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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 06:35

http://www.desperatezombie.com/wp-content/uploads/2009/07/badbiologybig.jpg

 

Franck Henenlotter est un artisan accompli du Z, qui compense la pauvreté du budget de ses films par des idées tordues qu’il est souvent sympathique de suivre jusqu’au bout. Il est ainsi essayé à plusieurs registres, toujours sous la parade du mauvais goût revendiqué, notamment pour ses fréquentes allusions au style pornographique, ses plans nichons fréquents et ses idées trash. Après les siamois séparés de Basket Case (le 2 et le 3 sont des merdes à ce qu’il paraît) et Elmer son ver psychotrope, il nous revient avec Sex addict (aka Bad Biology), dans lequel nous suivons les péripéties de jeunes déréglés de la libido.

L’histoire : Jennifer est une jeune femme dotée de 7 clitoris et d’un dérèglement hormonal important. Elle est accroc au sexe et ne peut passer une seule nuit sans amant. A quelques pâtés de maison, Batz possède un pénis surdimensionné, mais accroc aux stimulants pour maintenir son membre en activité.

 

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« Public averti », est-il noté au dos de la jaquette… Disons qu’on a ici un sympathique film de mauvais goût, qui s’attaque à deux figures de la sexualité déviantes des clichés habituelles. En effet, si on a les grands classiques de la femme nymphomane et de l’étalon membré comme un cachalot, Henenlotter s’intéresse avec précision à leurs psychologies, leurs parcours, avant d’organiser une rencontre assez explosive. Durant les phases d’exposition, c’est clairement Jennifer qui est le personnage le mieux décrit. Extrêmement précoce dans sa maturité sexuelle, la jeune femme a grandi dans un état constant de surstimulation sexuelle qui l’a toujours handicapée dans ses relations avec les hommes (qui flippaient devant un vagin aussi  zarbi). On suit, en voix off, son évolution psychologique, jusqu’à son autopersuasion d’être la prochaine Marie qui va se faire baiser par Dieu, et qui collectionne les photos de ses multiples amants en en tuant quelques uns au passage (le plaisir la rend folle, et ses sentiments sont incontrôlables). Henenlotter opère alors quelques choix artistiques intéressants. Comme par exemple de montrer son héroïne commettre un meurtre suite à une frustration mineure, avant qu’elle tente de nous explique que ses dérèglements hormonaux affectent ses sentiments au point de les amplifier démesurément. Par divers choix, Henenlotter place la sexualité au centre de la vie de l’individu (la notion de couple passant ici de façon primordiale par le sexe, qui balaye tout autre chose : la première relation amoureuse de jennifer). Cependant, Henenlotter n’oublie pas son poulain, dont l’histoire demeure elle aussi très intéressante. Clairement, on le situe au centre de la thématique : la taille, c’est ce qui compte. On a l’habitude de dire que ce n’est pas le cas, mais on dit ça pour une seule raison : parce qu’on en a pas une grosse ! Et lui, il en a une énorme, qui a été sectionnée à la naissance (les chirurgiens l’ayant prise pour le cordon ombilical). Recousue, il a dû suivre un traitement, mais elle n’a jamais retrouvé la vigueur qu’elle aurait dû avoir. Maintenant, afin de la maintenir en activité, il est obligé de la gaver de stimulants de plus en plus puissants, renouant avec le thème de l’addiction développé dans Elmer le remue méninge. Ainsi, pendant qu’il nous expliquera son histoire, on aura droit à l’une des séances de masturbation des plus barbare, Batz calant son mastodonte dans un tuyau bourré de fil de fer mis en branle par un moteur à essence. Radical ! A l’aide de symboles sexuels assez explicites (les femmes à tête de vagin), Henenlotter continue à aborder les dérives de la surstimulation sexuelle de nos héros avec quelques séquences qui ne manqueront pas de nous faire rire (notamment celle où une partenaire de Batz vit un orgasme de plusieurs heures après une relation de moins d’une minute). On ne spoilera pas le dénouement, tout ce que l’on peut dire, c’est qu’on quittera le film dans un grand éclat de rire, ce dernier réussissant à conclure sur son sujet de façon jouissive et peu sérieuse. Bref, c’est de la bonne série Z qui se permet de rester ludique sur toute sa longueur et de faire du cinéma avec pas grand-chose. Vivement ton prochain, Frank, et bon retour parmi nous !

 

4.5/6

 

de Frank Henenlotter
avec Charlee Danielson, Anthony Sneed

 


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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 12:14

Nos_amis_les_Terriens-20070423084849.jpg

 

A ce jour, l'un des auteurs français de philosophie les plus populaires est Bernard Werber, qui nous a gratifié de quelques cycles de romans à cheval sur science fiction et philosophie, relativement plus tournés vers une approche populaire qu'un aboutissement profond sur les thèmes qu'il vise (notamment sur le sujet de la société, qu'il nous a bien traité et retraité dans sa trilogie des fourmis). Votre serviteur étant né le même jour (mais pas la même année) que Bernard, il s'est vu plusieurs fois offrir des tomes dudit auteur. Cependant, quand ce dernier a tenté une bève incursion dans le cinéma, le film est sorti dans l'indifférence totale, et une semaine plus tard il avait été complètement retiré des affiches. Film maudit ? Adaptation au grand écran vaseuse ? Hélas, au vu du résultat, on misera plutôt pour la deuxième observation.
L'histoire : Un homme puis une femme se réveillent sur un terrain plat et noir, délimité par des murs invisibles. On étudie leur comportement pendant quelques jours avant de voir plusieurs individus débarquer, formant un groupe dont on va suivre l'évolution.

 

http://media.zoom-cinema.fr/photos/2751/nos-amis-les-terriens-03.jpg

 

En quoi le film de Werber est-il un fiasco ? Et bien déjà parce que ça n'est pas un film ! C'est avant tout une pièce de théâtre, qui fait le pari intéressant de s'essayer au huis clos afin de faire vivre au spectateur une expérience sociologique en plein théâtre. Une excellente idée si la pièce est jouée en face de nous avec d'excellents acteurs. Le problème du film, c'est que formellement, le casting est très loin de convaincre (les profils psychologiques des différents individus sont surjoués, ce qui n'aide pas du tout à nous immerger dans l'histoire), et il a été filmé comme une émission de télé qui filmerait une pièce lambda. C'est plat, sans esthétique, moche et cheap. Il n'y a même pas la surprise d'un film comme Dogville ou Manderlay, où les bâtiments n'avaient aucun mur afin de nous permettre de suivre toutes les actions des individus dans le village. Ici, la mocheté du projet l'emporte d'emblée, et on se fera donc chier à regarder du théâtre là où on attendait du spectacle. Venons en maintenant aux thématiques. On suit d'abord un couple homme-femme, qui finit mathématiquement par s'unir malgré leur vie précédente, avant de les placer au sein d'un groupe d'individus humains. On suit alors la répartition de leurs rôles, tels des cobayes, et nous voyons donc ceux qui endossent le rôle de Dominant dominant, de Dominant dominé et de Dominé dominé, établissant une hiérarchie sociale. Bien, sauf qu'on est pas satisfait. Déjà, comme dit précédemment, le casting inégal a horriblement de mal à instiller de la crédibilité à leur rôle avec leur jeu manichéen manquant de naturel. De plus, on a l'impression ici de voir du recyclage. Werber nous a mainte et mainte fois décrit la même expérience des rats de laboratoires qui établissent les mêmes hiérarchies au sein d'un groupe que nous, et si le message portait ses fruits la première fois, il devient vite saoûlant de le voir se répéter, et de constater que son discours n'a pas évolué, ne s'est même pas développé pendant une dizaine d'années. On se répète, on a aucune surprise, et lorsqu'arrive le premier meurtre, on n'est pas surpris le moins du monde, et on n'éprouve pas le moindre élan de compassion pour la personne disparue. D'ailleurs, où vut en venir le film ? Il effectue le postulat intéressant de prendre des extra terrestres qui jugeraient le monde humain. Intéressant, d'autant plus qu'il a tendance à stigmatiser le mode de vie des sociétés civilisées et certaines de nos coutûmes. Cependant, cette approche tourne rapidement à vide (en dehors de quelques boutades, elle ne fait que rabâcher des problèmes dont nous avons tous connaissance), quand elle ne tourne pas carrément à l'hypocrisie (Oh, les extra terrestres recyclent TOUS leurs déchets ? Ils respectent leur monde depuis l'apparition de leur race ? C'est-y pas beau !). En bref, le film de Werber ne relève en rien du spectacle qu'il nous donnait d'habitude à lire avec ses livres (qui sont tout de même plutôt sympathiques dans l'ensemble), et ennuie clairement pour la répétition de son propos et son absence de conclusion (ce qu'il y a de beau dans l'humanité ? L'amour et l'art... Attendez, je verse une larme). Si le film avait été fait il y a trente ans, je ne dis pas. Pas de nos jours, il suffit d'avoir lu l'encyclopédie du savoir relatif et absolu pour avoir assimilé une bonne partie des idées de Werber. Qui plus est sans s'emmerder pendant une heure et demie. Dommage Bernard, mais si tu arrives à booster des producteurs pour adapter tes Fourmis, on sera au rendez-vous.

2/6

 

de Bernard Werber
avec Pierre Arditi, Audrey Dana

 

http://www.scifi-universe.com/upload/galeries/nosamislesterriens05.jpg

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 07:13

http://www.avoir-alire.com/IMG/jpg/ne_te_retourne_pas_grd.jpg

 

Les films fantastiques français de qualité ne sont pas loin de se compter sur les doigts d’une main. Pour tant, le dernier effort qui a été tenté dans cette direction n’a pas vraiment séduit, ne remportant aucune récompense à Cannes et ne retombant guère sur ses pattes une fois sortis en salles. Il s’agit de Ne te retourne pas de Marina de Van, une réalisatrice bien plus intéressante que son histoire ne le paraît.

L’histoire : Jeanne est un écrivain qui veut pouvoir se lancer dans l’écriture de son premier roman alors qu’elle était spécialisée dans la biographie. Mais alors qu’elle essaye de rassembler ses souvenirs pour en commencer la rédaction, son quotidien, avec sa mémoire, commence insidieusement à changer.

 

http://www.avoir-alire.com/IMG/jpg/ne_te_retourne_pas_1.jpg


Si l’explication rationnelle du phénomène est tout à fait envisageable (il suffit de voir les intrusions des effets spéciaux comme une transformation psychologique de l’héroïne), Ne te retourne pas a vraiment l’air, à sa première vision, d’un film fantastique bien construit, qui fait développer son histoire de façon intelligente, en faisant d’abord du phénomène une angoisse profonde. En effet, le personnage de Jeanne a un quotidien parfaitement stable au départ, avec mari et enfants. Mais plus elle tente de se concentrer sur son passé, plus son quotidien vole en éclat. Elle commence à croire que des meubles ont bougés, ce qui est le cas, mais la nouvelle configuration des pièces semble avoir été toujours la même pour le reste de la famille. Bientôt, se sont aussi ses enfants qui se mettent à changer (notamment la couleur de leurs yeux), avant que ce soit son mari qui affiche lui aussi un visage totalement différent. Toute la première partie du récit se construit comme un trip parano fantastique, qui semble sur le point de sombrer dans une histoire de folie avec de fréquents allers retours chez le psychiatre de la famille. N’oublions pas de préciser qu’elle perd aussi le sens de l’orientation, son adresse changeant régulièrement. Alors qu’on se demande ce qui peut bien être la cause de son état, c’est l’héroïne elle-même qui se met à changer de physique. On assiste alors à une des transformations les plus élégantes de cette décennie, avec des effets spéciaux très discret qui parviennent à entremêler des parties de Sophie Marceau et de Monica Bellucci sans problèmes (ce qui est, reconnaissons le, assez fort). Dans sa nouvelle apparence, elle retrouve alors une photographie d’elle et d’une petite fille, Jeanne (alors que son nouveau physique possède un prénom différent) prise en Italie à ses huit ans. Commence alors un retour sur ses traces en Italie, à la recherche de la vérité sur cette Jeanne qui a possédé sa vie pendant plus d’une vingtaine d’années. On pensait à une histoire de possession identitaire, un truc du genre. Ce n’est pas vraiment le cas, mais ça s’en rapproche, quand nous découvrons avec l’héroïne ce qui s’est passé à l’année charnière de ses huit ans et auparavant (elle n’a aucun souvenir datant d’avant cette période). Plutôt intéressant pour son propos sur l’identité, le film a surtout le mérite d’avoir un casting féminin assez enviable (Bellucci et Marceau), totalement impliqué dans l’histoire du film. Les effets spéciaux convaincants achèvent de parasiter finement l’ensemble du récit en première partie, en en faisant un des trips parano les plus subtils et les plus efficaces de ces dernières années. Malgré cela, le film ne semble pas tant percer que ça, bien qu’il regorge de qualité tout en conservant une certaine modestie dans ses enjeux (on ne sort jamais du cadre individuel) qui en fait un film de qualité. A voir, même si son rythme est parfois inégal et que son histoire déstabilisante peut en perturber plus d’un !

 

5/6

 

de Marina De Van
avec Sophie Marceau, Monica Bellucci

 

http://www.mikrosimage.eu/wp-content/uploads/2009/06/bigvisuel3-ne-te-reournespas.jpg

Un bel exemple des incroyables trucages numériques du film : du Bellucci avec un peu de Marceau, et hop, un nouveau visage !

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 06:58

2009-aff-antichrist

Interdit aux moins de 16 ans (pour une violence dérangeante car hautement symbolique)

 

Comme on s’est attaqué au cas du génie qu’est Lars Von Trier, abordons sans plus tarder son film le plus contrasté, le plus débattu et le plus vilipendé de sa filmographie : Antichrist, qui n’entretient aucun rapport ou presque avec la religion. Et autant signaler tout de suite que son propos est incendiaire : l’anti christ, c’est la femme (en entendant plus par là que le Christ… est un homme).

L’histoire : après la mort accidentelle de leur enfant, un couple (dont le mari est thérapeute) commence son deuil. Mais l’état de sa femme empirant, ce dernier décide de l’emmener passer un peu de temps dans un chalet où ils avaient l’habitude d’aller pour leurs vacances.

 

http://www.lexpress.fr/medias/294/antichrist_118.jpg


Lars Von Trier est un provocateur. Et en tout bon provocateur, il cherche toujours des outils appropriés pour servir au mieux son récit. Devant la virulence des critiques lancées contre son œuvre, il a joué aussi au petit malin en évitant de nous donner le fond de sa pensée, avide de voir jusqu’où nous pourrions aller dans l’analyse de son œuvre. Il nous étudie un peu aussi, avec ses films, en nous confrontant à de vrais chocs pour voir comment nous allons réagir. On décide ou pas d’entrer dans son jeu, et quand on a fait son choix, on s’embarque dans une aventure inattendue dont l’issue demeure toujours incertaine. Ici, l’image est merveilleuse, c’est clairement le film le plus soigné de sa filmographie (mais attendons le prochain Melancholia avant de figer ce constat), et cette qualité plastique formelle (dont on a reproché un style publicitaire, ce qu’il ne faut pas entendre comme conneries…) lui permet de créer de purs moments d’onirisme. C’est bien simple : le mouvement est tellement figé que l’eau acquière une viscosité qu’on ne lui connaissait pas, et que l’air devient une sorte de boue invisible qui ralenti considérablement les avancées de nos protagonistes. Par ces anti-bullet times, Lars nous propulse directement sur un plan réflexif (sur le même ton que la thérapie) et nous invite à explorer les tréfonds de la nature féminine. Car c’est bien le personnage de Charlotte Gainsbourg qui est au cœur de l’histoire. Willem Dafoe est parfaitement compréhensible, il a une attitude logique au cours du film, et si il a de prime abord une logique psychologique, il va peu à peu régresser à un stade bestial (y contribuera le fait que la seule manière de calmer sa femelle pendant ses crises sont des séances de sexe torrides), qui l’amènera à commettre un acte que le film décrit comme viscéral et pratiqué depuis la nuit des temps. Quand à Charlotte Gainsbourg, elle est incroyablement convaincante en émissaire du Mal, accomplissant ses petits caprices sadiques à dessein. Car c’est bien là que réside le contenu explosif du film. Il s’attèle à nous prouver que dans cette histoire, si l’homme peut régresser facilement au rang de la bête, la femme n’en est jamais très loin. La révélation est d’autant plus choquante que pour se faire, Lars utilise des approches très similaires à celles employées dans Manderlay ou Dogville : c’est la Femme elle-même qui revendique sa nature maligne, et nous aurons plusieurs portraits sordides détruisant l’image rassurante de la bienveillance maternelle habituellement véhiculée (les chaussures inversées, la biche avec un faon mort-né coincé dans son utérus, le fameux renard qui parle devant sa progéniture s’auto éventrant…). Le meilleur exemple en est bien sûr la scène d’ouverture, complétée par un détail capital dans le dernier chapitre, suivi par la fameuse séquence du clito amputé aux ciseaux. Après des problèmes comme le racisme et l’accueil de son prochain, c’est ici la relation Homme-Femme qui est abordée, et elle ne l’est pas dans la demi-mesure. La femme, loin d’être la proie de l’homme, peut se révéler comme une vraie furie, et à l’image de la nature se pervertissant peu à peu pour devenir carrément hostile (Sam Raimi devrait prendre son pied dans cette version torturée de la forêt noire), elle révèle peu à peu la Nature profonde de ce qu’est la Femme. Soit des sentiments difficilement accessibles à la compréhension masculine, qui aurait tendance à les voir alors comme des pulsions. On peut voir beaucoup de choses dans Anti Christ (une étude plus détaillée de la sexualité qui y est dépeinte ne serait pas de trop, notamment sur le plan des frustrations de l’homme et de la femme, qui sont très différentes ici (trouvant l’orgasme dans un moment réellement dramatique dont la durée est prolongée à l’extrême)), mais c’est indubitablement ce discours qui prédomine. Pourtant, faut-il taxer ce film de misogyne comme beaucoup se sont amusés à le faire (s’ils n’étaient pas occupés à ironiser sur une violence dépassant leur seul de tolérance Tout public) ? Pas vraiment, Lars renvoyant aussi l’homme à ses responsabilités (et donc à ses fautes). Le mari est loin de sortir intact de cette aventure. Si le final a des airs de calme revenu sur la forêt, il n’en est pas moins seul, blessé, et incapable de perpétuer l’espèce. En bref, il faut Trier (ha ha !) un max pour tentr d'y voir clair, mais Lars nous offre un putain de trip (parfois incompréhensible) doublé d’une machine réflexive forte (rien de tel qu’un film ambigu pour cerner la pensée du spectateur quand celui-ci s’exprime, c’est ce qui m’a donné l’idée des DVI), esthétiquement chiadé et porteur d’un message pour le moins sulfureux (à soumettre à la volonté de chacun). Une œuvre qui restera toujours un peu une énigme, mais qui comblera l’amateur de mauvais goût qu’on peut être par moments.

 

5/6

 

de Lars von Trier
avec Willem Dafoe, Charlotte Gainsbourg

 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 06:53

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Lars Von Trier est un réalisateur génial, qui arrive à faire preuve d’un mauvais goût tout bonnement scandaleux en restant totalement pertinent avec son sujet. En clair : un réalisateur qui a une maîtrise totale de son art, et qui développe à moindre frais des histoires passionnantes, souvent dérangeantes, mais dont la portée réflexive peut créer des débats immanquablement passionnants. Et aujourd’hui, nous allons parler d’un de ses chefs d’œuvres méconnus : Manderlay. La suite de Dogville, qui nous tannera le cuir avec un nouveau problème de société : le racisme.

L’histoire : En 1933, Grace et son père (un gangster accompagné de ses hommes de main) font route vers l’Est des Etats Units et font une halte à Manderlay. Ils y découvrent une maison qui pratique encore l’esclavagisme. Grace, furieuse, libère les noirs avec toute son ingénuité, mais ils se retrouvent dès lors à la rue. Grace décide de rester sur place pour les aider à commencer une nouvelle vie.

 

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Attention, film hautement subversif que ce Manderlay, puisqu’il permet à son hauteur de développer une histoire apparemment libertaire (elle commence par l’abolition directe de l’esclavage dans une maison où il était encore pratiqué 60 ans après le décret l’interdisant), mais qui va sans arrêt remettre en cause le bien-fondé et les préjugés qu’on a pu nourrir sur ce soi disant « retour à la liberté » des populations noires en Amérique. En effet, dès le départ, Lars fait voler en éclat l’idée illusoire de la liberté en montrant combien la population d’esclave s’est attachée à son mode de vie, et combien elle est en décalage avec la conception naturelle de la liberté en société. Au travers de dialogues au mordant impitoyable, On décrit tout ce qui est habituellement passé sous silence sur les esclaves fraîchement affranchis : ils ne quittent pas le sol sur lequel ils ont travaillé pendant tant d’années, et sont donc engagés par leurs anciens maîtres comme travailleurs. A la différence qu’ils sont cette fois ci payés, victimes d’escroqueries, et finalement tellement endettés qu’ils vivent une nouvelle forme d’esclavage, économique cette fois ci, qui les affilie à nouveau à leur maître. C’est là que Von Trier joue à un jeu dangereux : il manie de gros clichés, les préjugés et les idées reçues avec tant de justesse et tant d’ironie que si l’on est indubitablement balayé par les faits qu’il décrit de façon totalement réaliste (les racistes étaient loin d’être des personnes stupides, les esclaves habitués aux tâches répétitives étaient paresseux et se laissaient diriger sans prendre de décisions…), on sent qu’on est jamais très loin du mauvais goût, certaines situations étant vraiment trop dérangeantes pour nos oreilles (on commence déjà à taper sur la jeune blanche qui vient apporter la liberté, et qui s’attend à de la reconnaissance en retour, alors qu’à chaque nouvelle tentative, elle envenime un peu plus la situation). Ce film, particulièrement ambigu et atrocement subversif (la conclusion qui est faite est l’une des plus renversantes des films que j’ai pu voir), touche cependant un aspect du racisme vraiment dérangeant (notamment dans le fait que les blancs voient souvent dans les noirs le descendant des esclaves africains en premier lieu), qui remet en question beaucoup de choses qu’on croyait avoir acquis sur le sujet. Si le film Chute Libre frôlait de près le sujet en recadrant plus tard sur la politique du mensonge, Manderlay traite du racisme selon un angle nouveau, puisqu’il est l’un des rares à s’attaquer au ressenti des noirs et des blancs après la « libération », et qu’il remet chacun à sa place en utilisant une simplicité dévastatrice. Manderlay, c’est scandaleux, mais c’est aussi tellement réflexif, que l’ami Von Trier réussi à choquer sans toutefois basculer dans un côté moralisateur. Un exercice de mauvais goût tout en finesse qui traite son sujet avec une maîtrise rarement atteinte.

 

6/6

 

de Lars von Trier
avec Bryce Dallas Howard, Isaach de Bankolé

 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 06:46

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A cette heure, le cinéma est régulièrement envahi par des petits malins qui utilisent le style de la caméra vérité pour redonner du punch à des histoires déjà vues et un petit côté documenteur amusant. Si certains se révèlent être de relatives surprises (Rec 1&2, Cloverfield), d’autres sont nettement plus bancals (Troll Hunter, Le dernier exorcisme), pour ne pas dire carrément gênants (la saga des fantômes qui font grincer les portes). Toutefois, un nouvel effort claustro va bientôt débarquer, non pas dans nos cinémas, mais sur internet (pour une fois qu'on peut utiliser Bitorrent sans risques !), en prenant pour théâtre le métro de Sydney. Tient-on là la révolution du genre ? Non, mais on n’y croyait pas avant, alors on n’est pas surpris.

L’histoire : une équipe de journaliste décide au lieu de disserter sur les chats écrasés d’aller faire un reportage dans les anciens sous sols de la ville de Sydney. Mais ils se rendent vite compte qu’ils sont perdus, et il commence à se passer des trucs chelou…

 

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"Enregistre ! Enregistre ! Appuie sur Rec !"


Amateurs de frissons, vous allez être servis ! Pas parce que vous allez frissonner, mais parce que la caméra frissonne pour vous ! En effet, dans un style caméra à l’épaule qui fait on ne peut plus vrais (et on ne peut plus cheap), le caméraman cherche véritablement à effectuer les mouvements de caméra les plus dynamique possible, et cela dans des décors éclairés à la lampe torche. Autant vous dire que ça tremble comme un drogué du tabasco au dernier degré, la caméra se révélant presque incapable de faire un plan stable, sauf quand elle tombe par terre (on ne saura jamais si c’est volontaire ou si c’est l’équipe qui ne prend pas soin de son matos). Reprenant les grandes lignes du Projet Blair Witch avec des couloirs à la place de la forêt, nos amis journalistes arrivent à se perdre une demi-heure après le début de leur périple, en nous ayant copieusement rebattu les oreilles avec de mystérieuses disparitions dans ces conduits. Et patatrac ! Devinez quoi : ils découvrent bien malgré eux la cause de ces disparitions. Enfin, « découvrent » est un bien grand mot. Moi-même, j’ai du mal à définir la nature du monstre, qui ne ressemble absolument à rien, ses mouvements étant trop rapide pour permettre une identification (et ce putain de cadreur incapable de filmer correctement sa scène). En tentant un arrêt sur image (il m’a fallu 5 minutes pour décortiquer l’unique séquence du film où on voit presque un bout de la gueule du bestiau), on aura peut être une chance d’identifier la menace, sinon ce sont des gens qui font des vols planés et se font traîner sur 100 mètres, comme si ils étaient attachés à un câble qui aurait été effacé numériquement en post-prod. On pense donc à un esprit vénère qui bouffe ses victime (on verra une pièce assez gratinée niveau maquillages), mais on ne le saura jamais. Bref, le film échoue totalement à recréer ne serait-ce qu’un dixième de l’ambiance de Creep ou de The Descent, et ne pourra nous arracher qu’un bref sursaut à grand renfort de bruitages poussés à fond et de mouvements brusques, soit le B A BA du film d’horreur. Un conseil : on tient là le nouveau Paranormal Activity, alors fuyez le ! Pour info, la promo de Paranormal Activity ressemble fort étrangement à celle de Rec…

 

0/6

 

de Enzo Tedeschi, Julian Harvey

 

http://www.containsmoderateperil.com/wp-content/uploads/2011/05/The-Tunnel-3.jpg

Profitez en, c'est la meilleure image qu'on a du monstre...

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Published by voracinephile - dans Navet (prétentieux)
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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 06:48

http://media.zoom-cinema.fr/photos/11219/fatal-affiche.jpg

 

Michaël Youn doit son succès avant tout à l’émission controversée Morning Live (née le 3 juillet 2000, décédée le 1er mars 2002 et déprogrammée le 27 juin 2003), qui a animée les mâtinées parisiennes pendant quelques temps. Se sont ensuivies de régulières contributions au septième art dans des œuvres plus ou moins recommandables (la beuze, Iznogoud, Incontrôlable, sans oublier Les 11 commandements, sorte de Jackass Morninglivien). Cependant, l’acteur finit un peu par s’émanciper et surprend (ou pas) son public en proposant dernièrement Fatal, le film sur son groupe de rap savoyard. Analyse d’un phénomène controversé lui aussi.

L’histoire : Fatal a vendu des millions d’albums et est devenu une star bling bling de l’industrie du rap. Cependant, l’arrivée de Chris Prolls et de son électro-pop ne tarde pas à mettre en péril ses talents de chanteur…

 

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Qu’on le dise tout de suite : le film de Michaël Youn est lourd à dessin. C’est une comédie ultra lourde, qui tente quand même de faire de nombreux gags dont la plupart sont juste vulgaires et ne déclencheront pas l’hilarité. La moitié des gags du masseur par exemple, on n’en a rien à foutre, on ne rit même pas et ça en devient même gênant par moments. Mais c’est pas grave, on continue sans s’arrêter à ce détail près. Si Michael utilise un tel registre humoristique, c’est qu’il veut s’adonner à de la parodie, en se moquant d’ailleurs surtout de lui-même. Une entreprise sympathique qui évite de se prendre au sérieux comme le médiocre biopic sur Notorious BIG, et qui s’affirme plaisamment comme un méchant brûlot sur l’industrie de la chanson. C’est à vrai dire surtout pour ça qu’il est intéressant. La plupart des gags qu’il nous sert sont recyclés d’autres comédies françaises (le coup de la télé, Brice de Nice nous l’a déjà fait longtemps auparavant), donc la comédie n’est pas le premier argument qui doit motiver un visionnage. C’est le côté politiquement incorrect et perturbateur de Michael qui intéresse (il dissertera même sur son cas dans un final en face de la France entière), et là il envoie la sauce. On ne remerciera jamais assez Stéphane Rousseau de s’être donné à fond dans son rôle, en nous offrant dans la personne de Chris Prolls une parodie hyper acide de la tendance électro qui sévit de nos jours, et des paroles plus stupides les unes que les autres sur des mélodies qui pourraient réellement être commercialisées. Des titres comme « Je suis Muzik ! » ou « Fuck you » font littéralement éclater de rire tant leur bêtise est mise en avant, et nous ramène en flèche vers le rap de Michael qui est bien moins désagréable au vu de son chanteur principal. Allant loin dans la surenchère et les démarches des artistes faisant bonne figure (l’enfant malade à l’hôpital), Fatal raye la peinture de beaucoup de choses dans le monde de la musique, en illustrant notamment sa brutale descente aux enfers suite à un dérapage. Qui lui permettra par la suite de faire son comme back en étant apprécié par l’ensemble du public. En bref, Fatal est une comédie ratée, qui vaut surtout pour son mauvais goût revendiqué (la fontaine de champagne reste un grand moment), mais un brûlot vibrant contre divers visages de la Chanson (le passage des Musik Awards de la Musique est particulièrement assassin). A défaut de nous faire rire sur la longueur, on aura droit à de vrais moments de rire au milieu de l’humour gras commun avec de nombreuses comédies françaises et les délires de Michaël Youn, qui en fait quand même beaucoup à sa tête. Moi, je ne m’attendais pas à ça, et le film m’est devenu légèrement sympathique.

 

4/6

 

de Michaël Youn
avec Michaël Youn, Stéphane Rousseau

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 07:27

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Soderbergh a toujours été un réalisateur perfectionniste, qui aime bien lécher ses films afin de ne laisser aucune aspérité gâcher ses confections. Si ça fonctionnait parfaitement avec l’excellent Kafka (un film certes auteurisant, mais magnifiquement réussi car reproduisant fidèlement les messages et les ambiances de l’auteur), qu’en est il de ses films qui sont prévu pour un plus grand public ? J’en par là bien sûr la saga des Ocean’s, qu’on m’a toujours présenté comme un must de la série des films de gangsters. Après vérification, on peut dire… que non.

 

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Ocean’s Eleven : Intéressant de commencer sur de bonnes bases. Le film se présente en effet comme une honnête entreprise au départ, en présentant George Clonney comme un braqueur né, embobineur à souhait, qui dès sa sortie de prison recommence à magouiller pour retrouver son ancienne vie de luxe. A ce propos, on remarquera combien les enjeux moraux sont vite évincés de la course, car il risquerait de ternir l’image de nos héros (si c’est pas dommage, ça !). Bref, passons sur l’amoralité et concentrons nous sur le casting. C’est carrément du pur premium, affichant des glorieux noms comme Pitt, Damon et Clonney ! Là, Soderbergh ne fait pas les choses à moitié et montre de bonnes ambitions pour nous offrir un spectacle à la hauteur. Mais voilà : le spectacle, on l’attend un peu quand même. On assiste à la planification d’un gros coup. Il faut donc récolter un maximum d’informations, et ça prend du temps. Pendant ce temps, Pitt et Clonney se constituent leur équipe comme dans les missions impossibles, Cruise en moins. Une fois le braquage engagé, ça devient intéressant, une sorte de petit suspense commençant vraiment à prendre. Moi, je me foutais un peu des braqueurs (ce que Soderbergh ne voulait absolument pas, tant il prend de temps et de peine à les caractériser) et de leurs dialogues sympathiques, je voulais du suspense en plus d’un petit goût pour l’aventure. Ca arrive enfin lors de la deuxième moitié, avec quelques séquences de suspense amusantes et un twist attendu mais efficace. Alors oui, les personnages ont la classe. Ils en mettent d’ailleurs pleins la vue, ayant rarement l’occasion d’interpréter des personnages aussi cools. La mise en scène efficace, la photographie de qualité sont autant d’arguments techniques convaincants pour la défense du film. Mais quand même, y avait-il besoin de faire un tel ramdam autour de ce projet ? C’est bêtement un film de braquage, pas plus intelligent, plus soigné ou plus jouissif que les autres ! C’est un travail honnête avec un casting compétent, mais ça ne va pas vraiment plus loin. Pour ma part, je trouve le film moyen, bien qu’il reste de loin le plus sobre de la saga.

 

3.5/6

 

de Steven Soderbergh
avec George Clooney, Brad Pitt

 

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Ocean’s twelve : Alors toi, je ne vais pas te rater. Incontestablement, on tient ici le pire film de la saga, pour ne pas dire de la filmo de Soderbergh (avec le chiantissime Girlfriend experience). Il reprend les ingrédients du premier épisode, mais il en multiplie certains aspects à puissance 1000, ce qui crée des scènes monstrueuses, tant en bien qu’en mal. De mon point de vue, c’est plutôt en mal. Reprenons le casting. Déjà, on retrouve notre oiseau plumé du premier film, qui compte bien ici récupérer son pognon à tout prix. Mais si ce point de départ pouvait se révéler amusant, il sera bien vite esquivé pour préférer une nouvelle direction infiniment plus prétentieuse que le premier volet : le vol et le trafic d’art. Et qui voit-on arriver sur son beau bateau les cheveux flottant au vent ? Cassel en personne, un braqueur français qu’on va se faire un plaisir de ridiculiser, car les meilleurs braqueurs sont les américains. Dès son apparition (où il cabotine comme un forcené), on sent que le film va partir en cacahouète dans une surenchère stupide de braquage. C’est peu de l’écrire, les enjeux se révélant d’une bêtise inversement proportionnelle au degré de sophistication abrutissant des astuces déployées pour assurer le spectacle. Hologrammes improbables, copies, coffres forts hyper sophistiqués, tout y passe, sans que l’immense surenchère parvienne à impressionner votre critique décrivant fébrilement son ressenti. A vrais dire, le comble, c’est quand Cassel fait son braquage en dansant du hip-hop en rythme au milieu des lasers de la pièce, inscrutés dans pas mal d’objets d’arts du musée. La scène, d’un ridicule égalant la prétention, achève définitivement le peu de sérieux qu’on pouvait prêter au film, en en faisant définitivement u n block buster de casting purement ludique où le mieux payé sera celui qui cabotinera le plus. Comme on l’attendait, le français se fait avoir comme une merde (on sentait venir le coup trente minutes à l’avance) et nos héros gagnent encore une somme mirobolante en prime, vu qu’ils ont fait ça surtout pour prouver on ne sait quoi aux français. Bref, ce film, il faut le regarder comme un divertissement régressif injustement complexifié, avec des gags cools rapidement insupportables et des stars qui n’en font qu’à leur tête. Soderbergh, tu as gâché ta saga en beauté.

 

1/6

 

de Steven Soderbergh
avec George Clooney, Brad Pitt

 

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Ocean’s Thirteen : Lors de l’opus précédent, je m’étais farouchement opposé au cabotinage omniprésent des acteurs. J’aurais dû préciser : « cabotinage omniprésents des acteurs qui ne sont pas intéressants en l’état ». En effet, ce nouvel opus, encore moins sobre que son précédent, est parvenu à remporter mon adhésion à l’aide d’un seul acteur : Al Pacino. Ce dernier se livre à un vrai numéro de cabotinage en magnat de l’immobilier de luxe et directeur de casino obnubilé par le détail, et dont on aura droit à toutes les frasques pendant une bonne demi-heure sur les deux longues heures du film. Son charisme fait feu de tout bois et il déchaîne vraiment notre hilarité avec ses perpétuelles frasques sur le monde du luxe (le portable en or  est une idée assez intéressante, certains modèles de portables atteignant eux aussi des coûts aussi scandaleux). Au niveau du casting, on se lâche à fond, en reprenant bien sûr nos précédents héros et leur refilant une nouvelle équipe de cabotins sur les bras. Heureusement qu’Al Pacino les éclipse un peu parce que sinon, c’est vraiment pas la joie. Particulièrement pour Don Cheadle, qui ne peut pas s’empêcher de faire son mariole de service en face d’un Pacino bien plus crédible que lui. On ne parlera même pas du plan, totalement foireux et tournant totalement au ridicule (maintenant, on utilise une foreuse d’une centaine de tonnes pour déclencher les alarmes du building… Sans commentaires). Y a pas à dire, le projet se vautre complètement dans le portnawak en essayant de se rendre sympathique auprès des joueurs, enchaînant les dialogues humoristiques faisant interagir les stars avec des saynettes de gentil banditisme sensées préparer le plan final. L’apparition guest star de Cassel ne dépareille pas avec l’ensemble du film. Il passe simplement pour avoir à nouveau l’air con, en se faisant entuber de la même manière que le film précédent. Nos héros s’assoient d’ailleurs à nouveau sur la moralité en s’engageant auprès de leur ancienne victime, et en ruinant totalement un magnat du grand luxe… en se remplissant les poches pour à nouveau mener une vie luxueuse. Qu’il est plaisant d’avoir des fins de la sorte. Au bord de la contradiction, j’aime décidément ce film qui contient dès lors tous les excès et les dérives qu’un tel projet pouvait susciter. Les designs luxueux de l’hôtel sont d’ailleurs assez appréciables, les décors étant alors d’un raffinement enfin digne de la direction de Soderbergh. En résumé, c’est le plus outrancier des films de la saga, mais aussi un des plus attachants. En faisant la somme, on tombe pile sur la moyenne !

 

3/6

 

de Steven Soderbergh
avec George Clooney, Brad Pitt

 

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"Me boss, you not !"

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 07:20

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Répondant aux tags « italien » « extrême » et « seventies », trois noms me viennent à l’esprit : Caligula de Tinto Brass, La maladolescenza, et Salò. C’est de ce dernier dont il me faut parler aujourd’hui, ce coquin récit étant tout simplement la meilleure adaptation des écrits de notre cher Marquis de Sade avec Quills. Mais si ce cher comte écrivait ses livres comme des contes philosophiques (ce qu’ils sont à la base, le registre grivois étant surtout utilisé à des fins de provocations, parfois gratuites), Salò choisit de transposer Les 120 journées de Sodome dans le contexte de la dictature fasciste de Salò, où plusieurs hommes de pouvoirs se retranchèrent. Et autant le dire tout de suite : quand on a tout pouvoir, ça nous monte vite à la tête.

 

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En effet, Pier Paolo Pasolini se livre à un véritable exercice de provocation, dans tout ce qu’il a de plus classique et de plus grinçant. La provocation classique, c’est utiliser un cadre magnifique avec les façades d’une société bien structurée pour faire éclater un tabou ou une vérité entrant en totale contradiction avec ce soin graphique. On en a eu de beaux exemples avec le récent Anti Christ, ou l’excellent reportage sur la Fistinière, trouvable facilement et en bonne qualité sur internet. Pasolini pose le décor stable, avec l’ordre que la dictature implique. Arrive alors le choix des différents concurrents au titre convoité de Favoris des hommes de pouvoirs. En effet, les 4 représentants du pouvoir (le président, le roi, le juge et le cardinal) sont amenés à choisir 8 jeunes hommes et 8 jeunes femmes afin de les accompagner dans leur résidence à Salò. Dès leur arrivée, leur quotidien est brièvement exposé par des édits présentés directement comme déviants, sensés régir leur nouvelle vie au sein de la demeure. Le festival d’immoralité peut commencer. Pasolini se livre alors à des excès retenus (Sade n’hésitait pas à décrire sur 2 pages l’ensemble d’une orgie, quoi quand et comment, mais son style directe et son utilisation d’un vocabulaire trop recherché écourtait l’action et en atténuait l’impact), qui ont néanmoins un pouvoir dévastateur sur le spectateur atterré par le spectacle qu’il est en train de voir. Peut-on atteindre une telle immoralité, perpétrée qui plus est par toutes les formes de pouvoir connues (qui n’ont pas changé à ce jour) ? La réponse est indubitablement oui, le pouvoir atteignant ici des degrés de corruptions rarement montrés. Rappelons que les écrits du marquis datent du XVIIIème, et qu’ils sont toujours transposables dans notre époque. Salò n’a rien d’une promenade de santé. C’est une plongée profonde prolongée dans ce que la corruption peut engendrer. La gradation dans la déshumanisation et la souffrance humaine est d’ailleurs finement canalisée, nous lançant d’abord les fantasmes qui nous venaient en premier lieu à l’esprit. La séparation en trois cercles du film, inspirée directement de l’Enfer de Dantes, permet, en plus de toujours aller plus loin dans le registre de la corruption, de donner une dimension presque métaphysique au film, en en faisant un Enfer sur terre, dont les démons seraient les hommes de pouvoir et leurs gardes (les nombreuses références bibliques à l’appuis, la tirade désespérée « Oh Dieu, pourquoi nous as-tu abandonné …). Les sévices prennent alors des éclairages nouveaux, et le réalisateur peut alors se permettre d’expérimenter sur la souffrance, en cherchant toujours comment elle peut être la plus destructrice. On assiste donc à de fréquentes humiliations (le cercle de la merde en est un des plus beaux exemples, en prenant des proportions ridicules avec le banquet final) et à de la violence de plus en plus radicale dans la gratuité. Ainsi, on organise un concours exprès pour tuer un des prétendants, la menace est omniprésente, en bref, la situation d’un des individus présent ici peut changer du tout au tout en une seconde. La peur primale, l’insécurité constante, en face de personnes qui n’ont aucune morale et pour mécanisme de fonctionnement leur plaisir instantané. Personne ne peut résister au Pouvoir absolu de faire plier les autres à sa volonté, et peu à peu, c’est logiquement que nous atterrissons au troisième cercle : celui de la mort, où notre jeu tragi-comique avec prendre maintenant fin. Et curieusement, dans ce dénouement sans surprise et particulièrement morbide (la danse des bourreaux au milieu des tortures), que Pasolini choisit de faire réapparaître l’humanité des bourreaux qu’il s’était attaché à rabaisser (faire souffrir les victimes, c’est les humaniser au détriment de leur bourreau). Les victimes sont alors tuer au loin, presque anonymement, tandis qu’on s’attache aux hommes de pouvoirs qui assistent aux séances par l’intermédiaire de jumelles. Le personnel de maison, traumatisé, quitte les lieux ou se suicide, le Mal étant fait de toute façon. Enfin, alors que les tortures battent leur plein, le film s’achève sur la danse de deux soldats, une sorte de ballet qui restaure immédiatement l’humanité qui leur avait été ravie par le réalisateur au cours d’innombrables sévices. Choix particulièrement ambitieux de Pasolini, qui affirme en se tenant droit devant nous : « Nous créerons toujours notre propre enfer. » « Salaud ! » qu’on voudrait lui dire, tant la portée pessimiste et nihiliste du récit terrasse dès sa première vision. Mais c’est hélas le résultat du pouvoir sur la défaillance de l’esprit humain. Si Caligula était quelque peu gâché par des inserts porno, il développait magnifiquement cet aspect, cette transformation du personnage. Ici, on en mesure les conséquences, sur un ton de provocation parfaitement efficace dans sa rigueur (la parodie de mariage). Vraiment, Salò peut se vanter d’être le film le plus dur à regarder des années 70, mais il contient un discours sur l’humanité bien plus réflexif qu’il n’y paraît. Encore faut-il avoir le recul pour l’aborder.

 

6/6

 

de Pier Paolo Pasolini
avec Paolo Bonacelli, Giorgo Cataldi

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 06:59

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Avec Re-animator, Stuart Gordon frappe un bon coup dans l’univers de la bisserie cinématographique, son film recélant nombre d’ingrédients chers à nos petits cerveaux malades (savant jouant à l’apprenti sorcier, fluide révolutionnaire fluo réanimant les cadavres…). Adapté des écrits de Lovecraft, l’œuvre peut se vanter d’être une belle partie de plaisir, et permet de contenter le réalisateur ainsi que son producteur Stuart Gordon. Après un deuxième opus un peu difficile à trouver, Stuart remet le couvert avec Beyond Re-animator, une suite pas vraiment directe du premier, mais qui a la particularité de placer son héros dans le milieu carcéral. Un projet assez bancal qui ne fonctionne au final pas si mal, car il traite ses héros de façon intéressante en ajoutant un peu à son code du zombie.

 

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Re-Animator : Histoire assez jouissive que ce Re-animator, qui propose pourtant de gentils clichés du genre (jusqu’au fluide jaune fluo sensé réanimer les corps). Mais ce qui rend le film sympathique, c’est assurément son ambiance détendue et sa volonté de nous en mettre plein la vue avec peu de moyens. L’humour ravageur est au rendez-vous (le combat contre le chat ressuscité) et emporte largement le morceau, le film ne se prenant au final pas trop au sérieux. On appréciera d’ailleurs les maquillages plutôt bien réussis et assez inventifs (le corps du méchant isolé de sa tête mais continuant à recevoir ses ordres). Pour ce qui est des histoires sociales de nos protagonistes, ils ne sont guère intéressants, car assez clichés dans leur traitement (savant fou, jeune couple heureux…). Tout au plus, la fin peut avoir une réelle portée sentimentale doublée d’une certaine cruauté (on sait que ça va dégénérer à l’avenir), mais c’est bien le seul moment qui peut se vanter d’être sérieux dans ce film. Parlons maintenant des acteurs. La tendance est bien entendue au surjeu, habituellement présent dans ce type de production, et s’inscrivant ici parfaitement dans l’ambiance générale du film. Jeffrey Combs, chouchou de Stuart Gordon, en fait des tonnes avec ses lunettes et on ne l’apprécie que d’autant plus, car il est le personnage central de l’histoire et par là même le plus intéressant (bien que son rôle soit exposé avec peu de finesse). Au final, à retenir de Re animator, il y a une ambiance de série B vraiment sympathique, des maquillages réussis et du cabotinage sympathique pendant une heure et demie. Petite déception cependant : le thème musical, qui louche vraiment trop du côté de Psychose. Loin d’être le film d’horreur du siècle, mais comme il ne se prend pas au sérieux, le manque de prétentions de la production ne manquera pas d’attirer notre sympathie. Stuart Gordon aura toujours la mienne en tout cas.

 

5/6

 

de Stuart Gordon
avec Jeffrey Combs, Bruce Abbott

 

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Beyond Re-animator : après Stuart Gordon , c’est au dévoué Brian Yuzna de reprendre les rennes de la saga Re-animator. Une prise de risque assez inquiétante, le personnage étant capable du meilleur (Society, The dentist) comme du pire (Le retour des morts vivants 3, Aracnid). Mais derrière cette inconstance se cache un amoureux du bis, qui arrive parfois à divertir plaisamment son public. Coup de bol, si Beyond Re-animator est loin d’être un chef d’œuvre, c’est un cru sympathique de notre ami, qui donne dans la générosité comme il a l’habitude de le faire. Avec une introduction en demi teinte (le trauma adolescent gros comme une maison, un mort vivant attiré par du lait ??), Brian arrive pourtant à bien réintroduire le personnage du docteur West, en un seul plan qui plus est. S’ensuit un générique qui marche dans les pas du premier, avec un thème musical bien plus travaillé que son prédécesseur et s’éloignant enfin du travail de Hermann. On a donc notre professeur West balancé dans le milieu carcéral, qui en profite pour continuer ses expériences sur les cobayes des environs. Il est assez amusant de voir qu’il est plutôt un dominant malgré la carrure physique plutôt frêle de son interprète Jeffrey Combs. Ce dernier cabotine encore moins finement que dans ses précédents films (là maintenant, il sait qu’il est dans une trilogie, alors il la joue à fond), et curieusement, ça sied plutôt bien à l’ensemble, le savant pouvant reprendre du service avec l’aide d’un assistant inespéré (l’ado du départ !). On en profite du même coup pour taper gentiment sur le système carcéral, avec un gardien manipulateur et un véritable enragé comme directeur, fasciné par la pièce de la chaise électrique et battant de sa canne les détenus. Dans la démesure la plus complète, Beyond Re-animator fait l’intéressant paris de jouer avec son sujet, en innovant avec ses zombies avec des captations d’âmes sous forme de signaux électriques, sensé diriger le corps après la mort. Intéressant paris qui nous amène à tester les idées les plus folles, le directeur voyant bientôt son âme remplacée par celle d’un rat précédemment utilisé et une invasion progressive de zombies dans la prison. On répond aussi à des questions bêtes, du genre « que se passe t il si on s’injecte le sérum alors qu’on est encore en vie ? ». Bref, la dernière demi-heure est un vrai déluge de bis, nous gratifiant au passage d’une fellation castratrice et d’un mort vivant coupé en deux assez récurant. Tout un programme. Beyond Re-animator n’a pas la fin ambitieuse du premier du nom. A vrai dire, il n’y a rien de sérieux dans ce petit film. C’est une distraction bisseuse faite à seule fin de divertir un peu, avec ce qu’il faut de gore et de générosité. Ca tombe bien, on ne lui en demandait pas plus. En prime, on a droit à l’un des génériques les plus nawak de l’histoire du cinéma, avec un combat Rat ressuscité VS Bite zombie. Un truc ultra bancal, mais aimablement amusant.

 

4/6

 

de Brian Yuzna
avec Jeffrey Combs, Bruce Abbott

 

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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