Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
Que contient la série B généreuse du bisseux indécrottable ? Des monstres en pagaille, de l’humour, de la générosité et un petit message amusant. En bref, tous les ingrédients d’un petit film comme Evolution. Et pourtant, je doute encore, après deux visionnages, à lui accorder ma bénédiction. Le film se révélant tout simplement trop complaisant dans l’humour, et se révélant incapable de parler sérieusement de ses créatures. Retour dans l’enfer du monstre sans queue ni tête.
L’histoire : un météore s’écrase aux USA à proximité d’une petite ville. Deux « scientifiques » de l’université locale se rendent sur les lieux et commencent à faire des tests, en découvrant des traces de vie sur la roche.
Sincèrement, ce film a une genèse qui ferait baver d’envie n’importe quel amateur de bonne série B bien divertissante. Avec des organismes qui refont l’évolution à leur sauce et dans des temps record, il n’y a pour ainsi dire aucune limite à la folie créatrice du projet. D’autant plus qu’il bénéficie d’effets numériques très convaincants, qui sont le gros bon point du projet. Commençant sobrement (et de façon très réaliste), on dévie peu à peu vers du plus en plus gros, dans un final dantesque comme il se doit (Le Blob de Chuck Russel n’est pas si loin que ça !). Si sur le plan des effets spéciaux, le film délivre clairement la marchandise (malgré des primates bleus assez décevants), on ne peut pas dire en revanche que la comédie soit réussie. Le projet se veut dès le départ régressif (la situation loufoque de l’introduction en est la preuve). Et rapidement, les personnages qu’on nous montre n’ont de scientifique que le nom. Faisant n’importe quoi avec le matériel que les accessoiristes ont posé là, ils cabotinent à qui mieux mieux, en sortant un nombre de vanne impressionnant, mais assez vain sur la longueur. Incapable de rester sérieux pendant une minute, le film gâche ses créatures en les mettant dans des situations loufoques, et en dédramatisant toujours leur impact sur la ville (mais c’est une comédie). Le problème du comique régressif, c’est qu’il a beau être régressif, il ne fait parfois tout simplement pas rire. Le film sombrant peu à peu dans l’absurde le plus total, on arrête de se prendre la tête sur les détails. Mais quand ils continuent à nous rajouter des vannes ringardes (la scène du supermarché est particulièrement révélatrice du sujet : on se fait un trip, on le tient, et l’absurde finit par lui donner l’écho). Si la fausse publicité pour Head&Shoulders (assez rigolote quand elle débarque, totalement stupide dans son introduction (le plutonium aussi, c’est mortel pour l’homme…)) semble en cohérence dans cet univers décalé, le message sur les scientifiques a néanmoins de quoi interpeller. Ce film étant un clin d’œil à la bêtise populaire (tous les personnages sont des ratés), la science en prend pour son grade, devenant un tissu de mots savants qui compliquent les choses au lieu de les analyser. Dans la même optique, l’armée devient un repaire de bas de plafond dans les rangs comme dans le commandement, les gradés se révélant presque aussi vaniteux que les scientifiques (il y a même le général qui cumule…). Quant au gouverneur, c’est un gras suffisant obnubilé par ses intérêts personnels qui vit en menaçant son entourage par diverses menaces plus ou moins justifiées. Nos héros finissent glorifiés, mais au final, le ridicule ne mène nulle part, nos héros étant eux aussi tournés constamment en ridicule (et sans que l’humour déclenche une quelconque réaction chez moi). Chercher un sens à cette comédie, ce n’est sûrement pas le bon angle d’attaque, mais l’humour s’étant révélé tellement lourd pour moi, je n’ai plus que cela pour me raccrocher. Fonctionnant trop sur la complicité du public, Ivan Reitman cherche plus à faire rire de ses personnages qu’à les rendre attachants. Décevant, mais culte dans certaines ethnies cinéphiles.
1.5/6
de Ivan Reitman
avec David Duchovny, Julianne Moore
