15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 17:33

http://farm1.static.flickr.com/196/500348545_09ff15ef1d.jpg

 

Aujourd’hui, on traite un date dans la carrière de Bruce Labruce, puisqu’il s’agit du film qui l’a révélé à l’international, notamment par de nombreuses interdictions, en particulier en France où il faudra l’intervention de Jacques Lang pour le légaliser. Il faut dire aussi que le film est assez sulfureux, traitant au plus près de son sujet et n’hésitant pas à recourir à une certaine violence. Hustler white, c’est le parcours de Mongomery Ward, un prostitué qui survit à Santa Monica, en Californie.

L’histoire : Mongomery ward se prostitue dans les rues de santa monica, et n’hésite pas de temps à autre à commettre un petit larcin pour arrondir son quotidien. Mais il se retrouve bientôt harcelé par un réalisateur tombé amoureux de lui.

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/96/9/hustler-white-1-jpg-3989969zeywz_1798.jpg

 

Hustler white est d’un certain côté un film extrême, puisqu’il n’hésite pas à accompagner les différents personnages qu’il va suivre dans le métier de prostitué, un milieu rarement dépeint au cinéma (Macadam cow boy était très soft sur ce plan là), et qui va ici nous embarquer dans des séances de fantasmes parfois tordues. C’est le choc d’une confrontation à un monde nouveau, qui rend ici hommage aux histoires d’amour très hollywoodiennes, mais ici transposé dans un univers gay sans tabou. La présentation des personnages est réaliste, Mongomery apparaît directement comme un prostitué amoral qui vole si il en a l’occasion, et qui vit de différentes activités pour alimenter son quotidien. Sa vision du monde semble se limiter à voir en l’autre un client ou une menace trouble, ce qui nous vaudra une séquence d’accident un poil gore qui lancera un personnage du film pour le moins… marquant. Car si Hustler White est une histoire d’amour gay à l’ambiance étrange, on s’intéressera à d’autres personnages qui n’hésiteront pas à aller loin eux aussi dans leurs fantasmes et ceux de leurs clients. C’est particulièrement avec les personnages secondaires que j’ai pensé aux films de John Waters, ces péloches complètement allumées comme Multiple maniacs ou Pink Flamingos, où le film partait régulièrement dans des excès complètement fantasmés, mettant en scène des personnages assez troubles qui assouvissaient des pulsions du moment. Dans Hustler White, si aucun ne devient un freak comme Divine, nous aurons quelques scènes assez jusqu’auboutistes en termes de contenu sexuellement explicite. Je pense surtout au personnage de Piglet, un jeune prostitué chauve affichant quelques tendances masochistes (il se strangule avec des clients) qui l’amèneront jusqu’à un travesti (la découverte des fantasmes de ce personnage sera un petit choc), qui nous gratifiera de quelques séances tordues allant assez loin dans le bondage (on penserait à l’introduction des Nuits rouges du bourreau de Jade, l’esthétique maniérée en moins). Il y a dans Hustler white un véritable assouvissement du fantasme, parfois dans ce qu’il a de plus décalé et inavouable, le contexte de prostitution libérant les personnages de toute pudeur, le côté homosexuel ne faisant dès lors qu’accentuer le côté transgressif du film. Il y aura ainsi cette fameuse scène d’un amputé qui pratique un foot fucking avec son moignon sur un personnage qui depuis le début du film fantasme sur des handicapés. Scène choc, mais qui résume à elle seule tout un pan du film. D'ailleurs, ce dernier n'hésite pas à recourir à l'humour dans de nombreux passages du film, allant du trash (certains fantasmes pour le moins déroutants) à la boutade gentillette (la maladresse du réalisateur dans ses tentatives d'approche de l'objet de ses désirs). Hustler parvient aussi, en une séquence, à traiter simplement de faits aujourd’hui en débat : le droit des homosexuels à fonder une famille. Pas de débat ici, juste Mongomery (notre prostitué principal) prenant un bain avec un gosse de 3 ans sans que la moindre ambiguité sexuelle ne perce la pellicule. L’homosexuel est responsable avec le gosse, et si il est souvent amené à des comportements que la morale réprouve, il ne les laisse en aucun cas interférer avec sa capacité à éduquer. Concernant l’histoire d’amour dans Hustler White entre le prostitué et le réalisateur (joué par Bruce Labruce himself), j’ai été un poil moins intéressé, même si la transposition de tous les codes de l’histoire d’amour hollywoodienne se retrouvent ici. On aura même droit à des séquences humoristiques (une poursuite entre Mongomery effrayé et Jugen (le réal) qui veut juste obtenir son numéro de téléphone. Le personnage de Jugen sera d’ailleurs la source d’un humour assez récurrent dans le film, qui jouera beaucoup sur son caractère efféminé imprégné d’un accent germain qui sied tout à fait au personnage (alors que presque tous les autres homos affichent tous des caractères virils). La tentative de fin dramatique me paraît être en tout cas une petite erreur, car elle ne parvient pas vraiment à avoir l’effet attendu. Pour que l’on pleure, il aurait fallu que l’amour homosexuel naissant soit un peu plus développé, plus mis en valeur. Alors qu’ici, si nos deux personnages se rapprochent (mais ce n’est pas encore fait), l’évènement dramatique arrive trop abruptement et ne paye pas vraiment en termes de tragédie. Surtout que le film revient dessus 5 minutes avant la fin. Mais bon, nous avons ainsi le happy end de notre romance gay et nos personnages se mettent à courir sur la plage comme dans les grands films d’amour. Fantasmé, assez réaliste et cru dans son approche du fantasme et de la vie des prostitués, Hustler White est un joli choc lors de sa découverte, et il développe une love story atypique qui a le mérite d’être originale (la plupart des films traitant des homosexuels que j’ai pu voir s’axaient tous vers le drame) et de traiter son sujet avec une certaine distance. Le film fait preuve d’une force assez incroyable et prône l’assouvissement du fantasme, ce qui ne manquera pas d’alimenter les discussions sur la communauté homosexuelle. Un bon cru de Labruce que j’ai apprécié, même si je lui préfère la mélancolie d’Otto.

 

4.5/5

 

1995
de Rick Castro et Bruce Labruce
avec Bruce LaBruce, Tony Ward

 

http://www.austinchronicle.com/binary/3a65/scaled.hustlerwhite.jpg

Partager cet article

commentaires

Zogarok 18/05/2012

Je découvre le terme de "foot fucking" - moi qui pensais que c'était simplement "fist" en toutes circonstances... Là je dois dire que je suis un peu effarouché, j'ai du mal à me projeter (surtout
que le moignon n'est pas très alléchant).
Tout ça est très prometteur sinon - surtout Jugen qui a l'air bien typé.

Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Chimie, j'ai 24 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (plus marginal que grand public). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Chimie, j'ai 24 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (plus marginal que grand public). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog