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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 18:19
Eternal sunshine of spotless mind

Enfin vu ! Dernier film du top 15 de Senscritique qui manquait encore à l'appel, le plus fameux cru de Gondry passe enfin sur l'écran de Voracinéphile. Ancêtre brouillon d'Inception hissant sa légèreté de ton comme tremplin vers le bonheur amoureux malgré les épreuves de la vie et les jalousies d'âmes seules, Eternal sunshine of the spotless mind a effectivement comme atout son manque de moyens, qu'il transcende de façon originale en film labyrinthique, qui prend parfois des airs d'OFNI. Flirtant ouvertement avec la science fiction, à de très courts instants vers l'horreur (des souvenirs sans visages qui ressemblent à des spectres), c'est dans la romance que le film s'épanouit. Pas vraiment la comédie romantique car Jim Carrey, solidement tenu en laisse, se sangle dans son bonnet et se mord la langue pour retenir les vannes et faire couler de temps à autres une petite larme pour titiller la fibre nostalgique du spectateur.

Dans le ton et l'ambiance, tout est fait pour cultiver la légèreté. La musique, souvant constitutée de piano ou de guitare solo, a cette connotation très "ergonomique", tout en douceur qui fait la patte d'un film comme Her (beaucoup plus mélancolique) ou Amélie Poulain (et son accordéon). Le montage aussi, soignant ses transitions entre les différentes visions oniriques pour ne jamais vraiment décrocher. Eternal Sunshine est un smoothie. En termes de rythme et de sentiments également. Il y a des hauts et des bas, mais sur la longueurs, tout finit par se mélanger. Là, certains y verront de la virtuosité, mais je trouvepour ma part que la sincérité s'essoufle au fur et à mesure que les souvenirs disparaissent, et que l'attachement devait alors devenir plus viscéral... non, cela continue dans de nouveaux souvenirs qui n'existaient pas. Alors l'ennui commence à poindre. C'est trop doux et lissé pour que j'y vois du relief, et encore moins une montée.

Le second point noir qui m'a bloqué est plus... philosophique. De par sa structure, l'histoire de ses deux protagonistes, et aussi et surtout celle du médecin et de sa secrétaire, le film valide la théorie de destinée. Peu importe ce que l'on fasse, on sera toujours attiré par les mêmes âmes, même si l'on a des souvenirs différents ou effacés. Le film croyait détenir une idée de génie avec ce concept d'effacer les souvenirs pour effacer la souffrance (et de le casser en disant, hey mais vous vous aimez quand même), mais il ne fonctionne pas dans le monde réel. Son registre sentimental profond devient alors biaisé par son idée, et finalement, Eternal sunshine est bien un rêve, une utopie sans lien avec la réalité. C'est un décalage ultime, qui le différentie radicalement de Her (qui lui est totalement désillusionné sentimentalement, et très empathique avec ses protagonistes). Ici, quelques soient les circonstances, on ne change pas, on aimera toujours les mêmes personnes, et on ressentira toujours les mêmes choses. Une énormité qui est la véritable essence d'Eternal sunshine. Alors oui pour dire que c'est joli, mais ça s'arrête là.

Ce n'est pas vraiment un ratage, c'est qu'il pousse son concept jusqu'au bout, et que sa logique ne me satisfait aucunement. Mais dans sa fuite onirique, le film développe des idées intéressantes. Il est en effet légitime que le "pirate sentimental" soit finalement écarté car à force d'agir ostensiblement comme la femme qu'il convoite, il crée chez elle cette angoisse d'être copiée, de ne plus s'appartenir et d'avoir d'espace privé, intime. Ce mécanisme fonctionne, dans ce contexte comme dans la réalité. Je ne m'aventurerai pas à dire qu'Eternal sunshine est un mauvais film, car il n'a jamais fait la promesse d'être fidèle à la réalité malgré ses efforts pour normaliser la procédure d'amnésie sur ordonnance. Mais il dispose d'une telle reconnaissance pour sa sentimentalité qu'il convient de remettre les points sur les i. Eternal sunshine of the spotless mind est un film joli mais creux, basé sur une idée poétique bercée de belles illusions. Une bluette romantique mignone et atypique, bien surestimée comme il faut (en même temps, le film mélange SF et sentiments avec un air de poésie pour flatter l'intelligence et la bonne guimauve qui sommeille en nous, difficile de lutter...).

5/10

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 17:47
soirée SF AI - I Robotsoirée SF AI - I Robot

Deux films qui ont marqué leur époque, et qui continuent d'avoir un certain écho sur les consciences cinéphiles. Le premier a gagné sur la longueur (car échec commercial cuisant) et trouve aujourd'hui nombre de défenseurs. Le second bénéficie surtout de la renommée de son réalisateur et de Will Smith en tête d'affiche, ayant tapé dans le bon filon avec de l'action à gogo et un fond plus "réflexif" pour contenter tout le monde. Deux films qui m'avaient laissé un peu mitigé, chacun à leur façon, avec toutefois un à priori positif sur I robot...

soirée SF AI - I Robot

A.I. :

Nulle haine à avoir envers A.I., plusieurs éléments parlant largement en sa faveur. Pour son potentiel sympathie, son statut de film maudit, échec commercial qui a peu à peu trouvé une reconnaissance auprès du public, et qu'il n'est pas rare aujourd'hui de le retrouver parmis les favoris des amateurs de Spielberg (avec l'indémodable Liste de Schindler). AI est surtout un film ultra ambitieux, qui ne cache pas son absence de prétentions par cette structure du conte (que j'avais justement pris à la découverte comme une lourdeur supplémentaire destinée à souligner encore davantage le potentiel sentimental de l'objet). Or cet aspect du conte sert surtout à caractériser l'ingénuité du robot vedette, et à faire évoluer son intrigue sans avoir à se contraindre avec une trame progressive. Car il n'y en a pas, ce film est une compilation d'idées, qui tente d'exister en formant un tout cohérent, exercice difficile et ici plus ou moins raté.

Ce n'est pas le cas du visuel en tout cas, admirable. Il s'agit d'une synthèse très généreuse qui mixe à la fois la vision spielbergienne du futur (ergonomique à la minority report), qui s'offre le luxe d'explorer beaucoup d'ambiances différentes plus proches du conte, avec la traversée de la forêt, la traque avec les loups en néons et le merveilleux ballon des chasseurs, le gigantesque palace en ruine, ect... Tout en intégrant toujours cette évolution de l'humanité dans les ambiances qui apporte une patte vraiment agréable. Il faut reconnaître à Spielberg qu'il a un véritable oeil de cinéaste pendant plusieurs séquences, à l'image de ce plan incroyable où le reflet d'un robot qui chute glisse sur le long du visage d'un des personnages principaux comme une larme immatérielle.

Le problème constant du film vient de sa nature composite. Il veut montrer les véritables motivations des créateurs du robot, les attentes du public, refaire un petit holocauste hypocritement légal, et donner finalement un parcours de vie. C'est le Chappie d'avant l'heure, en bien plus honnête. Mais la moitié des scènes ne fonctionnent pas sentimentalement. Ce qui est très gênant pour un film s'axant sur une humanité de synthèse. Rien que dans la première partie familiale, on trouve les plus grandes bavures ! L'idée de mettre une mère dépressive qui cherche à compenser le coma de son fils accidenté est excellente. Puis on a cette scène du repas avec cet éclat de rire complètement surréaliste. Que le robot réagisse ainsi, cela se conçoit (il tente un truc), mais la façon dont se comportent les parents est complètement surjouée. Le climax est atteint avec la scène du "Arrête de le secouer, tu vas le casser !" Et le père s'arrête avec un ton très grave genre elle a brisé un tabou... C'est tellement dramatisé avec aplomb que cela tue la spontanéité, et le film fait constamment des erreurs dans ce genre, en dosant mal un passage qui rompt l'équilibre de toute une scène... Alors que certains passages, avec leur premer degré, fonctionnent même en quittant le réalisme (la séquence de traque et de capture, et à la rigueur l'exécution des robots dans la fête foraine, bien que je trouve ce spectacle bien peu amusant). Mais là encore, alors que le film partait dans un registre pessimiste, il se tire une balle dans le pied avec la foule qui ooooh ne veut pas tuer un enfant robot trop mignon et que c'est mal en fait de casser les robots. Tssss.

La fin m'a hélas fait décrocher. En convoquant les extra terrestres pour donner à son robot le statut officiel de dernier être humain, Spielberg part sur un tout nouveau terrain que je trouve davantage bancal que mettant vraiment en abîme les sentiments du dernier homme qui n'en est pas un. Quand on mixe cela avec cette lourde quête de la fée bleue (l'élément redondant bien gras du conte qui lui est agaçant), on obtient finalement un résultat en demi teinte, indéniablement ambitieux (le robot prostitué est une idée plutôt osée, seul Automata y a pensé aussi), mais au scénario et à la direction d'acteur hésitants. Leur personnage principal reste quand à lui réussi, bien que parfois victime aussi du scénario (la séquence avec le couteau au bord de la piscine, non fonctionnelle). A défaut d'aimer, on est par moments ému.

5/10

soirée SF AI - I Robot

I Robot :

On s'attaque immédiatement au problème de forme en soulignant combien les visuels sont moches et ont mal vieilli. Plutôt que de réaliser un maximum d'effets en réel, le film se repose complètement sur l'utilisation du numérique, dont la qualité de l'incrustation varie sensiblement (les paysages sont presque toujours ratés). Les robots, principale attraction du film, sont gérés là aussi de façon variable, leurs mouvements alternant entre le naturel et le brutal sans grande cohérence dans la démarche. C'est surtout aussi dans la façon dont sont traités les personnages humains que ce film est une déception. Le héros est une caricature d'enquêteur badass qui n'a pas un seul atome de charisme (il sauve un châton, il porte des converses, il aime pas les robots parce que...) sans que cela soit amélioré d'une quelconque manière au long du film. Sans parler des personnes dans la foule (donc nous), à l'image de Shia Labeouf qui demande au héros de lui organiser un plan cul avec la scientifique qui l'assiste dans son enquête. Qu'est ce que je suis content d'être un homme ! Heureusement que Sonny est un personnage un minimum attachant pour conserver un maigre espoir... Visuellement, la seule petite trouvaille (très artificelle) consiste en ces plans ultra dynamiques à vitesse normale (là où tous les films d'aujourd'hui se la pètent en slow motion) qui apportent une petite fraîcheur aux scènes d'action à défaut de convaincre pleinement.

Sur l'écriture du scénario, le film se plante davantage par sa simplification grossière de plusieurs étapes déterminantes. L'affrontement entre hommes et machines a par exemple lieu dans l'heure qui suit l'invasion (complètement irréaliste, comme si une population civile pouvait se rassembler d'elle même de la sorte). Les tentatives de meurtres perpétrées par les robots sont elles aussi très expéditives dans leur exécution, absolument pas à l'image de discrétion qu'essaye de se donner l'IA. Enfin, l'explication finale, exempte de toute nuance, est décevante pour son absence totale de matière réflexive. Mais c'est à peu près tout, car globalement, le film exploite gentiment la théorie d'Aasimov en s'en tenant aux trois règles, tout en jouant un peu sur le mystère et sur son futur spilbergien du pauvre (le numérique est vraiment moche).

Le fond reste donc à sauver, d'ailleurs, l'absence de temps morts sur son final et ses ingrédients théoriques valent le coup. Mais la façon dont ils sont présentés pue vraiment la vulgarisation pour une soirée grand public, en tuant la moindre subtilité pour lui préférer un placement produit Converse all stars noir (quel goût, ce Will Smith !), un flash back flou, un sauvetage de chat... Il ne fait pas de doutes qu'Alex Proyas s'est retrouvé englué dans ce bourbier et qu'il a dû pleurer certains soirs en regardant les rushs de la journée. Alors, pour trouver au moins de quoi s'occuper, il nous sort toute cette batterie d'effets visuels qui alourdissent considérablement le film. Ralentis en gun fight cédant immédiatement à des combats rapprochés acélérés en variant constamment la proximité des plans et des angles, travellings chiadés, action épileptique (la poursuite (en audi) dans le tunnel, digne de la laideur d'un Lock Out)... La forme ruine tout, et avec elle la tentative d'intellectualiser un peu ces bonnes idées. Bien dommage...

4/10

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 05:57
Chappie

Vu le jour même de sa sortie sans trop y croire, la bande annonce ayant déjà souligné le côté guimauve de l'exercice. On s'y attendait. Comment ne pas s'y attendre, c'était logique, Blomkamp n'ayant visiblement plus d'inspiration depuis District 9, alors, il nous refait Alive in Joburg dopé par le pompage de Robocop 2014. C'est si criant qu'à ce stade, on ne rigole même plus...

L'histoire : Un robot vivant élevé par une bande de punk découvre le sens de la raison de la vie.

ChappieChappie

Chappie, on sentait dès la bande annonce que c'était perdu d'avance. Remplaçant les aliens en images de synthèses par des robots en images de synthèse, on assistait déjà à l'échec total de Blomkamp de se renouveler, repompant largement dans l'univers de ses deux premiers films pour nous fagoter un clone mal dégrossi de Robocop. Mais humain celui ci, puisque la bande annonce mettait bien en avant les sentiments de sa créature et le côté initiatique du film. Ca commence fort ! Des flashs infos comme dans district 9 ! A côté de Johannesburg, Detroit, c'était de la rigolade. Pour lutter contre le crime, un programme de robot policier est mis en place et fonctionne très bien. L'ingénieur Deon en charge de ces robots, les Scouts, veut pousser son concept d'intelligence artificielle plus loin. Mais Vincent, un autre ingénieur de la compagnie voulant faire créer des ED 209 (le pompage question design est a-bu-sé) et jaloux de son succès l'espionne. C'est lorsque notre génie dérobe un robot pour tester son programme qu'il est... enlevé par des punks qui lui demandent de leur laisser le robot vivant... Quoi ? Bon, déjà, je suis sûr que certains vont dire qu'il s'agit d'un projet "original" (comme Avatar). Mais si c'était un reboot non déclaré de Robocop qui faisait des efforts, on apprécierait... Là, on sombre dans les abîmes de la nullité, genre L'homme bicentenaire !

Blomkamp, par les ingrédients qu'il manipule, met toujours la barre très haut. Et c'est cela qui rend ses derniers films de plus en plus décevants quand on constate la maladresse incroyable de ses scénarios. On ne peut pas prétendre faire de la SF intelligente en se révélant aussi grossier. Passe encore que Chappie manifeste son humanité à coups de Yo peau d'zob !, check m'en 5 !, j'vais niquer ta race et autres gourmandises vocales, c'est le degré de nullité du registre sentimental qui choque. Pourquoi les films qui prétendent redéfinir ce qu'est l'humanité sont souvent les plus mauvais en la matière ? D'une naïveté si stupide qu'on soupire à chaque fois qu'on assiste à une scène sentimentale avec une musique d'ambiance électro triste, du genre Chappie aime maman, Chappie veut une histoire, Chappie ne veut pas mourir et être un homme ! Avec un ton larmoyant et une dramatisation complètement artificielle (l'agression de Chappie par des racailles, qui crie genre il souffre alors qu'ils ne font grand maximum que rayer la peinture, et la conclusion inévitable que le monde il est méchaaaaant ! Rah ! Cependant, il faut en effet reconnaître que c'est Chappie qui est le plus humain, les punks qui l'élèvent étant des stéréotypes appuyés des punks drogués sans cervelle dont l'humanité consiste à afficher une superficialité de tous les instants. Des punks qui valent d'ailleurs ceux du robocop de Verhoeven, et qui même les surpassent. On est en Afrique du Sud, mais ça ressemble davantage à Mad Max II en leur compagnie. Le second degré nanar de Verhoeven passe ici beaucoup moins bien, les tentatives humoristiques du film se soldant davantage par des bides ou du mépris (le dépouillement des riches dans leurs quartiers, où avoir une voiture de luxe et se la faire tirer par un robot est sujet à humour et sans la moindre conséquence ultérieure). On sauvera de ce bourbier la prestation de Dev Patel et de Hugh Jackman (globalement bon dans ce rôle mauvais).

Le plus grave, c'est donc le scénario, qui s'articule sur des enjeux tellement stupides qu'on soupire de voir un tel matériau gâché. En gros, on aura principalement deux axes : Chappie qui devient un gangsta (yo tu baises pas mes potes) et Hugh Jackman qui emmerde le créateur du robot et qui est méchant. Voilà, c'est résumé. On ne dénombre plus les incohérences qui parsèment le scénario (Chappie fait le tiers du film avec sa batterie à plat sans tomber en panne, l'ED-209 explose avec une simple grenade accrochée à son armure frontale, le coup du logiciel virus Genesis qui est laissé de côté par la conclusion, le génie n'arrive pas à faire marcher son logiciel alors il boit un red bull et il pianote sur son ordi en regardant des images et là ça marche...), plus horrifié par l'inutilité totale de ce travail que par cette peinture d'humanité superficielle au possible et manichéenne à outrance. Chappie ne sert à rien ! Même Transcendance se révélait plus intéressant malgré son traitement désastreux. Cette colossale perte de temps démontre à quel point Blomkamp tourne en rond et ne sait plus rien faire de nouveau. Il ne pouvait réussir qu'un seul film : District 9. Et maintenant, il n'a plus la moindre idée de quoi faire, son génie s'est consumé. Quand on constate qu'il ne se casse même plus la tête à chiader des détails marrants (le démembrement d'un punk au mecca, seule innovation divertissante dans l'univers technologique du combat futuriste), on ne pleure même plus, on se détourne. Plus la peine d'espérer, Neill Blomkamp est fini, et son style ne mène plus à rien.

Le dernier espoir de l'humanité n'est pas humain, dites-vous ? Sans doute veulent-ils parler du dénouement trompe-la-mort qu'on sentait venir à 3 bornes... L'espoir serait plutôt de trouver fissa un nouveau prodige de la SF, ou enfin refiler à Neil le projet de Halo histoire qu'on n'en parle plus...

2015
de Neill Blomkamp
avec Sharlto Copley, Dev Patel

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 11:20
Jupiter ascending

Avec Jupiter Ascending, les Wachowski se relancent dans de la SF ambitieuse, ou plutôt un space opera qui promet monts et merveilles dans sa bande annonce avec orgie de graphismes léchés et quelques truculentes séquences d’action en vol et apesanteur. Restait à savoir si le script était aussi planant ou flottait au ras des pâquerettes. Hé béééé….

L’histoire : une immigrée clandestine russe travaillant comme femme de ménage découvre qu’elle est en fait l’héritière d’un empire galactique immense, jusqu’ici dirigé par une famille aux relations tendues.

Jupiter ascending

C’est à un spectacle dantesque qu’on s’attendait. Visuellement, le résultat est au rendez vous. On ne pourra enlever au Wachowski qu’ils parviennent à composer des univers visuels d’une grande cohérence, quelques soient les clichés culturels qu’ils manipulent. Epate visuelle, et ambition de mise en scène, comme en témoignent les chorégraphies d’action qui réussissent à plusieurs reprises à flanquer le vertige. On retiendra surtout l’affrontement aérien en plein cœur de New York, et évidemment la scène de bravoure finale, où on copie un peu le style Michael Bay, pour le meilleur (très beaux effets spéciaux) et pour le pire (le scénario, mais nous allons y revenir). Le principal problème est dans le fond, mais c’est surtout de la part des Wachowski. Depuis Matrix revolution, ils ont fait de ce mélange amour & liberté une marque de fabrique. Ca s’était calmé sur Speed Racer (pour être remplacé par des tares immondes), et c’était consacré dans Cloud Atlas (avec une certaine virtuosité). Et là, ça ressort aussi, mais limpide, façon V pour Vendetta. Alors Jupiter ascending, disons le, c’est le film de trop.

Le traitement de l’héroïne est abominable. Elle est de très loin le personnage le moins intéressant, le plus prévisible et le plus lisse de tout le scénario. C’est surtout son absence de but qui agace. Elle est sans cesse dans l’émerveillement béat (« oh, mais c’est trop beau, je règne vraiment là-dessus ? » « Oh, mais vous êtes méchant en fait ! »…) et se révèle d’une vulgarité dans la compréhension des enjeux stellaires qui fait soupirer. Enfin, pouvait-on en attendre plus d’une héroïne qui est femme de ménage, qui conseille les pouffes chez qui elle bosse pour s’habiller et qui a le dernier I phone ? Je suis méchant, mais quand la conclusion d’un space opera s’achève sur une romance kikoo à voler sur les immeubles en disant « t’as vu, j’ai repris ma vie simple à récurer les chiottes parce que c’est ça être une bonne reine. », ça m’énerve. Ouais, les mains dans la merde, c’est là qu’est ta place, plutôt que d’essayer de changer ce qui cloche dans l’univers. Et c’est là qu’on arrive au cœur de la chronique, et aux monumentaux spoilers.

SPOILERS :
En fait, la famille désirant la mort de notre héroïne (et franchement, le bon goût leur dirait merci) est à la tête d’un empire galactique de colonies sous développées technologiquement qui sont moissonnées pour récupérer du matériau cellulaire brut et garantir la survie des élites pendant des millénaires. C’est simple, mais il s’agit de capitalisme ultra libéral, et de paraboles sociales basiques, mais très cohérentes avec notre époque. Le fond n’est pas mauvais, et il serait dès lors intéressant de voir comment cet impérialisme sidéral s’opère. Quitte à montrer des génocides planétaires et marcher sur les plates bandes de Star Wars. Mais le film gère mal son matériau. Surtout quand il plante le contexte familial (le frère tafiole charmeur, la sœur neutre, et l’aîné fin de race inquisiteur) sur une planète déjà ravagée qu’on sait qu’ils tuent des planètes entières. On capte dès les 15 premières minutes le danger pour les humains, et le scénario en devient hyper prévisible. C’est toutefois suffisamment rythmé. Et dans ses portraits de famille, on a des attitudes cohérentes avec de gros gérants de multinationales opérant dans un flou juridique pour se livrer à des génocides aux profits juteux. L’humain est transformé en sel génétique par barre de cent ans, et les races se bousculent auprès des humains qui gèrent l’industrie pour acheter leur longévité. Mais tout cela reste finalement assez en surface.
FIN DES SPOILERS

Et l’image du frère aîné me déplaît. Il est l’incarnation total du capitalisme. Un appétit constamment insatisfait. Représenté comme une fin de race pathétique, qui sait au grand maximum donner une gifle et qui pleure dès qu’on le frappe. La victime née. Alors que sa carrure aurait nettement convenue au rôle de Chaning tatum. C’est d’ailleurs marrant de constater à quel point inverser ces deux acteurs aurait été plus subtil et intelligent, Chaning pouvant dès lors incarner un capitalisme fort, conquérant et opprimant sans hésitation, et Eddy Redmayne la fin de race lycantropienne s’étant adapté par défaut, se révélant être une vraie teigne au combat. Mais voilà, on est dans une production clichée. Les wachowski se recyclent, et nous, on n’y croit plus vraiment. Il reste les explosions et une grande richesse d'univers. Mais quelqu’un pourrait me dire à quoi servent les gros lézards volants ? Y en a même pas des gentils, hein, ils sont tous méchants…)

Bref, Jupiter ascending, ça se mord la queue et ça tourne un peu à vide, puisqu’on sait très vite de quoi il retourne, et que la superficialité du traitement rend le résultat lassant à suivre. Visuellement toujours au niveau, mais visiblement moins inspirés que pour Cloud Atlas, la famille Wachowski devrait se calmer quelques années avant le prochain grand retour, qui espérons le, retrouvera le faste de Matrix.

2015
de Andy Wachowski, Lana Wachowski
avec Channing Tatum, Mila Kunis

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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 14:14
Predestination

Prédestination est un petit film sorti sans prévenir cette année, avec globalement peu de promesses, sinon de se livrer à un jeu de boucle temporelle plus ou moins réussi, et qui n'a surtout pas grand chose d'original.

L'histoire : Une agence de contrôle de voyage temporel tente de retrouver l'identité d'un terroriste qui projette de réaliser un grand attentat dans le futur.

Predestination

Rien de nouveau, vraiment rien. Le problème de prédestination, c'est qu'il n'arrive pas à surprendre une minute. Il est un pur produit calibré au millimètre, pensé pour avoir tel effet, pour être classé immédiatement comme un petit budget intelligent. C'est un film prévu pour faire illusion, qui veut montrer qu'il est intelligent en glissant dans son script quelques rebondissements pour donner le change et refiler matière à agiter sa matière grise. Sauf que comme chez Looper, le film loupe le coche. Déjà en faisant ostensiblement du remplissage lassant et déjà vu (la vie de l'héroïne racontée accoudée à un bar (héroïne qui ne vaut d'ailleurs que pour son physique masculin sortant des clichés habituels)), avec des zones d'ombres immédiatement visibles qu'on sait déjà qu'elle vont servir à une révélation (l'identité du père de son enfant, voyez vous ça...). Puis le film, après nous avoir bien fait chier, se dit qu'il est temps de commencer et nous donne enfin ses règles temporelles. Voyage dans le temps inventé en 1994, on peut remonter jusqu'à 53 ans avant ou après. Pas d'interférences temporelles, et attention aux boucles. Et évidemment, notre héroïne, en plein recrutement, abandonne la mission et va rendre visite à son moi du passé. Prévisible ? Naaaaan ! Et le film enchaîne ainsi les règles convenues, et avance peu à peu ses éléments de boucles temporelles, aboutissant à des révélations artificiellement compliquées (un conseil, prenez des notes pour ne pas avoir à vous emmêler les pinceaux pour capter les interversions de rôles...). On va la faire plus simple (et sans spoilers) pour vous exposer la situation. Prédestination, c'est Timecop. Mais sans l'action, avec moins de clichés, moins de rythme, et beaucoup moins de charme. Car même en étant assez malin pour gérer à l'ancienne les voyages temporels (simple effet apparition disparition avec des ventilateurs puissants, et technique discrète tenant dans un étui à violon dont la date s'affiche sur les cadrans du verrou de sécurité), le matériau, déjà usé, laisse complètement indifférent. Alors peut être qu'on s'amusera un peu avec le système de boucle, en s'amusant à remettre en ordre les différents paradoxes pour s'amuser. Mais tout de même, que c'est lassant, de voir toujours les mêmes films. On n'est même pas méchant, juste pas surpris ni très complaisants. Avec un titre comme prédestination, n'essayez pas de nous faire croire qu'on joue encore la surprise, juste en changeant les subterfuges pour nous ressortir la même soupe.

2014
de Michael Spierig, Peter Spierig
avec Ethan Hawke, Sarah Snook

2/6

Predestination
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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 17:02
2001 & 2010, réévaluation
2001 & 2010, réévaluation

Cette chronique arrive assez tard, pour confirmer une tendance qui avait déjà ressurgi dans plusieurs de mes avis. Il s'agit bien d'une critique de 2001 et d'une réhabilitation 2010. Au delà de la jubilation d'être à contre courant (je suis sûr que mon usage du mauvais goût sera retourné contre moi), j'estime que si 2001 mérite des louanges pour ses effets spéciaux, il se révèle discutable sur plusieurs points. Et pour faire une petite démonstration et me faire plaisir, je place en exclusivité un lien de téléchargement pour récupérer une version de 2001 que j'ai intégralement remonté, en enlevant tout ce qui me semblait inutile et en changeant complètement l'accompagnement musical (à bas Ligetti ! Et j'ai sélectionné essentiellement des musiques des années 60 pour montrer ce qu'il aurait été possible de faire, à quelques facilités près), pour donner une version plus personnelle de l'expérience, en tout cas beaucoup plus agréable à regarder selon mes critères. J'ai hâte de lire vos avis et d'en débattre.

2001 & 2010, réévaluation

2001 l’Odyssée de l’espace… Chef d’œuvre immaculé, éblouissante démonstra tion technique doublée d’une portée métaphysique s’interrogeant sur l’évolution de l’homme et de l’outil, c’est un simple incontournable du cinéma (qui ne semble avoir retenu de lui qu’un œil rouge robotique). Un mastodonte inégalé, inspirant les plus grands (Noé, DePalma…) et dont la liste des qualités se révèle tout simplement infinie (en termes de techniques cinématographique, Kubrick est tout simplement le précurseur de Cameron). Et pourtant, il s’agit aussi d’un des films les plus éprouvants à regarder…

L’histoire : en contact avec un étrange monolithe, de grands singes inventent l’outil, servant à la fois pour la chasse et pour le premier meurtre. A l’époque de la conquête spatiale et de l’exploration minière de la Lune, un second monolithe est découvert. 17 ans plus tard, une mission spatiale est lancée en direction de Jupiter.

2001 & 2010, réévaluation

Il faut être de mauvaise foi pour oser critiquer LE chef d’œuvre de SF de l’histoire du cinéma. Le monument intouchable et immaculé. En l’occurrence, il est vrai que 2001 est intelligent dans sa façon d’aborder les thèmes et de faire ressurgir un climat mystique dans toutes les apparitions du fameux monolithe. Il est tout bonnement inutile de revenir sur les effets spéciaux, éblouissants pour l’époque. Les décors sont tout simplement parfaits, il n’y a rien à critiquer sur l’épatante direction artistique de l’ensemble du projet. Et pourtant, c’est bien dans la forme que 2001 se révèle être aussi agréable qu’un arrachage de carie chez le dentiste. Premier argument : 2001 est un film chiant. Mais vraiment chiant, sans le moindre temps mort question ennui. Le rythme est constamment au point mort, la faute à une ambiance sonore souvent ratée et à un montage qui ôte toute trace de dynamisme. Si le film n’a pas vieilli question effets spéciaux (même dans la forme technologique, les écrans ne font pas écran plat), il l’est considérablement dans son rythme et sa narration (oui, il prend son temps au cours de sublimes séquences à effets spéciaux, mais certaines phases de son histoire aurait clairement pu être dynamisées par une musique appropriée). Solaris de Soderbergh, film chiant par excellence, prenait en tout cas soin de son public en lui donnant un film agréable à contempler, lui aussi incapable de dynamiser son récit, mais prenant au moins soin de lisser ses formes (et on peut à cet effet remercier la musique de Cliff Martinez, un régal auditif de tous les instants). 2001 voulait de toute façon être un film culte, c'est pour cela qu'il fait autant durer ses séquences à effets spéciaux. Mais aujourd'hui, ce genre de détail purement technique est devenu quelconque avec l'usage du numérique. Et donc 2001 ne se retrouve vite bientôt qu'avec plus rien d'autre que la technique à offrir, et rien d'autre. Prouesse technologique pour l'époque, mais vu d'aujourd'hui, la longueur des plans retarde surtout l'intrigue, finalement pas très dense.

Balançons maintenant la bombinette : la musique de 2001 est ratée. Il est certain que la fameuse ouverture sur Ainsi parlait Zarathoustra, culte, est efficace, et que la musique de Ligetti, souvent inaudible, parvient pendant quelques minutes à être en phase avec les images. En dehors de cela, le choix de la musique classique pour les séquences stellaires se révèle tout simplement insupportable. Complètement en décalage, sans la moindre logique et surtout en détruisant l’ambiance (ok, on a compris la valse des vaisseaux et de la musique), ce choix, souvent acclamé par les critiques, est un gros point noir de 2001. Le rythme déjà lent s’en trouve considérablement rallongé, et surtout, rarement images et sons n’auront semblé aussi déphasés. En termes d’ambiance musicale rétro sur fond de space opera, Wall-E se révèle considérablement plus agréable et fluide. Mais c’est le choix de 2001 de miser constamment sur la mystification de l’ambiance et un fort sentiment d’oppression pour trouver une efficacité hélas bien discutable quand elle empêche le spectateur de s'immerger par la gêne qu'elle suscite. Et ces séquences où seule la respiration des spationautes occupe le son et qu'on voit des actions se dérouler à vitesse ralentie sans coupure... Osons le dire, le vide, c'est chiant.

Enfin, dernière attaque de mauvaise foi : le final nawak. Comme je l’ai précédemment dit, 2001 est très habile dans sa façon d’aborder les thématiques (l’outil, l’évolution, la quête mystique des origines…). Et il est bien conscient qu’il faut laisser une conclusion ouverte (c’est ce qui fait la puissance d’un chef d’œuvre : sa capacité à parler à tout le monde). 2001 tente alors le joli coup de l’esbroufe avec le trip sensoriel. Séquence psychédélique inoubliable dont le bordélique s’ajoute au nawak total. Jusqu’à la fameuse séquence où personne ne comprend rien, où notre personnage se contemple en train de vieillir avant de se changer en fœtus. Métaphore évidente de la renaissance de l’Homme, diront beaucoup. Fumisterie ! leur répondrais-je ! La séquence semble insister sur énormément de détails dans lesquels tout le monde cherche une signification, alors que visiblement, la scène a été complètement tournée « à l’instinct » (la séquence du verre cassée ne montre selon moi rien de plus qu’un verre cassé). Irréversible et ses scènes très improvisées parvenait lui aussi à suggérer beaucoup plus que ce qu’il montrait réellement. C’est complètement le cas de ce final, dont la transformation ultime reste la plus belle énigme. Dans ce regard final du fœtus faisant face à la caméra, que peut-on lire ? De l’incompréhension, je pense. Dans un magnifique pied de nez aux analystes méticuleux et aux fans de SF les plus endurcis, ce final est l’un des plus ouverts et des moins explicites qui soit (l’accession à un stade supérieur de conscience, l’interprétation Nietzchéenne de l’enfant en tant que surhomme… autant d’outils qui nous laissent complètement désarmés dans la déroute de cette… ouverture). Il délaisse ce qu’il a abordé pour partir vers quelque chose de nouveau (qui vise la transcendance, autant être ambitieux…).

1968
de Stanley Kubrick
avec Keir Dullea, Gary Lockwood

3/6

2001 & 2010, réévaluation
2001 & 2010, réévaluation

Après avoir attaqué gentiment 2001 et son aura impérialiste dans le monde de la SF (je le reconnais, nombre de ses choix ont été intelligents, notamment celui d’oublier la guerre froide, situation qui a longtemps parasité le cinéma de SF des années 50 à 80, Alien est une belle exception), venons en à 2010, qui parle de guerre froide en 2010. Mouhahaha ça commence bien pour la défense du film. Et pourtant, c’est un cru que j’ai toujours préféré à son prédécesseur.

L’histoire : Sept ans après les évènements de 2001, de nouveaux évènements sont enregistrés sur les mouvements du Discovery en orbite autour de Io, satellite de Jupiter. Alors en pleine concurrence dans les avancées du domaine spatiale, la Russie prépare une mission d’inspection. Des scientifiques américains tentent alors de négocier leur place pour participer au voyage.

2001 & 2010, réévaluation

Première constatation, on n’échappe pas au gimmick du communisme. Et le film affiche d’office quelques défauts à l’impact formel certain quand on compare à 2001. Ce dernier avait des airs de space opera en ne posant les pieds sur le sol que dans son introduction, ici, on a vraiment l’impression d’avoir un film des années 90 sous les yeux, qui rompt la continuité avec son prédécesseur. C’est bien ce qui est problématique dans son évaluation, car difficile de tenir compte de ses qualités si il ne respecte pas les règles établies par son prédécesseur en revendiquant tout de même la filiation… Autre écueil de taille : les effets spéciaux. Pas mal de plans sont très bien réalisés, mais plusieurs montrent des résultats décevants (je pense au catapultage gravitationnel autour de Jupiter, où la moitié des plans montrent une boule en feu qui brûle dans l’espace (avec même quelques petites gouttes d’essence enflammées qui « tombent »), pendant que des écrans de toutes les couleurs défilent devant nos russes). Et cette première sortie extravéhiculaire qui sent bon l’incrustation… Et ce poste de pilotage russe constellé de millions de boutons de couleurs différentes qui n’ont rien d’ergonomique… Ce côté a indéniablement vieilli, un peu la honte quand le prédécesseur n’a toujours pas pris une ride. Et enfin, certaines lourdeurs apparaissent dans son contexte social. Le petit passage de Bowman sur terre, entre autres, qui ne sert à rien. Mais aussi dans son fond. Vu que nous avons les deux camps de la guerre froide, on se doute que la coopération va devoir se tourner en collaboration et en rapprochement des peuples. Mais à plusieurs reprises, le film fait quelques erreurs un peu lourdes, comme cette petite ruscoffe qui vient se blottir contre Roy Scheider pendant le catapultage, ou encore l’absence d’apparition de Bowman auprès des russes, qu’il aurait été bien plus avisé de traiter davantage, plutôt que de les voir comme de simples taxis de l’espace. Car c’est finalement davantage leur rôle, malgré les quelques avancées scientifiques qu’ils font. Et les américains auraient alors eu à faire confiance aux russes sans avoir eu de preuve de leur côté, en les obligeant à mettre aussi leur suspicion de côté.

Pour le reste, je trouve 2010 passionnant à bien des niveaux. Il a déjà une fonctionnalité qu’avait moins son prédécesseur (qui envoyait une mission en un battement de cil de deux ans aux confins du système solaire parce qu’un signal a été détecté là bas, et après on vient chier sur Prometheus…) dans les motivations des américains et des russes, et surtout, il est foisonnant et veut apporter des réponses. Je trouve que l’ambiance fonctionne clairement mieux ici que dans 2001, car l’ensemble n’est plus uniforme. 2001 est un film sans relief (sauf pour son final), 2010 mute sans arrêt, change ses objectifs selon ses découvertes, et tout en parvenant à conserver une part de mysticisme (l’excellent entretien entre Scheider et Bowman pendant lequel le film brise des codes cinématographiques avec des faux raccords montrant un personnage changeant sans arrêt de forme et disparaissant d’un changement de plan à l’autre, un procédé efficace et particulièrement bien trouvé). On part en sachant à peu près ce que l’on va trouver, mais de nouvelles découvertes (entamées par les analyses sur Europe) viennent changer la donne et vite rajouter de nouveaux intérêts. 2001 ne réussissait à introduire cette peur « cosmique » que lorsqu’il arrivait en face du gigantesque monolithe. Ici, cette peur est constante, le film s’appuie beaucoup dessus. Rarement on aura eu la sensation d’être aussi proche d’éléments colossaux, capables de détruire les modestes observateurs simplement en poursuivant les évènements cosmiques qui sont à l’œuvre. Et par-dessus cette peur, l’escalade vers la guerre entre les deux blocs rend les choses intéressantes entre les équipes russes et américaines, qui se voient donner des ordres par leurs gouvernements respectifs alors qu’ils ne sont plus sous leur juridiction. Le rapprochement par la science était initialement le bon moteur pour entamer les relations (c’est moins le cas aujourd’hui, vu que la science protège jalousement ses résultats pour en tirer un max de profits), cette peur était aussi une bonne piste, mais le film n’a pas réussi à conclure d’une façon très probante cet axe, puisque finalement, ils ne font que fuir ensemble et rentrer au pays.

Mais c’est aussi le traitement sur Hal-9000 que j’ai beaucoup apprécié. Quand on est cinéphile, il est impossible de ne pas parler de son revirement meurtrier dans 2001 et de ressortir cette interprétation sur la dégénérescence de l’outil, que 2001 marquait comme spontanée (une petite erreur étrange qui semblait se répercuter et qui gagnait en puissance avec la non remise en cause de la machine), 2010 la recadre comme une erreur humaine ayant entraîné un conflit entre les paramètres de mission de la machine. Le film joue alors sur l’indécision des hommes concernant son statut d’ordinateur meurtrier, et surtout par la reprise des mêmes erreurs pour se simplifier la tâche (ignorant les réactions de Hal concernant la perspective de son autodestruction, ils lui cachent le destin du Discovery pendant leur fuite. Par ce petit procédé, le film parvient à garder d’un côté les craintes actives, et de l’autre appuyer son message sur une vision plus morale de la technologie, la machine étant enfin programmée de façon cohérente par le créateur.

Enfin, 2010 regorge de faits scientifiques. Question réponses, le film développe considérablement les pistes de son prédécesseur, montre les mécanismes de création de vie (et ici, d’une étoile rendant la vie possible sur un monde), affine le statut de l’entité monolithique (plus perçue comme se rapprochant du contexte divin que des aliens), détaille le fonctionnement de Hal (avec quelques maladresses, les concepts émotionnels comme la joie et la satisfaction auraient dû être traités avec un peu plus de retenue, tout comme cette insistance sur les rêves). De ce côté-là, le film est passionnant, fonctionnel, et ouvre de nouvelles pistes constamment.

Au final, 2010 se révèle tout simplement plus vivant que le désincarné 2001, il a plus de reliefs aussi, malgré ses erreurs qui le rabaissent surtout dans la forme. La prise de risque du film est à nuancer, puisqu’il s’inscrit dans un contexte un peu différent de son prédécesseur, mais néanmoins, les pistes qu’il privilégie pour les icônes héritées de Kubrick possèdent un intérêt, tout en assurant un certain spectacle (chose qui ne venait jamais à l’esprit de 2001, radicalement ancré dans sa rigidité de ton. Plus souple et plus riche, à défaut d’être vu comme du bon goût, 2010 est une suite qui me semble honorable, qui parvient ici à trouver un équilibre que je trouve nettement plus satisfaisant en termes d’immersion que le trip mégalo de Kubrick. Pas toujours très bien inspirée hélas, mais constamment dans la progression, et ambitieuse de par ses conclusions, au sens cosmique en tout cas (les petites suggestions cathos des paroles de Scheider sont un peu regrettables, mais l’évocation du concept divin est appropriée).

1984
de Peter Hyams
avec Douglas Rain, Roy Scheider

4/6

2001 & 2010, réévaluation
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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 19:20
Hunger games : la révolte - partie 1

Après un premier film médiocre et un second qui remontait largement le niveau tant question suspense que des mécanismes politico-médiatiques mis en jeu. On attaque maintenant la troisième partie, qui met enfin le feu aux poudres de la révolte. Ou pas vraiment.

L'histoire : Katniss, emmenée dans le district 13 se préparant pour la révolte, se voit proposer le rôle de porte étendard de la révolte. Elle finit par s'y résoudre, en négociant la protection des anciens vainqueurs des hunger games, alors que Pita est utilisé par le Capitole pour briser l'élan du mécontentement populaire.

Hunger games : la révolte - partie 1

Piteux retour sur à l'affiche de Katniss, interprétée par une Jennifer Lawrence qui continue sur la même longueur d'onde avec son profil d'adolescente. Malheureusement, cette première partie est en dessous des attentes qu'on avait après la seconde partie. Que s'est-t-il passé ? Ca s'est surtout ramolli au niveau du rythme, la faute à la séparation en deux parties et à une certaine aseptisation du matériau ( à part un charnier du district 12 et une légère évocation de torture, on en restera là). L'histoire se poursuit dans la continuité sans que rien de pleinement significatif n'arrive, comme si on jouait la montre en attendant l'année prochaine pour nous en mettre plein la vue question dénouement. Il n'y a aucune incohérence ici, tout est logique, mais laborieux, en tout cas sans la moindre surprise. Les règles médiatiques sont ici utilisées non plus pour dénoncer un divertissement à sous texte politique, mais pour propager une révolution. La propagande mise en scène (les premiers clips numériques absolument nuls) est vite abandonnée pour laisser la place à celle qui simule le réalisme. Pita jouant les amants brisés appelant les foules à l'apaisement auquel Katniss répond par des appels au combat dans plusieurs lieux touchés par la répression. A ce titre, mes plus sincères reproches au casting de l'équipe télé, un sacré combo de fautes de goûts, mais la saga Hunger games s'est révélée plutôt atypique sur ce terrain. Mais ici, tout se révèlera incroyablement laid et quelconque, le côté purement fonctionnel de cet opus semblant flinguer la moindre prétention artistique. Les enjeux psychologiques entourant Katniss sentent le réchauffé (sa relation avec Pita, qu'on sent être dramatique, se résume à gémir devant un écran, sa relation avec son copain chasseur à lui faire un kiss pour soulager sa souffrance), et on s'ennuie presque devant cette guerre médiatique dont on prédit à l'avance les évolutions. Le film essaye de se montrer immersif à plusieurs reprises (pendant le bombardement notamment). Peine perdue, on ne voit finalement plus rien, sans être davantage avancé. On a quelques scènes d'actions ? Las, elles durent toutes moins de 5 minutes (entre le bombardement, la prise du barrage et la révolte des bûcherons...). Et le reste du temps, on écoute de simples dialogues fonctionnels qui font avancer à bas débit l'histoire. Enfin, il est impossible de ne pas aborder la performance assez médiocre de Julianne Moore, qui réussit haut la main à rendre son personnage énervant, tout en échouant par la suite à la rendre sympathique (avec une telle coupe de cheveux, c'était de toute façon perdu d'avance). En bref, c'est la suite qui poursuit l'histoire, sans autre forme d'intérêt (les idées politiques sont vite envoyées ou déjà connues (l'oppression par la peur et la division médiatique)), ni grandes ambitions. Lawrence garde surement le meilleur pour la fin, et il a intérêt si il veut nous revoir pour la seconde partie, ce qui est déjà moins sûr...

2014
de Francis Lawrence
avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson

2/6

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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 10:30
Interstellar

C’est peu dire qu’interstellar était attendu au tournant par des cohortes de fans. Nolan et 2001, avec un casting qui compile les grandes figures d’acteurs de la décennie (Chastain, McConaughey, Damon…) avec bien sûr ses fidèles (inimitable Michael Cane, heureusement, on a oublié d’appeler Morgan Freeman), Hans Zimmer à la BO, et les récents progrès de la technologie pour se laisser aller où il le veut. Forcément, c’était tellement énorme (à l’image de Inception, virtuose sans marquer pour autant au-delà de la séance) qu’on pouvait s’attendre à des déboires. Enfin, à égalité avec Gravity, c’est déjà mieux qu’un Rises…

L’histoire : sur la Terre dévastée par les catastrophes naturelles et en proie à la malnutrition, un ancien pilote-ingénieur de la NASA reconverti en fermier avec sa famille découvre d’étranges anomalies gravitationnelles qui le conduisent à une base secrète de la NASA, planifiant un projet de colonisation planétaire.

Interstellar

Histoire de nous tenir un peu en haleine, on commence avec une intro plantant un futur un peu post apo mais c’est flou (la NASA a été dissoute pour ne pas avoir voulu lancer des bombes et… la malnutrition est apparue, sous forme d’épidémies de parasites se nourrissant d’azote de l’air, OK). On ne nous explique pas grand-chose, mais le côté fantastique un peu tiré par les cheveux a au moins le mérite d’être original (en s’expliquant plutôt bien à la fin). Puis c’est le départ. Et ça commence à se gâter. Le film soigne un peu certains détails (McConaughey qui écoute des bruits de la terre, l’adoption du temps comme facteur déterminant dans l’exploration des mondes potentiels), mais montre assez vite qu’il n’a pas de profondeur en dehors de ses enjeux immédiats (fort heureusement, le rythme arrive à faire passer assez vite les 2h49 de film, la durée d’un Solarys !). Interstellar ne surprend qu’à la première étape de son parcours, le reste est nettement plus balisé (je pense surtout à Matt Dammon et à son personnage, qui sert davantage à faire gagner près de quarante minutes de bobine à lui seul, histoire de rallonger le voyage). Ce n’est pas tant de meubler qui est le problème, on fait difficilement autrement quand on fait un film de SF d’exploration (puisque l’enjeu est ici carrément de trouver une planète favorable à l’établissement d’une colonie). C’est que ce soit aussi voyant.

Attention, spoiler grave : quand un personnage demande au héros de partir seul avec lui très loin du campement, et qu’il commence à lui parler d’instinct de survie et de ce qu’on voit au moment de mourir, on sait déjà ce qui va se produire. Et franchement, quand on sort la vieille excuse de l’instinct de préservation qui rend fou alors qu’on avait une mission déjà présentée comme suicide au départ… Je fais un peu la fine bouche, ça fonctionne, mais c’est gros… Surtout quand on lui fait adopter une rigueur scientifique totale (qui cache ses sales émotions donc) et qu’il meurt d’une façon complètement stupide où les risques qu’il encourrait sont basiques et évidents.
Fin du spoiler

Et ces magnifiques paysages inversés hérités d’Inception, et ces plans vus de loin qui citent 2001 (certains sont magnifiques, d’autres, par exemple devant les anneaux de Saturne, sont vraiment mauvais). Les frères Nolan ont beau tenter des morceaux de bravoure comme l’exploration de la première planète qui vire sans prévenir au désastre (avec des conséquences plutôt bien gérées d’ailleurs) ou la représentation des trous de verre (joli moment visuel), ils n’arrivent pas à créer l’ampleur recherchée. Leur fin du monde est cheap (des champs de maïs qui brûlent... désolé, mais j’ai du mal à me faire une idée de la situation réelle), et le manque de mysticisme (ironie, c’est par là que 2001 finit par pêcher) entourant leur histoire de gravité peine à nous transporter. Exemple type, la tirade de la chercheuse sur l’amour en plein débat sur la destination à choisir, tellement maladroite qu’elle ne pouvait que la discréditer. Et par ce genre de détails mous, Interstellar rate le coche. Et quid de ce fils paysan qui devient méchant parce qu’il est attaché à ses terres et ne veut pas de ces gens de la ville qui emmènent sa famille, sortez d’ma propriété ou je dégaine le fusil ! Allons allons… Oh, le film a encore quelques ressources, notamment cette fin rigolote qui donne d’intéressantes explications à son script et sa gestion des robots, qui deviennent enfin l’outil technologique tel qu’il est vraiment (2001 traitait de la dégénérescence de l’outil qui apparaissait de façon spontanée (par un refus de reconnaître son erreur), cette thématique est complètement bannie, dans la mesure où les ordinateurs sont programmés de façon intelligente (et fort heureusement, les fameuses closes de confidentialité et de franchise ne sont pas utilisées comme prétextes pour ralentir l’histoire de péripéties inutiles)).
En revanche, je me dois de faire une révélation sur la concurrence assez monumentale que fait Interstellar à Gravity. En effet, dans ce dernier, on pouvait y voir Sandra Bullock qui nous imitait un cocker blessé à mort en jappant jusqu’à plus soif. Et bien, lors d’une séquence capitale, McConaughey se met à imiter un chat ! Un feulement mêlé de ronronnement, sensés illustrer la peur, qui fait plutôt rire qu’autre chose (la séquence en question est identique à celle de 2001, mais elle vieillira beaucoup mieux, on en est certain). Pour une durée de 2h49, le film a un certain sens du rythme, et disons le, l’orgue lugubre un brin stellaire de Hans Zimmer, ça pose nettement plus d’ambiance que du Mozart ou du Vivaldi. Epopée plate qui trouve quelques collines pour attirer l’attention, Interstellar n’a pas grand-chose du film de l’année malgré ses tentatives (une virtuosité très relative, moins entrainante qu’un Cloud Atlas). Et puis quand le film nous dit que notre pilote s’est crashé (expérience toujours vue en flash back) à la suite d’une anomalie gravitationnelle… illogique quand on voit la conclusion et les explications fournies, on sourit un peu (ouh, on sent qu’il y a eu du remplissage niveau détails superflus qui n’ont pas été développés). Mais ne soyons pas trop vache, on reprendra bien du maïs lors de la diffusion télé, en gardant les pieds sur terre, et parfois en levant les yeux au ciel…

2014
de Christopher Nolan
avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway

3/6

Interstellar
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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 14:07
L'homme bicentenaire

La perte de Robin Williams, après le coup au moral (une icône d'enfance qui s'éteint), m'a poussé à rechercher d'autres films auxquels il avait participé. Les articles hommages de Borat et plusieurs autres blogueurs m'ont aidé à débroussailler le terrain, et c'est finalement sur L'homme bicentenaire que j'ai choisi de jeter mon dévolu. Récit de SF ambitieux qui puise chez Asimov sans le cacher, L'homme bicentenaire avait tout pour faire un film virtuose sur la vie en général. Hélas, c'est Chris Colombus qui s'est attaqué au projet (après avoir déjà jaugé Williams dans Mme Doubtfire), et qui livre un produit bien trop orienté famille...

L’histoire : Un robot créé dans les années 2000 et acheté par une famille fait preuve d’une faculté d’adaptation et d’intelligence inhabituelle pour les modèles de son genre. Intriguée, la famille décide tout de même de le garder à son service. Commence alors la découverte du monde et des hommes pour ce robot à l’œil neuf…

L'homme bicentenaire

Bon, reconnaissons le, le pitch de l’homme bicentenaire a de quoi immédiatement accrocher le fan de SF, qui pourra y voir un lointain ancêtre de Cloud Atlas, ou une variante de Magnolia dans sa fantastique ambition de délivrer un message rayonnant, un ressenti puissant et durable sur la Vie, sur les hommes et les grandes émotions qui font tourner le monde. En cela, l’Homme bicentenaire a tout du petit miracle espéré par les fans de SF, où la technologie passe au second plan pour souligner les enjeux humains qui s’y développent. L’homme bicentenaire a ce petit côté magique, et surtout cette imprévisibilité de la vie. Certains verront ce trait comme un défaut du script, qui montre après plusieurs péripéties qu’il ne sait pas vers où il se dirige. Le robot est doué d’une certaine forme de conscience (qui rend la communication très laborieuse avec lui avec son humour naïf et ses réactions exagérément protocolaires, mais c’est plus une lourdeur familiale qu’un véritable parti pris de SF), mais ne sait pas quel but donner à son existence virtuellement infinie. Alors il fait avec son univers, et exploite méthodiquement chacune des pistes qui s’offrent à lui. D’accord esclave domestique, il devient artisan sous contrat, puis serviteur affranchi, avant de s’intéresser à sa caste, explorant le monde à la recherche de semblables. Le script passe néanmoins par des étapes vraiment discutables (le passage pour signaler l’intelligence anormale du robot au constructeur avant de dire ben non on le rend pas, devant un méchant ingénieur qui dit « tôt ou tard, nous le récupèrerons ! ». On a faillit avoir droit à un remake de Beethoven ! Pareil pour l’aspect législatif du statut des robots pendant la quête d’un alter-ego, l’idée est évoquée, commence à poindre… avant de disparaître complètement, alors qu’il s’agissait d’un thème asimovien fondamental. En fait, L’homme bicentenaire utilise des arguments de la SF mais il s’en fout, c’est limite un accident si c’est réussi, car c’est faire un film sur la famille qui semble être sa principale préoccupation (notamment dans sa façon qu’il a de dépeindre une chaleur humaine bienveillante chez le robot ainsi qu’une inspiration totale à former un couple, qui n’avait pas vraiment de raison déterminante d’exister). Parce qu’il est parfois trop insistant, l’Homme bicentenaire dévoile alors sa structure cloisonnée, qui n’est vouée à être développé que dans la mince fenêtre de l’angle familial (à savoir formation d’un couple, développement de la famille et accomplissement par l’amour alors qu’elle verrouille au contraire son potentiel, le rattachant à faire le bonheur d’un seul être alors qu’il se révèle on ne peut plus créatif et utile dans ses quêtes personnelles (devenir humain, et en cela repenser le corps en concevant des organes et des prothèses qui font progresser la médecine mondiale). Certes, il veut devenir humain pour pouvoir aimer en tant qu’égal. Mais ces réflexions sont l’œuvre d’un scénariste accro à la guimauve qui n’a aucune conscience de ce qu’est la profondeur, ou alors à un degré minime en exposant sa bienveillance. Rien sur la condition humaine en général, un vague message sur l’esclavagisme des robots (en l’occurrence, les anomalies comme lui ont subi un génocide totalement passé sous silence), la portée de l’homme bicentenaire est extrêmement limitée, et finalement simplement réduite à la quête d’une humanité par la régression, à savoir retrouver toutes ses tares et handicaps (la chair, l’individualisme pour pouvoir être simplement accepté en société. Son action peut sembler avoir une portée symbolique (une création humaine fait un parcours de 200 ans pour affirmer son émancipation et revendiquer un titre qui en rien ne lui correspond, on le lui donne de bon cœur quand il s’est suffisamment esquinté pour l’obtenir, et c’est tout). Son existence n’a en rien fait avancer son « peuple », et ses préoccupations individuelles ne l’auront pas emmené bien loin. Malgré le bénéfice évident pour les humains, que de potentiel gâché.

Alors, pourquoi cette note généreuse ? Essentiellement pour Robin Williams, qui parvient à donner une certaine humanité à son personnage robotique (la prouesse est davantage palpable dans les débuts, quand l’enveloppe en plastique limite les manifestations émotionnelles), et qui lui confère cette chaleur humaine dont il a le secret. Une bienveillance naturelle, pas toujours appropriée ou intelligente (le gag des manifestations sonores corporelles… quelle faute de goût), mais qui tire toujours vers le haut en tentant de souligner le meilleur de chacun. De même, la guimauve familiale fait parfois mouche et trouve une certaine consistance dans des moments d’intimité (la mort du père, l’épisode du cheval de cristal), parvenant à capturer des facettes de vie familiale au potentiel sentimental certain. Malheureusement, les qualités humanistes du film s’arrêtent ici. Le futur aura beau bénéficier d’un certain soin esthétique, il semblera davantage creux que manifestement réaliste. Il a au moins le bon goût d’être optimiste. Là où on se tape des futurs toujours plus sombres dans la SF moderne, en voir un qui retourne à une ingénuité humaniste montrant des progrès humains, des aspirations culturelles toujours vives (religion et art se retrouvent mêlés au récit), fait du bien et alimente cet optimisme visé par le film. Sa répartie est piteuse, mais son fond est bon. Il s’arrête toutefois aux exactes limites de son terrain. Tous les parcours dissidents sont sortis vite fait du champ comme notamment le parcours de la grande sœur, petite peste gâtée qui devient une motarde punk insolente d’une caricature telle qu’elle provoquera sans un certain agacement pour bon nombre de spectateurs. Voir la marginalité ainsi caricaturée, et évacuée sans la moindre tentative de compréhension ni d’humanisation, ça fait un peu pitié. C’est ce qui sépare drastiquement l’Homme bicentenaire des autres films sur la vie. Et qui le rapproche du Tree of life. Sauf que ce dernier était à la fois expérimental et laissait totalement le spectateur jongler avec ses propres sentiments et expériences. L’homme bicentenaire, lui, t’encadre tout ça avec d’énormes barrières et on avance tant qu’on ne bute sur rien. C’est frustrant de se sentir ainsi embrigadé et de gâcher un tel potentiel (les lois d’Isaac Asimov ne seront pas exploitées une seule fois, c’est une valeur ajoutée aussi gratuite qu’inutile), malgré les efforts de Robin, d’un casting plutôt investi (essentiellement pour Sam Neill), et d’un bon esprit doublé d’une réelle ambition. Un coup manqué, qui bénéficie seulement d’indulgence.

1999
de Chris Columbus
avec Robin Williams, Wendy Crewson

3/6 (qui vaudrait 1.5 sans mon affection)

L'homme bicentenaire
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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 15:15
Lucy

Ah, ce bon vieux Luc Besson… On l’a tellement roulé dans la boue avec ses productions foireuses, ses scripts d’alcoolos et ses réalisations foireuses. Un vrai dézingage, pire que Jean Pierre Jeunet, auquel je ne m’étais pas privé de participer. Néanmoins, Malavita, dernier en date, avait le mérite de remonter au niveau d’une petite comédie potable, avec un argument commercial (de Niro, dont les années de talent sont passées) et un zeste d’action. Et avec Lucy, il se frotte au genre SF fantastique, dans un mélange de genres aussi bancal que frondeur. En résulte un retour majestueux vers les bas fonds de sa carrière.

L’histoire : Lucy, junkie sans consistance, est séquestrée par un gang chinois pour jouer la mule et transporter dans son ventre un paquet de drogue expérimentale. Mais lors de sa réception, le paquet éclate, la transformant en X men.

Lucy

Bon, voilà un film qu’on peut très bien juger sur sa bande annonce. Toutes les tares y étaient déjà présentes, mais maintenant, c’est officiel, on peut critiquer. Pas de gloire à critiquer monsieur Luc Besson (on tire sur l’ambulance), mais quand on a envie d’un navet de première, le savoir toujours en service fait plaisir. Ici, Luc Besson touche au matériau de la drogue qui donne des pouvoirs magiques, mais veut à tout prix donner une explication scientifique intéressante. Et pour cela, il se base sur la théorie du cerveau. En effet, le film ne cesse de nous comparer au genre animal, histoire de bien souligner que le 15% qu’on utilise nous a permis d’accomplir de grandes choses, et que le dauphin à 20% a un système de sonar naturel surpassant nos technologies. Partant de là, que serait-on capable de faire ? Et bien Luc répond à sa façon : on devient des X men. Rendez vous compte qu’une fois le paquet de drogue éclaté, notre héroïne à 20% monte sur les murs, défie la gravité, contrôle les champs magnétiques (donc elle a le wi fi, accède à internet, pirate les périphériques via la pensée) et a des aptitudes télépathiques. What the fuck. On n’avait pas vu de personnage principal aussi cheaté depuis l’Alice de Paul W. S. Anderson ! Une petite contrepartie toutefois : elle pense mourir dans les prochaines 24 heures à la vitesse à laquelle son corps fonctionne. Lucy (son nom est évidemment mis en comparaison avec la première humaine exposée dans les musées) se met donc à la poursuite de ses agresseurs, à rechercher les paquets de drogue restants et à échanger avec Morgan Freeman, scientifique accessoire inutile qui nous sert ses hypothèses scientifiques à grand renforts de stock shots d’animaux (les assertions sont particulièrement pesantes dans le début du film, où le concept fait très valeur ajoutée).

Partant de là, on sait qu’aucune cohérence ne sera possible (elle lit les conversations de téléphone portable, elle voit des champs d’énergie autour des végétaux, elle parle chinois d’un coup, sans jamais avoir appris la langue…), donc on se contente de regarder, et question rythme, le film se révèle efficace, avançant sans arrêt à tambour battant. On mentionnera quand même la scène où Lucy, dans un bloc opératoire, abat sans sommation le patient en train d’être opéré, jette son corps à terre et force le personnel à l’opérer, en prétextant que « il était condamné de toute façon, le cancer avait pénétré dans les vertèbres ». Je passe sur la série de rebondissements débiles qui fait le développement pour sauter directement à la fin. Car le scénario part tellement en couille qu’on se doit de le mentionner. A 80%, Lucy vomit des éclairs par la bouche, se transforme en blob et crée de la matière. A 90%, elle se met à voyager dans le temps, mais c’est foireux. Alors qu’elle annonçait il y a quelques minutes que seul le temps permettait l’existence de la vie, la voilà qui se met à voyager physiquement dedans (les gens la voient) sans dommages, et tout en restant assise sur sa chaise dans la pièce initiale. Et elle remonte jusqu’au crétacé, venant dire bonjour à un vélociraptor… Putain, Tree of life avait vraiment marché, Besson s’est dit qu’une expérimentation à la mord-moi-le-nœud pompant Malick, c’était l’idée de génie, la cerise sur le gâteau. Pendant les 10 dernières minutes, Luc Besson se prend vraiment pour Terrence Malick, et tente une expérimentation qui part complètement en couille ! A 99%, Lucy se met à voyager dans l’espace, voit la galaxie défiler, et des tas d’astéroïdes foncent vers elle, tout cela ayant la forme d’un ovule entouré de spermatozoïdes ! Besson fait de la merde jolie, et se prend pour un génie ! Enfin arrive le 100%, et là c’est… « Je suis partout ! » Waow, Dieu est une blonde avec un cerveau ! Alléluia ! Tu l’as fait, Luc ! Et les scientifiques héritent quant à eux d’une clef usb formée de matière noire, alors que l’ordinateur hyper sophistiqué de Lucy se désagrège (pouvait pas faire évoluer l’informatique également ?). Bref, Lucy, c’est l’extrapolation complètement absurde d’une théorie assaisonnée à la sauce Besson, qui plus est avec une blonde qui utilise à fond son cerveau. Entrainez vous, parce que les X men recrutent, et que tous ces petits mutants sont des minables 30%. Quant à Terrence Malick, j’espère qu’il a de l’humour quand il verra comment on plagie ses œuvres…

2014
de Luc Besson
avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman

1/6

Jamesluctor ose critiquer les blondes ! Sale misogyne rétrograde, va !

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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