chanteur voit ses arguments exposés avec la force du rythme qui l’accompagne. Judas a la part belle du film, car il est le personnage le plus récurent (même après son suicide, il revient dans une tenue d’ange des plus psychédéliques) et chante avec une pêche qui le rend immédiatement sympathique malgré la trahison qu’il va commettre. D’ailleurs, à aucun moment le film ne l’invective, le personnage s’effondrant de lui-même jusqu’à sa fin brutale. C’est surtout avec Jésus que le film se révèle intéressant, sa volonté d’en faire un hippie l’amenant à complètement détruire l’aura divine de son personnage (sa servante ne cessera de répéter que Jésus n’est qu’un homme, mais avec une philosophie), et à lui donner une façade bien plus humaine que les autres représentations qu’on a pu faire de lui. Jamais le christ n’a été aussi mélancolique dans un film, sa sagesse l’isole complètement des autres, à tel point qu’il lui arrive de craquer en pleine séance d’apposition des mains (trop de monde, bousculé à tord et à travers…) et que lors de sa séance de prière parmi les Oliviers, ses craintes deviennent d’autant plus grande qu’il n’a toujours aucune garantie que son sacrifice soit utile. Ce à quoi le film répondra que si son Jésus humain n’est pas sûr de gagner le paradis, il gagnera au moins la mémoire de tous les hommes. Puissante réflexion sur Jésus qui devient donc un modèle historique (ce qui est indéniable dans notre culture occidentale si ouvertement tournée vers ses racines catho). Le film se permet aussi d’énormes anachronismes qui viennent renforcer son aspect hippie, comme par exemple cette scène du temple où Jésus chasse les marchands. Ici, les vendeurs proposent non seulement des fruits et des animaux, mais aussi des armes, des caisses enregistreuses, des manteaux de fourrure… en bref des tas de symboles capitalistes forts que Jésus va jeter à terre tant leur présence relève du manque de respect (plus que le blasphème présenté dans la bible). En bref, si le film tend à s’écarter sévèrement de la religion catholique (et qu’elle se complaît dans des symboles hippie ici totalement justifiés), le film fait un portrait Rock’n roll de Jésus, le montrant comme le hippie le plus charismatique du monde, et redorant instantanément sa popularité (même si ce film parfois très psychédélique appelle quand même à un peu de distance). Aimer le christ n’a jamais été aussi rock’n roll, et le film se révèle si jubilatoire de ce côté qu’il pourrait prétendre à un statut culte. Une vraie bonne surprise !

 

5/6

1973
de Norman Jewison
avec Ted Neeley, Carl Anderson

 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 13:27

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Encore un Jodorowsky au compteur, avec aujourd’hui le mythique El topo. Un cinéaste aussi généreux que Jodorowsky qui s’essaye au western, cela offre un mélange des genres totalement novateur, prêt à nous offrir une nouvelle leçon de cinéma. En route pour un voyage fantastique au cœur du désert, avec la poésie que nous reconnaissons à ce réalisateur de talent.

L’histoire : l’errance d’un cow boy dans un désert infini.

 

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Si le cinéma de Jodorowsky est toujours un grand bol d’air quand on le voit (j’ai vu trois de ses films, dont les histoires sont toutes éloignées), on y retrouve certains éléments chers au réalisateur. Comme par exemple ce petit garçon nu qui le suivra partout pendant la première partie du film, symbolisant son « innocence », sa part de pureté qu’il conserve encore dans ses périples, et qu’il n’abandonnera que lorsqu’il rencontrera une femme à son goût (cet enfant qui grandira auprès d'une communauté de moines et qui reviendra par la suite réclamer justice face à cet abandon). Symboliser l’état d’esprit du héros par un être qui le suit partout : voilà un classique dans le cinéma de Jodorowsky. Ce dernier utilisera nombre d’éléments empruntés à la bible, notamment lors de ses traversées de désert (le coup du rocher et de la source qui en jaillit), et se permettra de pures séquences poétiques au milieu de ces paysages désertiques. Il reste cependant très déstabilisant, les péripéties s’enchaînant dans un rythme plutôt rapide, et dans une logique très différente des films qu’on a l’habitude de voir. On y verra surtout une quête métaphysique d'un homme qui cherhce à donner un but à sa vie, et qui pensera d'abord y arriver en affrontant les maîtres qui ont acquis le Savoir, avant de se rendre compte de ses erreurs. Si La montagne sacrée était complètement métaphysique et Santa sangre un drame particulièrement touchant, El Topo relève plus de l’OFNI d’aventure, où les missions sont totalement imprévisibles et l’univers aux antipodes des clichés que nous connaissons (ou plutôt, qui part de clichés que nous connaissons pour nous perdre dans son récit). Un exemple parmi tant d’autres : la majorité des couples dans ce western sont homosexuels. Le shérif sort avec ses prisonniers. Et ce sont des centaines d’autres subtilités de ce genre qui font d’El Topo un cinéma de pur fantasme, cherchant à dépeindre un monde que seul le réalisateur connaît. Le lot de sentiments est à nouveau au rendez-vous, Jodorowsky détournant les codes du western tout en conservant leur impact. Un duel se lance en gonflant un ballon de baudruche, dont le cri mourant donnera le signal de départ. Telle une troupe d’indien, un groupe de miséreux sera exécuté sommairement par la noblesse d’un village. Des images d’une force incroyable au vu de l’étrangeté développée devant nous, et qui marqueront fortement l’imaginaire du spectateur. Le film en profitera pour parler d’esclavage, en osant toujours exposer des situations folles (la scène où les riches vieilles femmes blanches se jettent littéralement sur un esclave noir pour assouvir leurs fantasmes). Impossible à ranger dans une case, contenant un registre sentimental et graphique particulièrement fort, El Topo fait partie de ces OFNI indispensables, et pourtant relativement peu connus, du monde du cinéma. Un pur trip, comme disent les junkies.

 

5/6

 

1970
de Alejandro Jodorowsky
avec Alejandro Jodorowsky, Mara Lorenzio

 

http://andrewsidea.files.wordpress.com/2010/03/eltopo2.png

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 07:38

http://www.filmsfix.com/wp-content/uploads/2011/01/Le-Festin-Nu-affiche.jpg

 

En 1988, Cronenberg tourne Faux semblants (dead ringers), et semble donner une nouvelle orientation à sa carrière en conservant les obsessions dont il a fait preuve jusqu’à lors. On ne sait plus trop à quoi s’attendre de lui. Et en 1991 débarque Le festin Nu, dont l’absurde contrôlé cite en droite ligne l’œuvre du génial Kafka, et qui nous propulse en plein cœur d’un quotidien absurde aux relents psychologico-hallucinatoires dignes d’un pur chef d’œuvre. Le maître de la chair est de retour, et il a encore des choses à filmer.

L’histoire : Un ancien écrivain devenu aujourd’hui exterminateur de cafards se voit impliquer dans une affaire d’espionnage chapeautée par d’énormes insectes.

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/66/3/festin-nu-haut-3612663fdxcp_1731.jpg?v=1


Avec une intrigue totalement loufoque, Cronenberg annonce bien vite quel sera le goût de son récit : celui de la dérive d’un homme hanté par des hallucinations insectoïdes et qui s’imposera une aventure paranoïaque, qui l’amènera à des conclusions inattendues. Mais les conclusions faites dans un monde absurde ont-elles une quelconque valeur ? Je pense clairement que non, et vois ce film comme un parcours désespéré, la fuite d’un homme qui bouleverse peu à peu son identité par perte de repères logiques, et qui se retrouve pris dans une affaire dont la logique le dépasse totalement. Partant sur des bases sobres (un exterminateur de cafards qui découvre que sa femme lui vole de l’insecticide pour se shooter avec), Cronenberg nous offre un quotidien très coloré, mais dont la lourdeur nous touche immédiatement. Avec un Peter Weller tout simplement superbe (cet homme n’a pas eu la fin de carrière qu’il méritait), ce quotidien est perçu comme assommant, mais il se passe constamment des situations nouvelles, dont l’absurde est clairement rapproché du style de Kafka (son nom est cité dès les 10 premières minutes du film). Constamment, des décalages viennent s’insérer dans le récit (la découverte de l’adultère est vraiment très drôle, avec Peter qui entre et se livre à ses activités quotidiennes pendant que sa femme est au lit avec ses deux amis). Jusqu’à ce qu’un insecte monstrueux apparaisse (magnifiquement animé, saluons la prouesse de l’équipe des effets spéciaux) et donne à  la mission de tuer sa femme. S’ensuit un parcours chaotique, les hallucinations visuelles interférant souvent avec la réalité (l’extra terrestre pratiquant la sexualité ambivalente en plein bar) et contribuant à brouiller les repères du spectateur, qui ne sait vraiment plus dans quoi il a mis les pieds. Car David va très loin dans le changement d’identité de son personnage. Il bouleverse complètement sa sexualité, le faisant devenir homosexuel soit disant à des fins d’espionnage, mais qui n’en sont pas moins très perturbant pour un personnage marié en situation initiale. La sexualité déviante de chaque personnage ne sera jamais vraiment innocente, et servira même de prétexte à Cronenberg pour nous sortir quelques hallucinations incarnées dont il a le secret. Notamment avec une machine à écrire dont le clavier se transformera en orifice vaginal caressé par les doigts de l’écrivain, avant de se transformer en un corps gesticulant sur le sol. Une pléiade de symboles sexuels qui frapperont l’imaginaire du spectateur, et qui rendront la déchéance de l’écrivain plus palpable. Car il y a également un message fort sur l’écrivain, sur ses écrits et son inspiration. Alors qu’il est en pleine dérive dans le réel, le héros découvre que les rapports qu’il envoie sont de purs condensés de littérature, susceptibles d’être publiés facilement chez n’importe quel éditeur. Innovant constamment, passant par de multiples voies détournées, notre personnage sera mis en contact avec une foule de personnes plus ou moins marquantes, et mettra à jour le trafic d’une drogue à base de mille-patte marin du brésil, puis de sperme d’extra terrestre. Difficile à interpréter, l’œuvre peut sembler autiste, voire inutile (car déconnectée d’une logique classique, sans pour autant faire dans le nawak total). Mais le film a-t-il besoin d’être interprété ? Avec des allégories uniques, un numéro d’acteur parfait et des émotions qui passent merveilleusement bien, Le festin nu est un film absurde, poétique et aux ambiances particulièrement mélancoliques, comme peut en témoigner la musique qui imprègne l’ensemble de l’œuvre. Osé, réussi, et assurément indispensable pour les amateurs d’OFNI.

 

5/6

 

1991
de David Cronenberg
avec Peter Weller, Ian Holm

 

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 09:44

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Depuis que Jodorowsky m’a été révélée par l’un des meilleurs tâcherons sur le net  (il se reconnaîtra), son œuvre ne cesse de passionner, interpellant toujours son spectateur dans ses symboliques ultra recherchées, parfois à la limite de la compréhension. Pour ainsi dire, il doit bien y avoir la moitié des symboles qui ne nous parlent pas, mais le spectacle n’en reste pas moins grandiose, subjugué par de vrais moments de cinéma et de la métaphysique au premier degré. Nouveau film, nouveau chef d’œuvre, Jodorowsky ne déçoit pas.

L’histoire : un mendiant au cœur d’une cité troublée commence peu à peu une quête spirituelle qui va l’amener à rechercher le secret de l’immortalité.

 

http://www.filmotv.fr/elts/programmes/261/gallerie/La_montagne_sacree_photo1_w_450.jpg


Etonnant que Jodorowsky réussisse toujours à nous surprendre avec ses films, en modifiant toujours l’approche de ses thèmes dans des contextes très différents. Ici, c’est un mendiant, accompagné d’un cul de jatte (qui disparaîtra par la suite, mais nous reviendrons sur son cas), qui entame une quête spirituelle. Le film traite donc en bonne partie du Culte, en tout cas dans sa première partie. Si il choisit d’illustrer la religion catholique, le discours pourrait être transposé dans n’importe quelle religion. Ici, notre héros endosse l’apparence du christ, revit sa Passion au cours d’une représentation, avant de s’endormir sous l’effet des boissons avancées par les gardes romains (une scène assez comique d’ailleurs, car aux antipodes du sort de Jésus dans le nouveau testament). On moule son corps pendant son sommeil, et à son réveil, il se découvre au centre d’une pièce remplie de statues de lui. S’entame alors un discours sur l’idolâtrie assez forte, notre héros christique frappant carrément Marie et les gardes avec un fouet (la revanche de Jésus !) avant de détruire toutes les représentations de son apparence, excepté une qu’il tentera de placer dans une Eglise, d’où il sera expulsé (idée assez frappante, la notion de blasphème risquant en effet de créer ce genre d’incident diplomatique). La quête spirituelle n’est pas encore engagée, mais la notion de prophète est en train de faire son chemin, surtout au milieu de cette cité pourrie (les filles s’exhibent devant l’église, les militaires exécutent à tout va avec un gore magnifiquement suggéré (des oiseaux s’échappant des plaies) pendant que les touristes mitraillent de photos les scènes). Puis, après deux scènes merveilleuses (la reconstitution des batailles incas et des conquistadors avec des grenouilles et des lézards, et la pêche d’une âme au cœur de la foule), la partie véritablement métaphysique commence. Le mendiant se retrouve dans des lieux colorés et ultra réflexifs, et y rencontre une entité divine, qui lui offre plusieurs leçons d’alchimie. Changeant d’abord ses excréments en or, ils passent peu à peu à une recherche supérieure : le désir d’immortalité. Et là le film devient particulièrement impressionnant en termes de critique de société, en montrant les humains qui vont aider le mendiant dans sa quête : des voleurs qui ont du pouvoir et de l’argent. Chacun, représenté par une planète, est le visage d’un vice qui torture le monde. Dans le lot, on aura droit à des portraits particulièrement engagés, comme une fabricante d’arme qui popularise sa marchandise en lui donnant un côté religieux ou psychédélique, et une fabricante de jouet qui endoctrine à jeunesse à haïr les ennemis du gouvernement et qui les prépare au métier de soldat. Et là où le film est particulièrement intéressant, c’est que quelque soient les vices des personnages, ils ont tous un intérêt commun pour l’immortalité, et renonceront tous à leur ancienne vie en brûlant leur argent puis la statue qui les représente, avant de se mettre en route pour la montagne sacrée, lieu de résidence des immortels. Une route qui sera semée d’embûches et qui verra plusieurs protagonistes mourir où traumatisés à vie. Cependant, si on comprend la portée philosophique de certains, d’autres laissent vraiment perplexe (un être mi homme mi femme fait face à un personnage, et l’instant d’après, c’est un vieillard avec des têtes de jaguar à la place des tétons qui asperge de lait son interlocuteur…). Néanmoins, la conclusion du film est assez énorme. Sans vouloir la spoiler, disons que c’est une mise en abîme incroyablement culottée, qui détruit la frontière de la pellicule en poursuivant là où le film s’arrête, ce qui ajoute encore une portée métaphysique au dialogue déjà riche du film. Et en plus de tous ces symboles, Jodorowsky continue à faire de la psychologie en représentant les traumas de son héros par un être difforme, estropié qui suivait notre mendiant depuis le début de son aventure. Un symbole assez énorme, les handicapés ayant rarement l’occasion d’apparaître au cinéma, qui plus est quand leur laideur sert de symboles à des traits psychologiques néfastes. Magnifique film sur la quête spirituelle et le désir humain (pouvoir, réponse aux questions essentielles, harmonie avec la nature…) qui parvient à hypnotiser pendant de longues minutes son public, et dont une seule minute apportera bien plus à une existence qu’un Transformers 3. Tout simplement indispensable.

 

6/6

 

de Alejandro Jodorowsky
avec Alejandro Jodorowsky, Horacio Salinas

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 06:41

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Interdit aux moins de 16 ans  (les enfants, n'essayez pas de refaire ce que fait cet homme, il pourrait vous en cuire...)

 

Rare sont les films qui suivent leur personnage sur plusieurs générations. Quels films peuvent se targuer de suivre le grand père, le père et le fils, qui ont eu des existences aussi différentes que tordues ? Retour vers le futur ? Pffft… J’enfonce le clou en disant que c’est Taxidermie, un film hongrois, français et danois, et qu’il nous embarque dans une histoire jamais vue. Une sorte de trip à la Avida dans l’esprit, mais pas dans la forme. Ce film est un OFNI dans ce qu’il a de pire et de meilleur, à savoir un aspect technique particulièrement travaillé et des effets spéciaux splendides, et une histoire de fou furieux. Bienvenue dans la folie scénaristique, essuyez vos pieds sur ma langue bien pendue…

L’histoire : Pour comprendre l’œuvre d’un homme, il ne faut pas forcément chercher dans son esprit, mais dans ses origines, s’intéresser à la génération précédente, voire à celle qui la précédait encore, pour avoir une chance de comprendre un acte apparemment horrible et symbolique.

 

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Taxidermie, c’est un peu comme un fist fucking avec un objet pris au hasard dans l’obscurité absolue. On ne peut pas savoir ce que c’est tant qu’on n’est pas allé jusqu’au bout. L’image est éloquente, car c’est exactement le genre de sentiment contradictoire qu’on ressent en voyant ce film apparemment sans but, qui illustre la vie de trois hommes, 3 générations tordues chacune à leur manière. On commence avec le grand père, Morozgovani, une recrue soldate qui sert de bonniche dans une maison de campagne perdue dans un désert glacial. Il s’occupe des animaux de ferme, du feu et de diverses corvées pour son commandant, également maître de la ferme et père de 2 filles séduisantes. On suit donc ce personnage décalé qui voue un véritable amour à la flamme d’une bougie, happant l’air chaud qui s’en dégage, jouant avec la brûlure… Il est fasciné par la truie qu’il élève, qui sera bientôt sacrifiée un jour de mardi gras. Il se produira alors un évènement bizarre, la matrone venant dans la baignoire où est stockée la bête et s’offrant à Morozgovani, qui en lui faisant l’amour, revoit le visage de chacune des femmes du casting, avant de ne plus voir que la viande qu’il sodomiserait. Il sera abattu le lendemain par son supérieur, et son fils naîtra dans la baignoire où son père est mort. L’enfant naît avec une queue de cochon, qui lui sera amputée dès la naissance.


Le second chapitre s’attaque au père. Un sportif de haut dans la discipline peu reconnue des engloutisseurs, qui doivent ingurgiter une quantité indécente de nourriture en un temps record. Le père, Kalman Balatoni, est un champion dans sa catégorie, pouvant absorber 6 litres de soupes en quelques minutes avant d’aller les vomir dans le bassin prévu à cet effet. Il affrontera son meilleur ami pour les yeux d’une femme du jury, perdra, mais elle sera conquise malgré tout, durant cette scène magnifique où, prise en levrette par l’ami en question, elle n’aura d’yeux que pour Kalman en face d’elle. Leur fils naîtra prématuré suite à un malaise digestif de sa mère au cours d’une épreuve d’ingurgitation de caviar.

 

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Le dernier chapitre s’intéresse au fils, un être chétif qui malgré son activité d’artiste (la taxidermie), ne rencontrera jamais la femme de ses rêves (la détérioration de son contact avec la caissière de supermarché). Il se rend aussi quotidiennement à la demeure de son père, devenu un obèse monstrueux à faire pâlir Jabba the Hutt à cause de son inactivité, passant son temps à engloutir des barres de chocolat sans enlever le papier alu. Dans une pièce, il élève des chats devenus aussi gros que lui à force d’être nourris à la graisse animale. Face à cette existence insurmontable, après la mort de son père tué par ses propres chats, le fils empaille le père, avant de pratiquer son auto-éviscération médicalisée, durant laquelle il s’extrait la totalité de l’appareil digestif et le cœur avant de se couper un bras et de se décapiter, formant la statue qu’on aperçoit maintenant dans un musée.

 

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Je n’ai fait que raconter l’histoire ? Je n’ai pas fait d’analyse ? J’ai envie de vous y voir, vous. Ce film est une énigme fantastique, obsédante, dont la beauté visuelle et glaciale égale l’ambigüité du propos. Peu être qu’il faudrait voir ce film comme ce qu’il prétend être : trois portraits liés par des liens héréditaires, encore jamais vu au cinéma, et qu’on ne reverra pas de sitôt. On sacre des films cultes pour moins que ça…

 

5.5/6

 

de György Pálfi
avec Csaba Czene, Istvan Gyuricza

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/60/10/89/18880599.jpg

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 07:08

http://www.covershut.com/covers/Terror-Toons-2002--Front-Cover-28914.jpg

 

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Les OFNI sont souvent des films esthétiquement soignés, mais dont le concept réside surtout dans son scénario plus que dans sa forme technique. Amer est par exemple assez inhabituel dans le style du cinéma français, mais il est totalement cohérent avec le style Italien des argento type suspiria (dont le premier segment y fait hommage). Au final, avec les David Lynch, peu révolutionnent l’aspect graphique, en partant sur un concept jamais exploité. C’est pourtant ce que font les Terror Toons de Joe Castro. Alors qu’on attendait absolument rien de ce gusse, il nous pond un véritable OFNI : un cartoon filmé, un défit impossible, terriblement Z, mais tout à fait dans le ton du concept. Avec un premier opus totalement bancal, Joe Castro pose les bases, et il les réutilisera dans sa fausse suite : Terror toons 2, où il redoublera d’inventivité sur les délires gores. D’un mauvais genre revendiqué, fauché jusqu’à l’os, ces deux films relèvent véritablement du jamais vu.

 

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Terror toons : Terror toons, c’est un dessin animé produit par Satan lui-même, qui suit les délires sans limites de Docteur Carnage aidé de son assistant Max Assassin : un singe lobotomisé. Mais avant tout, la situation initiale : une adolescente voit ses parents s’absenter pour le week end (les observateurs noteront que la mère est un homme portant une perruque). Elle invite ses amis, puis part s’isoler dans sa chambre pour regarder le dvd terror toons qu’elle vient de recevoir, alors que ces derniers s’amusent dans le salon. Et quand ces abrutis finis trouvent la table de spiritisme, c’est parti ! Ils se mettent à jouer au strip poker dessus. Etalant leurs fringues aux quatre vents au fil des lettres, ces trouducs invoquent les démons du cartoon, qui débarquent alors dans notre monde, en se livrant à tous les actes immoraux qu’ils peuvent effectuer avec leurs gadgets de toons. Arrachage de colonne vertébrale, dynamite à bout portant, écervelage, les excès gores ne manquent pas, et seront toujours effectué dans un grand guignol total, vraiment comparable aux films de toons. C’est là qu’est toute la subtilité du film. Son style graphique est tellement criard, tellement lourd, qu’il paralyse par sa surabondance d’humour. C’est tellement gros qu’on ne rit pas, on est juste médusé de voir de tels excès, filmés d’une manière aussi moche dans un film totalement anti commercial. Pour donner un exemple, on ouvre sous nos yeux incrédules la boîte crânienne d’une victime façon boîte de conserve, et on la voit rire quand le docteur lui chatouille la cervelle. Ce ne sont que des trucs dans ce genre, du début à la fin, ce qui fait de Terror toons la meilleure et la pire série Z que j’ai pu voir. Le final, à la limite du compréhensible, nous met carrément l’univers du film en abîme, l’objectif final étant de détruire le dvd du film, et nous sortirons du spectacle tremblant, totalement hagard après cette expérience cinéphile, plus éprouvante qu’un Eraserhead, presque aussi puissante qu’un Tetsuo dans le style graphique, indéniablement moche, et voué à être vilipendé au fil des siècles (à chaque nouveau gag, on s’exclame à haute voix : « C’est de la merde ! »). Les extrêmes s’entrechoquant, je lui file une gentille moyenne, mais c’est vraiment dur à noter objectivement.

 

3/6

 

tourné en 2002 par Joe Castro

 

http://1.bp.blogspot.com/_gsUALeZML10/SM3tO12SvpI/AAAAAAAAEHM/LxTWxWtdj6w/s400/vlcsnap-352263.png

 

Terror toons 2 : On reprend les règles du premier, et on recommence. Sorti cinq ans  après ce mémorable premier méfait, Joe Castro remet le couvert en s’attaquant cette fois ci non pas à la bande de jeunes classique, mais à une famille réunie pour l’anniversaire de la petite dernière (10 ans), une pourrie gâtée qui a dans sa famille de beaux exemples de caractères stupides. Les démons sont ici Hansel et Gretel, deux enfants démoniques qui feront d’abord preuve de gourmandise en bouffant la maison de la sorcière jusqu’à s’en faire vomir, et avant de torturer cette dernière. Les démons sont ici invoqués par le dvd même du film, présent dans le film et visionné par la famille à l’apogée de la fête. On se lâche à nouveau dans le grand guignol, chaque nouvelle effusion gore cartoonesque étant totalement imprévisible, et par conséquent originale (auto-martellement de crâne à la massue, chaise musicale meurtrière…). Tous les ingrédients du premier se retrouvent dans cet épisode à peine mieux fait (niveau effets spéciaux et incrustations, c’est toujours aussi foireux que dans le premier), qui a pour mérite de satisfaire les fans de la saga (pour peu qu’il en existe d’autres que moi). Bref, on exploite toujours le filon improbable du cartoon filmé, avec une jubilation aussi évidente que le quasi-amateurisme des effets spéciaux, réalisables chez vous avec un logiciel gratuit comme Paint. Immoral, nonsensique, ce nouvel opus tape à la fois sur les têtes de con et les innocents, donnant à nouveau au film des airs de survival burlesque sans aucun suspense, la lourdeur de l’œuvre réduisant à néant n’importe quelle ambition que l’histoire aurait pu présenter. A part un clin d’œil à Hicks dans Aliens, rien de vraiment notable dans cette fausse suite qui poursuit son exploration du concept, et qui mérite en conséquence la même note que son prédécesseur. Du jamais vu : une saga ultra innovante qui conserve sa qualité au film de ses suites !

 

3/6

 

tourné en 2007 par Joe Castro

 

http://i106.photobucket.com/albums/m270/joemcastro/evilhansel.jpg

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