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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 14:00
Jimmy ScreamerClauz, la réévaluation

Suite à beaucoup de discussions, de plaisanteries vulgaires et d’interrogations personnelles, voici que vient le temps d’une réévaluation de Jimmy ScreamerClauz et de son œuvre. Il apparaît en effet qu’une fois la baffe digérée, Jimmy ne soit pas aussi glauque que ça, ou plutôt que son glauque n’a pas beaucoup d’emprise, pour peu qu’on ait un minimum de culture dans le malsain et le déviant. Histoire d’appuyer mon propos, j’ai revu le dvd de Where the dead go to die avec les commentaires audios de Jimmy, et c’est finalement assez amusant de l’entendre délirer sur sa création, puisqu’il y avoue, sur le ton de la farce, n’avoir jamais tenté d’y délivrer une œuvre construite. Chacun de ses segments a été réalisé indépendamment de l’autre, seul l’ordre chronologique de parution justifie la redondance de certains éléments. Il apparaît surtout que malgré son ton résolument sérieux, Where the dead go to die est un condensé d’humour trash typique de son auteur, qui mixe un globi-boulga de références personnelles (extra terrestres, symboles sataniques, mais aussi Lassie avec le désormais culte Labby (sodomise moi sur un cadavre putrescent)), en souhaitant faire régulièrement des orgies de mauvais goût qui le font régulièrement partir en fou-rire. Curieusement, Where the dead semble finalement être une comédie ratée, où la déconnection de son auteur a créé les passages les plus traumatisants de son œuvre (enfin, à l’époque, Jimmy a depuis fait bien pire dans ses clips, qui surpassent en violence l’ensemble de Where the dead). A cet autisme se rajoute une fièvre créatrice folle alliée à une paradoxale réduction de ses thématiques. Quoiqu’il entame, on sait déjà qu’on retournera à des visions organiques entremêlant insectes, vagins, fœtus avortés, asticots et saillies brutales, avec des combinaisons plus ou moins difformes d’animaux et d’humains. Mais malgré cette réduction, chaque vision de Jimmy parvient à trouver de nouveaux monstres, de nouveaux cauchemars, dont l’agressivité excessive heurte toujours puissamment le spectateur.

Jimmy ScreamerClauz, la réévaluation

Jimmy reconnaît être un artiste médiocre. Il admet être nul en dessin, et être une vraie bille en modélisation 3D, ce qui explique les graphismes hideux de ses œuvres. Mais parce qu’il doit se vider la tête pour continuer à vivre, il accouche œuvre sur œuvre, en les avortant parfois sans se retourner car d’autres sont déjà en cours de maturation. Jimmy est polymorphe, il fait de la musique speedcore absolument abjecte, de la peinture, du coloriage mêlant crayon de couleur et extraits de magazines porno, et au cours de where the dead, on voit clairement l’évolution de ses techniques. Ce foisonnement donne au moins à Jimmy la carrure d’un artiste. Il n’obtient pas de résultat dépassant le stade du brouillon, mais il n’a pas la patience d’attendre deux ans pour faire un film. Tout doit sortir, au plus vite. On tient un artiste esclave de sa création, qui à défaut de lui rendre justice, produira avec foisonnement jusqu’à la fin. En cela, il mérite peut être une reconnaissance, après bien sûr son titre d’artiste le plus choquant d’Amérique.

Toutefois, la troisième partie de Where the dead a tendance à me hanter. Pour une raison assez simple, son protagoniste principal. Contrairement aux deux premières histoires qui n’installaient aucun lien sentimental susceptible de provoquer la sympathie du spectateur, la troisième met en scène un authentique freak, dans un quotidien glauque. La déformation physique (hommage revendiqué à Basket case) et le climat familial qu’il traverse sont insupportables et ont tendance à provoquer une immédiate compassion. Et ce rapprochement se trouve davantage renforcé quand commence cette amitié avec sa voisine, de son âge. Mais Jimmy ne tient pas compte de l’affection du spectateur, et salit volontairement et copieusement ce qui s’est installé avec l’introduction de pornographie infantile, incluant peu à peu la participation active de notre protagoniste dont on se sentait si proche. Si Jimmy est sans limite, il n’a pas non plus de respect pour ses créations et pour avoir une démarche construite. Il se fout des attentes, celle qu’il crée sont accidentelles, et chaque personnage génère un chaos, plus ou moins perturbant selon les tabous qu’il agresse. Toutefois, si le statut de personnage en 3D permettait juridiquement de laisser passer les visions dérangées de son auteur, la pornographie infantile qui m’avait révulsée n’est pas directe (la suggestion n’a en revanche aucune ambiguité, on sait parfaitement ce qu’on est en train de voir), preuve quand même que la 3D a quelques limites question juridiction.

Jimmy et ses films

Jimmy et ses films

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commentaires

Vince12 25/07/2014 17:34

Je te rejoins à 100 %, ce mec n'est pas plus taré qu'un autre, c'est juste un mec qui joue avec l'art. Et j'avais moi même réécrit ma chronique d'Affection sur Naveton. Comme je l'avais souligné sur Naveton également et plus précisément sous la chronique de Where the dead go to die, tout le monde disait plus ou moins que le film valait pas grand chose, mais il était passé devant toutes les autres chroniques sur le planning des prévisionelles et obtenait beaucoup de commentaires.

alice in oliver 25/07/2014 12:44

Belle tentative de réhabilitation de cet artiste incompris en fin de compte: une sorte de Ed Wood du cinéma trash en fin de compte !

Voracinéphile 26/07/2014 20:45

^^ En avoir beaucoup reparlé avec Vince avait amorcé la réflexion, et la redécouverte du dvd a permis d'éclaircir pleins de détails. La comparaison avec Ed Woods est bien trouvée, Jimmy est simplement dans un océan de crasse.

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