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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 19:40

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Alors que l’année est sur le point de se conclure, il est de bon ton de rattraper les films considérés comme marquants, tout au moins de poids, qui ont jalonné l’année et qu’on a raté pour des raisons plus ou moins valables. Parmi eux, Zero Dark Thirty, récit trépident librement inspiré de la traque de Ben Laden, voulant quand même soigner son réalisme et assumant plutôt bien les différentes étapes d’un casse tête logistique se déroulant sur plusieurs années…

L’histoire : en 2001, après les attentats du 11 septembre, une cellule d’investigation de la CIA se dévoue complètement à la traque des chefs d’Al Quaeda, ainsi qu’au démantèlement des cellules terroristes organisant des attentats visant les pays occidentaux.

 

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Kateryn Bigelow est une réalisatrice qui aime se frotter aux sujets difficiles. Avec l’édifiant K19 (film au patriotisme exacerbé et éloge au sens du sacrifice d’une intégrité admirable) et le réputé Démineurs, elle continue logiquement sur sa lancée avec l’un des évènements les plus marquants de l’histoire de la décennie 2000 : la traque et l’élimination de Ben Laden. Sujet très ambitieux, surtout que, fidèle à ses habitudes, la réalisatrice s’y attaque sous l’angle du réalisme. Le film commence très fort en abordant frontalement la question de l’utilisation de la torture dans les camps de prisonniers des états units basés à l’étranger. Les pratiques illustrées sont fidèles à celles ayant filtrées dans la presse, le traitement des prisonniers justifié par la fameuse « guerre contre le terrorisme », le film se révèle plutôt fidèle à la politique des USA menée à l’époque. Et quand l’opinion publique commence à s’en offusquer, la responsabilité devient une patate chaude pour les chefs d’investigation américains les ayant approuvés. Comme fil conducteur de l’histoire, nous nous focalisons sur une enquêtrice commençant son service sur place, qui se dévoue peu à peu complètement à la traque de l’homme le plus recherché du monde à l’époque. Ce qui passe aussi, de sa part, par une acceptation des méthodes de torture et de leur usage pour obtenir des informations. Mais une fois cette question de la torture traitée, le film se retrouve dans une situation malheureuse. En effet, c’est maintenant que j’avoue même copieusement ennuyé devant Démineurs, malgré ses nombreuses scènes de tension. Or, ici, le film en est dépourvu (car le spectateur reste étranger à cette histoire, n’ayant en rien participé à ces évènements, mais les ayant déjà suivi dans l’actualité), et il ne se retrouve plus qu’avec le bordel logistique d’une telle guerre à décrire. Jusqu’à la lancée finale de l’assaut du repère supposé de Ben Laden, il n’y a plus que le doute constant qui entoure les informations récoltées. Commission constamment en recherche d’infos fiables à 100% ou rejetant les preuves avancées, informations zappées pendant des périodes d’influence, intox et fausses pistes… Le film noie le poisson pendant une heure et demie. Sans que ce soit de sa faute, et d’ailleurs, il fait des efforts pour tenter de maintenir l’attention du spectateur (la piste d’un contact connaissant le courrier…). Mais il se ramollit, faute de pouvoir transcender les situations qu’il décrit. Le dilemme de la traque de Ben Laden opposée à la prédiction des prochains attentats ne parvient pas à faire leurre, le film a tendance à pédaler beaucoup sans arriver très loin (sans aller à l’essentiel). L’opération militaire est l’occasion de mettre en scène une scène d’action ambitieuse question réalisme, qui a le mérite de se révéler efficace question immersion. On notera aussi une mise en scène qui tente de rester décente au vu des circonstances (refus de montrer précisément le cadavre d’Oussama, les pertes civiles filmées sans ellipse…). La petite conclusion concerne surtout notre protagoniste principale, qui se retrouve alors au terme de huit années de travail et d’efforts. Un brin d’émotion attendu, qui ne change pas vraiment la donne. Zero Dark Thirty reste dans la lignée de Démineurs, en faisant gonfler ses enjeux avec un brin de politique, et se révèle plutôt fonctionnel pour le sujet qu’il traite, sans l’avoir pour autant transcendé.

 

4/6


2012
de Kathryn Bigelow
avec Jessica Chastain, Jason Clarke

 

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commentaires

borat8 30/12/2013 14:40

Bah justement je trouve que Bigelow montre très bien que la torture ne sert à rien. Preuve en est avec le terroriste incarné par le français Reda Kateb. Ils l'ont peut être eu à l'usure mais ils
ont plus d'info en le faisant bouffer qu'en le foutant dans une boîte!

voracinephile 01/01/2014 20:35



C'est un point important en effet. Effectivement, avec ce coup de bluff, ils parviennent à tirer davantage d'infos. Mais sans le contexte de mise sous pression, cela n'aurait jamais été possible.
Et par la suite, le personnage principal réutilise la méthode forte. Je ne pense pas que le film soit pour ou contre. On est d'accord que l'usage de la torture est inadmissible dans une société
civilisée, mais quand l'urgence de la situation le demande, on retourne aux méthodes expéditives et potentiellement rentables (et d'ailleurs, les tortures ne sont perpétrées que sur des gens dont
les liens avec le terrorisme SONT PROUVES). Plutôt que de prendre parti, le film a choisi de tout montrer : les abus, les résultats, les dilemmes moraux, les retours de bâton... La meilleure
façon d'aborder ce sujet qui ne fera jamais débat (la réponse est tranchée)



borat8 29/12/2013 21:10

Curieusement le film est bien meilleur que je ne le pensais mais a pas mal de défauts. Le premier est cette énorme ellipse temporelle entre 2007 et 2012 (pas sûr de la date initiale), laissant un
gros blanc. En gros, il a fallu un rebondissement improbable pour que l'enquête reprenne. Ensuite il y a le crash totalement improbable dans la cité Ben Laden. Comment un hélicoptère qui se crashe
dans une maison sécurisée et surtout bourrée de terroristes peut ne pas alerter quiconque à l'intérieur? Perso je n'y crois pas une seconde. Ensuite Bush Jr n'est jamais cité alors qu'il est quand
même à l'origine de la chasse. Ce qui n'est pas le cas d'Obama. Mais le film a le mérite de ne pas être patriotique, de montrer les failles des méthodes Bush et notamment la torture. Le film s'est
fait incendié aux USA, se faisant notamment passer pour une apologie de la torture, mais certains semblent avoir dû se mettre les mains sur les yeux ou les doigts dans les oreilles car le film
prône justement le contraire.

voracinephile 30/12/2013 00:00



Je ne sais pas justement si le film est contre l'utilisation de la torture. Je trouve le traitement assez subtil, car il tient notamment compte du contexte politique. Gros besoin de réponse et
rage de rendre ausi les coups au départ, quand la traque des dirigeants terroristes était une priorité absolu (avant cette guerre d'usure se limitant à la prévention des attentats). Les tortures
sont choquantes et fidèles aux photos ayant filtré dans la presse. Vision réaliste. Mais l'emploi, dans le contexte, n'est pas directement attaqué (c'est ça qui est "politiquement flou", et qui
est audacieux de la part du film, en tentant d'aborder froidement son sujet). Je pense que le film est contre, sans chercher à blamer ses responsables. Condamner l'acte, pas les responsables...


Le coup du crash, je suis d'accord avec toi. Aucune idée du degré de réalisme de la reconstitution de cette attaque. Ce crash est géré comme un élément de suspense pas très utile, mais il me
semble trop gros pour être simplement du spectacle...



princécranoir 29/12/2013 21:02

Je n'ai pas vu "Zero Dark Thirty" mais il me semble qu'il se situe dans la droite ligne de la filmographie de Bigelow. "Démineurs" n'était pas qu'un film de tension mais un film sur la recherche de
la tension, l'addiction pour le grand frisson, de la même manière que les surfeurs de "Point Break" cherchaient le frisson de la vague mythique, que les junkies de "Strange days" cherchaient les
images à sensations, que les travellers vampires d'"aux frontières de l'aube" le sang frais qui les maintiendra en vie. Il est assez intéressant que cette mise en danger récurrente dans ses films
soit ici incarnée par une femme, d'où une identification encore plus évidente avec la réalisatrice.

voracinephile 29/12/2013 23:48



Oui, il y avait effectivement ce goût du démineurs pour la situation de crise (et également sur cette difficulté de sentir le moment où il faut décrocher et fuir pour pouvoir survivre). Il y
avait aussi la scène immersive du sniper embusqué. Mais la longueur du film et cet angle très documentaire ne m'ont pas finalement impliqué. Une tentative intéressante mais que j'avais trouvé
poussive.



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