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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 17:30

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Paris a toujours été une ville qui a développé des tendances qui lui sont propres, ce qui se vérifie également au cinéma. Il y a un genre cinématographique typique de Paris, dont on peut voir régulièrement les représentants dans les salles (type le Prénom…). L’Apollonide, souvenir d’une maison close, s’inscrit complètement dans ce milieu, développant un drame maniéré, bradant de l’humanité bon marché en soignant délicieusement son esthétique.

L’histoire : la vie quotidienne d’un bordel dans le Paris du XiXème, menacé de fermeture.

 

http://blog.slate.fr/projection-publique/files/2011/09/l_apollonide_souvenirs_de_la_maison_close6.jpg

 

Voir l’Apollonide se révèle vraiment être une expérience, où le bon côtoie le mauvais avec une certaine aisance. Conscient d’avoir affaire ici à un sujet en or, le réalisateur Bertrand Bonello n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il veut mettre en scène ses prostituées. Si jamais il ne se décide à mettre à nu ces messieurs et qu’il ne filmera pas les ébats (il se contente souvent des préparatifs de différents fantasmes : le bain de champagne, la fameuse scène du lit), il donne dans le trash de ci de là, l’exemple le plus frappant étant celui du rêve d’introduction de la principale prostituée du film (qui se voit emplie de semence jusqu’à en pleurer des larmes) et son illustration finale, très maniérée et immanquablement esthétique. C’est d’ailleurs cette esthétique qui fait la grande force du film. Si l’envers du décor n’intéresse finalement que moyennement (mais nous allons y revenir), les plongées dans l’univers du bordel sont un délice visuel, impossible d’y résister. L’univers fantasmé est moins flamboyant ou exubérant qu’un salon Kitty, il a plus un pendant Lynchien… Le temps semble régulièrement suspendu, grâce aux musiques d’ambiance vraiment étranges qui sont employées et à ce soin apporté au décor. La scène des verres de cristal est à ce titre un pur moment cinéphile, ou pendant deux minutes complètement suspendues, on voit des prostituées et des clients faire chanter des verres. On touche au sublime. Mais telle cette panthère, bel élément de raffinement qui devient le temps d’une scène surjouée l’instrument d’une vengeance, l’envers du film est lui aussi de taille. L’envers du film, c’est l’aspect psychologique et sentimental complètement bordélique sensé combler l’absence de scénario. Autant le dire tout de suite, il ne se passe rien dans l’Apollonide. Pour s’introduire dans le milieu, on aura à une fraîche jeune fille de 16 ans, pratique courante à l’époque, qui veut sciemment devenir prostituée et qui sortira assez vite de la trame du film. Que dire après, sinon que les personnages des autres prostituées ne sont absolument pas marquantes. Si la solidarité féminine semble agir au milieu de toutes ces hôtesses, le film insiste régulièrement sur leur humanité par des débordements sentimentaux et des étreintes. Une façon comme une autre de les rendre attachantes, mais sur deux heures, ça devient quand même de l’humanité bon marché. Et de l’humanité bon marché, on nous en vend aussi en filmant le petit déjeuner, avec la vengeance finale… Il faut dire que le seul personnage véritablement marquant du film est la prostituée du début, défigurée d’un sourire d’ange par un client psychopathe. La personnalité brisée de cette femme est de loin la plus touchante, vu que c’est aussi la plus sobre d’entre toutes (n’étant plus demandée par les clients, elle rend un peu service mais son inutilité est là et elle en a conscience). Aussi les propositions des gens voulant louer ses services après mutilation sont immédiatement vu comme des pervers en quête de sensations fortes (ah, ces riches…) et elle comme une femme brisée qui agit parce qu’elle n’a pas d’autre choix. Si ses airs meurtris sont magnifiques, elle sera elle aussi victime de digressions du script complètement inutiles, qui en profitera pour faire un peu de psychologie avec elle et qui insistera lourdement sur son rêve. L’Apollonide est donc un matériau hétérogène, cultivant un esthétisme poussé à l’extrême et une peinture appuyée de l’humanité des prostituées. Il n’y a que la fin qui puisse prêter à débat (pointant la fermeture des bordels et la dégradation des conditions de vie des prostituées qui maintenant tapinent), le reste n’est que pur divagation esthétique flatteuse pour l’œil, mais vraiment longue par moments.

 

3/6

 

2011
de Bertrand Bonello
avec Hafsia Herzi, Céline Sallette

 

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commentaires

borat8 17/11/2012 20:29

Bah Rohmer et Godard me font une envie folle de ne pas voir leurs films. Godard surtout en raison de deux films qui me les ont bien casser. Alphaville et Pierrot le fou qu'ils s'appellent...

borat8 17/11/2012 14:39

La nouvelle vague me passe vraiment au dessus de la tête en dehors de Truffaut.

voracinephile 17/11/2012 19:51



J'ai pu voir au moins un film des principaux réalisateurs, et jusqu'à maintenant c'était du bon. Mais je me méfie du reste des filmographies...



Vince12 16/11/2012 19:12

Jamais vu un seul film de Bonello pour ma part. J'ai seulement apprécié ses commentaires faits sur "Les Enfants de Salo"

voracinephile 17/11/2012 13:42



Ce film est mon premier de ce réal. Au final, c'est plutôt concluant, très belle esthétique, je ne suis pas contre découvrir d'autres éléments de sa filmo.



borat8 16/11/2012 17:39

C'est justement sur ça que les français critiquent leur cinéma. A savoir un bavardage pompeux où on s'ennuie sec. Je me souviendrais toujours de la parodie des Inconnus; Le doutage. Une vraie
pignolade par excellence.

voracinephile 17/11/2012 13:25



Ce sketch est l'un des plus connus en effet, même si c'est loin d'être mon préféré. Toutefois, il faut reconnaître que c'est toujours valable, et que la Nouvelle vague reste toujours une
référence.



borat8 15/11/2012 18:17

Au moins tu auras pu contempler de beaux corps nus dans de longs plan-séquences!

voracinephile 16/11/2012 11:22



Certes ^^ C'est ce qui fait en partie le charme de l'ambiance, la mise en scène très ampoulée, très suspendue, filme parfois de vrais tableaux trash, où le classicisme du décor se heurte à la
dimension sexuelle de l'action. Mais souvent, quand les personnages se mettent à parler, on tombe dans le remplissage, les petites leçons d'humanité...



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