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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 10:30
Interstellar

C’est peu dire qu’interstellar était attendu au tournant par des cohortes de fans. Nolan et 2001, avec un casting qui compile les grandes figures d’acteurs de la décennie (Chastain, McConaughey, Damon…) avec bien sûr ses fidèles (inimitable Michael Cane, heureusement, on a oublié d’appeler Morgan Freeman), Hans Zimmer à la BO, et les récents progrès de la technologie pour se laisser aller où il le veut. Forcément, c’était tellement énorme (à l’image de Inception, virtuose sans marquer pour autant au-delà de la séance) qu’on pouvait s’attendre à des déboires. Enfin, à égalité avec Gravity, c’est déjà mieux qu’un Rises…

L’histoire : sur la Terre dévastée par les catastrophes naturelles et en proie à la malnutrition, un ancien pilote-ingénieur de la NASA reconverti en fermier avec sa famille découvre d’étranges anomalies gravitationnelles qui le conduisent à une base secrète de la NASA, planifiant un projet de colonisation planétaire.

Interstellar

Histoire de nous tenir un peu en haleine, on commence avec une intro plantant un futur un peu post apo mais c’est flou (la NASA a été dissoute pour ne pas avoir voulu lancer des bombes et… la malnutrition est apparue, sous forme d’épidémies de parasites se nourrissant d’azote de l’air, OK). On ne nous explique pas grand-chose, mais le côté fantastique un peu tiré par les cheveux a au moins le mérite d’être original (en s’expliquant plutôt bien à la fin). Puis c’est le départ. Et ça commence à se gâter. Le film soigne un peu certains détails (McConaughey qui écoute des bruits de la terre, l’adoption du temps comme facteur déterminant dans l’exploration des mondes potentiels), mais montre assez vite qu’il n’a pas de profondeur en dehors de ses enjeux immédiats (fort heureusement, le rythme arrive à faire passer assez vite les 2h49 de film, la durée d’un Solarys !). Interstellar ne surprend qu’à la première étape de son parcours, le reste est nettement plus balisé (je pense surtout à Matt Dammon et à son personnage, qui sert davantage à faire gagner près de quarante minutes de bobine à lui seul, histoire de rallonger le voyage). Ce n’est pas tant de meubler qui est le problème, on fait difficilement autrement quand on fait un film de SF d’exploration (puisque l’enjeu est ici carrément de trouver une planète favorable à l’établissement d’une colonie). C’est que ce soit aussi voyant.

Attention, spoiler grave : quand un personnage demande au héros de partir seul avec lui très loin du campement, et qu’il commence à lui parler d’instinct de survie et de ce qu’on voit au moment de mourir, on sait déjà ce qui va se produire. Et franchement, quand on sort la vieille excuse de l’instinct de préservation qui rend fou alors qu’on avait une mission déjà présentée comme suicide au départ… Je fais un peu la fine bouche, ça fonctionne, mais c’est gros… Surtout quand on lui fait adopter une rigueur scientifique totale (qui cache ses sales émotions donc) et qu’il meurt d’une façon complètement stupide où les risques qu’il encourrait sont basiques et évidents.
Fin du spoiler

Et ces magnifiques paysages inversés hérités d’Inception, et ces plans vus de loin qui citent 2001 (certains sont magnifiques, d’autres, par exemple devant les anneaux de Saturne, sont vraiment mauvais). Les frères Nolan ont beau tenter des morceaux de bravoure comme l’exploration de la première planète qui vire sans prévenir au désastre (avec des conséquences plutôt bien gérées d’ailleurs) ou la représentation des trous de verre (joli moment visuel), ils n’arrivent pas à créer l’ampleur recherchée. Leur fin du monde est cheap (des champs de maïs qui brûlent... désolé, mais j’ai du mal à me faire une idée de la situation réelle), et le manque de mysticisme (ironie, c’est par là que 2001 finit par pêcher) entourant leur histoire de gravité peine à nous transporter. Exemple type, la tirade de la chercheuse sur l’amour en plein débat sur la destination à choisir, tellement maladroite qu’elle ne pouvait que la discréditer. Et par ce genre de détails mous, Interstellar rate le coche. Et quid de ce fils paysan qui devient méchant parce qu’il est attaché à ses terres et ne veut pas de ces gens de la ville qui emmènent sa famille, sortez d’ma propriété ou je dégaine le fusil ! Allons allons… Oh, le film a encore quelques ressources, notamment cette fin rigolote qui donne d’intéressantes explications à son script et sa gestion des robots, qui deviennent enfin l’outil technologique tel qu’il est vraiment (2001 traitait de la dégénérescence de l’outil qui apparaissait de façon spontanée (par un refus de reconnaître son erreur), cette thématique est complètement bannie, dans la mesure où les ordinateurs sont programmés de façon intelligente (et fort heureusement, les fameuses closes de confidentialité et de franchise ne sont pas utilisées comme prétextes pour ralentir l’histoire de péripéties inutiles)).
En revanche, je me dois de faire une révélation sur la concurrence assez monumentale que fait Interstellar à Gravity. En effet, dans ce dernier, on pouvait y voir Sandra Bullock qui nous imitait un cocker blessé à mort en jappant jusqu’à plus soif. Et bien, lors d’une séquence capitale, McConaughey se met à imiter un chat ! Un feulement mêlé de ronronnement, sensés illustrer la peur, qui fait plutôt rire qu’autre chose (la séquence en question est identique à celle de 2001, mais elle vieillira beaucoup mieux, on en est certain). Pour une durée de 2h49, le film a un certain sens du rythme, et disons le, l’orgue lugubre un brin stellaire de Hans Zimmer, ça pose nettement plus d’ambiance que du Mozart ou du Vivaldi. Epopée plate qui trouve quelques collines pour attirer l’attention, Interstellar n’a pas grand-chose du film de l’année malgré ses tentatives (une virtuosité très relative, moins entrainante qu’un Cloud Atlas). Et puis quand le film nous dit que notre pilote s’est crashé (expérience toujours vue en flash back) à la suite d’une anomalie gravitationnelle… illogique quand on voit la conclusion et les explications fournies, on sourit un peu (ouh, on sent qu’il y a eu du remplissage niveau détails superflus qui n’ont pas été développés). Mais ne soyons pas trop vache, on reprendra bien du maïs lors de la diffusion télé, en gardant les pieds sur terre, et parfois en levant les yeux au ciel…

2014
de Christopher Nolan
avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway

3/6

Interstellar

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commentaires

alice in oliver 21/02/2015 16:25

j'ai vraiment apprécié la façon dont Nolan exploite la théorie des cordes. Après je ne suis pas sûr que public lambda comprenne de quoi il en retourne

voracinephile 26/02/2015 16:57

Je pense que quelques détails feront écho (il y a bien quelques passionnés d'astrophysique comme toi ^^), mais pour décrypter le film avec cette grille de lecture, il serait surement nécessaire de faire une chronique axée sur ces aspects. Un possible retour aux affaires pour toi, Alice :)

alice in oliver 19/02/2015 10:11

J'en profite pour rebondir à nouveau sur cet article puisque j'ai enfin vu le film et je trouve la note un peu sévère. Le film s'appuie sur les théories récentes de l'astronomie, notamment la théorie des cordes et l'actualise souvent de façon brillante. Reste que je ne suis pas trop fan de toute la partie avec Matt Damon. Néanmoins, ça reste tout de même une réussite

voracinephile 19/02/2015 19:31

Cela tombe à pic Alice, puisque j'ai eu un vif débat avec un camarade hier qui a découvert le film sur le tard. Beaucoup de choses intéressantes, une fin pourrie et de gros cafouillages de ci de là. Je reste toujours à la moyenne. Les théories sur lesquelles le film s'appuie sont mal exploitées (un trou noir ne fonctionne pas comme une étoile au milieu d'un système, pourquoi le temps s'écoule à des vitesses différentes entre la navette et le module en orbite en défiant la vraisemblance physique ? Et comment les ondes passent dans le trou de verre pour les communications ?). L'art qui interprète la science, c'est parfois beau et réussi, mais difficile d'y croire quand, au lieu d'expliquer un peu cette théorie, le film se met à parler d'amour et à tout mélanger. Mais connaissant ton intérêt pour l'astronomie, je ne suis pas surpris que tu apprécies les références que glisse Nolan dans son film.

tinalakiller 01/12/2014 19:45

Pour ma part, j'ai adoré ce film. Je ne m'attendais à prendre une telle claque. Pourtant, je précise que je ne suis pas une grosse fan de Nolan et que j'avais peur d'être déçue justement par ce dernier film. Déjà c'est un film à voir absolument au cinéma, beaucoup de scènes sont sublimes. Mais surtout Interstellar m'a énormément émue. De plus, les 2h50 passent très vite, j'ai également beaucoup aimé la musique de Zimmer et j'ai trouvé les explications assez claires.
Cependant, je comprends ce que tu expliques dans ta critique. :)

tinalakiller 12/12/2014 14:46

Ah oui je vois mieux les films en question ! Après, comme tu le dis, ils n'ont pas été réalisés dans les mêmes objectifs. Peut-être que tu es insensible à l'origine à cette dimension métaphysique.

Voracinéphile 11/12/2014 23:34

Quand je mentionne de vieux films de SF qui m'ont fait rêvé, je pense à des trucs kitschs comme Logan's run, Le trou noir, Dune, Planète interdite, this island earth... Ceux là, même avec leurs incohérences, je les aime quand même. Ils n'ont aucune portée métaphysique (sensée être la marque des grands films de SF), mais en termes d'aventure et d'univers, je les trouve assez fascinants, propices en tout cas à enflammer l'imagination.
C'est sans doute un peu vain de faire la comparaison, ça tient beaucoup aux goûts.

tinalakiller 05/12/2014 19:27

Quand tu parles de vieux films SF, tu parles desquels précisément, histoire que je suive ton raisonnement ? :)
Après je comprends ce que tu as pu ressentir par rapport au mix physique / sentiments.

Voracinéphile 04/12/2014 22:22

Non, bien sûr ! C'est même assez ironique de me voir dénigrer Interstellar sur le point de l'illogisme alors que je loue de vieux films de SF kitschs qui ne fonctionneraient pas du tout sous un angle de réalisme. Mais ces vestiges du passé ont des atouts charmes qui me parlent davantage (leurs effets spéciaux désuets, entre autres), et ils assumaient d'office leur fantaisie. Ici, le départ de bases logiques qui abouti à quelque chose d'aussi lourd (un mix de physique et de sentiments) et qui me semble fonctionner laborieusement (déjà, en combien de temps on fait passer un terra de données en langage morse ?), là je suis plus dubitatif. Dans leurs délires, les vieux films de SF se révélaient aussi plus sobres. Dans la SF d'aujourd'hui, on peut avoir des exigences de réalisme (c'est ce qui est le plus intellectuellement stimulant) ou un univers riche. Or Interstellar essaye de combiner les deux sans parvenir à trouver l'équilibre qui m'aurait convaincu. L'originalité se noie dans la maladresse en essayant de se lier avec les sentiments, qui se dissocient totalement des lois de la physique. Je chipote là dessus (car le docteur Mann est pour moi de toute façon un poids mort inutile).

tinalakiller 04/12/2014 21:48

Honnêtement, en tant que spectatrice lambda inculte en science (comme je pense le 3/4 des spectateurs soyons honnêtes), est-ce au fond dérangeant qu'il y ait une part d'imaginaire ?

HDEF 13/11/2014 21:21

J'avais dit que je reviendrais ! Me revoilà !
D'accord avec toi, à 99%, comme toujours.
Déjà je ne vois pas trop de quelle scène tu parles où McConaugey imite un chat… Pour la concurrence à Gravity, je la vois moins d'un point de vue narratif que d'un point de vue thématique, dans leur élaboration d'un concept d'anti blockbuster. Cela, Interstellar ne le développe hélas que dans sa toute première partie, avant le début du voyage qui, d'un bout à l'autre, est à chier en effet !
Tout d'abord parce que (à mes yeux), y a un truc qui va clairement pas avec la musique, très tonale, qui nous signifie très haut et fort qu'il faut s'exalter tout autant tout le temps. Une sorte de Carl Orff cinématographique ! Pompant !!
D'accord pour le personnage de Matt Damon (en revanche l'acteur est formidable !) qui ne sert à fichtrement rien, et aussi pour les séances de copie de plans entiers de 2001 (le final avec Murphy âgé de beaucoup évoque vraiment trop l'ouverture d'Inception et le réveil final dans la chambre Louis XVI à la fin de 2001).
Du coup je ne suis pas DU TOUT d'accord avec Borat, dont je viens de lire là le commentaire en me rendant compte que j'explique ici mon avis dans le sens exactement contraire du sien. "Belle musique" ??? Perso je trouve pas, mais alors vraiment pas.
En fait l'impression qui me reste est celle d'une sorte de bande-annonce étirée sur 3h à la fin vraiment casse pieds, se concluant sur un final qui, faute d'être cohérent, a le mérite d'être clair. Mais j'aurais préféré pas très clair mais cohérent.
Parce que un père qui plonge dans une 5e dimension pour foutre par terre des livres d'Arthur Conan Doyle depuis derrière sa bibli histoire de lui expliquer en morse qu'elle doit sauver le monde, j'ai rarement vu plus tarte !
Les scènes sentimentales sont étonnamment foireuses pour un film de Nolan (alors qu'au contraire Inception jouait bien sur ce plan. Tout comme Memento. On en dira pas autant de TDK…), avec un horripilante Jessica Chastain qui explique à son père qu'elle pense que c'est une ordure finie avec un gros sourire ! Je la dé-teste dans ce film !!!!!
Bon je crois avoir fait le tour de mon réquisitoire contre ce gros machin prétentieux où Nolan abandonne le cinéma pour la bande-annonce, les grosses ficelles et l'aberration.

2/6 pour Bale et Damon.

Voracinéphile 04/12/2014 22:24

Hâte de lire un avis nostalgique sur ce petit morceau de SF aventure. Le kitsch est vraiment sympathique, et les robots aux gros yeux t'amuseront surement beaucoup (un détail assez ridicule, mais qui rend les droïdes immédiatement sympathiques).

Princécranoir 04/12/2014 21:46

Ouiii, très juste pour le "trou noir" ! je l'ai vu il y a tellement longtemps (j'étais tout gamin) que cette comparaison avec 20 000 lieues m'avait échappé. Un argument de plus qui va m'inciter à le revoir.

Voracinéphile 04/12/2014 20:33

Un avis sévère, HDEF. Pour ma part, je saurai si je m'adoucis à son sujet quand il sortira en dvd. Les attentes étaient très grandes, je ne pense pas non plus avoir été trop sévère. Le scénario comporte de gros points noirs, mais aussi de jolis instants d'efficacité. Les sentiments foireux en revanche, faut voir. Des séquences ont réussi à m'émouvoir, d'autre sont tombées à plat (le final notamment, absolument raté à ce niveau). Quant au contenu scientifique... Voilà ce qui arrive quand on laisse un scénariste en roue libre. Montagne d'ambition, hélas, qui demande aussi d'être très ouvert d'esprit et d'accepter de partir sur un trip en décalage avec la réalité. Film bancal, pas non plus à jeter.

Princécranoir 11/11/2014 09:28

Pas Kubrick ni Trakovsky, j'en conviens, mais ça se laisse regarder. ça a le mérite d'expliquer la Relativité pour les nuls, de nous mettre au clair sur ce que sont les Trous Noirs et les Trous de ver. Si le prologue terrestre est vraiment bien traité et offre même de très joli moment de poésie (cette splendide chasse au drone à travers les champs de maïs), le montage parallèle qui permet de faire dialoguer l'exploration et la vie sur Terre est sans doute moins réussi (l'intérêt du personnage de Casey Aflleck reste une énigme, tout comme celui de Anne Hathawaway d'ailleurs qui crée un doublon avec Murphy). J'aime beaucoup en revanche ces robots cubiques humoristiques qui semblent taillés dans le Monolithe de 2001 (ou sortis d'une partie de Minecraft), ils m'ont rappelé les droïdes compagnons du voyageur solitaire de "Silent running".

Voracinéphile 04/12/2014 20:25

La relativité pour les nuls, c'était effectivement amusant. Mais insister lourdement sur la forme sphérique du trou de ver... Boarf, je pinaille. Je note pour silent running en tout cas, c'est un petit classique de SF que j'ai hélas raté. En revanche, j'ai découvert depuis The black Hole (de 1980), plutôt sympathique dans sa version stellaire kitsch de 20 000 lieues sous les mers.

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