Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
Sisters est un film de Brian de Palma, un thriller tourné vraiment dans son style, et qui rappelle en même temps Hitchcock pour son ambiance et son histoire pleine de tension, et organisant un face à face final puissant, vraiment tendu où chaque acteur pourra faire exploser son potentiel de jeu. Une vraie date dans le milieu, mais passé complètement inaperçu à cause d’un film beaucoup moins recommandable d’un point de vue qualité : Vendredi 13. Un remake a été envisagé pendant plusieurs années, mais n’a pas vraiment trouvé preneur, ne sachant pas si on devait tourner le film à la mode Hitchcock ou à la façon Polanski. Douglas Buck, scénariste du meilleur Troma (terror firmer, une tuerie) et réalisateur de l’incroyable Family Portraits (un drame dont je reparlerai prochainement), va surprendre tout le monde en le tournant dans le style de Cronenberg.
L’histoire reprend la trame de l’original en modifiant légèrement ses personnages : le docteur Wallace rencontre Angélique, l’assistante du docteur Lacan, dans une clinique pour enfants. Ils s’éclipsent tous les deux sans que Phillipe Lacan puisse les retenir. Arrivés dans l’appartement de la jeune femme, Wallace comprend que la sœur jumelle d’Angélique, Annabelle, et aussi dans l’appartement. Dans la rue, une journaliste les surveille de près.
En donnant une esthétique particulièrement soignée à son film (image lisse, lumière sombre mais nette, le même type de grain que dans A l’intérieur), Douglas Buck imprime immédiatement un sentiment de classicisme dans sa mise en scène, ce qui sera assez souligné dans les bonus du film. La plupart des costumes sont typés dans des époques passées (le docteur Lacan a l’air de venir des années 60), les voitures et le mobilier également. Modifiant légèrement sa scène de meurtre, plus sanglante mais moins traumatisante que celle de de Palma (où les blessures étaient presque béantes), on bascule dès lors dans le thriller classieux, où le but est de révéler les failles des méchants : le docteur Lacan et Annabelle (La journaliste assiste à la scène depuis l’appartement du docteur Lacan alors qu’elle y est entrée par effraction). Le chat et la souris en quelque sorte, mais c’est surtout le personnage d’Angélique qui étonne, dans tout cela. Droguée aux médicaments non commercialisés, aimable, et très ambigue, Lou Doillon, qu’on a rarement vu aussi élégante, étonne par ses compétences de jeu. Mais nous progressons peu à peu vers le final mettant tout le monde face à face, révélant peu à peu les faiblesses des personnages. Et ce remake va encore plus loin, accentuant l’effet « ambiance cronenberg » en brouillant peu à peu la réalité pour instaurer une sorte de lien du sang, matérialisé par deux plaies béantes au niveau d’une cicatrice de jeunesse, qui réunira les grands personnages féminins du film. Si il est moins stressant et moins ludique que son prédécesseur (quoi de plus bandant qu’un thriller parfaitement exécuté, et possédant un fin inattendue et accrocheuse), Sisters, sœur de sang est un remake incroyablement esthétique, assez développé au niveau de ses thèmes, et dont l’existence est plutôt justifiée au vu de ses qualités indéniables.
4/6
de Douglas Buck
avec Chloë Sevigny, Lou Doillon
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