Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
Charlize Theron est apparemment une actrice très connue, qui a joué dans le meilleur (L’associé du diable, une pure merveille), mais aussi (et surtout) dans le pire (Aeon Flux, Hancock, et subjectivement Braquage à l’italienne). Cependant, si il y a bien un film atypique à retenir dans sa filmo, c’est bien Monster. Qui se serait attendu à la voir s’enlaidir d’en telle façon pour coller ainsi à son rôle ? Elle révèle alors un potentiel d’actrice vraiment insoupçonné, et démontre l’étendue de son talent, qui a donc été totalement gâché par les grosses productions.
L’histoire : Aileen vit de sa prostitution depuis sa fugue pendant l’adolescence. Un soir, désirant claquer son dernier billet avant de se suicider, elle est abordée par Selby, une jeune femme seule recherchant un peu de compagnie. Malgré un début houleux, la conversation s’engage, et c’est le coup de foudre. Mais tout allait bien jusqu’à ce que les parents de Selby ne se rendent compte de la situation.
Monster est un drame qui me tient particulièrement à cœur, car en plus de m’avoir mis une claque, il a initié un processus de mise à distance assez profond vis-à-vis du manichéisme. Cette histoire de prostituée tombant amoureuse et décidant d’aller vivre loin avec sa dulcinée a de quoi émouvoir. Pourquoi ? Parce que leur amour semble condamné d’avance. Déjà, le statut d’un couple homosexuel féminin est assez mal vu, Selby et ses parents sont catholiques pratiquants, et enfin, Aileen n’a pas de situation régulière de par son activité professionnel. A vrai dire, tout semble compromis, mais ces deux femmes continuent à se voir et à sortir ensemble pendant quelques jours. Jusqu’au client de trop, qui assomme Aileen et tente de la violer (ce qu’il fera partiellement avec une clef à molette). Aileen, dans un réflexe de légitime défense, le tuera avant de le déposséder de ses biens, et d’embarquer Selby dans sa fugue. Selby étant dans l’incapacité de travailler, elle lui promet avant de partir de subvenir à leurs besoins. Ce couple part donc, et tous nos espoirs sont avec elles. Mais un drame reste un drame. Comment une prostituée ayant abandonné ses études peut se reconvertir du jour au lendemain pour entretenir une vie de famille ? Claque après claque, elle ne trouve qu’un petit emploi sous payé qui ne parvient pas longtemps à les nourrir à leur faim. Aileen est donc obligée de reprendre le trottoir, et décide alors de s’attaquer aux plus viscieux clients qu’elle rencontre afin de leurs piquer leurs biens après les avoir abattu avec l’arme qu’elle a prise sur sa première victime. Ce film, c’est un road movie avec une psychopathe, doublée d’une histoire d’amour tragique vraiment convaincante. Les deux actrices, Charlize Theron et Christinna Ricci, sont en tous points admirables, et donnent une épaisseur vraiment inattendue à leur personnage. Là où le film m’a soufflé, c’est sur le dérapage du film, qui passe d’un manichéisme méchant à une réalité bien plus cruelle. Lors du premier meurtre, tout était là pour légitimer l’acte d’Aileen (elle trouvera d’ailleurs divers ustensiles dans le coffre laissant présumer de la perversité de son agresseur). Mais peu à peu, ses victimes se feront plus communes, jusqu’à un sexagénère couchant avec elle car ne pouvant satisfaire sa femme handicapée, et enfin un homme vraiment généreux, qui rendra son acte d’autant plus atroce qu’il est désespéré. Nihiliste, sans pitié, Monster est un drame qui prend à la gorge, qui n’a pas besoin de beaucoup de budget pour faire du bon cinéma, et qui, malgré quelques grosses ficelles classiques, peut se targuer d’être empreint d’une humanité vraiment touchante, sublimé par un jeu d'actrices admirable. Un drame passionné et passionnant.
5/6
de Patty Jenkins
avec Charlize Theron, Christina Ricci
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