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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 15:21

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Avec Magnolia, on donne dans le chef d’œuvre total, le cinéma pur en termes de sentiments, parfait équilibre entre portrait authentique et fantasme virtuose, offrant des tranches de vie dans ce qu’elles ont de plus touchant. Doté d’une narration merveilleuse (bien qu’elle ait parfois tendance à fragmenter les séquences fortes), ce mastodonte de 3 heures est une véritable déclaration d’amour au grand cinéma, quitte à larguer une bonne partie du public au passage, peu habitué à suivre 7 personnes à la fois (comme un certain Cloud Atlas).

L’histoire : Croyez-vous aux coïncidences ?

 

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Il est assez merveilleux de voir que Magnolia est une sorte d’OFNI du drame, et de part l’étendue des portraits qu’il dresse, une sorte d’illustration de la vie en général, comme le sous entendait l’introduction très axée sur des coïncidences tellement fortes qu’elles en deviennent suspectes… Ces coïncidences, dans les portraits qui forment le film, interviennent essentiellement sous la forme de « connexions » fugaces entre les différents personnages, le temps de regarder au même moment un show télévisé, ou de chanter sur une même musique passant à la radio (la plus belle séquence du film, très cinématographique, et d’une pertinence qui donne les larmes aux yeux). Pourtant, les personnages, plutôt éclatés à la base, se répartissent dans environ deux groupes. Il y a celui de la famille (avec le père mourant, la belle mère dépressive, l’infirmier de garde et le fils révolté) et celui du show télévisé, avec un ancien gagnant au bout du rouleau, un gamin savant et son père tyrannique, le présentateur à l’agonie, sa femme et sa fille junkie. L’électron libre du film est en quelque sorte le policier, qui suit son histoire en rencontrant plusieurs personnages différents. Autant dire qu’avec autant de personnages différents, avec autant d’enjeux personnels et de problèmes personnels, Magnolia est un film impossible à résumer. Il se vit, complètement, soignant chacun de ses personnages et collant au plus près de ses réactions, de leurs sensations. La diversité permet ici de s’identifier à certains, ou d’en apprécier d’autre pour l’état d’esprit qu’il illustre (personne n’est pareil). Autant dire que le film regorge de performances d’acteurs, avec un casting tout simplement éblouissant. A titre personnel, mes personnages préférés sont Eddie et Jack. Eddie pour l’intégralité de son caractère, maladroit, enfantin dans sa conception des rapports humains, mais d’une sincérité frappante et d’un soupçon d’éloquence qui sort heureusement au bon moment (la conversation de bar, où il alterne entre amertume et désir de s’affirmer enfin). William H. Macy le campe avec un talent magnifique (et l’ironie qui entoure son personnage est réjouissante, notamment pour l’appareil dentaire). Jack, le personnage de Tom Cruise, est quant à lui magistral dans son exploitation sommaire des angoisses masculines naturelles, à savoir l’autre sexe. Sa vision ultra machiste est un régal de testostérone primaire qui réaffirme son mépris de la gente féminine à chaque nouvelle intervention. On comprend immédiatement où veut en venir ce portrait, à savoir comment un tel personnage a pu se façonner, et frapper évidemment là où le bas blesse. Autant dire que nous tenons là peut être la meilleure performance de Tom Cruise en terme d’intensité dramatique, autant dans sa dégaine de prédateur que dans son chamboulement intérieur. Un personnage de cette trempe, c’est rare dans une carrière, et ici, la performance est inoubliable. En termes d’intensité émotionnelle, on pourra aussi relever la romance entre le flic solitaire et la junkie dépressive, une merveille de sincérité qui culmine avec la scène du repas dont la sincérité est éblouissante (encore une fois, décidément, c’est un film à regarder avec des lunettes de soleil). Parfaite combinaison de ce qui fait la force du grand cinéma (avec un peu d’humour en prime, et une bande originale parfaite), Magnolia (dont on se demande encore d’où vient le titre) est un chef d’œuvre intégral, que la virtuosité n’étouffe jamais (à condition évidemment de pouvoir la supporter).  A l’exception de quelques scènes intenses qui sont découpées et qui perdent un peu en intensité (notamment pendant le face à face entre Jack et son père, coupée par soucis de ménager le rythme des autres histoires), c’est un pavé magistral, un OFNI éblouissant qui ne cherche pas l’épate philosophico-visuelle, mais bien l’authenticité des portraits. On en reste rêveur…

 

6/6


1999
de Paul Thomas Anderson
avec Tom Cruise, Melinda Dillon

 

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commentaires

Paul Foyer 06/06/2014 02:28

En cassant le côté mécanique du film choral, en installant des longs travellings et des plans-séquences hyper précis, Magnolia est l’expérience de cinéma intense qui met tout le monde d'accord.
Culte, inutile de discuter !

voracinephile 06/06/2014 15:30



Ah, c'est bien d'être passé, Paul ^^


Je peux contribuer à cinécanon, j'ai maintenant un peu de temps libre ^^ On en reparle sur FB.



borat8 26/05/2013 19:15

Il le faut amigo!

borat8 26/05/2013 00:16

Pourtant il a été nommé aux Oscars, il a été présenté à Venise (et a été primé pour ses acteurs) et Joaquin Phoenix a fait son comeback avec ce film. Donc je suis très étonné que même de nom tu
n'as pas entendu parler de The Master!

voracinephile 26/05/2013 13:55



The Master a toute mon attention maintenant ^^



borat8 25/05/2013 00:26

Oui il est sorti en janvier, c'est un film se basant plus ou moins sur la scientologie avec Philip Seymour Hoffman, Joaquin Phoenix et Amy Adams. Vraiment étonnant que tu ne le connaisse pas, il a
fait grand bruit.
Hâte de voir ton avis sur ce film passionnant qu'est Boogie Nights. Film qui va bien plus loin que la pornstar au plus grand membre

voracinephile 25/05/2013 15:02



Ah, curieux de voir donc ce nouveau cru dont je n'avais absolument pas eu vent... Quant à ma chronqieu sur Boogie Nights, elle vient d'être publiée. En fait, tout est si limpide que le film parle
de lui même, il n'y a rien à analyser. On peut paraphraser un peu, mais la puissance de l'oeuvre se ressent pendant le visionnage, sur le moment.



2flicsamiami 24/05/2013 08:52

Rien à rajouter, tu as tout dit sur ce chef d'oeuvre. Moi aussi, j'adore la scène où tout les personnages chantent sur la même chanson.

voracinephile 24/05/2013 12:02



La seule chose qui nuise à sa réussite, c'est qu'il fait trois heures et qu'il entremêle constamment ses histoires, ce qui oblige le public à faire un petit effort de concentration (personne dans
ma famille n'est allé au delà de la première heure tellement ils trouvaient ça compliqué)...



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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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