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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 17:04
L'enquête

Film colossal que cette Enquête passée relativement discrètement dans les salles, surement un complot de l'Etat ou que les spectateurs saturent déjà trop de la crise pour se replonger dans le feuilleton de Clearstream qui nous avait valu une des interventions les plus accrochantes de l'ami Sarkozy. Peu de fioritures, beaucoup de fausses pistes et de démêlés entre experts, L'enquête nous propose de revisiter les débuts de l'affaire et le lancement de la polémique, tout en s'impliquant aussi sur l'affaire des Corvettes, occupant alors le cabinet de justice indépendant chargé de l'enquête.

Le film est un véritable sac de noeuds, à l'image de l'affaire qu'il tente de démêler. Il y a tant de connexions entre tous les suspects, tant de données à analyser, tant d'enjeux et de circonstances à cerner qu'à échelle humaine, le problème semble inextricable. Le film nous épargne donc la revue régulière des preuves matérielles, et s'attache à la trajectoire du journaliste lancé en indépendant sur le sujet, qui ramasse petit à petit de gros morceaux tombés des archives pour faire éclater la bulle. En s'attirant dès lors les foudres d'une multitude d'ennemis puissants et inconnus ayant eu recours aux pratiques financières de Clearstream.

Le film donne donc une certaine orientation à ses révélations, et présente chacun des protagonistes avec un rôle précis. Plusieurs étant des personnalités politiques toujours au pouvoir, il faut donc prendre un peu de distance entre ce matériau et l'affaire réelle. Elle en est toutefois un exemple percutant et démonstratif, qui fonctionne à merveille dans le monde moderne. C'est là qu'il faut se régaler dans le film. Que ce soit sur le rôle des médias, de l'utilisation de l'opinion publique, des magouilles pour détourner l'attention le temps de faire place nette, des moyens de pressions, des simples enjeux personnels (qui font prendre une tournure décisive dans la crédibilité du journaliste en question)... Tous ces éléments fonctionnent dans un sens cohérent et sont un reflet ultra réaliste du fonctionnement de la grosse machine qu'on surnomme "systeme". Même si le film conclut par l'hommage au courage du journalisme critique, il nous a offert une plongée vertigineuse dans le mouvement quotidien des liens de pouvoir. Film impersonnel ultra immersif et foisonnant, on tient là un égal des plus grands films d'Oliver Stone dans l'ambition, et une image nette du fonctionnement d'un organe financier et d'un mécanisme de corruption moderne. De quoi compenser largement sa facture technique faiblarde et son manque de "cinématographie" (c'est un téléfilm ni plus ni moins).

7/10

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 19:10
The imitation game

The imitation game a immédiatement déclenché des petites suspicions, qui plus est en dévoilant un casting trop irréprochable pour ne pas susciter le doute. Benedict Cumberbach notamment, qui explose l'écran depuis sa propulsion en fanfare dans Star Trek into darkness, bien soutenu par la suite dans 12 years a slave et surtout la série Sherlock. Mais avec Keira Kingsley et Mathew Goode (le beau gosse des watchmen), on est clairement dans le king' speech like, le téléfilm oscarisable, formaté au possible. Autant dire que je partais mal, et que je n'ai pas été déçu.

L'histoire : dans les années 40, l'armée anglaise travaille sur un projet top secret de décryptage d'Enigma. Arrive alors un étrange mathématicien, Alexandre Turing, dont les méthodes peu habituelles mettent à mal la hiérarchie militaire.

The imitation game

A ma charge, j'admets n'avoir fait aucune recherche préalable sur Alan Turing, et j'aurais dû. Au delà de la reconstitution d'histoire et de faire un film de nerd, c'est aussi une injustice historique qui marqua la vie de ce scientifique, qui perça le secret du code avec son équipe de mathématicien, avant d'être condamné par la justice à la castration chimique pour indécence en réaction à son homosexualité. Soit, on convient qu'un hommage soit nécessaire (initié par le geste de la Couronne, qui réhabilita sa mémoire en 2013). Pour m'avoir fait (re)découvrir le personnage, le film a au moins réussi sa mission de devoir de mémoire. D'ailleurs, la performance de Cumberbach dans le rôle est à reconnaître, il endosse avec facilité l'enveloppe du nerd à l'ancienne, plus convaincant que l'humaniste Assange du quatrième pouvoir. Tout le reste, c'est du vide. De la banalité. Du remplissage. Le script va clairement dans la facilité, ne développant jamais la moindre notion technique un temps soit peu évoluée (la machine à décoder fonctionne... ben elle fonctionne, quoi). D'ailleurs, vu comment tout le monde s'est battu pour ne pas la voir fonctionner (les camarades non coopératifs, la direction militaire qui interrompt les essais...), l'enjeu convenu fait pitié une fois qu'il est atteint. Puis commence alors un postulat intéressant, traité hélas avec la finesse de l'enclume et du marteau. Dans son traitement des émotions, le manque de subtilité blase, vraiment. Ce n'est pas qu'on ne ressent rien, mais franchement, ces séquences de flash back où le petit Turing se fait malmener et tombe amoureux de son seul ami, le tragique de son histoire souligné sans finesse par une voix off envahissante... Le titre même, the imitation game, est expédié en une minuscule conversation prononcée aux 3/5èmes du film, qui ne développe même pas ce concept assez fascinant pourtant, faisant le lien avec les réflexions mathématiques sur les premiers ordinateurs et les comportements sociaux d'imitation, pris ici dans le cadre de l'homosexualité et résumé par un "on a des goûts différents, donc on pense différemment, mais ça donne pas le droit de mépriser pour autant". Merde. Ben je m'ennuie. Désolé, la reconstitution est correcte, les personnages secondaires sont corrects, le film joue la montre à plusieurs reprises, la p'tite touche d'humour pour faire plaisir, les séquences émotions pour faire pleurer, l'absence de parti pris qui fait partir le film dans toutes les directions qui s'offrent à lui. Au moins, ce film m'aura fait nuancer la hargne que j'avais à l'encontre de l'oscarisé discours d'un roi, qui passe dans la catégorie Yves Saint Laurent : le téléfilm lisse, degré 1 de cinéma, caractère strictement informatif (avec le seul handicap finalement d'un enjeu débile : ne pas se mordre la langue). Mais soyons clair, ce type de film devrait simplement rester dans le cadre de la télé, au lieu de gonfler son casting pour squatter les salles. Ou embrasser davantage son sujet, se déconnecter des enjeux superflus (franchement, cette insistance sur les alliés qui ont peur de perdre la guerre, arrêtez de le rabâcher, on sait qu'elle va être gagnée) pour adopter un angle de vue à fond : le documentaire reconstitution, ou la fiction qui adapte.

2015
de Morten Tyldum
avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley

3/6

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 14:15
Ludvig Van B.

Amadeus a bien fait parlé de lui avec ses 8 oscars, aussi, un autre biopic de musicien a été lancé sur ce chantier. Grande reconstitution d’époque, une belle troupe d’acteurs réunis pour l’occasion, et dans le personnage de Beethoven, l’inattendu Gary Oldman, qui livre une performance plutôt intéressante dans sa carrière.

L’histoire : Alors que Beethoven vient de décéder, la lecture de son testament révèle qu’il lègue tous ses biens et sa musique à son « éternelle bien-aimée » sans mentionner son nom. Commence alors une enquête retraçant la vie du musicien.

Ludvig Van B.

Loin de tout esprit de vengeance et de jalousie artistique, le film suit la vie de Beethoven comme un roman. Avec ses étapes, ses séquences, ses différents épisodes (son passage en tant que professeur de piano, sa vie solitaire dédiée à la musique, le scandale de la découverte de sa surdité…). En cela, le film privilégie l’absence de vision, il se contente, comme nous, de suivre le cours de sa vie en changeant de ton quand cela s’impose. Mais il faut néanmoins une tragédie, car nul génie ne peut recevoir le compliment sans en subir une. Pour Beethoven, ça sera son incapacité à perpétuer son talent. Après le fiasco de ce fameux concert où l’orchestre saborda la représentation, déclenchant des huées du public devant un Beethoven dépassé par les évènements, le musicien est tombé en disgrâce, puis c’est son meilleur ami qui décède, léguant à sa veuve manipulatrice ses biens et une partie de la musique de Beethoven. On a alors une curieuse partie juridique pour la garde de l’enfant (une étrange impression de divorce avant l’heure), qui revient finalement à Beethoven. Ce dernier donne à son protégé une éducation essentiellement musicale, sans que ce dernier manifeste hélas un quelconque talent en la matière. Car le talent n’est pas donné à tout le monde, et la contrainte, à moins d’une personnalité inexistante, engendre rarement le perfectionnisme nécessaire au jeu d’un instrument. C’est là la déchéance de Beethoven, s’acharnant à vouloir continuer à vivre par l’intermédiaire d’une nouvelle génération qui n’a pas l’étoffe nécessaire. On appréciera alors de voir le thème poussé assez loin, jusqu’à la tentative de suicide du gamin devenu jeune adulte (brisé par son incapacité à satisfaire les desseins de son oncle), et cette séquence de cinéma où Gary Oldman nous livre un Beethoven hagard, consumé par sa vie et la boisson, errer comme un zombie sur un parvis d’église. Aucun spoil concernant l’enquête, la révélation viendra avec le visionnage du film. Ce dernier se révèle donc être un biopic plutôt bien troussé, honnête dans son jeu d’acteur et parfaitement limpide dans ses intentions.

1994
de Bernard Rose
avec Gary Oldman, Isabella Rossellini

4/6

Ludvig Van B.
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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 23:34

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La découverte d’un nouveau cru de Scorcese est toujours excitante, surtout quand il se lance dans le pari délicat de découvrir un univers et d’en révéler totalement les rouages. La bande annonce très tapageuse du Loup de Wall Street annonçait un festival de débauche à la démesure de la bourse, annonçant une couleur proche des teen comédies grasses pour ado basique (ce qui pouvait sérieusement nous faire craindre le pire). Le film est-il si débauché que ce que la bande annonce nous laissait voir ? Ô que oui !

L’histoire : Jordan Belfort, jeune étudiant ayant commencé par le bas de l’échelle à Wall Street, découvre les ficelles du métier de courtier et de trader. Viré par sa banque lors du crash boursier de 87, il se lance dans la vente d’action de sociétés douteuses et finit par monter sa propre compagnie boursière…

 

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Il y a quelque chose d’assez jubilatoire dans Le loup de Wall Street. Si le ton de la comédie grasse revient assez souvent (pas forcément pour le meilleur), la success story de Jordan Belfort est animée d’une énergie à l’image de son protagoniste principal. On se retrouve dans un rythme proche de celui d’un Casino, ce genre de rythme qui vous bouffe 3 heures de votre temps sans que vous ne l’ayez senti passé. Le dynamisme de la narration et l’évolution constante de l’histoire en font un film fleuve, et c’est probablement ce qui a entraîné le vent de bienveillance (quelques tops de fin d’année se sont vite emparés de ce pain béni en lui laissant des places de choix). Le trash sexuel provoc, le mauvais goût démesuré, le portrait vitriolé du rêve américain… Avouez qu’il y a de quoi tourner la tête ! Et le loup de wall street veut nous la faire tourner. Cernant beaucoup d’enjeux, parvenant à condenser les détails techniques en des explications brutes (la bourse, c’est du vent, on récupère l’argent des clients, on le gonfle sur le papier, mais le véritable fric sort dans nos commissions pour payer notre train de vie), Le Loup de Wall Street adopte le visage d’une fresque grandiose. Et il n’a pas tort sur beaucoup de points. Notamment sur l’incompétence des masses et leur fascination pour le « rêve américain » (la conclusion virtuose montre avec justesse un des moteurs de la bourse). En fait, il serait assez amusant de comparer le Loup de Wall Street et 99 francs, l’un étant centré sur un sujet américain par excellence. Ces deux films sont des œuvres explorant totalement un univers, sous l’angle d’un cynisme abyssal. Le second point commun est d’ailleurs Jean Dujardin, qui vient cachetonner chez Scorcese dans le rôle d’un banquier suisse véreux comme une pomme à cidre, dont les interventions se révèleront toutes jubilatoires (les insultes que Di Caprio et Dujardin s’échangent sont merveilleuses). Et au cours de plusieurs séquences, Scorcese retrouve la virtuosité dont il était capable, pour le meilleur. Je pense à la séquence où tout part en casserole, avec Di Caprio tentant de rentrer chez lui sous stupéfiants pendant que son associé balance tout par téléphone. Le genre de scène d’une noirceur abyssale, un véritable moment de cinéma. Pour cette pêche constante et ces moments de génie, Le loup de wall street est un film à voir. Toutefois, inutile de s’attendre à de grandes révélations. Le discours sur la bourse est connu d’avance (à son époque, Wall Street d’Oliver Stone était bien plus audacieux, et à la notre, Margin Call est une interprétation extrêmement fidèle à la logique bancaire et à la véritable crise ayant eu lieu), et si quelques ficelles techniques sont dévoilées ça et là, l’essentiel du film se focalisera plus sur la débauche constante de nos principaux personnages, quitte à prendre parfois des allures d’American Pie (je pense aux « nains »). Des situations pas toujours inspirées qui jouent le gag un peu relou ou what the fuck (le vice président de Jordan, quand il avale un poisson rouge ou se masturbe devant les femmes sexy), avec la défonce pour prétexte, où on ne se sentirait pas loin d’un very bad trip… Si le film se jette à fond dans le cynisme pour son portrait de Wall Street, il délaisse aussi beaucoup de détails techniques primordiaux (on zappe les mathématiciens si chers à la Bourse pour leurs calculs servant de base aux spéculations et aux prédictions pour ne retenir que la « navigation à vue ») pour n’en conserver que le cynisme (et sans doute jouer aussi sur la haine de l’opinion publique pour les traders). Mais bon, comment ne pas avoir de la haine pour ces gens là ? (ils collaborent tous et sont au courant de leurs agissements, mais c’est pour leur part du rêve américain). Les séquences où les courtiers miment des sodomies alors qu’ils vendent des actions ont incontestablement quelque de jubilatoire, dans cette obscénité absurde qui fait la marque du loup de wall street, mais carrément too much pour parler sérieusement de la bourse. C’est peut être la vulgarité de son parti pris qui nuit un peu au prestige du Loup, alourdissant parfois plus que de raison ses digressions, mais ayant épargné la narration et les principaux rebondissements qui font l’essentiel du film. Un peu racoleur, mais volontiers virtuose, Le loup de Wall Street illustre la classique ascension/déchéance d’un magnat de la bourse, sous un angle manichéen, pas forcément déplaisant. Un cru très sympathique.

 

4,6/6


2013
de Martin Scorsese
avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill

 

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 11:40

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En s’attaquant à une personnalité aussi controversée que celle du président Nixon, Oliver Stone fait preuve d’une réelle volonté de cinéaste, car allant à contre courant du mouvement populaire qui le taxe sans s’interroger du titre de pire président des Etats Units. Par un biopic aussi ample (3 heures de programme) que volontairement réaliste (il cherche un ton un peu objectif en oubliant la haine qu'on lui voue), il retrace la carrière politique du bonhomme, et nous met en scène un Nixon prisonnier de son contexte politique et qu’Hopkins nous interprète avec une inspiration rare (en termes de performance, il est au moins à l’égal de celle d’Hannibal Lecter).

L’histoire : Depuis ses premières campagnes de sénateur jusqu’à sa sortie de pouvoir, les deux mandats de Nixon passés au crible et toutes les circonstances qui ont influencé Nixon dans sa politique d’ouverture au monde.

 

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Véritable film fleuve qui abreuvera sans discontinuer le spectateur de détails sur le personnage en scène, Nixon est un véritable triomphe, et peut être le meilleur film d’Oliver Stone. Réexploitant l’expérimentation faite sur Tueurs nés en la rendant toutefois plus digeste (elle apparaît souvent en arrière plan), il en conserve toutefois certains tics visuels, comme l’usage de plan en noir et blanc insérés par à coup dans le long métrage en couleur, conférant une certaine agressivité à certaines séquences, et le plus souvent prétexte à des flashs back évocateurs. Stone soigne clairement le contexte dans lequel Nixon évolue, et c’est bien en cela qu’il se révèle génial. En cernant avec précision les conditions dans lesquelles ce candidat républicain évolue, en en faisant un modèle d’intégrité (il joue fair play dans ses premières candidatures à la présidence alors que Kennedy utilise des infos de la CIA pour doper ses discours) qui cède peu à peu aux magouilles et aux concessions, en illustrant son côté politicien voulant œuvrer pour la grandeur de son pays. Le personnage a une vision, mais question magouille, il semble incapable de faire dans la subtilité (et c’est finalement l’accumulation de magouilles qui explose au cours de la déchéance du personnage). Ce n’est qu’à l’occasion d’un meeting au Texas qu’il rencontre les représentants des lobbies pétroliers qui lui proposent de les représenter lors d’une prochaine élection. Et les sous entendus de leur discours, sous entendant qu’une élection présidentielle aura lieu sous peu alors que Kennedy vient juste d’être élu, annonce déjà la scène d’assassinat la plus célèbre de l’histoire de l’Amérique. Il y a bien de la subversion dans Nixon, et rarement un film aura aussi bien cerné l’incessante lutte des lobbies et de toutes les formes de pouvoirs qui jouent sur la politique d’un président. Souvent à base d’argent, et d’une façon plus importante sous formes d’informations (ces mêmes quêtes d’informations qui conduiront Nixon à approuver la création de la cellule d’écoute et de surveillance de ses opposants politiques), le film cerne avec une justesse aussi magistrale que séduisante les tentatives d’un homme qui se débat pour donner corps à sa vision alors qu’il se fait démolir de toute part par la presse et l’opinion publique. La crise du Viet Nam en est l’épisode le plus parlant, le film illustrant bien les divergences de points de vue entre les conseillers de la présidence, et la décision finale qui fait s’éterniser le conflit en l’étendant même jusqu’au Cambodge, par peur de perdre la face en sonnant une retraite qui aurait l’air d’une faiblesse. La confrontation entre Nixon et des étudiants manifestant pour l’arrêt de la guerre est, là aussi, une séquence clef, opposant merveilleusement les points de vue des différents protagonistes, et révélant l’incapacité de Nixon à changer rapidement la politique de guerre engagée par ses prédécesseurs, quelle que soit sa volonté. Une dure leçon de politique, qui appuie finalement l’image d’un Nixon prisonnier du « système », incapable de changer radicalement le déroulement de certaines grandes questions de l’échiquier politique. Enfin, et c’est sans doute là que la performance d’Anthony Hopkins dans la peau du président se révèle épatante, le film cherche à montrer quel genre d’homme était Nixon, à définir son caractère. Au-delà du pouvoir (et de la révélation catastrophique des ficelles qu’il a pu tendre pendant ses mandats), le film révèle son caractère de politicien déterminé, mais un peu mou (c’est aussi ce qui a amené les lobbies à le soutenir, ce dernier s’étant révélé facilement prévisible). Et c’est aussi ce caractère qui ressort dans les nombreuses scènes filmées en compagnie de son épouse, une modèle d’épouse présidentielle, consciente des enjeux déterminants qui se trament autour de son mari et qui se révèle toujours d’un conseil avisé. Un excellent personnage qui joue beaucoup dans la révélation du personnage, qui cache finalement beaucoup son caractère à ceux qui l’entoure. Un seul et édifiant détail pour s’en convaincre, le sourire commercial que Nixon arbore à chacune de ses apparitions publiques (où sa mine bourrue fait place à un sourire faux de pure circonstance), subtilement mis en abîme dans l’introduction du film, où les poseurs de micros regardent un film pour vendeur professionnel où un patron conseille à un représentant de se vendre lui-même avant de vendre le produit, et où il termine son discours avec le même sourire commercial que Nixon affichera tout au long de ses mandats. Humanisant considérablement le président dans sa chute inexorable (la séquence de la prière en devient gênante d’impudeur, les pleurs du président se révélant particulièrement touchants), Nixon est un hommage très noble à l’une des personnalités politiques les plus influentes des années 70, faisant d’énormes efforts de volonté pour rester objectif dans sa description méthodique des faits abordés, tout en en profitant pour égratigner l’image d’une bureaucratie irréprochable à la maison blanche. Un travail énorme d’une cohérence remarquable, et peut être l’un des meilleurs biopics politiques jamais réalisé au cinéma. Oliver Stone a l’étoffe des plus grands.

 

5/6


1995
de Oliver Stone
avec Anthony Hopkins, Joan Allen

 

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 17:54

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Nouveau biopic psychopathique avec le personnage d’Ed Gein. Précédemment, nous avions déjà étudié le cas d’Ed Gein, le boucher, un petit film qui s’appuyait essentiellement sur l’interprétation de son personnage principal, délaissant totalement le gore pour un climat moral poisseux et quelques visions fantasmagoriques où nous épousions son point de vue. Deranged n’a pas ces ambitions, il assume d’ailleurs pleinement son côté bis en balançant du gore à la gouache, jouant à fond la carte de l’exploitation avec un présentateur digne d’un « faites entrer l’accusé » nous gratifiant de détails morbides supplémentaires. Il en résulte une œuvre étrange, aussi voyeuriste qu’attachée à ses personnages.

L’histoire : Ezra Cobb vit seul avec sa mère, lui procurant des soins jusqu’à sa mort. Passé cette étape, sa solitude se mue en obsession nécrophile, puis en obsession sexuelle tournée vers les femmes.

 

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Autant le relever tout de suite, les noms ont été changés essentiellement pour des raisons d’exploitation, afin de pouvoir prendre la plus complète liberté de ton au niveau des personnages. Si le narrateur qui traverse le film (en parlant souvent à la caméra (et donc au spectateur), en balançant de la psychologie de comptoir et des détails indiscrets sur les différents personnages de l’histoire) ne cesse de nous répéter qu’il s’agit d’une histoire vraie (au cas où on ne l’aurait pas assez compris), le film traite de son histoire sous un angle totalement bis, ce qui appelle donc à nuancer les images que l’on va voir. Si il ne veut jamais lâcher son authenticité (certainement par désir de choquer davantage), le film montre ses scènes trash comme autant de scènes chocs divertissantes, où il cherche à étaler au maximum l’ambiance morbide qui règne autour du personnage. Commençant d’abord par déterrer sa mère et la réinstaller dans sa chambre, il se met bientôt en quête de peau humaine pour réparer les dégâts de la décomposition, et commencent ainsi l’escalade nécrophiles qui se terminera par les meurtres ayant entraîné son arrestation.  Bien conscient qu’il ne s’agit que d’un fait divers, le film fait donc un portrait amoral d’Ezra Cobbs, même si l’agressivité du commentateur se révèle être un guide moral assez hypocrite. Peu avare en cadavres décomposés (qui forment bientôt une assemblée réunie autour d’une table à thé dans la chambre maternelle), le film cultive donc le trash en prenant son temps, en laissant Ezra s’épanouir au milieu de cet univers en putréfaction pendant qu’il continue de fréquenter des amis en villes, ainsi que leurs familles. Si le premier meurtre, un peu tiré par les cheveux, nous lance sur la voie de l’obsession d’Ezra pour les femmes, c’est avec la seconde, une catholique sensible à la solitude de notre psychopathe, que le film prend une vraie dimension bis divertissante, et cerne ses deux personnages avec une justesse rare. Une amusante mise en abîme peut être faite, massacre à la tronçonneuse, sorti la même année, s’étant officiellement inspiré d’Ed Gein, on trouve un facile air de famille entre les deux films, pour la scène du repas surtout… Traitant ses personnages de façon respectueuse, s’attardant sur des scènes gores où le sang rouge fluo trahit immédiatement le côté peinture, on touche là au temps fort du film. Le reste ne sera qu’une petite descente d’intensité, s’achevant avec l’arrestation d’Ezra, conformément au fait divers retracé. Sans parler de performance d’acteur, il est bon de noter que l’ensemble du casting fait de gros efforts d’implication, et que si Ezra est évidemment au centre du récit, les personnages secondaires sont également soignés, le tout pour un film bis dont les ambitions trash se révèlent finalement adaptées à l’histoire illustrée.

 

4/6

 


1974
de Jeff Gillen, Alan Ormsby
avec Roberts Blossom, Cosette Lee

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 11:30

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Très peu de monde doit connaître Evilenko. C’est pourtant une adaptation de la biographie d'Andrei Chikatilo, l'un des psychopathes les plus meurtriers du monde, avec pas moins de 52 victimes à son actif. Cet homme est un russe, qui a sévit en URSS pendant les années 80, au cours desquelles il a terrorisé la population. Hannibal Lecter lui doit beaucoup, puisqu’Evilenko avait la particularité de manger ses victimes après les avoir violées et tuées. Un fait divers abominable, ici traité dans un film remarquablement intelligent dans son approche du personnage, un brin adapté.

L’histoire : Evilenko, de sa carrière de professeur interrompu du jour au lendemain jusqu’à son arrestation par la police russe.

 

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Si, comme la plupart des biopics de psychopathes, les approches sont souvent racoleuses (car les psychopathes fascinent et font vendre), le film Evilenko joue plutôt la carte de la sobriété, puisqu’il ne filmera quasiment jamais les corps mutilés. C’est au personnage d’Evilenko que le film s’intéresse, filmant avec distance le parcours de ce professeur de littérature russe, qui tentant un jour d’abuser sexuellement d’une de ses élèves, se retrouve exclu de l’école où il enseigne, malgré ses vives protestations à l’encontre des enfants qui auraient monté une conspiration contre lui. Le psychopathe Evilenko semble venir de là : un professeur aigris voulant d’abord châtier les enfants qu’il juge indigne de vivre en société communiste (ses premières victimes sont des élèves). Car Evilenko est un fervent communiste, qui ne cache jamais son admiration pour le Parti (d'ailleurs, ce fréquent retour à ses convictions politiques établissent un lien marqué entre le régime stalinien sur le déclin et cette folie qui envahit le personnage). Et c’est cela qui va constamment retarder les enquêtes qui se reprocheront peu à peu de lui. En affichant à plusieurs moments clés son allégeance au parti communiste, il finit par être contacté par le KGB, qui lui demande d’effectuer des missions pour elle. En l’échange d’une protection contre les personnes dont il s’estime victime d’un complot. Plusieurs années se passent ainsi sans qu’il soit jamais inquiété (la police ne recueillant que peu d’indices), et que la liste des victimes s’allonge. Arrêtons là les spoilers, le reste de l’enquête est tout aussi intéressant, suivant les fausses pistes de la Police ainsi que le parcours d’Evilenko, qui parvient plusieurs fois à repousser les accusations à l’aide du contexte politique de la société où il évolue. Il sera tout aussi intéressant de le voir confronté à un psychanalyste homosexuel et pédophile, qui aidera la police pendant la traque. Les personnages dans Evilenko sont loin d’être manichéens, ce qui vient enrichir l’histoire de multiples pistes de réflexion. A ce titre, l’interprétation de Malcolm McDowell dans le rôle du psychopathe est tout simplement magnifique, parvenant parfois à concurrencer la fascination que pouvait susciter Hannibal Lecter. Marchant en contorsionnant les mains dans son dos, le personnage semblant vieux et inoffensif semble hypnotiser ses victimes, qui finissent toutes par le suivre jusqu’à des lieux isolés. Cette insistance sur le regard d’Evilenko, sur son magnétisme quasi surnaturelle, contre-balancé par une apparence physique des plus banales, est pour beaucoup dans la finesse du portrait du personnage, pour le coup vraiment effrayant et dénué de la moindre morale (la plupart de ses victimes étaient mineures). Le biopic est sobre, concis et très efficace, la fin évitant de se clore sur la mise à mort bête et méchante, mais sur une dernière image de la femme d’Evilenko (qui l’a toujours soutenu jusqu’à sa prétendue exécution), et sur la demande d’étude du psychopathe par des laboratoires allemands et américains, qui réclament Evilenko vivant en 1993 afin d'étudier sa maladie. Si on répète que ce film est une adaptation de Chikatilo, il reste troublant, mais indéniablement intéressant pour son approche sérieuse et réfléchie.

 

5/6

 

2004
de David Grieco
avec Malcolm McDowell, Marton Csokas

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 18:13

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Refn est un réalisateur danois qui a commencé sa carrière en tournant son premier long en indépendant (ses études de cinéma se sont mal terminées), et dont le dernier long métrage a fini césarisé à Cannes. Un jeune réalisateur qui va loin, et qui manifeste dans chacun de ses films un rapport étrange avec la violence, perçue plus comme une forme d’expression qu’un comportement à bannir. Avec Bronson, sorti en 2009, l’auteur nous lance quelques messages au travers de la vie de Michael Petersen, surnommé Charles Bronson, le détenu le plus violent d’Angleterre. Amoral, parvenant à obtenir de vrais moments de contemplation avec peu de choses, Nicolas nous offre un biopic totalement atypique, presque Kubrickien dans son langage cinématographique.

L’histoire : la vie de Michael Petersen, qui grandira en développant un goût pour la castagne, avant de finir en prison.

 

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Immédiatement, Nicolas Winding Refn pose son ambiance avec des musiques très présentes, et son emploi régulier de musique classique / électro pour rythmer son histoire. Beaucoup de détails, de plans au cadrage étudié pour attirer l’attention du spectateur, qui ne sont pas sans rappeler les impressions que suscitait le cinéma de Kubrick (au hasard ou presque : Orange mécanique). Et ça tombe bien, puisqu’un des thèmes principaux de ce film, c’est la violence. Mais à l’inverse d’un Alex accro à l’ultra-violence, Bronson n’est pas un personnage qui s’en sert chaotiquement. Comme le montre son enfance, il se sert de la violence comme d’un langage. Elle lui permet d’obtenir le respect des autres, de régler rapidement un problème… Refn en profitera pour lui faire vivre plusieurs anecdotes autobiographiques (pendant ses classes, Refn a lui aussi balancé un bureau à la gueule d’un prof) afin de mieux exprimer la rage qui l’habite. Une rage presque aveugle en face d’un système qui l’opprimera constamment (la violence engendrant toujours la violence, et Bronson est souvent le premier à rentrer dans le lard d’en face), et qui répondra coup sur coup à ses provocations. Si la violence est utilisée comme langage, elle doit être employée pour dire quelque chose. Ce n’est pas une tentative de changer un rapport de force, Charles ayant constamment le dessous (à l’exception de l’épisode « combat de rues »). La violence est tout simplement la seule réponse que Charles à trouver dans le monde où il est. Incapable de se fixer des objectifs sur son avenir (sa constante indécision dans ses projets, son comportement agressif envers tous ceux qui prétendent connaître le monde et le comprendre), il vit dans l’instant présent, et n’a pas besoin d’autre chose. Exprimer la violence qui est en lui devient la seule activité qu’il arrive à faire. Au cours de sa vie, il essayera diverses méthodes pour tenter de trouver son bonheur, et qui seront toutes tôt où tard balayées. Souvent par les autres, mais aussi parce que dans chaque cas, Charles ne se sentira jamais « abouti » dans les disciplines qu’il testera, d’où un perpétuel retour à la violence. Une grande boucle formée par le film, qui ne se révèle jamais ennuyeux. Avec une considérable dose d’humour, un acteur principal vraiment impressionnant (Tom Hardy, parfaitement à l’aise dans la peau du condamné), Bronson nous donne tout simplement un portrait de vie frais, agréable à voir et pertinent dans son approche de la violence et des réactions qu’elle provoque. Fustigeant au passage quelques sujets (l’asile, un directeur de prison borné…), le biopic, si il est bien trop adapté pour être un reflet d’une réalité documentaire, a le mérite de faire passer un excellent moment, et de s’interroger soit même sur ses buts. Film costaud, et qui marque.

 

5/6

 

2009
de Nicolas Winding Refn
avec Tom Hardy, Matt King

 

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 06:27

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Julie Delpy, je l’aime bien. Elle a un visage particulier et une poitrine intrigante, aperçue dans un Killing Zoé qui marquait pour son émancipation du syndrome Besson. Certes, elle n’apparaît pas que dans des bons films (le bancal Le loup garou de Paris et ses loups anti américanistes), mais elle en impose toujours, surtout maintenant. Et quand elle passe à la réalisation, elle nous donne un résultat inattendu, probablement un peu trop sage, mais d’une noirceur réaliste qui a tout pour satisfaire notre curiosité. La Comtesse, c’est un film d’auteur vraiment intéressant à voir.

L’histoire : La vie de la comtesse Bathory, depuis sa naissance jusqu’à son emmurement dans sa chambre, en passant par les meurtres de vierges qu’elle organisait afin de prélever leur sang.

 

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Il est vraiment flatteur pour le public de constater qu’on ne nous prend pas pour des cons, et que même en s’autorisant quelques moments de grâce (le ballet), le rythme de l’histoire ne cesse d’évoluer, se complexifiant tout en restant lisible, ce qui donne un certain poids à ce biopic inattendue, et parlant du personnalité assez connus des amateurs d’anecdotes historiques. Le ton de l’histoire est totalement réaliste, et ne virera jamais sur l’horreur (au grand dam des fans de gores, il n’y a presque rien à se mettre sous la dent de ce côté-là). En revanche, le parcours d’Elizabeth Bathory fait réfléchir, en prenant tout d’abord le ton du conte philosophique. Une narration rapide, précise, qui illustre le caractère d’Elizabeth avec des détails bien choisis (elle grandit dans la perspective d’un mariage programmé, elle apprend le sens du devoir après son incartade avec un paysan du coin). Après son mariage, elle joue son rôle d’épouse sans trop se forcer (agréable quand son homme est avec elle, ferme quand il est absent), et gère d’une main de maître les affaires de la famille, en endettant les bonnes personnes au bon moment, en gérant parfaitement ses soldats et en faisant preuve d’un bon sens qui en impose. Par ces principes, la famille prospère et devient une des plus influentes de Hongrie. Jusqu’ici la machine est parfaite. Elizabeth brille par son érudition aux dîners de la Cours, et après la mort de son mari, reçoit plusieurs propositions de mariage, qu’elle repoussera toutes. Tout dérape avec son coup de foudre pour le fils du comte Thurzo, un jeune et bel homme, hélas déjà promis à une autre pour les besoins de sa famille. Leur relation devient peu à peu passionnée, jusqu’à ce que le comte Thurzo use de la relation entre son fils et la Comtesse pour tenter de la faire plier. Abandonnée par son homme, la comtesse broie du noir malgré les potions que lui prépare sa compagne sorcière Darvulia, et se crée une blessure narcissique en se voyant vieillir chaque jour. Un accident domestique, et la voilà qui se retrouve avec du sang d’une domestique sur la main qu’elle s’étale machinalement sur le front, avant de croire, sous l’effet d’un rayon de soleil, qu’elle a découvert l’élixir de Jouvence. Il lui faut alors plus de sang pour faire rajeunir sa peau, et la comtesse glissera alors peu à peu dans une folie meurtrière, qui l’amènera à décimer les jeunes vierges de sa région avant d’aller ponctionner carrément chez les familles nobles. En fait, ce pour quoi nous connaissons la comtesse devient surtout un petit plus dans l’histoire, et déteint un peu avec les aspirations politiques qui étaient d’abord exposées. Ce film aurait très bien pu être une excellente reconstitution historique dans la grande lignée de ce que fait le cinéma français, ou une incursion dans l’horreur avec une femme fatale redoutable. Le film est un mélange des deux, ce qui le rend un peu moins sages que les habituelles péloches du style, mais qui aseptise un peu son contenu, en glaçant du même coup nos attentes. Mais ne soyons pas découragés non plus. Une mise en scène de qualité, une trame limpide malgré plusieurs complots politiques, des acteurs convaincants dans leurs prestations, La Comtesse a tout, et même un peu plus que le film d’auteur de qualité, qui peut trouver son public pour peu qu’il fasse preuve de maturité et d’ouverture. Merci Julie, c’était un excellent moment !

 

4.5/6

 

de Julie Delpy
avec Julie Delpy, Anamaria Marinca

 

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 06:46

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Interdit aux moins de 16 ans

 

Peu de films peuvent se vanter d’avoir de purs moments psychédéliques. Quelques œuvres comme the doors, comme The Wall d’Alan Parker, Enter the void de Gaspar Noé… Je ne pourrais au final en citer que très peu, mais ceux qui arrivent efficacement à créer ces ambiances sont rares. Et j’en connais encore moins qui ont réussi à détourner cette ambiance pour en faire un instrument horrorifique. Il y a le bancal Tripper (marrant mais pas si politique que ça) et La famille Manson. Ce dernier, nous livrant une version interprétée de l’histoire de Charles Manson et de la « famille » qu’il s’est créé, réussit vraiment à recréer l’ambiance psychédélique des années 60 par l’utilisation d’un ton semi documentaire à la Cannibal Holocaust, sauf que nous sommes immergés dans une tribu de hippies. Etrange, bancal et profondément malsain, ce film est une bonne petite claque qui fait plaisir.

L’histoire : Charles Manson est un hippie charismatique qui installe ses amis dans une ferme à la campagne. Mais son attitude change peu à peu, et il se transforme en gourou et commence à influencer ses frères et sœurs…

 

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Quand Van Bebber s’attaque à la célébrité Charles Manson (LE psychopathe n°1 dans la culture américaine), il n’y va pas de main morte, poussant l’immersion assez loin avec le style du faux documentaire, où on sent l’influence de Cannibal Holocaust. En effet, l’image possède un grain assez prononcé, et le film débute en fait avec un programmateur qui recherche du sensationnel sur l’affaire, et qui reçoit de mystérieuses cassettes, qu’il se fait un devoir de regarder. Pour mieux nous immerger dans l’affaire, nous avons d’abord droit à de fausses interviews, et à des séquences assez représentatives de la pensée hippie (ou tout du moins l’idée qu’on s’en faisait). La violence psychologique des images est assez forte, car une fois la bande installée dans la ferme, ils vivent vraiment selon leurs règles et leurs idéaux : nombreuses orgies en pleine nature, surconsommation de drogues dures… Comme le disent les protagonistes en interview, le but était de laver le cerveau des membres de toutes les inhibitions que leur éducation avait pu créer en eux. En bref, tout le monde vit d’amour et d’eau fraîche, en se nourrissant dans les poubelles et en louant Charlie pour ses ondes positives. Mais rapidement, le récit prend un ton plus sombre (notamment avec le rejet progressif des studios des chansons de Charlie). Le lavage de cerveau prend des dimensions autrement plus sérieuses, les considérations raciales commençant à apparaître (une vraie surprise en ce qui me concerne) dans la famille, et cette dernière continuant son rythme de vie décalée sous un ton beaucoup plus morbide. Pour manifester ce chavirement des personnalités, on verra les membres de la famille se grimer en démon, Charlie faisant office de Satan en personne. Un peu facile, mais parfaitement dans le ton psychédélique de l’histoire. Le décervelage prenant peu à peu d’immenses proportions jusqu’à ce qu’on arrive enfin aux premiers meurtres. Et là, on y va fort. Filmée platement, l’attaque de la maison de Sharon Tate et des meurtres barbares qui s’y sont déroulés glace, rendant véritablement gerbante cette violence poisseuse avec une efficacité qui terrasse (le psychédélisme est toujours là). Bref, c’est une immersion profonde au plein cœur de la Famille de Charles Manson, assez précise niveau détail pour faire illusion, mais dont le montage pensé pour être psychédélique nuit parfois à la compréhension de certaines parties de l’histoire. C’est d’ailleurs le cas de la conclusion, qui s’attarde sur les « émules » de la Famille massacrant quelques personnes s’intéressant trop à Charles à leur goût. En bref, une violence poisseuse efficace et une immersion psychologique assez convaincante, qui n’empêchent pas un format un peu brouillon du rendu final.

 

5/6

 

2003
de Jim Van Bebber

 

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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