Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 11:40

nixon.jpg

 

En s’attaquant à une personnalité aussi controversée que celle du président Nixon, Oliver Stone fait preuve d’une réelle volonté de cinéaste, car allant à contre courant du mouvement populaire qui le taxe sans s’interroger du titre de pire président des Etats Units. Par un biopic aussi ample (3 heures de programme) que volontairement réaliste (il cherche un ton un peu objectif en oubliant la haine qu'on lui voue), il retrace la carrière politique du bonhomme, et nous met en scène un Nixon prisonnier de son contexte politique et qu’Hopkins nous interprète avec une inspiration rare (en termes de performance, il est au moins à l’égal de celle d’Hannibal Lecter).

L’histoire : Depuis ses premières campagnes de sénateur jusqu’à sa sortie de pouvoir, les deux mandats de Nixon passés au crible et toutes les circonstances qui ont influencé Nixon dans sa politique d’ouverture au monde.

 

f9c96ff0727655beac9511a34f585a9682cc7ca4.jpg

 

Véritable film fleuve qui abreuvera sans discontinuer le spectateur de détails sur le personnage en scène, Nixon est un véritable triomphe, et peut être le meilleur film d’Oliver Stone. Réexploitant l’expérimentation faite sur Tueurs nés en la rendant toutefois plus digeste (elle apparaît souvent en arrière plan), il en conserve toutefois certains tics visuels, comme l’usage de plan en noir et blanc insérés par à coup dans le long métrage en couleur, conférant une certaine agressivité à certaines séquences, et le plus souvent prétexte à des flashs back évocateurs. Stone soigne clairement le contexte dans lequel Nixon évolue, et c’est bien en cela qu’il se révèle génial. En cernant avec précision les conditions dans lesquelles ce candidat républicain évolue, en en faisant un modèle d’intégrité (il joue fair play dans ses premières candidatures à la présidence alors que Kennedy utilise des infos de la CIA pour doper ses discours) qui cède peu à peu aux magouilles et aux concessions, en illustrant son côté politicien voulant œuvrer pour la grandeur de son pays. Le personnage a une vision, mais question magouille, il semble incapable de faire dans la subtilité (et c’est finalement l’accumulation de magouilles qui explose au cours de la déchéance du personnage). Ce n’est qu’à l’occasion d’un meeting au Texas qu’il rencontre les représentants des lobbies pétroliers qui lui proposent de les représenter lors d’une prochaine élection. Et les sous entendus de leur discours, sous entendant qu’une élection présidentielle aura lieu sous peu alors que Kennedy vient juste d’être élu, annonce déjà la scène d’assassinat la plus célèbre de l’histoire de l’Amérique. Il y a bien de la subversion dans Nixon, et rarement un film aura aussi bien cerné l’incessante lutte des lobbies et de toutes les formes de pouvoirs qui jouent sur la politique d’un président. Souvent à base d’argent, et d’une façon plus importante sous formes d’informations (ces mêmes quêtes d’informations qui conduiront Nixon à approuver la création de la cellule d’écoute et de surveillance de ses opposants politiques), le film cerne avec une justesse aussi magistrale que séduisante les tentatives d’un homme qui se débat pour donner corps à sa vision alors qu’il se fait démolir de toute part par la presse et l’opinion publique. La crise du Viet Nam en est l’épisode le plus parlant, le film illustrant bien les divergences de points de vue entre les conseillers de la présidence, et la décision finale qui fait s’éterniser le conflit en l’étendant même jusqu’au Cambodge, par peur de perdre la face en sonnant une retraite qui aurait l’air d’une faiblesse. La confrontation entre Nixon et des étudiants manifestant pour l’arrêt de la guerre est, là aussi, une séquence clef, opposant merveilleusement les points de vue des différents protagonistes, et révélant l’incapacité de Nixon à changer rapidement la politique de guerre engagée par ses prédécesseurs, quelle que soit sa volonté. Une dure leçon de politique, qui appuie finalement l’image d’un Nixon prisonnier du « système », incapable de changer radicalement le déroulement de certaines grandes questions de l’échiquier politique. Enfin, et c’est sans doute là que la performance d’Anthony Hopkins dans la peau du président se révèle épatante, le film cherche à montrer quel genre d’homme était Nixon, à définir son caractère. Au-delà du pouvoir (et de la révélation catastrophique des ficelles qu’il a pu tendre pendant ses mandats), le film révèle son caractère de politicien déterminé, mais un peu mou (c’est aussi ce qui a amené les lobbies à le soutenir, ce dernier s’étant révélé facilement prévisible). Et c’est aussi ce caractère qui ressort dans les nombreuses scènes filmées en compagnie de son épouse, une modèle d’épouse présidentielle, consciente des enjeux déterminants qui se trament autour de son mari et qui se révèle toujours d’un conseil avisé. Un excellent personnage qui joue beaucoup dans la révélation du personnage, qui cache finalement beaucoup son caractère à ceux qui l’entoure. Un seul et édifiant détail pour s’en convaincre, le sourire commercial que Nixon arbore à chacune de ses apparitions publiques (où sa mine bourrue fait place à un sourire faux de pure circonstance), subtilement mis en abîme dans l’introduction du film, où les poseurs de micros regardent un film pour vendeur professionnel où un patron conseille à un représentant de se vendre lui-même avant de vendre le produit, et où il termine son discours avec le même sourire commercial que Nixon affichera tout au long de ses mandats. Humanisant considérablement le président dans sa chute inexorable (la séquence de la prière en devient gênante d’impudeur, les pleurs du président se révélant particulièrement touchants), Nixon est un hommage très noble à l’une des personnalités politiques les plus influentes des années 70, faisant d’énormes efforts de volonté pour rester objectif dans sa description méthodique des faits abordés, tout en en profitant pour égratigner l’image d’une bureaucratie irréprochable à la maison blanche. Un travail énorme d’une cohérence remarquable, et peut être l’un des meilleurs biopics politiques jamais réalisé au cinéma. Oliver Stone a l’étoffe des plus grands.

 

5/6


1995
de Oliver Stone
avec Anthony Hopkins, Joan Allen

 

22_Nixon-movie.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

hdef 06/09/2013 21:03

Perso, j'ai trouvé alexandre lourdingue, et pour W., à éviter, en effet !

voracinephile 07/09/2013 13:12



J'ai revu alexandre. L'épopée est intéressante en effet, on sent que Stone essaye de gonfler son projet avec beaucoup de références mythologiques. D'excellentes scènes ça et là (l'exil
d'alexandre, le dressage de bucéphale...), et un héros plutôt intéressant (le côté bi vient nuancer l'étoffe d'Alexandre, et son tiraillement sentimental entre ses deux parents est également
riche...). En revanche, film trop long, il en ressort peu de choses à la fin (rien n'est inoubliable), et il y a quand même des fautes de gouts assez grosses (hideux générique digne d'un Percy
Jackson, les scènes de combat numériques type age of empire...).



borat8 05/09/2013 21:11

Franchement j'étais parti sur un navet et finalement on est très loin d'une purge comme Troie. C'est beau, la connotation bisexuel d'Alexandre est bien visible, Farrell s'en sort bien mieux que ce
qui est dit, Kilmer est crédible même si comme Angelina je ne comprend pas pourquoi Stone a pris des acteurs aussi rapproché de l'âge de Farrell. Jolie pourrait être sa soeur!

voracinephile 06/09/2013 19:23



Je vais le rééssayer, je viens de l'acheter pour 4 euros en magasin... Une chronique très bientôt...



borat8 05/09/2013 00:29

Si tu as aimé ce film alors je te conseille le film de Ron Howard, Frost/Nixon où comment le président s'est cassé la gueule en direct. J'aime bien Stone et je suis un des rares à avoir aimé son
Alexandre tant décrié.

voracinephile 05/09/2013 16:21



J'hésite à me confronter à Alexandre (jamais vu), mais je sais que l'éssai n'est pas calamiteux malgré sa réputation. Il y aurait quelques idées intéressantes ça et là... Merci pour Frost Nixon,
je le note...



hdef 04/09/2013 11:49

Effectivement, un très bon cru de Stone, dont je préfère néanmoins JFK (1991)...

voracinephile 05/09/2013 14:37



Bonne remarque, je n'ai pas encore vu ce JFK... Les biopics de présidents semblent être l'un des dadas d'Oliver Stone... Quoique j'ai entendu des échos mitigés de son Bush... Content que tu ais
aimé ce portrait du président le plus impopulaire des USA...



borat8 03/09/2013 19:19

Pas vu mais je trouve que Frank Langella dans Frost/Nixon est plus ressemblant qu'Hopkins.

voracinephile 03/09/2013 23:46



Physiquement, c'est probable qu'il soit plus ressemblant. Mais vu le travail colossal fait sur la reconstitution autour du personnage, ce détail a finalement peu d'importance. L'attention est
captée par le contexte fascinant, les différents enjeux entre lesquels Nixon est tiraillé, les raisons de son impopularité, le décalage entre sa vision de l'amérique et ce que le système lui
impose... Et le personnage a aussi ses zones d'ombres (d'ailleurs, le film donne beaucoup dans la magouille politique...). Pour le coup, je vais relever la note, car c'est un bain de politique
vraiment stimulant. Tu serais probablement comblé (si toutefois tu apprécies le style d'Oliver Stone...).



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche