Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
A l’heure où Le Discours d’un roi remporte tous les éloges avec une assurance qui frôle la prétention (ce qui ne l’empêche pas d’avoir une bonne copie, talent et prétention n’étant pas incompatibles), sort en toute discrétion dans les bacs une comédie dramatique allemande, qui est elle aussi du même tonneau : mon Führer. Un potentiel énorme… gâché par un manque de couilles flagrant, finissant au final par ressembler au biopic précédemment cité, mais en moins bien.
L’histoire : 1945, Adolf Hitler est démoralisé par la débandade de ses troupes et les bombardements de Berlin. Pour lui redonner le moral, son chef de propagande, Josef Goebbels, choisit un acteur juif dans un camp de concentration et le charge de donner des cours de jeu au Furher afin de lui faire tenir un discours de victoire dans les 5 prochains jours.
Avouez qu’une telle histoire est vraiment stimulante. Un juif donnant des cours à tonton Dodolf en personne ! C’est l’unique raison pour laquelle j’ai préféré ce dvd à beaucoup d’autres, le potentiel comique d’une telle association étant vraiment détonnant. En effet, le registre humoristique d’un tel projet est phénoménal, pouvant déboucher sur une multitude de situations comiques de bon comme de mauvais goût, le tout avec une finesse de jeu monumentale. En gros, on pourrait refaire Le discours d’un roi, mais en se prenant moins au sérieux et en laissant tomber l’humour retenu n’allant jamais plus loin que la boutade sympathique. On imagine dès lors ce qu’une telle idée aurait pu devenir entre les mains d’un Mel Brooks ou d’un réalisateur anglais de renom… Et malheureusement, c’est le film qu’on ne verra jamais. Pourquoi ? Parce que le film fait la connerie monstrueuse de croire en son histoire. Il fait la bourde impardonnable de vouloir tout justifier, de donner des raisons et d’inscrire au maximum son film dans un contexte historique. Mais non, un tel projet ne doit pas tenter ça ! Le script est suffisamment improbable comme ça ! Du coup, niveau humour, c’est encore pire que Le discours d’un roi, le film n’essayant jamais de faire rire sur les sujets qu’on attendait, ou plutôt, il n’a pas les couilles d’y aller à fond et de nous faire rire à s’en pisser dessus. Tout est poli, lisse, subtilement écrit, c’est chiant à mourir, et en plus c’est peu drôle. Le dictateur ? La vie est belle ? Mes fesses ! Le film n’arrive jamais à la cheville de l’un d’entre eux, tant la mise en scène se révèle capricieuse et chiadée. Certes, il y a quelques idées qui finissent par faire rire (le salut hitlérien, chiant au départ, finit par payer avec son comique de répétition, et Blandine faisant elle aussi le salut, on peut clairement sourire), mais c’est tellement décevant sur sa globalité, que le film se révèle vraiment mineur pour un projet qui aurait clairement pu être le rival allemand de OSS 117. Du coup, c’est pas aujourd’hui qu’on va se marrer un bon coup sur la solution finale, et si il y a de l’humour juif dans ce film, ça veut dire qu’on ne rit même pas de choses pas drôle. Le concept est énorme, mais le film est raté. Frustrant.
1/6
de Dani Levy
avec Helge Schneider, Ulrich Mühe
